XLIV. Une des plus grandes difficultés de cette pru
dente opération est malheoreasemeiit celle eoatre laqurile nous nous henrtODS dès les preoiiers easais. Notre î nation , emportée par l'impatienee de dm déairs, trompe encore plus que nos sens, et, i ciuqne pas qw nous faisons dans la vie , bobs bobs séparan* d*BBe illasion pour en retrouver une nouvelle.
Quel écolier ne rêve , an moins nne fois Van, que déjà son pays lui prépare une reconnaissante ovalioiif qneUe jeune fille ne se promet tout bas d'élre dtemeUeuist belle, aimée et adînirée? quel homme ne se sorprend i espérer qu'il sera , un jour, apprécié à la valeur qu'il h suppose? quel vieillod ne se figure avoir toat cona. tout pesé , tout jugé , parce que beaucoup de ékoan oat défilé devant lui. Jeunes on vieux , hommes oa feouDa. qui de nous sait constamment se défendre eoatre task de choses nulles ou mauvaises qui resoenaMeat à êa vertus, bêlas! et i de l'amitié?
Et encore toutes ces illusions, il faudrait btea, km même qu'on le pourrait, se garder de les tuer ; ee secsit tuer la faculté d'espérer, ce serait sécber le ^ sayer d*affloindrir l'âme. Qu'elles vienneot que, traitées comme de simples espérances « on se \amt bercer par elles, et non pas endormir; pci usettcas- W d'orner le bnt de notre actirité et non pas de lai senir elles-mêmes de but« A défaut de puissance pour fraechir d'un seul bond de vastes espaces, mnlliplions In jalons sur notre route ; mais plantons-les toajoufs ds» le champ de la réalité, puis marchons font droit d«Tia( nous, avançons patiemment tenant d'une maÎD le pk^ dépassé et touchant de l'autre main an jalon sbivri. avançons et nous arriverons, non point brillammeat, me point en conquérants, comme ces heureux étoardis âme un, tout au plus, réussit entre mille, mais aoas aiiinrw* sûrement , solidement , sans avoir fait ai reçu de hkisures.
XLV. La plupart des hommes se trampest et «cèosai pour n'avoir pas observé cette règle de conduite. Les sss ne savent pu donner à leur activité le but eonvcsaUe : tel boiteux se destine à la danse, tel nain te psK f9 géant matamore ; d'autres choisissent un bnt 'cootcssUp. mais y tendent par nne mauvaise voie : tel bonmie est siïà de gloire et va caressant la popularité ; d'antres ne s'i»quiétant ni d'un but » ni d'une voie , se laisacat vivn «:: jour le jour, et presque toujours sont envicnx des pbi sages et des plus habiles qu'eux.
Regardons qui nous sommes , pauvres on ncbcs , a» nous exagérons point les difficultés , mais ne les meB< pas non plus , et , contents de savoir le pen oa ie bnecoup que nous pouvons , arrangeons noire vie en n» de cette puissance et uAn pas en trop entière eonforsAde nos désirs toujours un peu vaniteux.
XLVI. Voici sur ce point quelques idées qni lioiKs' à l'esprit de tout le monde quand il a'a^it de conudlf autrui.
= Ordonner, arranger sa vie , c'est se naarqacf- dxp le monde une place d'où l'on» pourvu être le plan mià' aux autres, et avoir le moins besoin des antres.
=z Le monde, ou autrement dit la société, n'est pa disposé comme le sont nos cérémonies d'apparat, où tes' est calculé , réglé d'avance , on tel moavemcDt de Is? des assistants produit nécessairement tri autn mooitment de la part d'un ou de plusieurs des Tm^Ti!f L^ accidçnts y sont tellement multipliés que le fil hf^m qui les unit, disparaît souvent aux regards des pfau «<tentifs. Il importe de savoir cela et de s'armer de {>r.*> cipes qui permettent de se livrer sans daqgcr aux «vei4tions les plus contraires en apparence.
= 11 n'est pas bien certain que nous s^eas tm »f monde pour y être heureux : mais il est très<eitais fBf nous devons faire en sorte d'y être beureaL
= Un métier, un état ou une profession, est lefps ^
DEVOIRS PRIVÉS
de service en édunge dnqoel U société cède t ceux-ci de quoi vivre » à oeaz-là de quoi être riches.
= Il n sst pu de métier» d*étst» ni de profession, qui rende nécessairement henrenx.
= Le bonhenr, sons ce rapport, dépend du caraotère, de Tinstmction, et surtout de l'esprit de conduite.
= Tons les métiers, tons les états , tontes lee profe»-' aîone permettent qu'on y soit honnête homme , mais ne sont pas tons également utiles, également respectablee.
=: Le dicton populaire : Ilm'jfm pM de êot wUUer , •/ n'y a que d€ Motteê gtm§, est une grosse boutade de grosse vanité ; il y a de très-sots métiers , mais ils ne sont pas inventés par des gens sages et honnêtes. Mieui vaudrait dire : Il ntf a de aoU wUtiert qm ceux de» eoUee gène; on aérait dans le vrai de tontes les manières.
= Le genre de service qu'on s'offre i rendre i la société est Mfi'lf à proportion qu'il a pour but de satisfaire à un besoin de première nécessité ; il est reepecta" bie à proportion que ce besoin cet plos particulièrement un besoin moral ; il est honorable i proportion que ce besoin moral exige pour être satisfait une plus profonde instmction.
= Un homme a droit à l'estime et l'obtient dèe qn'il s'acquitte avec probité, avec ioteHigence, du genre de service pour lequel il s'est offert II a droit à la considération et il l'obtient , lorsque , psr tout l'ensemble de sa manière d'être et d'agir , il rond pins de services qu*on n'était préparé à en recevoir de lui.
= Choisir un métier, un état, une profession , pour la grande utilité dont il peut être, est une noUe pensée ; le choisir le plus respectable possible est le fait d'une sage et droite intelligence ; le choisir le plus honorable |>oesible est celui d'un esprit élevé ; mais entreprendre plos qu'on ne peut est au moins une imprudence : c'est nne faute, pour peu qu'on puisse y soupçonner de la vanité. Dans tons ces cas on échoue , et échouer ne rend jamais heuraux. Si l'intelUgence suffisait pour qu'un homme fût apte i exercer tel on tel métier ou état , i suivre telle on telle profession , il n'y aurait qu'i consulter l'intelligenoe, qu'à la jauger, si l'on peut ainsi dire, ce serait difficile , mais , i la rigneur , ce ne serait pu tout à fait impossible; mais ce n'est le tout que de Tintelligence ; cette belle chose est enfermée dans un élni qui ne s'entretient pu par la seule force de la volonté , par la seule action de la pensée ; il lui fant aussi , dans presque tous les eu, employer des accessoires matériels pour se manifester : en d'autru termes , il faut à l'ouvrier un apprentissage, des outils i l'artiste, et an savant un apprentisMge aussi et bien long , et ensuite de nombreux moyens d'étude on de travaux. Avant tout cela il faut à tous du pain, des vêtements et un abri. Il »t donc indispensable de consulter pour la choix d'un stat l'intelligence et la fortune. Il y a bien encore nne troisième condition dont il fant tenir compte, mais cela le fait assex ordinairement sans qu'on y pense ; et quand 3n ï manque , c'est la vanité qui est coupable: or, la b'anité est le plus subtil de tons les ergoteurs ; si donc on note ici qu'il fant, pour prendre son élan , appuyer son pied sur le terrain où l'on se trouve, et non pu compter pour cela snr celui plus élevé où il s'agirait d'abord l'atteindre, c'est par simple acquit de conscience.
Enfants, pourquoi dédaignes-vous la profession de iotre père? Vous êtes trop instruits, trop bien élevés, Jîtes-vous, pour vous lirrer à des travaux manuels. Eh! loyex mille fois plus instruits , mille fois mieux élevés , loas en leres plus habiles travailleurs. On ne sait jamais rop, on n'a jamais trop d'intelligence, si modeste que oit en apparence l'état qu'on exerce. Pourquoi certaines >rofesstons, réputées autrefois peu nobles, soot-elles »niourées aujourd'hui d'une juste considération? Parce |ue rinstrnction y est devenue une nécessité , et qu'avec
l'instruction sont venues la régularité du mœurs, la politesse des manièru , en un mot l'élévation du sentiments.
- = Les eu de vocation bien décidée sont très-rares. Il ut à remarquer, d'ailleurs, que la vocation accidentelle n'impow jamais une contravention sérieuse aux règles de la prudence ordinaire. Pour le pins souvent la vocation, qu'elle paraisu bien décidée on qu'elle ne soit qu'accidentelle , n'est qu'un immense désir suggéré. Il n'en est pu de même de l'aptitude. Mais comme on se suppose toujours celle -li, parce qu'on ne s'aperçoit jamais de son absence, on ne s'en inquiète guère.
== Si l'on Mt stge on ne choisira jamais tout seul son métier, son état, m profeuion , et quand on aura choisi on n'en changera plus subitement On s'efforcera seulement de passer par degrés de la position plos humble à celle pins élevée ; et comme ceci est affaire d'intelligence, et qu'en somme, l'intelligence aboutit de partout au même point , on arrivera de partout i la même hauteur. L'artisan deviendra ouvrier, l'ouvrier artiste, l'artiste savant, et le savant ce qu'il voudra.
= Un père doit interroger discrètement les aptitudes de son enfant, examiner Tes chances de rénwite que, suivant ces aptitudu , présente chacune des diversu professions, et quand, dans le secret de sa sagesse , il a ar* rêté son choix, il doit tout faire pour diriger de ce cêté les goûts de son enfant, afin que celui-ci sollicite comme une faveur ce que, dans un antre système, il aurait subi conune une fiicheuse nécessité.
L'insuccès de beaucoup d'hommes tient surtout i l'incurie ou i l'ambition de leur père. Dans le premier eu , le père croit avoir rempli tons su devoirs quand il a profité d'une occuion pour placer son fils en apprentissage aux moindres frais possible, ou pour lui obtenir une éducation gratuite |dans un établissement du gouvernement Dans le second eu, il regarde le plus haut qu'il peut, ne réfléchit pu que tel état, telle profession exigent des moyens pécuniaires déjà amures. Il ne s'aperçoit de cela que lorsque l'enfant ut i moitié chemin, il le fait alors revenir brusquement sur su pu ; cela blesse la vanité du jeune homme et le rend impropre à suivre la direction plus modeste qu'on loi donne. Le mal n'est pu moindre si , pour éviter ce dernier inconvénient , le père lotte contre la difficulté qu'il aurait dû prévoir : le jeune homme débute incomplètement , débute dans la gêne et, pendant toute m vie , dépense i se créer dte expédients matériels une intelligence qui devait être appliquée tout entière à sa profeuion. D'antres causes non moins puissantes compromettent encore l'avenir des enfants. La mère ne vent pu que son fils embraue une carrière qui l'éloigné d'elle ; le père , cela est horrible i dire , mais cela se voit souvent, le père spécule sur telle ou telle aptitn4e pasMgèra qu'il exploite i son profit , sans s'inquiéter de ce qui adriendra plus tard de ce calcul impie. Enfin, père et mère obéissent à de ridiculu préjugés; et tel homme qui eût été un agriculteur, un artiste , ou un industriel de génie, végète médiocre savant ou obscur et pauvre fonctionnaire public. Mèru ' c'est aimer vos enfants i demi que de les aimer surtout pour le plaisir égoïste qu'ils vous procurent Songet-y bien : un jour viendra où ils s'apercevront du ooal que leur aura fait votre aveugle tendreue ; ils auront beau se raisonner et chercher à vous excuser, ils seront malheureux, ils vous aimeront .moins. Pères! vos enfants ne vous appartiennent pu. Dieu vous lu a confiés et vous lui deves compte de vos efforis pour leur bonheur ; ce n'est pu envers eux seulement , mais envers la société que vous êtes coupables si vous agisses en dépositairu infidèlu. Pèru et mères, saches que dans toutu lu professions, dans tous lu états, on peut aujourd'hui conquérir une place honorable. Il n'y a plus d'autre base de dis-
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lincUon que rintelligence. Il n y a plus d'antre ligne de démarcation entre les hommes qne celle tracée par l'éducation f non pas savante, mais morale, mais sociale, si l'on peut ainsi dire. Que si telle profession vous semble laisser à jdésirer sous le rapport de la moralité de la plupart de ceui qui Teiercent, que ce ne soit pas un obstacle pour vous : la vertu sait partout se faire rendre hommage : laisses tomber votre bon grain dans ce champ qui ne demande qu'à en recevoir, d'autres vous imiteront et vous anres bien mérité et de Dieu et des bommes.
= Une fois lancé, il ne faut plus s'arrêter, il faut marcher en regardant toujours en haut , jamais en bas. Un échec , tout le monde en essuie , un échec , quand la probité ne peut être accusée , est un malheur, une catastrophe même , mais non pas un déshonneur ; tant qu'on a pour soi l'estime d' autrui et la sienne propre , on est en mesure de se relever. Nul n'est en ce monde pour y faire fortune , tous nous y sommes pour y faire le bien , et , comme disent les braves gens : Contentement passe richesse.
= Arranger sa vie est le travail incessant de toute la vie.
= L'esprit de conduite, c'est la logique de la raison interrogeant les faits qui se succèdent et se préparent. Admettes un temps d'arrêt , une interruption dans cette logique, et voyes s'il ne vous faut pas, sur nouveaux frais, rebâtir un nouvel édifice.
= Les besoins sont ce qu'on les fait. Le nombre de ceux auxquels on ne peut se soustraire est tellement restreint que pour la plupart des hommes ils passent inaperçus dans l'ensemble.
= La grandeur des ressources tient plus i l'usage qu'on eo sait faire qu'à leur importance , en tant qne moyens d'actions considérés isolément. L'esprit de conduite consiste donc aussi à contenir les besoins dans les limites de la puissance.
= S'il n'est pas de mé'tier , d'état ni de profession qui rende nécessairement heureux , il n'en est pas qui rende nécessairement malheureux , U dépend de chacun de nous d'y trouver tonte la somme de bonheur i laquelle nous puissions prétendre ici-bas. Mais pour cela il faut respecter et rendre par conséquent respectable, honorable, la position dans laquelle on se trouve, soit qu'on ait eu l'immense avantage de la choisir, soit que par suite d'un concours de circonstances qu'on n'a pu maîtriser, elle ait été comme imposée.
= C'est folie de vouloir tout prévoir et plus grande folie de croire avoir tout prévu ; c'est oublier que les autres ont comme nous une liberté à exercer et qne cette liberté peut se déterminer pour le mal aussi soudainement qne ponr le bien; si l'on défie, en quelque sorte, cette liberté, on se présume une intelligence tellement vaste , tellement sûre , qu'elle serait presque l'égale de celle de Dieu.
Par contre , il ne serait pas moins fou de compter sur l'imprévu pour se tirer d'un mauvais pas. Sans jouer ici sur le mot, sans argumenter à la façon des vieux logiciens et dire qne l'imprévu qui est espéré, attendu, cherché comme celui, par exemple, i qui sont dues presque toutes les grandes découvertes en physique et en chimie , n'est plus l'imprévu, on fera remarquer qu'admettre une fois seulement l'imprévu dans l'ordonnance de la vie , c'est nier la possibilité de cette ordonnance; et, cette ordonnance n'étant que le bien cherché par le bien , c'est nier celui-ci, nier par conséquent le mal, détruire toute liberté, livrer l'univers i ce non-sens, à cette absurdité qu'on appelle le koêord.
Il est, certes, facile de prévoir que le bien produit le bien, que le mal produit le mal , que fe bien peut être troublé par le mal , que le mal peut être remplacé par le bien ; il est, certes, aussi facile de prévoir la conséquence immédiate d'un acte que de remonter i sa cause immé-
dute , mais chercher i aller tonjonra an delà, i qu'on y parvient toojours, n'est pu ssge. On iMiibe alors dans un excès et tous les excès sont iHcbenx. Celui de U prévoyance est la timidité qni amène i sa mite riDdédsion , puis l'inaction. Usons du présent sans eompromcttre l'avenir. Ne pas compromettre Taveiiir, c'est simplement ne pu escompter ce qu'il offre d*attiiré, ne pas emprunter sur ce qu'il peut receler d'imprévu. Il est trèsvrai , en effet , que l'imprévu existe puisqu'on ne peut tout prévoir, mais ce qu'on ne prévoit paa et qoi adiiesdra cependant n'est pu nécessairement le biea : il convient donc sur ce point de se préparer à profiter du biea et i remédier au mai, sans jamais trop se cimfier à cdaici ni trop redouter celui-là.
On ne clora pu ce chapitre de l'impréva sans faire remarquer qu'on combat celte illusion avec aalaal de chaleur qu'on a reponwé la croyance de la fatalité , parc« que c'est la même erreur présentée sons un notre nom . appliquée à un autre ordre de faits.
=: On peut considérer la présomption comme le contraire de la confiance en l'imprévu, avec cette différence, toolefois, qne, dans le dernier eu, on s'efface complêleneai pour s'en remettre à une sorte de fatalité , et que, da» Je premier, on se fie à sa propre valeur ponr maîtriser la événements. Quelque rôle qu'on se réserve dans le moad^, il est bon de ne jamais ooblier qne tout antre qne ni s'en fût également bien et peut-être mieux acqnîué. Le nombre de ces rôles est très-borné, an snrpins, et poar peu qu'on néglige le sien , on y est bien vite dépassé.
= Enfin une troisième cause d'insuccès est celle-ci: se fait un amalgame des deux fausses idées signalées odessus , on les modifie chacune ponr les faire s'adapter l'une à l'autre , et l'on est aventureux , c'est-à-dire ea peu fataliste , un peu comptant sur l'impréva et besscoup présomptueui. On se pose ponr exemple de bnllantes mais très-rares exceptions. On s'élance vers l'avesur avec deux sous dans sa poche , mais par la même roete qui n'est accessible qu'aux billets de mille francs , «C Tes se tient pour certain d'arriver vite et eomatodémml i posséder les millions qu'on bruse en espérance. Qnmd seigneur sans terre et sans parchemin , mais avec d'a»tant plus de morgue et de présomption, on s*ima|iae que la fortune se laisse prendre à ces airs de oont|aéraal. Il n'en est rien , absolomoit rien : il n est pas de fcien}? plus positive, il n'est pu de matrone plan pswde. psi de dame de comptoir plus minutieuse et plos baUie a tenir sa comptabilité. Peut-être en était-il antreracat jadis ; mais il suffit de regarder antonr de soi les ^ns i qui elle a souri ponr se convaincre qne ses pins léyàts comme ses plos grandes faveurs ne s'obliesment qsi force de persévérance et de solides qualités.
XLVII. II y aurait une infinité d'antres points à vtaur à côté de ceux-ci : il n'est rien dit des qnalitês ai d« vertus qui , plus que tout le reste, servent à notre bœheur. Mais les qualités et lu vertus ne sont en résl^ir que le résultat de la lutte que nous avons à sonleair cf contre nos défants et contre nos manvaises incliaabs» quand nos intérêts sont en présence du intérèu d'aatm. On se réserve en conséquence d>n parler qnaad t.*: examinera les devoirs sociaux. On ne passera pu oa^rr cependant sans rappeler que l'uprttde coadaite ne safiu pu à rendre heureux, et qne , ponr apprécier les a&aatages qu'il procure, il ne faut pu manqnor d^aa aatrr esprit, moins rare , il est vrai , mais non moins important: on veut parler de l'esprit de Téiat, on , ai oa ic préfère, de la condition. On voit tous lu jonradcs prr sonnu qoi se figurent et vont disant trH-sérîeasaœai que la carrière qn'ellu ont embrassée, qne fétaft q« r>» professent sont précisément la carrière et Tétaft ponr le»quels ellu étaient le moins propres. Sans donle n-* peut arriver quelquefois, souvent même, maia pins s»-
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vent eocore il a'eu est rien, et l'on ae troofertit fort attrapé li l'on ponvait être eontraint i l'échanje. On lent toutes les gènes, toutes les souffrances, iou ci les misères inhérentes à la position où l'on se tronvc , on entrevoit les antres au travers de tous les regrets de oelle-là. Ensuite l'amonr-propre , toujours plus grand que n'est grand le mérite, se charge d'augmenter l'illusion. Il faut aussi convenir que parfois nous passent dans l'esprit de ces lueurs étranges qui en illuminent des points jusqu'alors dans l'omhre ou ignorés , et ces lueurs , en s'éteignant , nous laissent tristes, et tout modestes que nous soyons, nons nous disons : Hélas ! hélas, j'ai manqué la gloire! — Certes la gloire n'est pu un vain mot , et il la faut ambitionner; certes il est cruel de souffrir dans son amour-propre, qui peut bien aussi ne pas toujours mentir. Mais est*il sage, vraiment, de s'appesantir sur tous ces regrets stériles, et serait-il prudent de se hasarder dans de nouvelles directions sur la foi de chaque nouvelle fantaisie de l'imagination ? Choisissons longtemps, mais une fois notre parti pris, plus de récriminations ; ne noDS posons pu en victime. Ce n'est pu toujours un r6le proGtable, ce n'est presque jamais un rAle agréable.
XLVIII. Bien au-dessus de l'esprit de l'état en est on troisième, le plus rare de tous, précisément dans les circonstances où il serait le plus utile. Si peu de gens consentent à avoir l'esprit de lenr âge !
XLIX. Remarques bien que tous ces esprits, esprit de conduite, de l'état et de Tége, ne sont an fond que la même chose considérée sous trois upecis différents : la raison ; qu'elle n'est pu autre ici que là, et que si on en manque en l'un de ces trois points , il est fort difficile d'en avoir suffisamoient en aucun des denx autres. Voyons cependant ce qu'on vent dire quand on félicite une personne d'avoir l'esprit de son âge.
L. On comprend sans doute qu'il ne peut être question de demander cet esprit-li à l'enfance. Un marmot sur les bru de sa nourrice a bien d'autres soucis , ma foi, que celui de bonheurs tels que ceux-ci : bonheur de paraître jeune quand on ne l'est pins , bonheur de paraître dans sa maturité quand on n'est encore qu'un assex frêle bouton , et bonheur enfin de vivre toujours et de n'être jamais vieux.
LI. Plus on étudie l'homme , la vie , le monde , plus on trouve profond ce mot de TAmoIphe de Molière :
• Li« monde, cbèrc Agnci , cit une étrange ebote! •
On croit Favoir deviné , on se figure qu'on tient enfin le bon bout de l'écheveau embrouillé qu'on secouait en vaio sans en pouvoir rien obtenir. On s'apprête à refaire l'ouvrage dn bon Dieu, — car le moraliste part ordinairement de ce principe : Tout est devenu mal, enseignons à tout i redevenir bien, — on tire, on pelotonne, le fil vient, on s'applaudit,... crac,... le fil casse. Ce n'était pu encore le bon bout et tout est i recommencer. Jamais l'homme ne veut être ce qu'il est, jamais surtout il ne vent le paraître. Il ne tleiit qu à la vérité de ses cenvres à loi. Le juge sous sa simarre , le militaire sons ses armes se tiendront pour offensés si vous les sépares de leurs costumes , si vous trouves qu'ils devraient en faire échange ; et si vous traites l'enfant en enfant , le jeune homme en jeune homme, le vieillard en vieillard, voua contraries singulièrement, si vous n'offenseï pu, et Tenfant, et le jeune homme, et le vieillard. Il n'est qu'un seul point de l'âge qu'on accepte et on l'on veuille toujours rester, c'est celui où l'on suppose que la vie est dans toute son activité, la force dans tout son développement. D'après ceci , il pourrait bien se faire que la réflexion de tout i l'heure ne fût pas de toute justesse , et que rhomme ne fût pu en réalité si étrange, si difficile à démêler qu'on l'a répété après du milliers de moralistes. Cela n'ête rien à la vérité, à la profondeur dn mot d'Ar-
nolphe. Molière ne pensait pu à l'homme, mais aux hommes, i la société, i une certaine partie de la société, et le jeu des passions et des intérêts est là si dru , si serré , si mêlé , que le penseur y doit trouver en effet du choses bien étrangu.
LU. Avoir l'esprit de son âge c'est tout bonnement avoir l'esprit d'avoir son âge.
LUI. Ce bonheur, comme tons lu autres, dépend des parents. Nous ne faisons que continuer pendant toute notre vie le sillon que nous avons commencé sur les indications et avec l'aide de la main robuste de notre père.
Beaucoup de parents aiment i entendre dire de leurs bambins et bambinu : — Il est grave et poli comme un homme ; elle a l'aplomb et le babil d'une petite femme. Ils croient que cette gravité , que cet aplomb sont lu indices d'une raison précoce. Ils oublient qu'un fruit précoce vaut rarement celui venu dans sa saison , et que presque toujours les petits prodiges de dix ans sont du sots a vingt-cinq. Quand le sérieux est naturel , quand l'enfant, fille on garçon, ut bien réellement oburvateur, méditatif, intelligent , il joue sérieusement , mais il joue, il raisonne plus souvent qu'un autre, mais su idéu , nuis son raisonnement , mais son langage sont toujours, au fond, ceux d'un enfant. Lu laisser u figurer qu'ils peuvent donner davantage , les encourager à cette prétention , c'ut les aider à fausser leur jugement en leur déupprenant i voir comme ils voient, à sentir comme ils sentent A vingt ans ils voudront régenter Tespèce humaine, i trente ils seront bouffis d'orgueil et de dédain, et quand sera venu cet âge oà l'homme ne vaut plus que par son intelligence , que par su qualités moralu, que par son habileté i ne laisser voir de soi et i n'éveiller chex les antru que celles de su qualités lu plus agréablu , ils seront délaissés et veilliront dans une colère perpétuelle.
LIV. On aime à voir l'enfance naïve , pétulante , s'insurger quelquefois contre le repos physique , et même , ceci ne soit dit qu'aux papu , contre l'obligation dn travail intellectuel , qu'on doit pourtant lui imposer dans une certaine mesure. On aime i voir ta bouillante jeunesse prendre gaiement possusion de la vie, compter ses jours perdus par ses jours uns plaisir, dépenser insoucieusement une sensibilité d'autant plus profonde qu'elle ut alors plus expansive, et laisser évaporer en liberté le trop de chaleur d'un sang riche et d'une sève vigoureuse. Laisses , laisses chanter cette fraîche poésie de vingt ans , hymne d'amour et de foi adrusée par le cœur i tout ce qui ut bon , à tout ce qui ut beau , c'ut-àdire à la nature entière ; car tout est bon , tout ut beau quand l'espérance est encore dans sa fleur.
Le plaisiri c'est le cœur en fête ; le cœur ne s'émeut que par et pour le bien ; le bien n'est pas dans la contrainte et la tristesse. Il faut uus doute uvoir s'imposer et subir l'une et l'autre de ces chosu; mais il ne faut pu en faire le but de sa vie.
LV. Il est bien vrai que le travestissement de l'enfance et de la jeunesse en âge mûr est beaucoup moins fréquent que celui de la deillesse en âge seulement mûr, sinon tout à fait en jeunesse. Quand le choix est rutreint à deux richessu , il ut plus facile de s'abstenir de l'exercer que lorsqu'il doit forcément s'exercer entre une rieheue et ce qu'on présume être une pauvreté.
Or la vieillesse est considérée par buucoup de gens comme une pauvreté par rapport à la jeunesu ou i l'âge mûr. Aoui, arriver i ce terme, ou vieillir, ut-il pour eu mêmu gens un malheur que , dans leur impuissance de s'y soustraire, ils nient dn moins auui obstinément qu'ils te peuvent Ce n'ut pu sans intention qu'on vient de rapprocher eu deux mots , vieillesu et rieiliir ; ils sont loin et bien loin d'exprimer la même idée. Pour lu
iMStRUGtION POUR LE PEUPLE.
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femmes , par eiemple , la vieillesse n'est rien ; c'est vieillir qui est la chose inacceptable. La vieillesse est une position nette et tranchée; quand il est décidé qu'on est vieille , on se réiigne , on accepte ce nouveau râle , et tràs-sonvent on y retrouve des succès. Mais vieillir, mais penser qu'on perd chaque jour quelqu'un de ses avantages , penier qu'un pli accidentel au visage peut être accusé d'être une ride ; et qu'un oubli de l'épileuse peut faire soupçonner une foret de cheveux gris ; n'avoir pins le droit d'être jeune, n'être pas encore forcée d'être vieille , vivre entre un regret et une larme ; voilà à coup sûr le supplice le plus cruel que puisse endurer une femme. Les femmes donc , et avec elles bon nombre d'hommes plus femmes qu'elles , passent leur vie. non pas à conjurer la vieillesse qu'ils prétendent attendre de pied ferme , mais i ne pas vieillir.
LVL Qu'est-ce donc que vieillir ? Qu'est-ce donc que la vieillesse? Peut -on arriver à celle-ci sans avoir passé par celui-là? Ces deux choses sont -elles dans la réalité aussi distinctes qu'on vient de le supposer? N'a-t-on pour s'en consoler que la résignation à la loi de nature?
LVII. Nous sommes obUgé de recourir de nouveau à la formule dubitative que nous avons déjà employée , non point par manque de confiance en la certitude deê opinions émises ici , mais parce que , ne nous prétendant pas infaillible, nous tenons à faire nous- même toute réserve en faveur des opinions qui pourraient n*être pas complètement d'accord avec les nôtres : nous disons, en conséquence , si ce que nous avons exposé de notre âme et de son enveloppe matérielle ne contient point d'erreur : l'âme vient en l'homme telle qu'elle restera éternellement ; elle ne vit pas , car la vie est une succession d'actes partant d'un point ou d'un fait pour aboutir à un autre : elle est Son enveloppe matérielle , an contraire, notre corps , vit ; et , comme tontes les choses matérielleSf il a une formation , une croissance , une décroissance et une fin. Tant qu'il est dans la période de croissance , il est jeune : il vieillit dès qu'il est entré dans la période de décroissance ; il est vieux quand il est avancé dans cette période. Bien des causes peuvent faii-e que , ches le même individu , la période de décroissance soit une époque de plus grande force que la période de croissance. Beaucoup plus de causes encore peuvent pUcer la fin à un moment quelconque de la durée de la première période ou de la seconde : on meurt à tout âge ; mais cela ne change rien an fond des choses.
La décroissance implique nécessairement l'altération de la force. Le cas d'une santé, meilleure pendant cette décroissance que pendant la croissance, ne contredit point ceci. Les organes fonctionnent mieux qu'ils ne le faisaient avant, mais ils n'ont pu les qualités qu'ils auraient eues si des causes exceptionnelles n'avaient , pendant la jeue, gêné leur action, arrêté même leur développe-
Bien que l'âme , immuable de sa nature , ne puisse pas plus perdre de sa force pendant la vieillesse du corps que l'augmenter pendant la jeunesse, comme elle se manifeste par Tintermédiaire des organes, ses manifestations se ressentent forcément de l'état dans lequel se trouvent les organes. Mais ceux-ci , d'après la distinction précédemment posée , n ont pas tous le même rôle , et il est incontestable que ceux qui sont plus particulièrement les serviteurs de l'existence morale , non-seulement ne subissent pas, par suite de l'âge, les mêmes altérations que ceux qui sont plus particulièrement les serviteurs de l'existence physique, mais contractent une sorte d'expérience qui les rend plus sûrs dans leurs offices, jusqu'à ce que, soumis comme les autres à la loi qui régit toute matière , ils s'émoussent à leur tour, remplissent plus diffiéilement des fonctions déjà moins nombreuses et s*éteignent avec Jes autres.
Ainsi donc, de même que dans la jeonene oo peut observer l'inégal développement des deux natures spirituelle et matérielle, de même , dans la vieilleiee, on peut suivre la décroissance également inégale de ces deux natures. Un vieillard est déjà faible de corps, que ton ioteliigence est encore vigoureuse ; et cette vignear, qui n'est plus cependant celle de la jeunesse , celte vigueur, qai ne s'élance plus guère en avant , mais s'appliqve à retenir le passé, à le juger, à en retirer les enseignements qu'î' peut donner, persiste souvent jusqu'au momeDt taprêoe
Ainsi donc on vieillit au physique plus eessiUrment et plus vite qu'au moral, et puisque c'est pv le moral seul qu'on est heureux on maîheiireiix , i' est évident que c'est du soin apporté à œ deraier. quand toutes les forces sont encore entières, que dépend surtout le bon ou le mauvais état où nous troe^r la vieillesse.
LVIII. Voilà , très en raccourci , ce que e*cst à ppi. près que vieillir et ce que c'est que la vieillesse ; mût cela ne dit pas s'il est possible de ne pas vieillir, s'il e«! possible de dissimuler qu'on vieillit, si l'on n*a pour s'en consoler d'antre ressource que la résignation à la lot de nature.
LIX. Demander s'il est possible de ne pas eieiffir. c'est faire une question oiseuse : oo ne peut passer sebitement de la jeunesse à la décrépitude. Demanda* sH est possible de dissimuler qu'on vieillit n*esl pas fks sensé. Ni homme, ni femme , smr le déeiîii de Tige, m sauraient parvenir à donner à leur esprit , i leur ims^ nation , l'activité que leur imprime une curiosiié comptant pour se satisfaire sur un long avenir. Lors deac qu'ils réussiraient à faire mentir leur visage , leur toarnure, ce qui constitue enfin leur apparence extérieurv. ils seraient toujours trahis par leur mansèire de sentir ei d'exprimer leurs sentiments. C'est , en vérité , se ctkt d'excellents motifs de peine et même d'aflliclâoB, qw dr s'imposer la rude tâche de soutenir un nBcnaooge fUM est soi-même, et malgré soi, le premier à dévoiler rs tonte circonstance.
LX. Mais, du moins, comment se oonsole-t-oci ê<vieillir? Si l'on attend pour cela que le momeat ea ski venu , on ne se console jamais ; si an eontraâe , os sr prépare toute sa vie à ce moment, il vient et pense sbi qu'on s'en aperçoive. Eh quoi ! faut-il donc tôate sa rie avoir devant ses yeux la lugubre perspective de ces frmdes années où l'on compte tout au plus âanm le noodr pour ce qu'on fut jadis? Hélas ! oui, Umi ainsi qv*i] twei toute sa vie, si l'on tient à en bien user, se préparer à U couronner par une paisible et sainte mort.
LXf. Quel mot, bon Dieu ! voudrait-on noas faire sr devoir même de mourir? Non, mourir est une aécessiie mais, ce qui est un devoir , c'est de se préparer à biee mourir, c'est4-dire, de prévoir réiemité qui sitieiHi notre âmC) et de préparer le bonheur de cette éCeraîlé qai recèle un châtiment pour le coupable, «le réceoipeav pour l'homme vertueux.
LXII. Qu'on ne s'y trompe pas, il n'est pes de sniel de méditation plus consolant que la mort ; snaôs 3 fm pour cela avoir foi en Timmortaliléde Tâmeet en m Dite rémunérateur. La mort- telle que l'entendeot les mal^ rialistes n'est pas nn soulagement, puisqu'elle etf us complet anéantissement , et que , ce qui est ■■éeatî , or peut être ni soulagé, ni tourmenté.
LXIII. Les anciens évitaient, dit-on, de prosMacer le mot de wufTt dans leurs conversstiotts fanilièrea. Ce msi leur rappelait une idée triste , désagréable , Tidée d*aae destruction complète. La foi en Timmortalité de rior était alors moins universellement répandoe qn*elle ne Tes: aujourd'hui. Les traités de philosophie n^avasaat qn'uB petit nombre de lectenri , et les dogioMs rdigMax qa: coniacraient cette foi , enveloppés sots des forai^fes ai-
DEVOIRS PRIVES
goriques, n'étiient ni uiei clairs, ni aiaex précis ponr :re compris par les masses. Aajoard'hni , l'homme le lus ignorant sait qu*il y a en lut une âme, émanation u Créateur et immortelle, sinon étemelle, comme le réateur ; le mot de mort ne réveille donc plus l'idée de estruction, d'anéantissement, mais celle de rémunération; ar que signifierait l'immortalité de l'Âme , que signifie- &it U liberté d'option qui nous est laissée entre le bien t le mal moral , si , de quelque manière que nous agis- Ions , il devait en résulter ponr nous les mêmes conséuences? Que ceux donc qui s'effraient de la mort pour ux-mémes veuillent bien y réfléchir : on ils ne croient as à l'immortalité de l'âme , et alors ils renversent toute économie de la création ; ou bien , s'ils croient à cette m mortalité, ils accusent un effroi qui ferait presque lottter de leur valeur morale.
LXIV. Nptions du bien et du mal , sentiment de la iberté de l'âme, conviction d'une loi du devoir, intelligence de tons les devoirs imposés i l'homme par sa naure physique et par sa nature morale , soin de la santé les organes, attention i chercher le bonheur, esprit de rondnite, de l'état et de l'âge, tout cela n'est rien, ne né ne à rien , n'est qu'un thème dogmatique froidement ippris et destiné i rester sans application , si quelque :hose ne vient le féconder, lui donner l'air, le jour et la rhalenr, eu un mot, la vie. Qu'est-ce que l'homme, en ^ffet, sans Je sentiment religieux? Eveilles ches l'enfant, sntrelenex chet le jeune bomme<, actives en vous et admirez dans le vieillard cette flamme divine sans laquelle loat est froid, tout est mort, sans laquelle il n'y a plus sUns l'univers qu'une vieille et triste machine achevant au hasard son aveugle révolution.
LXV. L'esprit de l'homme est moins vaste qu'on ne le prétend quand on s'amuse k flatter notre vanité. 11 a tellement la conscience des bornes mises à sa puissance que, dès qu'il croit être bien sûr d'une idée, il se hâte de la fixer en lui imposant un nom , en lui cherchant un emblème, en lui ajustant enfin une sorte d'enveloppe apparente qui permette de la retrouver au besoin et de l'examiner de nouveau. La philosophie, pénétrée du plus profond respect pour ces grandes et salutaires idées, la philosophie, à qui, en définitive, on doit, sinon leur existence, du moins leur appréciation, la philosophie, lors même qu'elle s'incline , docile et croyante^ devant l'œuvre morale de Dieu aussi bien que devant l'œuvre matérielle, est tenue en une injuste suspicion. Sans elle pourtant il n'y aurait pas de religion dans la grande et sainte acception de ce mot. Cest par elle qu'ont passé , pour monter jusqu'à Dieu , les hommages les plus touchants et les plus convaincus; ses erreurs même, et à propos de quelle vérité la raison humaine n'en a-t-elle paa d'abord commis? ses erreurs même ont toutes , sans aucune exception , aidé l'humanité criant à Dieu : • Ifon père, pourquoi te caches-tu? « et aux membres de l'humanité : ■ Mes frères, aimons-nous! » Il est bien vrai que la philosophie ne donne pas de nom particulier i Dieu; il est pour elle celui qui est, et, tremblante et confondue devant l'immensité de cette idée , elle ne sait que croire, adorer et remercier. Parler des choses de la terre en vue du bien , en vue du ciel , c'est parler du ciel lui-même, et qui sait si le ciel n'est pas pour tout le monde , excepté pour les méchants?
LXVI. Malheur a l'homme qui ne voit rien au delà de cette vie, qui se fait sourd à la voix intérieure qui lui révèle un Dieu créateur et rémunérateur. Tandis qu'autour de lui tout s'arrange , tout s'ordonne sous l'inspiration de cette idée, patronne des heureux comme des malheureux , il lutte en vain pour rester en dehors du mouvement qui l'emporte, et ne connaissant plus ni le vcrilabte bien ni le véritable mal , il flotte au hasard , se bnsant contre tous les écneils , ne trouvant paa même
en soi la consdatiou qu'il ne pense ni à demander ni à recevoir de ses frères.
Avoir de la religion est le premier, le plus impérieux des devoirs , et rien ne monb'e mieux que le devoir est vraiment une loi d'amour, une loi source de tout véritable bonheur.
LXVII. Avoir de la religion , ce n'est pas uniquement professer telle ou telle croyance sur l'âme, sur l'autre vie et sur celle-ci ; c'est encore et surtout avoir la plus hante idée possible de cette âme, comprendre, par conséquent, qu'intelligence elle-même, elle ne peut procéder que d'une intelligence , qu'une intelligence ne peut finir, qu'elle n'existe qu'à la condition d exercer une certaine liberté , que l'exercice de la liberté implique un bien à choisir, un mal à rejeter, et enfin que cette liberté n'aurait elle-même aucun sens si ses déterminations devaient produire le même résultat, soit qu'elles fassent toutes pour le bien , soit qu'elles fussent toutes pour le mal. Regardons près de nous et voyons combien de gens qui se présument très-religieux , et qui y font en effet leurs efforts, savent peu faire aimer le bien qu'ils croient cependant pratiquer. Voyons aussi, car tout exemple est donné ici-bas, voyonç ce que veulent, ce que peuvent et ce que font quelques autres gens qui ne prennent pas la peine que se donnent les premiers et s'en tiennent à la lettre-morte des pratiques extérieures!
On disait dans un autre livre, en parlant d'un homme vraiment religieux :
Il a senti tontes les joies, souffert toutes les douleurs qui peuvent éprouver le cœur de l'homme , et il ne s'est laissé ni enivrer par les unes, ni abattre par les autres. Opulence et misère, il a tout connu , et il n'a été ni enflé par l'opulence ni humilié par la misère. Fils, frère, époux et père heureux , il a perdu père, sœur, femme, enfants, et chaque fois que s'est détachée une de ces parties de luimême, il y a eu de l'espérance dans l'adieu qu'il lui a dit. Il a eu beaucoup de ce qu'on appelle des amis ;4>en lui sont restés fidèles après sa ruine, et il n'en a jamais accusé au> cun d'ingratitude : il les a tons regrettés , ceux-ci parce qu'ils le quittaient alors qu'il pouvait encore leor être utile ; ceux-là parce qu'il n'avait pas eu le temps de leur être assex utile ; tous parce qu'il les aimait vraiment bien tendrement Mêlé aux affaires publiques de son pays à une époque où il n'était pas sans danger de faire preuve de ses convictions, on n'a pas eu à lui reprocher une seule bési* tation, un seul acte de partialité au détriment de ses adversaires ; et quand, vieux et pauvre, il est rentré obscurément dans son pays oublieux , il n'a pas fait entendre un seul reproche, une seule plainte, et il' s'est éteint comme il avait vécu : le sourire sur les lèvres , l'espoir dans le cœur et l'âme élevée vers le ciel. Est-ce la raison seule qui lui donnait tant de courage, tant de sagesse? non , il était religieux. L'intelligence humaine et sa lente mais incessante marche progressive, l'humanité, ses grandeurs et ses faiblesses étaient pour lui comme autant de mystères qu'il adorait dans la simplicité de son cœur, comme dans toute la simplicité de sa raison. Croyant et confiant en Dieu, il voyait Dieu dans les travaux de toutes les intelligences à la redierche du bien. Savant et humble dans sa force, autant que l'ignorant est présompteux dans sa faiblesse, il respectait toutes les formes sous lesquelles l'idée de Dieu est présentée anx esprits trop distraits pour la chercher dans sa mystérieuse sublimité, on trop étroits ponr en contenir l'immensité.
LXVIII. Sans religion « point de sentiment de la dignité humaine.
On n'hésite pas à mettre ce sentiment an nombre des devoirs les plus saints.
Qu'on taxe, si on l'oie, ces lignes d^orgneilleases , qu'on les accuse même d'être une i^volte de la vanité : on le dira, on le répétera d'une voix toujours plus ferme.
plus convaiocDe : le temps de reitrémehnmilitéestpusé, tout homme doit avoir aujourd'hui le plus haut lentiment de sa propre dignité. 11 n'y a plus que quelques points clairsemés sur la surface du globe où l'oppression soit systématique et oblige la religion à effrayer ceuz<^i dans leur puissance éphémère , à encoursger ceux-li à une prudente résignation.
Tout s'agrandit autour de nous d&ns le monde de l'intelligence; tout dans le monde matériel s'empresse d'accrottre celte puissance. L'n ordre moral nouvean s'établit, non pas ici et là , mais partdnt , à la place d'un ordre ancien devenu trop étroit, reconnu trop incomplet ; l'homme n'est plus ce qu'il était jadis ; il ne l'est plus, ni comme membre de la grande famille humaine / ni comme enfant d'une patrie; il ne l'est plus, même ii ses propres yeux. Ce n'est pins un être isolé cherchant à augmenter sa force matérielle par une association avec d'antres forces matérielles : c'est une intelligence qui se comprend enfin et se réunit à d'autres intelligences pour tendre toutes ensemble vers un même but : leur grandeur, c'est-à-dire leur bonheur à toutes et à chacune d'elles. Un philosophe, traduisant la vague inquiétude que produit chei qnelqnes^ns et les ineffables espérances qu'inspire à quelques autres le rapide accomplissement de cette transformation , a dit : — Quelque chose que nous ne savons pas se remue dans le monde ; il y a là un travail de Dieu. — Ce quelque chose , c'est la charité , non point cette vertu très-admirable d'ailleurs , mais qui s'exerce surtout envers les individus, non point ce sentiment qui a sa base dans la pitié, dans la commisération , mais cet amour qui embrasse et étreint l'humanité tout entière, mais cette passion qui , bien loin de connaître les faiblesses de la pitié , puise ses forces dans la conacience de la hante dignité de l'homme , dans la conscience du droit de l'homme à son propre respect et dans celle des devoirs étroits , des devoirs absolus qu'imposent à l'homme. et cette dignité à maintenir et ce respect à mériter. «
LXIX. Peut-être maintenant sera-t-on mienx compris quand on s'écriera de nouveau : Sans religion , point de sentiment de la dignité personnelle , point de sentiment du devoir, point de qualités , point de vertus , seulement des passions , et, par conséquent, point de raison.
Qu'importe à un animal la dignité de sa race, celle de son espèce, il n'existe qu'à l'état d'individu isolé. La même loi qui fait que le vent transporte au loin l'atome qui fécondera le végétal immobile , fait rechercher par l'animal non pas une société, mais un contact pussager. Comment d'ailleurs se croirait-il quelque dignité, s'il ne sait ni son origine ni sa destinée.
Comment l'homme qui s'est réduit aux mêmes conditions aurait-il le sentiment du devoir moral, pourquoi chercherait-il à acquérir quelque qualité lorsqu'il ignorerait ce que c'est que le bien ? comment anrait-il des Tertua, c'est-à-dire un amour ardent et courageux pour le bien. Il connatlratt des désirs immodérés, mais ces désirs n'auraient pour objet que ce qu'il y a de moins noble en nous, la matière : les instincts seuls seraient développés en lui et puissants ; que deviendrait donc sa pauvre raison si elle essayait d'entrer en composition avec tant de redoutables ennemis?
LXX. Et qu'on y prenne garde , l'idée religieuse ne ae rapporte pas seulement aux- choses saintes, aux choses de Dieu et de l'autorité , mais à toutes celles qui sont la conséquence du sentiment que l'Âme a de sa propre existence, de sa propre dignité? c'est pour cela que pins on est instmit , plus on est religieux ; c'est pour cela que plus on est religieux, plus on est moral , plus on se montre citoyen sage appréciateur de ses droits et de ses devoirs Ijne jamais on ne sépare les uns des antres.
LXXI. U est de mode de dire beauoonp de mal de temps où nous vivons. Il semble qae noe grands- pèr?s furent des anges de candeur, des miracles de Terfas. Si les injures que nous prodiguons au préaent , ponvairrt être utiles à son amélioration, on comprendrait , toat n les déplorant, les plus monstrueux mensonges bistnriqnei : maifc il en est tout autrement Qni voit-on médire le plu haut du présent et le calomnier? ceux même qni sont in auteurs du mal qui s'y produit, ces gens ponr qni tcsi inutiles les magnifiques enseignements de fratcmîlé eiét respect de tous les droits que donne notre société . U plus véritablement , la plus sincèrement religieasr 6t toutes les sociétés.
LXXII. L'homme est si peu de chose par Ini-méaf . qu'il devient impouible de Tisoler de ses semblable di$ qu'on l'étudié dans la plus noble partie de Ini-même. diri son intelligence. On a dit ici , à propos des devoirs et l'homme par rapport à sa nature physique , qne Ym compléterait ce premier chapitre en observant qncls sotf les devoirs de l'homme par rapport à sa natnre oMnlr. et voilà que , pour conclure le nouveau thème , il fm arriver à considérer l'homme par rapport à aca setab:!bles. Ne semble-t-il pas qne cette obligation aoit la pias éloquente des preuves de cette constante réciprocîté dasl il a été parié eu commençant, puisque le devoir, en apparence le plus personnel, le plus égoïste, si l'en pts: ainsi dire , que nous impose notre conservation m^btrielle, n'a de sens, n'a de valeur que par réebaa^ et bien qui en résulte entre nos frères et nons ! Esh»oons donc l'homme par rapport à ses semblables , r'csà'dire essayons de classer et de définir Ica devoirs wciaux et les devoirs publics.
Qu'il nous soit permis de nons arrêter nn instsal r. de nous recueillir.
Tout ce que nous avons oublié se présente en (mlV i notre souvenir. Tout ce qne nous avons dit , ooas f«& drions le redire autrement Ce serait tonjonvs le mw avis , la même recommandation , mais peat-étre sens m» forme plus saisissante , mais appuyés d'argnmenti sUl-plus sûrement et plus rapidement an bnL Nons trecv^rions sans doute alors une place plus convenable q» celle^i pour rappeler un conseil donné par tons les s^ pour rappeler que le secret de l'accomplis semant de k^cles devoirs est dans Yinm db soi-uftui.
D'où rient, en effet, que tant de gens, très-sa«ap> en morale, mènent pourtant une vie si pen d'accord v*" leurs sévères préceptes? D'on vient qne tant de peisoesn très-sensibles au bien qu'on leur signale, et tontes disposées, d'ailleurs, à reconnaître U sûreté des rrjW^ qu'on leur trace , manquent facilement à opérer tikmêmes ce bien et semblent n'avoir jamais ces règlvs pnsentes à la mémoire quand il s'agirait de les appiiqs'r C'|st qu'elles ne se sont jamab étudiées et n'ignorent m' plus qu'elles-mêmes.
Il est bon d'y prendre garde. Nons nons Cataons n:tment de dures confidences , rarement nons nous me»portons hors de nous-mêmes pour cxaminor nn peu qar* esprits nous sommes , combien nous avons de pvvja?^ personnels et de quelle façon nous aurions à msdifiir s^* opinions, notre caractère , afin d'être vraiment dignes é servir d'exemple à cette société que nons legvaleas é haut de notre vanité.
{Lit 2^ et Z' partia à U Umimm smtmet )
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INSTRUCTION POUR LE PEUPLE. — CENT TRAITÉS. Puif.— DUBOCHET, LECHEVALIER it C», 60 RUE RICHELIEU. — SSontimis.
DEVOIRS SOCIAUX ET PUBLICS