HISTOIRE NATURELLE
Adbillbs. — Aucune partie de Thistoire nalureUe ni été plus observée et n'a donné lien à plus d'errenn. Grâce aux ruches de verre, on sait aujourd'hui la véritr. Il est reconnu qu'un essaim se compose de trois espêca d'abeilles : les bourdons ou abeilles mâles , les abeill» travailleuses et la reine abeille. Les bourdons seuls soat sans aiguillon , et n'ont d'autre occupation qae de féconder la reine, après quoi ils meurent, Inès, i ce que prétendent certains observateurs, par les abeilles tratailleuses. U est faux que la reine n'ait point de dard. Il n'est pas plus vrai que l'abeille laisse son aiguillon dam la blessure et qu'il lui en coûte la vie. Son venin , comne celui de la vipère , consiste en une liqaear qn pèRètrt la chair qu'a ouverte son dard. On a été jnsqn'â dire qw l'abeille piquait plus volontiers les hommes qui jonioK ou les femmes qui se conduisaient mal. Il est des idéo si absardes que les citer, e'est les réfuter. Cest avec plac de vraisemblance qu'on les accuse de détmîre les poo*sières fécondantes nécessaires à la fructification des plastes, mais c'est sans plus de fondement; car il paraît, sn contraire , qu'elles répandent ces poussières sor le pisul en s'introdnisant dans la fleur.
Amb. — Nous n'examinerons point ici si les ânes ae portent une croix sur le dos que depais le jmir oà i^se- Christ fit son entrée à Jérusalem sur une àocsse. U plan de cet ouvrage ne comporte point de diacnsaioB et cette espèce. Nous ferons grâce aussi de la qnesttoi de savoir si c'est signe de beau temps quand les âoei te roulent dans la poussière, et signe de ploie qnand ù dressent les oreilles et marchent de côté. Il 8*agit d*!» erreur bien plus grave , car elle est injuste et cmellf il s'agit de la fausse idée que l'on a de cet excellent su»mal , et dont l'homme , si souvent féroce par irréfloies autorise ses mauvais traitements envers IuL On nppose l'âne stupide, indocile, rétif, vindicatif : il o'fft rien de tout cela. Trailes-le bien, et vous eo aom li preuve. En général , les animaux sont beancoap hmî!leurs , beaucoup plus intelligents qae ne le croit rbomar. ce vaniteux monarque de la création. Soyons doux envvn eux par esprit de justice, par reconnaissance, par égois». AmuAUX PABCLBux. — Qooique le ton dogmaiiqot reprenne singulièrement faveur, et qu'il ne soit pins gsm permis de prononcer le mot de doute sans y joindre vat épithète de blâme , nous dirons , non pas avec Montai^ ou Voltaire, qui n'auraient point aascs d'autorité, sui» avec saint Augustin , qu'il vaut mieox peneber xatU doute que vers l'assurance , aux choses de dîffictie prcstt et dangereuse créance. Il existe tant de causes d'crrevr sans même parler des causes volontaires , à bonne m > mauvaise fin , qu'on ne saurait trop faire usage Ae u raison , et s'abstenir dans le doute, comme dit Pylhigorr. En effet, nos sens et notre imagination sont trèê-tayt* k nous égarer ; et quant au témoignage d'antrai , cmment s'y fier pour peu qu'on ait la et réfléchi? Estrr des milliards d'exemples, choisissons-en an hasard qoe^ ques-uns. — On sait aujourd'hui à quoi s'en tenir ml'existence du phénix , et on ne l'admet pins que csfl9< un ingénieux symbole. Eh bienl Tacite, qui aeii^''' pourtant pas dans un siècle de crédulité , et qui deii: être plus éclairé que son siècle. Tacite rapporte ti»sérieusement, au sixième livr? des Annales, que le p^ nix apparut en Egypte sons le consulat de PasdusFaW et de Lucius Vitellius, et il n'en met nnllcaieat ea éoM le retour périodique. Çt n'est pas tout. Le sceJia»tf Solin ajoute que, dans la dernière année du S«siede^ le phénix fut pris en Egypte et emporté à Borne, se ^ fut montré publiquement; et qu'on dressa de c* hii
KRRKLRS ET PREJUGES POPULAIRES
m procès-verbal qui fut dépoté dans les archives de la épnblique. Comment se refuser à le croire, après la escription qnil en donne: • Il est grand , dit-il , comme n aigle ; sa tête est ornée de plumes qui s'élèvent en 9rme de cdne ; sa gorge est entourée d'aigrettes , et son on est brillant comme l'or ; le reste de son corps est cousur de pourpre , excepté la queue , où l'axur est mclé à éclat de la rose. • Si , après tant de détails , quelques sprits étaient encore récalcitrants , nous achèverons de n convaincre en leur citant une autorité bien autrement pspectable, celle d'un père de l'Eglise, celle de saint llement d'Alexandrie. Voici ce qu'il dit dans une de M épftres aux Corinthiens pour leur prouver la résnr* ectioo du genre humain : ■ Considères qu'il existe en irabie un oiseau unique en son genre ; on l'appelle phéix : il vit cent ans, et, lorsqu'il est près de mourir, il , •rocède lui-même à son embaumement. II cueille de la nyrrhe, de l'encens et d'antres aromates, et il s'en cm pose un cercueil odorant dans lequel il s'enferme au pmps marqué, et meurt. Lorsque ses chairs sont oonsuaccs , il naît un ver qui vit aux dépens de la dépouille lu phénix et se couvre de plumes. Lorsqu'il est assez ort pour prendre son vol dans les airs , il enlève le tom- «aa où repose la dépouille mortelle de son père, et le ransporte de TArabie jusque dans la ville d'Héliopolis, n Kgypte. Il traverse les airs en plein jour à la vue de oQs les habitants , va déposer son fardeau sacré sur Panel do soleil et s'envole. Les prêtres , en consultant leurs hrooiques , ont calculé que ce pnénomène se renouvelle ous les cinq cents ans. - Veut-on un autre exemple? Prenons la salamandre. Dans ce siècle de désenchantecent , nous savons tous que la salamandre ne vit pas »lu9 dans le feu que le phénix n'y renatt de ses cendres : [D'elle difTère de celui-ci en ce qu'elle existe , mais aon (ans l'élément qu'on lui a donné pour habitacle (je derais dire les éléments, car le poèîte Philé en fait un oieau}. C'est donc un fait bien avéré que ce n'est ni dans e feu ni dai)s l'air qu'elle vit , mais sur la terre et dans Vau. Des expériences réitérées ont prouvé que la pauvre léte n'était nullement incombustible. Eh bien ! lisez Arisnte et Pline , Elien et Nicandre , Ambroise Paré et Grein : ils affirment tous le contraire. EtBenvenuto Cellini ! |ni de nous ne connaît ses intéressants Mémoires ! et omment résister à un témoignage aussi candide, aussi poitif que celui-ci : > Vers ma cinquième année mon père se rouvait un jour dans un cellier où l'on avait coulé la lesiic. 11 jouait de la viole et chantait seul auprès d'un bon en de bois de chêne , car il faisait très-froid. En regarlant le feu , il vit par hasard un petit animal semblable à m lézard qui se livrait à de joyeux ébats au milieu des lammes les plus ardentes. Mon père ayant reconnu tout le suite ce que c'était , appela ma soeur et moi , nous aonlra l'animal , et m'appliqua un rude soufflet qui me it verser un déluge de larmes. Il les essuya doucement , l me dit : • Cher petit enfant , je ne te frappe point mnr te punir, mais seulement pour que tu te souviennes (ue ce lézard que tu aperçois dans le feu est une salanandre, animal qu'aucune personne connue n'a jamais a. - Là -dessus il m'embrassa et me donna quelques [uatlrini. • Remarquez-vous ce luxe de circonstances : on Tait coulé la lessive , ce bon feu qui était de bois de hpne , la présence de sa sœur, et ce soufflet qui a du lui [raver la chose dans la mémoire. . . et dire que , malgré ont , le fait n'est pas vrai ! — Ne plaisantons pas : )>cu sait combien de malheureux ont été condamnés pour les faits qui n'étaient ni plus vrais ni plus vraisemblables. AsAirABs. — Les gens de la campagne vous diront |ae l'araignée porte bonheur aux étables , qu'elle purifie &ir. Le fait est qu'elle porte bonheur aux troupeaux en lévorant les mouches qui les tourmentent — Pour les «prils superstitieux , la vue d'une araignée annonce de
l'argent ; mais, comme on l'a dit, à ce compte, personne ne devrait être plus riche que les pauvres. — On attribuait jadis à l'araignée de grandes propriétés médicales : elle a perdu tout crédit auprès de la faculté. — Elle passait pour un poison : Lalande a prouvé le contraire en la mangeant, à moins qu'on ne veuille voir en lui un autre Mithridate. — Enfin sa piqûre n'est plus regardée comme venimeuse, pas même, i ce qu'il paraît, celle de la tarentule, qui ne fait pins rire ni pleurer personne, et qu'on ne guérit plus en dansant. — Il est une autre erreur moins importante an sujet de l'araignée ; c'est à tort qu'on lui attribue un petit bruit pareil au battement d'une montre , qui part des boiseries ou des tentures de papier i l'époque du printemps. Ce bruit mystérieux vient d'une espèce de petits scarabées qui s'appellent de la sorte dans la saison des amours. — Il faut en revanche reconnaître que c'est à certaines espèces d'araignées que sont dus Ces fils blancs et soyeux auxquels la poésie a donné le nom de fils de la Vierge.
Adtrucbb. — Avoir un estomac d'autruche est le vœu de tous les gourmands, et ceci n'est point un préjugé : la réputation de Tantruche à cet égard n'est nullement usurpée. Mais il ne faut point aller jusqu'à croire avec beaucoup de gens qu'elle digère le fer. Cette opinion exagérée des facultés digestives de l'autruche a fait supposer que son estomac pouvait conserver la même propriété après sa mort, et des médecins l'ont fait prendre à leurs malades pour les faire digérer. On a même été chercher dans ses entrailles une petite pierre blanche qu'on se mettait au cou, dans le même faut, comme talisman. Le temps a fait justice de ces idées absurdes.
Basiuc. — On ne croit plus guère à ce terrible reptile , né d'un œuf de coq, et dont le regard donnait la mort. Les naturalistes ne reconnaissent aujourd'hui d'autre basilic qu'un petit animal de la Guyane appartenant à l'ordre des sauriens ou lézards. Mais comme en général l'erreur a la vie dure , beaucoup de gens se dédommagent de la perte du basilic des anciens en persistant dans l'opinion, contraire à toutes les lois de l'anatomie, que les coqs pondent des œufs, et en transportant à certains hommes cette faculté redoutable dont la science a déshérité le basilic. C'est surtout en Italie que l'on croit an mauvais œil. Heureusement on s'en garantit en portant une petite main de corail dont deux doigts sont allongés, sans doute pour faire les cornes à ces basilics humains. Ne riez pas de ce préservatif : il est à la hauteur du mal. Que ne peut-on en dire autant de tous les remèdes ! "
BoBur. — Qui n*a souvent entendu dire que si l'homme commande en maître à des animaux plus grands et plus forts que lui, c'est que leur œil est fait' de telle sorte qu'ils le voient plus grand qu'il ne l'est dans la réalité? Et c'est ordinairement le bœuf que l'on cite comme exemple. La moindre réflexion suffit cependant pour comprendre que si les bœufs voyaient l'homme plus grand que nature, ils devraient voir du même œil (c'est là le cas de le dire) tous les autres objets, et grandir eux-mêmes en proportion dans ce miroir grossissant. La supériorité de l'homme sur le bœuf n'est point due à une illusion ; la cause en est réelle. Vessayes ni de la toiser ni de la peser : elle est toute morale. C'est par son intelligence qu'il est plus grand, qu'il est plus fort.
Boucs. — Il est des gens qui s'imaginent que les boucs ont la propriété d'absorber les miasmes, et qui, dans cette persuasion, rendent à leurs chevaux le mauvais service d'en introduire dans leurs écuries. Gardez-vous d'imiter cette absurdité. Loin d'assainir les lieux, la présence des boucs ne peut que les infecter.
CAuiLioN. — On a dit que le caméléon vivait d*air : il vit d'insectes et surtout de mouches ; seulement, quand il n*a point à manger , il jeûne en philosophe. — On a
dit qu'il prenait U teinte de^ objets environnanti ; et les i poètes, ces éterniseuri d'idées fausses , le répètent à satiété et le répéteront probablement jusqu'à la fin des siècles. Cela n'est pas plus vrai. S'il change de couleur, c'est lorsque quelque passion l'agite, ou que toute autre cause fait circuler son sang arec plus on moins d'activité ; et en cela il ressemble parfaitement à l'homme, qui devient pile, rouge, violet, jaune, etc., sous l'influence de la crainte, de Ta colère ou de la maladie. — On a dit encore qu'il était sourd : troisième erreur ; il n'entend pas très-bien, mais il entend.
Castor. — Les castors ont près de l'anus deux poches on grosses vésicules qui contiennent une liqueur onctueuse , d'un jaune pale et d'une odeur infecte. Cette liqueur , dont ils se servent pour donner du lustre à leur fourrure, s'appelle castoréum. C'est un très-bon antispasmodique, peu échauffant, et qui agit principalement sur le système utérin. 11 a beaucoup de rapports avec le musc et la civette. Les naturalistes anciens et bon nombre de modernes ont répété que le castor , pour échapper i la poursuite des chasseurs , se retranchait de lui-même ces deux vésicules , objet de convoitise ; et c'est même cette prétendue castration volontaire qui a fait changer en cattor le nom de bièvre qui avait été primitivement donné k ces animaux. C'est une erreur de plus i ajouter à tontes les erreurs qu'enfante notre insatiable désir de l'extraordinaire. Ce n était point asses que le castor fût un habile architecte, il fallait encore en faire un chirurgien.
Chat. — Voilà une des plus grandes victimes des préjugés populaires. Le chat est perfide, le chat est ingrat ! Le fait est que le chat a conservé jusque dans la domesticité une noble indépendance de caractère, et que l'homme qui rapporte tout à lui, l'homme, ce roi égoïste' de la création, n'aime que les courtisans. — La fourrure des chats et celle des lièvres sont-elles plus épaisses lorsque l'hiver doit être rigoureux ? Ce serait une attention bien délicate de la nature ; mais nous ne conseillons pas de se fier à cette espèce d'almanach. — On a voulu faire aussi du chat une sorte de baromètre : nous sommes forcé de lui nier cette propriété. Quand il passe sa patte par-dessus ses oreilles, ce n'est nullement signe de pluie, comme en sont convaincues les bonnes femmes , c'est tout simplement signe de démangeaison on de propreté. — C'est un préjugé bien mnocent que celui qui consiste à mettre un collier de liégc aux chattes pour faire passer leur lait; mais ce qui est moins innocent, c'est de jeter les chats par les fenêtres sous prétexte qu'ils retombent toujours sur leurs pattes. Plus d'un malheureux chat a été victime de cette réputation exagérée de souplesse. Ce qui l'est moins , c'est de mutiler tous les jeunes chats sous prétexte de les délivrer d'un ver que la nature leur aurait mis au bout de la queue ; comment font donc les chats sauvages ! Si les chats domestiques ne sont pas sensibles à des soins si charitables , il faut convenir que l'homme est bien en droit de les taxer d'ingratitude.
CocHOKT. — Encore un animal calomnié par l'homme ! 11 n'est pas vrai que le cochon aime la malpropreté. U a besoin de se baigner souvent , et , à défaut d'eau claire , il se vautre dans la fange ; mais ce n'est pas par préférence. Le véritable cochon, c'est le porcher qui ne change pas asseï souvent son eau et sa litière.
CoLiuAçoN. — Quoi qu'en dise la chanson des enfants, le colimaçon n'est pas borgne. Il n'est pas plus vrai qu'il soit aveugle. Ce qu'il est bien réellement, c'est hermaphrodite, ou plutôt androgyne, à la fois mâle et femelle : ce qui fait qu'entre colimaçons tout accouplement est double et toute fécondation aussi. Quant aux hermaphrodites hommes, il n'y faut pas croire : toute la faculté est d'accord là-dessus.
FouRui , Cigale. — Que vont devenir les poètes et les
moralistes? Voici qu'il est reconnn qne la fourni a'est point un modèle de prévoyance. Klle est lal^rieiise, u- Virément, mais elle ne fait pas de provisioDS pour l'hiver, par la très-bonne raison que, l'hiver, elle dort — Od a dit qne les abeilles vivaient en .-nonarchie et les fonnui en république. Est-ce pour cela qus le manteau isKpr^ rial était semé d'abeilles? mais alors l'éclurpe rèpaÙicaine aurait dû être brodée de fonrjnis. Le fait est queforganisation des deux sociétés est à peu près la nèow : seulement les fourmis ont plusieurs reines , tandis qie les abeilles n'en ont qu'une ; c'était donc une oligvrk« qu'il eût fallu dire et non une rrpubliqoe. — Que \n fourmis aient pour ennemis les conri:(ears et les épiam. cela se conçoit; mais elles ne méritfnt pas la haine d«t les jardiniers la poursuivent , cette haine est meoe et l'ingratitude , car si elles envahissent parfois les sHura des jardins fruitiers, loin de leur cti c nnisibles, elles la délivrent des pucerons qui en épuiseï t la sève et qni ci détruisent les fruits dans leur source. — De la fonnai i la cigale la transition est tonte tniovée , grire à U Fontaine. Nous venons de voir qu'il était daagereoi Httudier l'histoire naturelle dans les poètes : en votei nae nouvelle preuve. La cigale ne chante point Le brs: qu'elle fait ne vient pas de la poitrine : il vient ëa mtre, et le mâle seul est doué de la faculté de produire co sons aigres et monotones.
HctiBEs. — On a l'habilude dans beanconp de onsons de servir un potage an lait après les huîtres ; osi» c'est un préjugé de croire qne le lait m la propriété et dissoudre les huîtres. Tout au contraire, Teaa ai» qu'elles contiennent aurait plutôt pour effet de k cssguler. — C'est une autre erreur de regarder eomBie baitrès mâles celles qui sont bordées de noir. On a hoa appeler ce noir leur barbe , cette barbe n'indique p» éc sexe, par la bonne raison que les huîtres, comme 1h colimaçons , sont à la fois mâles et femelles. — Ce vitA point non plus, comme Pline le prétend, selon les pbttH de la lune que les huîtres sont plus on moins charaon. mais bien selon les époques diverses de l'année ; car à en est où elles sont maigres, laiteuses, et sons ce rapport ce n'est pas un proverbe tout à fait erroné que criai ^ dit qu'elles ne sont bonnes que dans les mms oà il fam un R.
LoxGéviTB. — Lorsqu'on pense à la quantité é'tatmaux qui ont été et sont encore journellement fiHïBA des préjugés de l'homme ; à toutes les salamandres fiont dû être impitoyablement griilé<*s .t l'effet de cossut^f si elles étaient incombustibles ; à tous les lésanU nstiin par suite de l'idée que leur queue portée dans no kmlier procura richesse et bonheur ; à tons les esen^ décapités pour vérifier s'ils se refont nne tête , arer o beau résultat qu'au bout de quinre cents exécutions Vi-mont de Bomare dit que non, et qu'après plnsieu» e^ liers Tarenne dit que oui ; lorsqu'on songe à tant ér cruautés inutiles , on est tenté d'applaudir aux çttje^ qui ne peuvent tourner qu'au profit de ces étersêlf mv' tyrs de l'homme , et c'est presqu'à regret que nous pc^ nons la plume pour réfuter l'erreur relative à U loaf vite de certains animaux. Cette erreur date de loia. U vie de l'homme finit à qualre-vingt-seise ans , dit B^ siode ; celle de la corneille est neuf fois plas loAgsf . ** corbeau vit trois fois plus qne la corneille, et le cerf <]«•tre fois davantage. D'après ce compte la cometUe tmi huit cent soixante-quatre ans ; le corbcan desi mA cinq cent quatre-vingt-douse, et le cerf Iran laîlk ^ tre cent cinquante-six. Or, puisqu'on prétend qs' ^ monde n'a que six mille ans , il pourrait exister (H rr( dont le père daterait de la création dn monde. Q^^ malheur que les cerfs n'aient pas la parole ! Q» àf choses ils auraient à nous raconter ! Comas avec fia U tradition serait plus respectable , et la tâche de dHiv*
ERREURS ET PREJUGES POPULAIRES
les préjngés plus facile ! Mais Hétiode eit no poèlc , et les poètes exigèrent presque aatAot qae les avocats ; cherchons ailleurs la vérité. Sera-ce dans les ouvrages de Pline? non; car, bien que pins modeste dans ses assertioos, il prétend que cent ans après la mort d'Alexandre, on prit des cerfs qui portaient des colliers que ce roi leur avait mis lui-même au cou, tandis qn'Aristote et Buffon, qu'il faut définitivement croire , ne leur accordent pas plus de trente-cinq à quarante ans de vie. Qui n'a entendu parler du chien d'Ulysse qui reconnut son maître au bout de vingt ans d'absence ? Mais ce n'est rien auprès de cette mule d'Athènes qui mourut à quatre-vingtdix ans , et auprès de ce cheval centenaire que montait Loup Asnard, duc de Gascogne, lorsqu'il vint rendre hommage à Raoul, roi de France, en 932, à ce que nous raconte Mézeray. — Si des quadrupèdes nous passons aux oiseaux, nous voyons que la science, moins avare que la nature, attribue à beaucoup d'entre eux les mêmes privilèges, soit comme individus, soit comme espèces. Ainsi non-seulement elle confirme une partie de ce qu'avance Hésiode, mais aux corneilles et aux corbeaux elle ajoute les perroquets, les cygnes, les oies et certains oiseaux de proie. Le docteur Hufeland , professeur à léna , cite des aigles qui ont vécu plus de cent ans en cage ; un faucon pris au cap de Bonne-Kspérance et qui devait avoir près de deux cenU ans, à en juger d'après son collier d'or portant : .4 Sa Majuté Jacques^ roi d'Angleterre, en 1610. Willoughby dans son Ornithologie cite non-seulement un oison de quatre-vingts ans , fort égrillard encore , mais un cygne de trois cents .ans. — Les poissons , du reste , ne le cèdent en rien aux habitants de l'air. N'avons-nous pas des docteurs allemands qui nous disent qu'en 1497 on pécha dans l'étang du palais de Kaiserslautern un brochet qui , comme le faucon du roi Jacques , avait aussi son collier d'or et son inscription ; elle éUit en grec et signifiait : Je mit le poinon qui le premier ait été mie dans cet étang des main$ de V empereur Frédéric II , le 6 octobre 1230. Ce brochet, qui avait donc deux cent soixante-sept ans, fut servi à Heidelberg sur la table de réieclenr Philippe ; il avait dix-neuf pieds de long et pesait trois cent cinquante livres. J'ai oublié de noter une particularité fort importante que ce monstrueux embonpoint me rappelle : c'est que son collier éteit à chaînons élastiques ; ils devaient l'être assurément — Nous n'avons pas vu ce merveilleux brochet; mais nous avons vu les carpes de Fontainebleau, qui, hâtons-nous de le dire, ne sont rien auprès de lui comme poids et comme taille ; elles n'ont de prétention qu'à la longévité, et tout le monde a entendu dire comme nous et répété, peut-être, que les plus grosses , les blanches entre autres , étaient contemporaines de François I"; or, nous trouvant sur les lieux , nous avons pris des renseignements et nous avons le regret d'annoncer aux amateurs de l'extraordinaire, que l'éUog du palais de Fontainebleau a été dévasté après le départ de l'Empereur, comme la forêt à l'époque de la révolution de 1830 ; que s'il s'y trouvait de* carpes de trois siècles, celles que nous y voyons aujourd'hui sont dix fois moins vieilles, et que les plus chenues et les plus vénérables ne remontent pas an delà de la première année de la ResUuration.