‹ Instruction pour le peuple: cent traités sur les connaissances les plus indispensablesChapitre 207 sur 291 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

DBV0IB8 lOCIAOX.

Généralités.

I. Etudions intintaiiaiit rhomme daiu ses rapports avec tes semblables.

Il a été facile de s'apercevoir que, dans la première parlie de cet écrit, on a été souvent embarrassé poor isoler l'homme, le montrer n'agissant que snr lui-même, en vue de lui-même et n'accomplissant ainsi que la moitié de sa destinée. On sera plus à l'aise en l'observant dans l'application de son activité au bonheur de ce qui l'entoure et au sien propre, dans l'accomplissement, en un mol , de sa destinée tout entière.

Lo devoir apparaîtra peut-être moins souvent comme frein de la liberté individuelle, mais il éclatera dans toute sa splendeur de loi de réciprocité, base du droit, et, mieux encore , principe de l'amour.

II. Ce qui a été dit précédemment dispense.de s'arrêter à expliquer pourquoi l'homme , la créature intelligente par excellence, est en même temps la créature sociable par excellence. On se bornera à faire remarquer qu'en lui cette qualité est tellement inhérente à la première que celle-ci s'affaiblit à proportion que celle-là est dans l'impuissance de s'exercer. Ce fait se produit tons les jours ches les malheureux que les sévérités de la jnslice humaine ou des circonstances fortuites privent le toat commerce avec leurs frères. L'intelligence mania an t du contact qui l'avive et la féconde , cède pen à peu la place aux instincts, qui parlent d'autant plus haut la'elle se fait moins entendre ; l'honmie oublie par de- ^ré son origine, sa mission, et, sans s'en apercevoir, lesceod presque au rang des simples animaux n'ayant |ae de grossiers appétits au service d'une existence pu- 'ement matérielle.

III. Telle eat aussi l'explication de l'état d'infériorité elative des nations et des familles.

A mesure que les individus qui les composent assoient lenr puissance, échangent plus fréquemment et il us facilement leurs idées; à mesure que s'abaissent 38 barrières dont ces nations et ces familles s'étaient endurées dans leur craintive enfance ; à mesure que chaane d'elles communique avec ses voisines , son activité aorale se développe , son activité physique se règle , elle biient davantage et beaucoup mieux avec un moindre

déploiement de forces ; le monde de l'intelligence , de plus en plus accessible pour elle , lui livre les secrets du monde matériel : le jugement se rectifie, les mœurs s'adoucissent, les arts naissent, le goût s'épure, les sciences se composent , et l'humanité , s'élevant vers les hautes régions où l'esprit de Dieu lui parle de plus près, se rend mieux compte de sa fin sublime, se respecte davantage dans elle-même et dans chacun de ses membres.

IV. On ne comprend pas comment des écrivains, de bonne foi sans doute et souvent très-éclairés d'ailleurs , ont pu calomnier la civilisation, c'est-à-dire l'état de société. C'est certainement sacrifier an vain plaisir d'une boutade, brillante peut-être, mais à coup sûr dangereuse, la valeur de leurs raisonnements, pour nous inviter à réformer nos mœurs. A quoi bon en effet nous fatiguer à poursuivre le bien , si le bien nous est impossible tant que nous continuerons à obéir i la loi de la nature, à rester dans l'état de société. Ne vaudrait-il pas mieux laisser s'écrouler nos villes , s'effondrer nos routes , se combler nos canaux, nous disperser sur des champs redevenns sans maîtres, oublier notre. passé, nos arts, nos sciences , nos lois , et renverser courageusement et tout d'un coup l'œuvre lente et patiente des générations nos devancières? Folie que tout cela, lors même que nous pourrions l'exécuter. "Le premier moment de surprise serait i peine passé, que nos fils, maudissant notre fièvre de barbarie, s'entr'appelleraient, se réuniraient pour relever les mines que nous leur aurions faites, nous exhumeraient nous-mêmes afin d'interroger la cause et le remède du délire qui nous aurait saisis , et, après avoir restauré la patrie , la réchaufferaient au feu de cette civilisation mal étouffée sous nos cendres impies.

V. Les mœurs sans cesse accusées , et trop souvent avec raison , les mœurs ne sont point la conséquence de l'état de société , mais celle du parti que nous tirons de cet état Celui-ci ne suffit pas davantage à rendre les hommes excellents qu'il ne les empire nécessairement II est ce qu'ils le font, il reçoit ce qu'ils y apportent , il ne leur rend que ce qu'ils lui confient ; il a , de même qne toutes les choses de ce monde, grandes et petites, ses conditions d'existence régulière, qui, suivant qu'elles sont comprises et fidèlement exécutées ou non , en font une source de jouissances on une source de souffrances. Examiner ces conditions et les remplir, discerner le bien et s'appliquer à le produire, apporter la plus grande part

poff ibie d'utilité daDi la grande association formée par rhumaaité, tel eit, poar chacon de nooi, l'ensemble des devoirs que ooos appelons sociaui, non pas afin de marquer qo'ils sont difTéreots dans leur principe de cenx (pie noos avons désignés sons le titre de devoirs privés , mais afin d'indiqaer qu'ils se rapportent à an ordre de faits plus compliqué.

VI. A les considérer du point de vue le plus élevé , les devoirs sociaux ont pour objet l'hnmanité tout entière, sans distinction de races , de nations, de familles. Cependant, comme cet être abstrait qu'on nomme humanité est beaucoup trop immense pour que les esprits les plus vastes en aient constamment présentes les diverses exigences, il convient de le fractionner par portions asseï restreintes pour que chaque homme en soit en quelque sorte entouré.

Ainsi , comme il est accueilli par la famille avant d'élre connu de la patrie et qu'il n'a conscience de l'humanité qu'après avoir apprécié les bienfaits des deux premiers degrés d'associations , l'ordre d'exposition suivi jusqu'à présent en pareille matière a son point de départ dans la famille et son dernier terme dans l'humanité ; on s'y conformera encore ici.

Il serait certainement à désirer qu'on pût procéder autrement : un jour viendra , et déjà nous le pressentons , où les grands principes sociaux étant plus nnirersellement connus , l'homme comprendra cpi'il est avant tout citoyen de l'universet n'aura pas besoin que, pomr éveiller ■on attention , on lui recommande d'abord le bonheur de ■es frères et celui de ses amis.

VIL An surplus , il est impossible qu'un bon fils , qu'un bon frère ne soit pas un bon citoyen , et cpi'an bon citoyen ne soit paa un membre utile de l'humanité. Quelques penseurs ont dit , il est vrai , que l'esprit de famille est étroit , étroit aussi l'esprit de cité , et étroit encore l'esprit de nationalité lui-même. Cela n'est point : il n'y a d'étroit que la pensée ayant pour but unique le biennêtre matériel de celui qui la conçoit, et cette pensée reçoit toujours son châtiment Qu'un père de famille cherche le bien de ses enfants et celui de ses proches dans ce qui pourrait nuire à la cité, à la patrie : une génération ne se passera pas sans que cette famille ait rudement expié cette faute ; qu'un souverain porte atteinte , en faveur de son peuple , aux droits des autres peuples : en vain croira-t-il avoir réussi ; il survivra à son œuvre , si elle ne l'entraîne pas dans sa chute.

VIII. Il est indispensable, afin de rendre parfaitement compte de la nature des devoirs sociaux , de remarquer qu'il n'en est pas de l'action que nous avons à exercer sur nos semblables comme de l'action que nous avons à exercer sur nous-mêmes. Dans ce dernier cas cette action est simple ; dans le premier elle est double. En effet nous sommes actifs par rapport à la société en influant sur elle par notre manière d'être, et nous sommes passifs en subissant i notre tour son influence.

Toutefois celte distinction , un peu subtile , entre Vac» ti<m de recevoir et Yactitm de produire , conduirait trop loin sans grand profit. De même donc qu'à propos des devoirs privés , on n'a point distingué les devoin dits faction de ceux dits ^abeUntion , attendu qu'appliquer sa volonté i tubir on à infliger ^ à ne pat faire on k faire, c'est toujonra exercer sa volonté , agir, on se dispensera d'ajouter aux difficultés d'une matière déjà asses aidne.

De la Famille.

IX. La patrie et l'humanité sont tonjonn pour nous des êtres collectifs. Chacun de nos compatriotes a bien sur nous quelques droits qui résultent de cette position particulière ; chaque membre de l'humanité se présente bien à nous avec des droits aussi que nous avons le devoir de reconnaître : mais cette distinction entre l'étra

individuel et l'être collectif n'est pas anni traacfaée ici qu'en ce qui concerne la famille ; celle-ci noos louche de plus près , et chacun de ses membres nous impooe encore des devoirs différents suivant la place qa'Û occupe dans la famille : nous ne devons pas à notre enfant ce que nous devons à notre père. Il convient donc de divise- le» devoirs enven la famille en généraux et en particolicn. Nous entendons par devoirs généraux ceux qui résultent de l'état de famille , abstraction faite des individaÉlités dont se compose la famille, et par devoira partitaliera ceux que noos avons à remplir enver» chacnnf d^ ces individualités.

% \*^. Dtvoin geBcniix.

X. Pour se rendre compte des devoin réclamés par li famille et des droits asiarés en échange de ces devoirs rendus , il est bon d'avoir une idée de ce que c'est que b famille, des éléments dont elle se compose , dn princtp* qui la régit, et du but que Dieu lui a marqué.

XI. Une famille est l'ensemble des individna q». père , mère, enfants, frères et soeura, sont en qoclqur sorte la multiplication^ de la même existence; car oriit particulière an père et celle particulière à û anère pe sont, chacune, que la moitié de celle reproduite ea chaqar entant La conscience de cette existence donnée , cdk de cette existence reçue , et plus tard , entre frères c: sœnn, la conscience de cette existence partagée. Cut nattre un sentiment que n'exprime pas snffisnnwnent If mot afecHûn. L'affection, en efTet, se retronve antre psrt que dans la famille ; elle peut augmenter , diminncr n s'éteindra même sans laisser d'autre trace qn'im tièrk souvenir. Le sentiment qui unit entre eux père , mèrr . frères et seenn, a cela de remarquable, an oootnirr. (pie, loncpi'il semble avoir perdu de sa première Minoàt . la moindre circonstance suffit pour le Cure repsnîlr dans toute son intensité. Ce sentiment est pins que à/ l'affection ; il est un composé de tendresse dévoner éi pères à enfants , da tendresse respectuenae d'enlaots i pères , de tendresse de frères à frères , et enfin et tei darité morale profondément sentie par tons et accepte^' par tous, sans aitière-pensée.

La famille, a-t-on dit antre part (1), c'est le nid let. joun chaud , toujoun ouvert , où , dans les bmas coaiDt dans les mauvais joura, l'oisean revient sav^onrer s» joies, endormir ses tristesses. Oh! bîenliearenx em pour qui les mots de père, de mère, d*esafant. ér frère, de parent, ne sont pu que les froides indicmiioe» de degrés généalogiques ! Un ami est nne bien doeci chose, mais une famille est peut - être pins donce eacorr Elle vous avait adopté en quelque sorte avant ^eiir nutsanoe , et si , comme l'ami , cet ami que peraoo^ n'cit sâr de rencontrer une seule fois en sa vie , elle ee v confond pu en vous , elle est si henreose de vont w' vous confondre en elle , elle vous fait si généiettSfMvotre part dans ce qu'elle a conquis d'estime, elk «!<• associe avec tant de franchise à ses plaisirs , à ses rocsolations , que vraiment on ne saurait dire si la psse r de l'amitié vaut le sentiment de la famille.

XII. La famille serait trop faible, trop peu dea^' si elle comprenait uniquement les pères , les n>ère« '. les enfants. Ces demien, devenus pères ou mères à Un tour , ne doivent pas oublier qu'ils ont été &fref r sœnn ; les familles qu'ils fondent , chacon de lenr csir ne doivent pas être étrangères l'nne à l'antre. Les pct*9fils, les oncles, les neveux, les cousins, naeasu A même tronc oà circule nne même sève , pcrpétneat U famille. La diveraité de plus en plus grande qn'ib j •»troduisent d'intérêts et d'aptitudes , la conslitne «d 0p puissants association qui centuple des forces dont Ti».-

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DEVOIRS SOCIAUX ET PUBLICS

lement eût échoué devant les ditBcnltét qoe prétente le monde intellectuel comme le monde matériel.

D'antrei éléments viennent encore s*ajonter à ceox-Ià. L'hiitoire dei anciens temps a été mille fois racontée ; on ne redira pas comment la femme a fini , après avoir souffert si longtemps dans sa dignité méconnue, par remonter au rang que Dieu lui a assigné à côté et non pas an-dessous de l'homme , son protecteur, non point son maître, et a donné, en récompense de cette justice rendue , la parenté par alliance. On ne redira pas non plus comment l'homme a déclaré la guerre à l'homme , comment l'esclavage s'en est suivi , comment celte violence a modifié la répartition du travail et comment, par suite, a pris naissance la domesticité. On pense rappeler un fait connu de tout le monde en montrant (a domesticité admise jadis et encore de nos jours , dans quelques patriarcales maisons, à faire partie de la famille. Les Romains ajoutaient encore a ces éléments déjà nombreux, les amis et une partie de ce qu'ils appelaient la clientèle, ou autrement dit les protégés , les obligés. Aussi , dans les beaux temps de leur civilisation, offenser une famille ou acquérir des droits i sa reconnaissance, c'était se donner pour amie ou pour ennemie la nation presque tout entière.

XIII. Les mêmes besoins qui ont fait se développer chez l'individu l'idée d'association et ont conduit à l'établissement de la famille se sont révélés ches celle-ci, l'ont fait s'associer i d'autres familles et former ce qu'on appelle un peuple , une nation, mais ce qu'on désignera ici sous le nom de ëoeiité politique , afin de préciser davantage la pensée. On n'oserait pas donner le nom de nation à une association formée entre trois ou quatre familles, et cependant cette association ne serait pas autre dans ses conditions que celle formée entre des millions de familles.

On a souvent confondu la famille et la société politique, parce que le même principe d'association leur sert de base. Ces deux sociétés n'ont, dans la réalité, de commun que leur but, mais elles diffèrent complètement dans leur moyen d'action. Le râle de la famille dans la société politique est , chacun le sent, celui de l'individu dans la famille : dans combien de circonstances ce dernier n'estil pas obligé de faire abstraction de sa personnalité ! Or la nation ne peut jamais abdiquer an profit de la famille : elle a donc des droits qui manquent à celle-ci, celle-ci a donc des devoirs que n'a pas celle-là, et, alors, comment dire que des associations qui n'ont ni les mêmes droits, ni les mêmes devoirs respectifs, sont régies par les mêmes lois ? Il semble que la différence entre la famille et la société politique est encore pins sensible quand on considère leur mode d'organisation. Gomment prétendre que le pouvoir monarchique ait jamais été le développement pur et simple du pouvoir paternel, ou qu'une république, aristocratique , comme celle des Romains , ou démocratique, comme celles de la Grèce, pour ne citer que l'antiquité , ne soit que le développement des principes qui régissent l'intérieur de la famille ? Singulier monarque qu'un père de famille obligé de pourvoir, sur ses seules ressources personnelles, aux besoins de sujets qui, k un moment donné, échapperont à son autorité pour se constituer à leur tour «t à côté de lui monarques aux mêmes conditions que lui ; étrange république que celle où l'élément aristocratique devrait être trié parmi des frères et des sœurs , et que celle où l'esprit démocratique devrait méconnaître, annihiler la providentielle autorité du père de famille ! Non , non , ne confondons point deux choses essentiellement distinctes : la société politique agit sur l'individu par les masses, la famille, au contraire, agit sur les masses par l'individu ; le principe de la première est la justice, celui de la seconde est l'amour. La société politique accueille avec

bonheur le retour de l'enfant prodigne , mais avant que d'en manifester sa joie elle attend de s'être assurée que ce retour est sincère : la famille peut toujours croire d'avance k tous les repentirs et préparer le veau gras ; enfin , en pareille circonstance , la société politique pardonne et relève, la famille remercie et encourage.

XIV. Est-il besoin de marquer davantage le but providentiel assigné à la famille? Ne comprend -on pas bien que ce premier degré d'association qui tire l'homme de 1 isolement et lui apprend à s'appuyer sur son semblable est destiné à fomenter, k développer, à propager le dirin sentiment de charité mtfluelle qui , après avoir vivifié la société politique , s'empare de l'humanité tout entière , l'épure, la grandit, la rapproche de Dieu autant que Dieu le veut permettre?

XV. La sainteté de la famille est si profondément sentie , depuis surtout que les sociétés politiques connaissent mieux les conditions de leur puissance, que l'on peut dire que chaque génération, témoin de quelque nouveau mouvement social engendrant quelque nouvel intérêt, s'alarme pour la famille qu'elle croit incessamment menacée. Aujourd'hui l'effroi sur ce point passe tonte mesure.

XVI. A aucune époque on n'a entendu un plus grand nombre de gens dire d'une voix plus triste et plus convaincue : — Hélas ! hélas ! la famille s'en va ! bientôt on ne connaîtra que par la tradition cette forte institution que nous étoulTons sous les misères de notre étroit individualisme.

Rassurons-nous, ce malheur n'est pas arrivé, et moins que jamais il est à craindre. L'individualisme , qu'on signale d'ailleurs à bon droit à l'indignation des hommes sages , n'est qu'une crise et non pas une maladie incurable. Gomment cela pourrait-il être quand la charité publique est si prévoyante , si active : un père , une mère , des frères , des sœurs , dés parents , ne seront-ils pas toujours le plus proche de tous les prochains !

Il est bien vrai que la création de nouveaux intérêts , que l'établissement de nouvelles mœurs par suite de la diffusion de principes différents de ceux sur lesquels reposait l'ancienne société politique, tendent à faire se modifier la famille; il est bien vrai que le mélange de plus en plus complet des différentes castes entre lesquelles la société se partageait naguère , et que celui des différentes populations qui , à pen près immobiles jadis sur le coin de terre où la Providence les avait semées , se visitent à présent d'un bout du monde à l'autre bout, ont fait du mariage une affaire plus personnelle, et affaibli peut-être le sentiment de la famille par rapport à la parenté par alliance; il est bien vrai que le mouvement de la propriété , accéléré par la loi des partages égaux , détruisant chaque jour davantage les puissantes associations particulières k l'ombre desquelles se groupaient autrefois tant d'existences aujourd'hui plus facilement , plus noblement laborieuses et indépendantes , on voit disparaître chaque jour cette vieille domesticité qui s'identifiait avec ses maîtres , on suivait les fortunes diverses , en épousait les querelles avec autant d'ardeur qu'elle en partageait les affections ; il est bien vrai que l'ancienne hiérarchie politique , copiée à la longue par la famille, hiérarchie aussi peu solide qu'était raisonnable et réalisable l'unité, matérielle en quelque sorte, qu'elle avait la prétention de constituer, a fait, en s'écroulant, plus d'une brèche à la famille; il est bien vrai , enfin , que l'amitié, si tant est qu'un ami ait jamais pu être confondu avec des parents , semble être devenue plus rare qu'elle ne le fut autrefois : mais, de ce que a famille est, en ce moment, dans le même état d'indécision qui tourmente notre société politique, est-ce à dire qu'elle soit, non plus que celle-ci, sur le point de se dissoudre? est-ce i dire que nos. pères aient emporté avec eux l'in-

iM

•Irument providentiel de la perfectibilité hamaine? Non, encore une fois non.

C'est un méchant parti qae celui de chercher à accabler le présent sons le poids de regrets dont le moindre tort est de n'être pas toujours suffisamment éclairés. C'est plus que de l'inconséquence que de prétendre condamner l'avenir à la stérilité parce qu'il ne dispose pas des mêmes moyens d'action que le passé. Asseyons la famille sur les nouvelles bases où repose la société politique moderne, et l'avenir la reverra aussi admirable que nous nous figurons qu'elle ait jamais été.

XVII. Gardons-nous surtout d'une impatience qui serait coupable k force d'être dangereuse.

Parce qu'une idée est éclose, parce qu'elle a été asses étudiée dans son essence et dans ses effets pour être devenue un principe , tout ne se transforme pas , tout ne se coordonne pas immédiatement d'après ce nouveau principe, quelque évidente qu'en soit la justesse, quelque féconde qu'en puisse Btre l'application. Il a à soutenir contre l'ordre établi une lutte d'autant plus vive que celui-ci se fait de son antériorité un titre de légitimité que la plupart des esprits s'empressent de reconnaître , les nns par paresse et le plus grand nombre par ignorance ou par égoïsme , sinon par ces deui motifs à la fois.

L'humanité est bien jeune si l'on considère à combien peu de siècles remontent ses annales, en combien de lieux elle est encore dans l'enfance, et que dans les pays où la civilisation est le plus avancée, ses derniers et décisifs progrès ne datent que d'hier. Elle est bien vieille, au contraire , si l'on calcule la longueur de sa vie d'après le nombre des obstacles que son intelligence a dû tourner on renverser avant de s'ouvrir l'espace immense où elle s'exerce aujourd'hui.

Il ne lui a pas fallu moins de 40 siècles pour savoir que tons les hommes ayant la même origine et la même destinée sont tous égaux entre eux, et pour comprendre que l'association n'est rien sans la fraternité. 18 autres siècles lui ont ensuite été nécessaires pour mûrir ce dernier principe et l'appliquer à la société politique, non point partout, mais seulement ici et là , non point paisiblement, mais de combat en combat et en marquant chacun de ses pas avec le sang de quelque généreux martyr. *

Nous n'avons plus, Dieu merci, à redouter des luttes aussi terribles , à prévoir une aussi longue attente avant d'avoir mis la famille en harmonie avec la nouvelle société politique. Il ne faut pour cela que de la bonne volonté, de la patience et une sage confiance en notre force à opérer ce que nous savons être le bien.

XVIII. Comment ne pas reconnaître qu'il y va de notre intérêt le plus réel , le plus pressant de tout arranger autour de nous de façon qne, tout marchant d'un même pas, dans la même direction, le progrès ac« compli ici ne se fasse pas désirer là : notre intérêt nous répond donc de notre bonne volonté et de notre patience. Mais il n'en est pas de même de notre confiance en la force de nos semblables ; l'excès de notre confiance en nousmêmes nous laisse bien peu le temps d'en avoir en antmi, et c'est peut-être à cause de cela seulement qu'il est maintenant de mode de nier le bien qn'on ne fait pas soi-même , et de ne chercher que dans le mal le mobile des actions d'antrni.

XIX. Tant pis pour les espriU inquiets et moroses , tent pis pour les espriU superficiels qui se plaisent à médire du temps présent, cent-ci parce qu'il n'est pas précisément comme ils se figurent qu'il devrait être, ceux-là parce qu'ils ne tiennent compte que de cerUines apparences et de certaines exceptions fâcheuses. Ils se privent de la plus douce des jouissances , ils font pis, ils font plus de mal qne les méchants positivement mé-

chants. Nier constamment le bien est de plus dangereuse conséquence que de s'oublier une fois à oommeltre le mal : on a horreur d'un malfaiteur, on craint pour soi, pour son bien, pour sa vie, mais commeot se défier de l'homme qui, à notre profit, ce nous semble, calomnie ouvertement l'humanité?

Eh ! sans doute , aujourd'hui comme toujours , cile a ses faiblesses, ses travers et ses vices ; mais en a-t-elk plus qu'autrefois ? c'est ce qu'il conviendrait d'examiner pour être juste envers le présent ; mais ne poorrs-telle parvenir à en avoir toujours de moins en moins : voilà ce qu'on ne peut nier sans injustice envers elle d presque sans impiété. Croyons an bien , aimons le bieo, et cela suffira pour le faire se produire : La vertu, quoi qu'en disent les stoïciens , veut être encouragée.

Ainsi donc, sans nous effrayer de ce qu'on nous raconte sur la ruine de la famille , donnons-noos la main, frères, fils, parente et amis, et, forte de Tappoi les on des autres, marchons d'un pas ferme vers nn avenir meilleur que le présent, qui lui-même vaut mleiix que k passé.

XX. Dans notre société politique actuelle, chaqae homme a sa valeur et cette valeur est calcnlée d'après l'utilité relative , en prenant pour l»se de celte utilité l'emploi et le développement de Fintelligenoe. La naissance, qui autrefois éteit une raison péremploire d'être on de n'être pas dans une situation plutôt que dans ane autre , n'est plus qu'un avantege quand elle est étei^ et qu'un obstacle snrmonUble quand elle est infime. L« mérite personnel a certainement plus d'une fois commaaéf le succès ; mais ce qui ne fut pendant longtemps qn'wK exception forcée est maintenant la règle génénïe. O n'est donc plus précisément à la famille qn*il fanl àtmander la force d'ascension, mais à soi-m^me; il er s'agit donc plus d'en faire une espèce de citadelle abritent les lâches aussi bien que les valeureux dernèn ss murailles, bâties lentement et aux frais des pins paarm C'est sur soi-même , sur son intelligence , rar son trsvail qu'il faut compter pour conquérir le poste qu^ chscun a un droit égal à disputer. La famille n« pcîrt pi» être qu'un ardent et inépuisable foyer où chacon vienne se retremper entre deux combats soutenus corps à corps et à visage découvert Aimons donc notre famille poar la force morale qu'elle nous -fournit, et, par pmdroce pour nous-mêmes et pour nos enfante, sinon par justice et par reconnaissance, tâchons de Ini rendbrè an eestuple ce qu'elle nous a prêté et qu'elle nous prêtera àt nouveau, toujours plus généreusement

XXI. En exposant ce qn'on croit être la faai3le , dans la hante acception de ce mot , en expliquant sa misnes dans la société politique et dans Thumanité , en proflvaBi qu'elle ne peut disparaître , et enfin en essayant dliidiqner à larges traite la cause principale de Tétat d'af^l^ blissement où elle semble se trouver , on a prasqoe èètaillé les devoirs généraux qu'elle impose et 1^ droiti résultent de ces devoirs rendus. On peut lèsuinei aîasi cette grave matière :

P Croire à la famille;

20 La respecter en soi-même et dans chacun de *ti frères et parente ;

30 Travailler à en augmenter la puissance en s^életasl soi-même toujours davantege dans restime pnUiqae :

40 Chef de famille , ne point prétendre à rester, m éc fait, ni de droit, chef au même titre et avec la mim autorité de toutes les familles qui se formeront aiee les élémente de la première , et ne leur demander qne de h confiance , afin d'en obtenir de Tamonr, qui procore . ca somme, l'obéissance la plus entière et la pins sAre:

5<> Ne laisser jamais perdre de vue à la famille qa« ks devoirs qu'elle impose n'occupent que le trotaième ru^ dam l'ordre des devoirs sociaux , c'est4-dire qne P

DEVOIRS SOCIAUX £T PUBLICS

^ appartient d'tbord , et pur cooséqaent fe doit d*abord à rhamanité , pnii à It patrie , et en dernier lieu aenlement à la famille.

L'eiamen des devoirs particoliert expliquera et jostifiera ce qne ce résumé pent présenter d*nn peu rude.

I 2. Devoln {wrtieallen.

XXII. Les devoirs généraux ne sont pas également raisonnes par tout le monde. Il faut une certaine habitude de réflexion pour distinguer parmi les choses diverses qui conviennent à chacun des détails différents compris dans nn vaste ensemble , celles qui ne conviennent qu'à tel de ces détails , celles qui conviennent au plus grand nombre d'entre eux et celles enfin qui conviennent à tons. Mais , Dieu merci , il n'est besoin d'être profond penseur pour être excellent parent, excellent citoyen, homme parfait ; on peut même ignorer comment le bien qu'on fait à une seule personne se trouve avoir été fait à toute une famille , à tout un pays , et ce bien n'en est pas moindre pour cela et n'en fait pas moins aimer et admirer le cœnr charitable qui l'a répandu. Aussi , on l'avoue bien franchement , on serait beaucoup plus fâché de se tromper dans ce qui va suivre ou de ne pas être suffisamment clair, qu'on n'éprouverait de regrets d'avoir commis les mêmes fautes dans ce qui précède.

XX in. Quoi qu'il en puisse sembler aux grands parents, c'est eux qu'il faudrait prêcher, et non pas si souvent les enfants. Nous apprenons plus par les yeux que par les oreilles : les mille événements grands et petits qui se succèdent autour du foyer paternel ont tous leur moralité , qui , déduite par l'enfant lui - même et sans qu'il Y songe, produit sur lui une impression autrement vive et durable que l'émotion que lui pourra causer sur les bancs de l'école la parole du matlre. C'est un fait avéré qne , toute notre vie, nous nous laissons aller à l'imitation : les habiles, les forts, sont ceux qui choisissent le mieux leurs modèles, qui raisonnent leur imitation, et font faire ainsi un nouveau pas à leur raison. Quand l'écolier rentre ches son père et y voit pratiquer toute autre chose que ce qne des professeurs lui ont enseigné dans la journée , sur lequel des deux modèles suppose -t -on qu'il se réglera de préférence? évidemment sur celui qui se présente à lui avec un caractère plus marqué de* franchise , de désintéressement , et aussi avec le plus d'autorité. C'est dans la famille qne nous puisons nos premières idées ; c'est là qne nous nous imprégnons d'un caractère, que plus tard nous réglerons peut-être , mais dont nous ne nous déferons plus ; c'est là que nous puisons des opinions , qae le temps modifiera certainement , mais que nous ne transformerons pas; là que nous contractons ces préjugés* de tontes sortes qni ne mourront complètement qu'avec nous : on ne saurait essayer de trop de moyens pour moraliser la famille.

L'institution des rosières a son mérite : plus répandue, elle produirait de très-bons effets, non pas seulement sor les jeunes filles , mais sur les mères , sur les pères , obligés de s'observer afin de donner de bons exemples , et sor les frères, profilant de ces bons exemples aussi bien que leurs sœurs. Mais il y aurait une institution plus puissante à fonder : celle qui rendrait les pères positivement solidaires de la moralité de leurs fils , jusqu'à l'âge où ccox-ci, livrés à eux-mêmes et perdus dans la mêlée, doivent être seuls responsables de leurs actions. Il ne s'agirait point d'ajouter de nouveaux articles au Code pénal ; il ne s'agirait pas davantage d'appliquer ici le déplorable système des primes, mais il semble que, si jamais décoration avait le droit de f étaler orgueilleusement sur une poitrine , ce serait celle qu'y aurait attachée un fils qni , parvenu à l'âge de dix -huit ou vingt ans sans s'être jamais éloigné longtemps du foyer paternel , aurait été solennellement jugé le plus vertncux des jeunes gens de sa

commune : ce serait tout simplement la moralisation de la famille par les enfanta. Cela touche , on le sait , aux plus hautes questions sociales ; mais , quand le principe est vraiment bon , on trouve toujours moyen de résoudre les difficultés de l'application. La société a trop longtemps été organisée pour et par l'égoisme : — Tu me nuis , tu me gênes , dit-elle , je te punis ; tu fais le bien , mais sans profit immédiat pour moi : je te laisse savourer les éloges de ta conscience. — Déjà, et grâce à d'éloquentes voix , nous commençons à faire mieux ; espérons qu'avec le temps nous ferons tout à fait bien. La famille alors sera constituée sur des bases désormais inébranlables. La solidarité morale sera réelle entre ses membres , malgré l'indépendance de leur action individuelle. Un lien plus fort que celui de la richesse , que celui de l'importance dans la cité ou dans la nation , les unira , et tous tiendront à se connaître , et s'aimeront d'autant mieux qu'ils auront tous le même droit à acquérir la même puissance par les mêmes moyens également, à la disposition de tous , pauvres et riches , obscurs ou élevés en dignité.

Plus d'un lecteur sourit à l'utopiste : d'accord ; on ne voit pas l'exacte vérité des choses quand on les observe à une certaine distance ; mais cet inconvénient est aussi bien pour celui qni contredit la description que pour celui qui l'essaie. Combien de nos institutions modernes n'ontelles pas été traitées de folles utopies !

Prenons cependant les choses telles qu*elles sont , et sans dissimuler le mal, signalons le bien, disons comment il peut, comment il doit aller toujours en grandissant

XXIV. Entre l'époque du mariage du père et de la mère et celle où l'enfant né de ce mariage se dispose à devenir chef de famille , se présentent toutes les circonstances desquelles résultent les devoirs réciproques de tous les membres de la famille.

Ainsi donc, et si l'on veut nous permettre une facilité de langage qui mieux qu'une austère gravité convient à notre philosophie bien simple , bien vulgaire : voici nos épousés revenus du moustier , suivons-les discrètement , constituons-nous leur conscience et voyons ce que nous leur conseillerons à chaque pas qu'ils feront dans la vie. Ce ne sont ni de jeunes étourdis , ni de trop mûrs raisonneurs ; ils se sont mariés comme on se marie le plus souvent : parce que des deux parts on a jugé qu'il y avait suffisante convenance d'âge, de caractère, d'éducation et de fortune : nous n'avons affaire ni à de brillantes ni à de tristes exceptions ; en nous occupant d'eux nous pourrons croire nous occuper à peu près de tout le monde.

XXV. Au bout de huit jours de ménage il semble à l'homme qu'il est venu au monde marié. Il n*en est pas ainsi de la femme ; il y a de l'hésitation dans sa pensée. Elle sent, bien qu'elle ne se l'explique pas parfaitement, elle sent qu'il s'agit pour elle maintenant de réaliser les promesses de la jeune fille, et, poursuivie qu'elle est par le souvenir des rêves angéliques qu'elle faisait naguère , elle est tentée de s'attrister à chaque fois qu'une réalité nouvelle lui apparaît. Ce n'est rien , moins qne rien , cela va passer , et la femme , comme le mari , et même beaucoup plus que le mari , va s'observer , observer ce qui l'entoure , s'apercevoir, pour la première fois peutêtre, qu'il faut donner pour recevoir, et que les qusilités, les vertus qui nous font aimer de notre prochain composent notre plus sûre fortune. La vie antérieure et plus active du mari l'avait déjà initié au lentiment de la plupart de ces vérités, c'est pourquoi il en est moins surpris et en paraît moins touché. Cependant il reconnaît chaque jour davantage qu'au dehors et dans l'intérieur de sa maison , il lui faut se conformer à des règles de conduite que, dans la première ardeur de sa jeunesse , alors qne sa mère se chargeait de le faire aimer , et son père de le faire valoir , il respectait , seulement parce qu'on

Itôl

Ty avait instruit et qa*il suivait tant bien que mal sans en interroger le sens.

XXVI. Le meilleur mari , la femme la meilleure se donnent réciproquement roccasion d*exercer presque tontes les vertuj^ Le ménage le mieux uni n est pas celui où jamais ne se fait entendre un mot plus vif qu'il ne le faudrait , mais celai où chacun, est toujours prêt à faire des concessions à Tautre. Se concéder réciproquement est un devoir, et ce devoir, qui résume k peu près tous ceux de simple relation de personne à personne , est bien réellement celui qui nous confère le plus de droits k Taffection de nos proches.

XXVII. Le but du inariage n*est pas seulement la reproduction de l'espèce , comme le disent ceux qui ne se préoccupent que des modifications successives de la matière, il est surtout la multiplication des intelligences qui, plus elles sont nombreuses , plus elles s'excitent et font progresser la raison. Chaque âme qui passe sur la terre y apporte et y laisse un rayon dé lumière.

Notre jeune ménage a eu d'abord un petit garçon, puis une fille. La mère n'a pu nourrir que cette dernière , sa santé avait paru gravement menacée après ses premières couches , et le père n'a voulu sacrifier ni la mère à l'enfant , ni l'enfant à la mère ; ni l'enfant et la mère i ce qui , alors, n'eût plus été de sa part qu'un préjugé sentimental.

La naissance de ces deux enfants a été un motif, de graves réflexions. Le père s'est reconnu responsable envers sa famille, envers sa patrie, envers Thumanité et envers Dieu de deux créatures qu'il dépend de lui et de leur mère de vouer au bien ou de pousser vers le mal. La mère, quand elle a le temps de penser, c'est-à-dire quand son garçon sommeille, quand sa fille ne crie pas trop fort, la mère s'est fait tout bas la même confidence et a pris la même résolution que son mari : jamais leurs enfants ne verront ni n'entendront rien qui leur puisse donner à croire que leur père et leur mère ne soient pas le même cœur, la même volonté en deux personnes.

La femme a encore son père et sa mère ; le mari a les siens égialement. Les grand'mamans s*entendent peu pour approuver l'économie de l'intérieur du ménage, les grands-papas blâment les affaires du dehors , mais aux petits^nfants s'arrête l'inévitable, l'involontaire critique : ils sont beaux, ils sont bons, bien plus que ne le croient et leur père et leur mère.

Heureuses les familles qui peuvent se grouper nombreuses autour d'un berceau : comment l'enfant dont le premier sourire a rencontré tant de sourires amis ne croirait-il pas au bien tout le long de sa vie ?

XXVIII. Il est assez généralement reconnu que dans le premier âge le gouvernement des enfants appartient à la mère, mais que, passé ce terme, variable suivant la santé physique et suivant le développement de l'intelligence , les filles se rangent sous lautorité de la mère , les fils sous celle du père. L'orphelin soit de père, soit de mère, qu'il soit fille ou garçon , manque de la moitié de ce que Dieu accorde aux enfants plus heureux : le père a beau être pénétré du sentiment religieux, les pins douces, les plus ferventes prières seront toujours celles faites dans la langue de la mère. La mère a beau avoir toute la prudence, toute la fermeté de caractère, toute la sûreté de jugement désirables, elle n'aura jamais, comme le père, ce quelque chose d'indéfinissable qui ajoute à la puissance de la parole, à l'autorité de l'exempte, et crée chez la jeune fille la fermeté de la future femme et sa forte raison.

Le moment de procéder à ce partage des attributions n*est pas venu pour nos époux. Ils s'éclairent de l'avis des grands parents , ils débattent ensuite la question dans le secret de leur tête-à-téle , afin que l'enfant ne se doute l)as que la mère eut voulu d'une façon et le pî're d'une

autre ; puis, quand le parti est arrêté , use seule Toboté se montre.

XXIX. Deux pouvoirs agissent sur nous pendi&l toute notre vie et règlent nos actions : le tentimetit et la raison , ou , comme on dit ordinairement , le etnr ft la tête. Plus est élevé le but de nos actiona , plus il convient que nous obéissions à la raison , de préférence as sentiment ; c'est le contraire à proportion que nous txtuu en vue le bien d'un ou de plusieurs individus coDsiderfi isolément; mais dans aucun cas, il ne faut prétendre a sacrifier complètement ni la raison an sentiment, ai celui-ci à celle-là. Tous deux sont les éléments indispensables d'une seule et même chose, rintellîgence. Udgrt nous , malgré la sagesse dont nous ne manquons pis <k faire profession , au moins en théorie , quand le ciloir a succédé aux ardeurs de la jeunesse , nous ne pouioni nous défendre de personnifier ces deux pouroirs ; enfuis, c'est presque toujours notre mère arec qui nous contttsons de cœur à cœur, et c'est presque toujours notre pm à qui notre raison demande les enseignements de li raison; hommes faits, si le ciel nous accorde la grâc«, U faveur insigne de nous donner deux amis , il en est totjours un en présence de qui nous craignons moins ^ nous attendrir qu'en présence de Pautre, et cels asu avoir moins de confiance en celui-ci qu'en celui-là, ass les aimer moins l'un que l'autre. Il importe de préic dès l'enfance cette disposition à dédoubler ainsi rintenigence et de faire en sorte que nous contractions rbaJ»tnde de trouver en parfait accord le cœur de notre nurr et la raison de notre père. II est bon que pour rels W père se réserve le privilège de certaines récompenses, r\ que la mère se résigne quelquefois i senrîr d'ageot a la froide raison. Ce sont là de bien minimes déuU. mais avec les enfants on ne saurait trop soigner les détails.

XXX. Au surplus, et en y réfléchissant bien, oo .>^^ qu'il en est à peu près de tout le monde comme des afants , et que si l'on veut bien vivre avec se« entoars . i faut se rendre habile à distinguer et à observer les Bukaces que chaque action emprunte des circonstances dar^ lesquelles elle est accomplie et de la personne qoi ei e^ la cause ou l'objet.

Les jeunes filles , les jeunes gens sont très-versés dm cette science , mais ils ne l'appliquent qu'à un seul orè^de personnes : leur père , leur mère , et ddni on cA qu'une voix secrète leur désigne comme derant fonar la seconde partie d'eux-mêmes. Le reste n'a que TexoMs.' de cette richesse du cœur.

Nos jeunes chefs de famille n'ont pas fait exreptk^ i la règle commune , et pendant les premières années i ■ leur mariage chacun les a trouvés charmants à voir di:^ leur intérieur , mais fort insignifiants hors de ce cer ' restreint Une sorte d'instinct, car parfois rintetligeori? ] ressemble , les a avertis que ce rêle cooœntré fioioi^ par ne plus être convenable. Ils ont senti qu*à lec'« enfants devenus grands il faudrait des amis , des ^^ teurs, et qu'il serait dangereux de les jeter sans tnc^' tion des solitaires adorations de la famille intime dir< la mêlée de la grande famille. Ils se sont faits aiioaR* et gracieux pour tous ; ils ont ravivé leurs anctenoes sc^ tiés, en ont essayé de nouvelles , ont cherché à se rus^ lier même les indifférents. Ils ont alors recueilli le p; de leur sage et vertueuse conduite comme époux ; ils or vn avec surprise le mérite infini qu'on faisait d^à à \evn enfants d'appartenir à d'honnêtes parents.

XXXI. Oh ! que si les pères et les mères étaieBl toL^ également convaincus de l'influence qu'exercent sur fit^ nir de leurs enfants l'estime qu'ils se comioaiideot ït* à l'autre, l'union qui règne entre eux, la régulsntf W lenrs mœurs, réguUrité qu'il ne faât point eoefos^^ avec la rigidité, combien il y aurait moins de psa^m

DEVOIRS SOCIAUX ET PUBLICS

délaiafléfl, moins éè malhearem !. . . Oh ! qae li let pèrM voulaient cooiidérer que la seul héritage qui ne pnisae échapper à dei enfante , le leul dont la ricbeite n'excite point de hainense eniie , c'est la position conqniie par d'honorables travaux , combien il y aurait moins de ces déchéances de famille qni attristent Thomme qui réfléchit, découragent le travailleur peu éclairé , et sont les pins actives causes de démoralisation sociale !

WXIL Le père et la mère, dont nous suivons la vie, oDt vn srriver cependant leurs enfants i l'âge de pu* berlé ; leurs devoirs n'ont augmenté ni en nombre ni en difBcultés ; les objets en sont seulement devenus plus importants, et, chose singulière, mais de commune expérience, cette importance ne les rend pas plus difficiles à remplir. Ainsi celui que son mérite élève par degrés au faite des honneurs se façonne lans y penser à de noavelles mœurs, conçoit des idées d'un antre ordre, embrasse un horizon de plus en plus vaste et 6nit par «foaverner un empire avec autant d'aisance qu'il administre sa famille.

XXXIII. La tâche qui jusqu'alors avait été à peu près commune entre les deux époux se partsge enfin : la mère 8*empare de sa fille , le père s'empare de son fils. Des sentimenls, des désirs, des passions vont naître et se développer qui demandent , pour être contenus et réglés , a ne certaine perspicacité toute spéciale que Tbomme ne sanrait avoir quand il s'agit de la femme , et dont manque celle-ci quand il s'agit de l'homme.

Si quelque dissidence existe dans le ménage, il est urgent d'y porter remède. La curiosité de l'enfant s'exerçait sur les effets , celle de la jeune fille et eelle du jrune homme vont s'exercer sur les causes. Epoux, iHesvons brouillés, hâtes -vous devons réconcilier; autrement vos griefs réciproques vont iHre interrogés, supposés , commentés. Deux camps se formeront chei vous qni se perpétueront dans l'avenir, ou bien, Tun de vous, complètement abandonné à lui-même , éprouvera le martyre d'être méconnu de ses propres enfants, d*ctre étranger de fait à l'association qni pourtant repose sur lui. Itères , si , par malheur , vous aves laissé en vous quelque point vulnérable, faites un suprême effort ; et vous, pères , que rien dans vos discours , que rien dsns vos actions ne donne à croire à voire fils qu'on peut, dans aucun cas, transiger avec sa conscience, et, encore moins, lui imposer silence.

XXXIV. Ce qui a été exposé dans la première partie de cet essai, au sujet de l'arrangement de la vie, pourrait retrouver sa place ici, car, ainsi cpi'on l'a dit, il appartient an père et à la mère d'instruire l'enfant de chacun de ses devoirs, de les lui faire aimer en lui montrant le bien qui en résulte et de les lui rendre faciles en lui en donnant l'exemple.

Le nombre des esprits assez forts pour s'interroger, se juger, se modifier cpiand ils sont avancés dans la vie , psi tellement petit que jamais, en fait de sentiments moraux, un père ne doit compter snr un précepteur plus habile que lui. Ce n'est pas la science d'un grand nombre de préceptes qui fait l'homme très-moral , c'est la foi en quelques principes généraux que la raison , éclairée par la conscience, applique dans chaque circonstance nouvelle.

Si les enfants ne sont jamais témoins d'altercations trop vives entre leur père et leur mère , si , objets euxmêmes de sentiments affectueux, ils vivent dans une douce atmosphère, où ne passent que de loin en loin de légers et rapides nuages ; si leur père et leur mère , pénétrés de véritables sentiments religieux, montrent constamment dans leurs discours, dans leurs actions, une foi ardente dans les sublimes vérités révélées à notre conscience à tons; si leur vie chaste et pure les fait, comme il arrive toujours , respecter par leurs enfants ; si les

souffrances^ si les miseras de l*hnaudBté et celles des individus les trouvent constamment charitables, constamment animés de l'amonr que l'homme doit porter à l'homme sons peine de renier Dieu ; si le père ne s'oublie jamais devant son fils i céder aux principes mauvais qni tenr i tour pèsent sur le monde et l'ettristent ; s'il l'Instmit i reconnaître en autrui comme en lui-même la hante dignité de l'homme, à voir les conditions du bonheur, celles même de la puissance personnelle , non point dans la force brutde , mais dans l'action da l'intelligence dirigée vers un but d'utilité de plus en plus générale , non point dans la fortune considérée comme mérite, mais dans la mérite considéré comme fortune; si la mère, cet orgueil de la famille dans la prospérité , sa providence dans l'adversité, enseigne à sa fille, par sa parole et surtout par ses exemples, le rÂle, sublime dans sa sainte obscurité, réservé à la dévouée, à la patiente modératrice des passions de l'homme , comment cette fille, comment ce fils ne seraient-ils pas tendres, pieux, eharitsbles, humains ; comment pourraient-ils se manquer jamais à euxmêmes, ni manqner k leurs semblables ; comment ce fils ne serait^il pas un jour un grand citoyen , et cette fille une épouse, une mère accomplie; comment enfin ces enfants n'exerceraient-ils paa envers leurs parents les vertus dons ils réjouiront plus tard le monde qui les bénira!

— Mais , s'écrieront peuMtre certains sceptiques malheureux, que paries-vons toujours d'amour du bien, de bonheur dans le bien ; que nous racontez-vous de parents et d'enfants parfaits, vivant comme autant de petib saints , dans une sorte de paradis où les vertus seraient choses tellement naturelles, tellement d'obliga* tion , qu'en manquer coûterait autant de soins , autant de sacrifices qn'û non! en Coule à nous pour vivre un peu honnêtement, au milieu d'ttne société si inhabile au bien, si experte dans le mal!

A ces récriminations on répondra comme on l'a déjà fait : — si la vertu régnait seule , s'il n'y avait point de mal ici-bas , il n'y aurait pas de bien ; — deux contraires ne se trouvant pins en présence, nous n'aurions plus de choix à faire ; notre liberté nous serait inutile , inutile notre intelligence, et l'âme, t ignorant probablement elle-même pendant sa vie terrestre , elle et son créateur existeraient sans doute, mais nous ne les connaîtrions pas. Le seul fait de recoomiander le bien , de montrer le bonheur dans l'accomplissement du bien , dans la soumission i la loi du devoir, prouve qu'on a la conscience de l'existence du mal. Mais faut-il pour cala l'exagérer, et parce qu'on est loin soi-même d'avoir les vertus dont on regrette l'absence chez beaucoup d'antres, est -il sage de semer le découragement? Oui, il y a du mal, beaucoup de Inal ! Les pères , les mères , les enfants sont bien souvent oublieux , iinon ignorants des véritables conditions de leur bonheur, et le temps présent, en particulier, préconise plus d'un principe, négation des véritables principes de force et de progrès. Est-ce à dire pourtant que cette erreur soit incurable , et qu'elle soit même aussi générale qu'on le prétend ? Sommes-nous vraiment condamnés à ne voir an milieu de nous que deux ou trois sages en deuil de la conscience publique et cherchant en vain un honnête homme , une famille pouis qui le devoir soit encore l'objet d'un culte assidu? Voyes donc, au contraire , cette conscience publique s'émouvoir au moindre scandale et saluer avec respect toute vertu en quelque lieu qu'elle se révèle ! Voyes sni^r , grandir et se multiplier de toutes parts des institutions charitables assez actives, assez puissantes pour être parvenues , dans ces derniers jours, à faire prendre patience à la misère, à raisonner la faim ! Pénétres dans le secret des familles, vons en trouverez, en grand nombre, où le père et la mère, entourés de l'amour et du respect de leurs enfants, vons

diront qae, ponr AToir duDg^ lenr ancien râle pi as ftbioio contre celui de gnidet pins détint^reifét , ils ne penient pas avoir rien perdn de leur sainte anlorité. Ce n*est point de Toptimisme qae de prendre ainsi en main une cause trop facilement abandonnée par ceiu qui la défendraient bien mieux; c'est sentiment d'un danger immense : une armée est battue d'avance , dont les soldais s'entre -disent les uns des autres : — Mon voisin est un lâche.

XXXV. Approches, enfants, à votre tour, et, puisque nous voilà monté sur un ton qui cependant n'est guère le nôtre, approchez, afin qu'on vous sermonne..,. Vous sermonner? non pas, vous seriez capables de nous fausser compagnie dans le plus beau moment de notre éloquence , hélas ! peu vive et peu émouvante. Causons donc en bons amis. Gardés surtout que disparaisse de vos lèvres , que s'éteigne dans vos yeux ce gai sourire que nous aimons tant ; car la gaieté vient du cœur , et c*est dans le cosur que se cache la conscience.

Peut-être nous trompons-nous; peut-être valona-nous moins, en effet, que nous le pensons : peut-être n'est-il pas vrai que vous soyez aussi reconnaissants envers votre père, envers votre mère , que bien certainement vous le serez plus tard envers l'étranger qui vous aidera et vous aimera. Qu'en dites -vous?... Nous comprenons votre silence: notre doute était injurieux, nous vous prions de nous le pardonner. Comment n'être pas reconnaissant envers sa mère, cette mère à qui l'on coûte tant d'inquiétudes , tant de chagrins , tant de larmes , avant de pouvoir l'en remercier! Comment n'être pas reconnaissant envers son père, qui ne vit plus ponr lui, mais pour son enfant? qui n'a plus qu'une espérance , le bonheur de son enfant , plus qu'une crainte , de ne pas préparer assez sûrement le bonheur de son enfant ! Si jamais devoir fut doux et facile à remplir, c'est celni de répondre à tant d'amour ; aussi n'est-ce pas un devoir , mais l'élan même de notre nature; et, suivant que nous nous en acquittons bien ou mal , on peut juger de ce que nous serons : un mauvais fils ne peut faire qu'un mauvais frère , un mauvais ami , un mauvais citoyen.

XXXVI. Cependant, il faut le reconnaitre, bien des circonstances le présentent dans lesquelles la raison encore peu exercée de l'enfant ne lui montre pas le vrai des choses. L'utile n'est pas toujours ce qui est immédiatement agréable : pour moissonner , il faut labourer et semer; pour savoir, il faut étudier. Le père a l'expérience de ces nécessités : il voit le but, et l'enfant ne voit que ce qu'il sent dans le moment Puis avec les années se développe l'intelligence ; chaque jour apporte une idée nouvelle, et l'enfant, qui ne sait pas encore associer cette idée k celles qu'il a déjà conçues , et prévoir qu'il pourra lui en venir d'autres qui la modifieront, prend pour de la timidité, souvent même pour de Finsuffisance , la circonspection du père et les contradictions qu'elle oppose à la verve d'une imagination sans règle et sans mesure. Ceci se remarque principalement chez les garçons. Les filles croient toujours à lenr mère : le sens critique , si l'on peut ainsi dire , ne s'éveille en elles que lorsque le mariage les a fut vivre d'une vie complète.

XXXVII. • Je ne puis , disait quelqu'un , me défendre d'une certaine émotion quand je vois deux enfants, deux frères qui s'embrassent. Cela me fait penser an mien, que je n'ai plus. Nous n'avions pas besoin de nous parler pour nous entendre, noos nous devinions, nous nous savions par cœur, tout comme nous savions notre commune histoire. Nous avions les mêmes principes ; nous ne différions d'avis que sur de simples détails d'application : nous nous en avertissions pour voir s'il valait la peine de changer d'opinion , jamais avec la pré- Itfttlîon de Donf convertir, et pourtant cette conversion nait rarement de s'opérer. J'avais fini par (ronver,

comme loi , qu'il était venu ao monds tsot aprai mt faire un officier d'état-major, et que lai, à bot, à calme, si sensé , il eût été ccrUineiiMBlBBdéteilaUeiii. gistrat Quand je me trouvais dans qaelqoe dreanUM difficile, U me semblait que mou frère, liîeB qi'â ic ksii pas encore , travaillât avec moi pour m'es sortir; ^ét même, quand j'avais le cœur en joie, oo m'eéi (^ étonné de m'apprendre que mon frè« était triste. Je su bien sûr que nous aurions ainsi vécu cête à eâte na que nos fortunes diverses eussent infiaé eo ries nr m »cp|»™«nU réciproques ; c'était bien miaix ipe et hmitié ; je vous jure : je n'en ai d^ moins jsouii épnm une telle pour personne ; et encore anjourd'hu , qse \m des années se sont écoulées depuis que dod frm es allé préparer noire place là-haut, il me soffit, p<ier§; rien envier aux gens qui comptent tant d'amU, liefei rappeler le temps où mon frère arrivsil à rioprondt. m'était la plume des mains, et, s'asseyent sar m table.— sur mes papiers, le malhenieux!— sr dli« joyeusement : • Laisse tout cela ; j'ai qndque dioie i \t " conter. •

Pourquoi tons les frères ne sont-Ss pas aion! P». quoi cette union, cette communauté de »>tififfifn^f « ^ longe-t-elle généralement si peu au delà da ^nmàm années de la jeunesse !

Nous ne pouvons que répéter rexplicatioa qae aw avons déjà donnée du spectacle afflioeant onc ont^m tant de familles : o i r

L'inimitié est vive à proportion de l'alfectiao 96 ss espérait ou de celle qui s'est éteinte. Quand la disent s'est glissée entre deux frères , elle a des eflels plus Talents que lorsqu'elle s'est introduite entre deai ams. et c'est une question difficile à résoudre que celle de sara si la paix se fait plus aisément et plus eompléioiMiit tw un frère qu'avec un ami. On croit qu'elle se bit plsii»ment, mais non pas si complètement. Ce n'est pis fncisément l'intérêt,, qui, d'ordinaire, divise les fnm il n'y sert, pour le plus souvent, que de prétexte. U cause véritable, et quelquefois inconnue d'eai-etôia, en est dans l'amour-propre , dans l'exagération do lediment d'émulation qui les animait pendant lean jcsac années, émulation qui devient jalousie, puis envie. Ilot difficile à un jeune homme de comprendre qa'i l'oitw dans le monde cesse l'égalité du giron maternel? qiie> deux frères, l'un peut devenir illustre, Tantre mtff abscur, sans qu'il y ait injustice ni de la part de Dico, u de la part des hommes. Lorsque cela commence à le pnduire , il faut bien peu de chose ponr faire edore ér mauvaises passions : il ne faut souvent, dans ce marna' critique, que le lointain souvenir d'une préféreoce imprudemment témoignée.

XXXVIIÏ. De frère à frère tout peut encore «'insi^ facilement si chacun a le bon esprit de s'y prêter. Bob de frère à sœur il y faut, dans une cireonsttnce doDoR. plus que de la bonne volonté, plus qu'un peu de bes esprit ordinaire. La sœur en se mariant passe du» m autre famille, et introduit dans sa propre ftoilleèi habitudes, des opinions, des intérêts qui ne fanniattâei d'abord être en parfaite harmonie avec ceux qoi eiijt»i«i déjà. Le devoir des frères de la jeune femme est de ùiif le premier pas vers leur beau-frère de même qae edoi in frères du mari est de faire le premier pas vers leur bdlf^ sœur. Les deux époox , s'ils ne sont pas en ohstrritjff: vis-à-vis l'un de l'autre , le sont tout natunUetnenl ràà-vis de leurs beaux-frères respectifs : ils se pr^watot. chacun de leur côté, seuls contre plusieurs, c'eit a ceux-ci à offrir ce qu'il en coûterait peut-être, à db sotoar propre mal entendu, de demander. Le rôle de It snr est , dans la famille, la continuation de celai de Uoèrr. Si une bronillcrie survient entre frères ou beaBi-fw»c'est à la sœor à user, ici de son influence de wsr. ii

DEVOIRS SOCIAUX ET PUBLICS

ie M pniflMDCA de femme pour rapprocher les ptrUet et les (iure e'aecorder. Si U bronillerie dégénère en inimilié entre frères, que la sœnr do moins reste neutre, atentive m saisir an passage le regret qui finit toujours par hre témoigné de l'une des deni parts. Si Timmitié existe mtre beaux-frères , qu'elle s'incline , se voile et prie : la 'emme n'a qu'une arme contre son mari : la douceur, mais !etle arme est irrésistible.

XXX IX. Les cousins et les cousines sont ordinairenent en parfaite intelligence , pourvu que les pères et les nères aient asses de raison pour ne pas les mêler aux >etites discussions qui s'élèvent au sein des familles les >lus unies. Malheureusement, i mesure que les enfants ivancent en &ge, ces premières intimités, ces tendres (ssais d'amitié prennent fin tantôt par une cause , tantôt >ar une autre , mais surtout par suite d'une certaine inlonstance particulière à la jeunesse. Enfants , si vous salez combien la vie est lourde à porter quand déjà on est atigué par une longue course , si vous savies combien I faut avoir eu de compagnons an moment du départ lour en trouver encore un debout près de soi à la fin du '^l'^S^t û vous savies aussi comme il est difficile de ecruter, une fois en route , de nouveaux compagnons, ou» ne négligeries rien pour vous concilier l'afTection le ceux que vons donne la famille. Le titre de parent setii sacré pour vous , et avant de vous chercher un ami in dehors de votre famille, vons voudries avoir tous vos Mrents pour amis ; tonte votre vie leurs intérêts seraient es vôtres ; vous aideries ceux d'entre eux restés on devenus pauvres et les serviries avec dévouement, en tout » que permettent l'honneur et la raison.

XL. Et les orphelins qui ne connaissent ni père, ni nère, personne ne leur doit •* il rien an delà de ce que »rescrit le Code , rien au delà de la part que leur réserve lans ses dons la charité publique? Il en est parmi eux pli , en perdant leur mère , ont perdu le seul lien par equel ils tinssent à la société. Innocents de leur naisance , qu'elle soit une faute ou qu'elle soit un crime, ils l'en sont pas moins des créatures à l'image de Dieu et à |ui Dieu a pu accorder de venir sur la terre offrir le molèle des plus douces vertus , faire briller de tout son clat la puissance de l'intelligence humaine. C'est à ceuxt surtout que nous devons un tendre , un religieux in- ^ret. Les antres ont un nom qui les rattache à l'une des tranches de la famille légale, un passé qu'ils peuvent lantement invoquer; ceux-ci semblent ne venir de ien et leur parole n'est, hélas! qu'un remcrctment à la titié, et jamais une réponse à une caresse maternelle. »i la Providence en place sur notre route , accneillons- BS autant que nous le pouvons; respectons-les; garions-nous d'humilier les pauvres déshérités des joies et le la puissance de la famille : ouvrons -leur plutôt la lôtre et Dieu nous bénira.

XLI. Sortons pour un instant de l'enceinte de la faaille et suivons les traces de l'enfant devenu jeune lomme et se mêlant à la foule.

Des denx moindres dangers qui Ty attendent , le pre- Dîcr est le choix de ses fréquentations.

Jeunes, nous prenons toujours un peu du caractère t des inclinations de nos camarades ; plus tard , nous tous modelons, sans f penser, sur les manières des [ens qui nous entourent ; plus tard encore , nous reiierchons les personnes qui nous ressemblent moraleneot de tous points. Rien ne demande plus d'attention le la part d'un père et d'une mère que le choix des ■amarades de leurs enfants , et , de la part d'un homme ait, que le choix de sa société. On pourrait dire quelle ut la vie d'un vieillard, rien qu'à l'étudier dans ses relaions d'aujourd'hui.

II y a toujours bénéfice à rechercher la fréquentation It'S personnes plus instruites et plus haut placées que

soi , pourvu que dans ce dernier cas on sache ne pu envier , et conserver toujours sa dignité.

Le second danger est celui que le jeune homme se créera à lui-même en négligeant de s'observer sur les mille petits défauts dont on a précédemment indiqué les principales sources : défauts de caractère, défauts d'éducation, et dont on croit devoir signaler plus spécialement celui de tous qu'on néglige le plus de prévenir : le ton tranchant , dogmatique , absolu.

On n'établit des relations qu'en échangeant des idées. Le plus grand nombre des idées sont choses personnelles. Il ne dépend pas toujours de soi de les avoir d'une sorte plutôt que d'une autre. U est donc impossible que nous ne soyons pas disposés en faveur de quelqu'un à proportion du nombre- d'idées que nous avons de commun avec lui , et suivant qu'il apporte de soin et de mesure à discuter Iti opinions qu'il ne partage pas avec nous.

On conçoit qu'il ne peut être question de développer ici complètement l'immense chapitre des devoirs qu'imposent au jeune homme comme à l'homme fait, à la jeune fille comme à la mère de famille, les relations au dehors comme dans l'intérieur de la famille. Tous se résument dans ce mot divin : — Fais à autrui conune tu voudrais qu'il te fût fait

XLII. Cependant, avant de rentrer dans la famille , nous devons un mot à l'amitié.

On parle beaucoup de ses douceurs et fort peu des devoirs qu'elle impose. En voici un petit traité à l'usage des mémoires paresseuses.

DODÉCALOCn DI l'aMITI^.

Uo «ni la t« ehoiairta Sans te pr«aa«r «oeaoaneiil.

Semblable à toi ta le voadrat D'ige, de go&la, de aenlioiral.

A t'aliitr ta le eoovieraa Ko vivant eharUableoieBt.

Ton rvapect ta lui prooveraa Kn le reprenant fraacbeineal.

Jamaia an aien to ne vondraa Qa'il préfère ton Jagenenl.

An beaoio ta le défendrai Contre loaa intrépidement.

A ae parole ta •rolrea Comme i aon entier dévouement.

Vin.

Beaaeoap ta lai pardonnerai Sam vouloir qu'il t'en faite aotant

Set peinei la devinerai Pour lei conioler leulemenl.

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