‹ Instruction pour le peuple: cent traités sur les connaissances les plus indispensablesChapitre 285 sur 291 · MORALE, IMAGINATION, HISTOIRE, PHYSIQUE, ETC · texte numérisé non relu

MORALE, IMAGINATION, HISTOIRE, PHYSIQUE, ETC

Aluanach. — Les almanachs i l'usage du peuple , kds que celui de Matthieu Laensbeig et antres, sont des psblicatioos beaucoup ■ moins innocentes cp'on ne servi tenté de le croire. Pour les hommes éclairés « elles w sont que ridicules; mais le peuple prend an sérieux, fnon les prophéties, du moins les recettes et autres pmcriptions qu'il y trouve ; et si l'on voulait tmcèrtmai extirper les erreurs et préjugés qui abondent encore dsas notre ère de civilisation , il ne faudrait pas que ceU^ contribution annuelle , levée sur la crédulité publiqor . échappât par le ridicule à la réforme dont il est teie^ qu'elle soit l'objet.

A.^KéB8 CLiuATéRiQURS. — CUmox , échelle « degré. Il est des époques dans la vie où notre constiintioa sabit certaines modifications inévitables , telles que la dentition, la puberté, la barbe , les dents de sagesse , la erssation des menstrues on règles , etc. Les anciens , adoptant le système de Pythagore sur Tinfluence des uombnt. rapportèrent i des périodes septénaires ces àitena révolutions organiques. Suivant eux, le corps humain « renouvelait tous les sept ans. Le fœtus était né riablr a sept mois ; la première dentition commençait sept mm après la naissance , la seconde i sept ans ; puis veaai»^ à quatorze ans la puberté ; à vingt et un ans la nobiiilr. la barbe , la cessation de la croissance en bautror . a vingt-huit ans, la fin de la croissance générale ; à lreet«> cinq ans , l'apogée de la force ; à quarante-deux aat . U décroissance ; de quarante-deux à quarante^neuf, dans i' septième septénaire, la cessation des règles; à rii:quante-six ans , le commencement de la vieillesse . U perte des cheveux ; et enfin à soixante-trois ans, la grsaé' année climatérique composée de neuf fus sept Or . s le septième septénaire tne cbes les femmes U t»cc\k de concevoir, le neuvième menace la vie, ou« à defani •'« la vie, la fortune, etc. Toutes ces ingénienses CMabœ>fesons que nous a léguées l'antiquité ont l*in

ERREURS ET PRÉJUGÉS POPULAIRES

aieot de frapper les imaginations faibles, qui, à force nquiétude , n'ont que trop souvent réalisé les plus abrdes prédictions. La vérité est que ces modifications sont point assujetties à des époques 6xes; qu'elles rient suivant les lieux, les climats, les individus, et, l'en un mot, il ne faut pas croire aux années climaté- |ues.

AacHiuiDB. — Il est deux sources éternelles d'erreur, crédulité, qui est de beaucoup la plus féconde, et Tinpdulité, contre laquelle il faut aussi se tenir en garde, nsi, par exemple, les géomètres, sur la foi de Des* ries, ont longtemps démontré qu'il était impossible l'Archiméde eût bruié la flotte romaine avec un miroir dent ; et les expériences de Buffon ont prouvé que la ose n'était rien moins qu'impraticable. Défiance saluire de part et d'autre, c'est ce qu'on ne saurait trop re- •mmander aux esprits sincèrement amoureux de la vérité. B^crKTTK DivivAToiRB. — Oo l'appello aussi verge Aaron , et ce nom prouve que c'est une croyance qui ite de loin. Je voudrais pouvoir ajouter qu'elle est en- I détruite ; mais j'ai peur qu'il ne fallût pas chercher en loin pour trouver des adeptes de cette science merilleuse. Elle consiste, comme on sait, à découvrir les urces, les trésors, les bornes des champs, et môme les (leurs , les assassins et jusqu'aux femmes adultères , à lide d'une branche de coudrier. C'est dans le Dauphiné parmi les jardiniers, les paysans et les curés de camigne, qu'elle a toujours compté le plus de prosélytes, joutons, cependant, pour rendre à chacun ce qui lui est i , qu'il est jusqu'à des docteurs qui payent de temps I temps leur tribut à ce geJire de charlatanisme. BATARDS. — Puisqu'il est admis en principe que cbam n'est plus responsable que de ses fautes personnelles, yons donc conséquents : que le nom d'adultère connue d'être une injure , mais que celui de bâtard n'en it plus une. La plupart des enfants naturels naissent ins des conditions déjà asses désavantageuses, sans que préjugé ajoute encore aux difficultés de leur position. - En revanche , et comme une sorte de dédommageent, on a supposé que n'étant point enfants de l'hymen, I devaient l'être de l'amour, que la beauté seule pouvait ire enfreindre les lois de la chasteté , et de là le pro- !rbe : Beau comme un enfant de l'a/nour. Mais, ce qui pu être vrai, à une époque où les mœurs étaient plus vères , ne Test plus aujourd'hui. Il natt tous les jours » milliers d'enfants naturels sans que l'amour et la iSQté aient rien à y voir , et la nature plus juste que la ciété ne fait pas de catégories dans la répartition de ses iveurs.

Bo\TK. — Auprès de bien des gens, bonté est presque noDyme de belise , et il semblerait que cette qualité ne k guère sans ce défaut ; c'est un préjugé très-faux et ès-immoral. Il ne faut pas nous intéresser par la va- . té à être méchants, et ce n'est pas d'ailleurs une preuve i sens que de l'être. Une grande partie des erreurs dans I jugements que l'on porte sur les hommes vient de ce le l'on est toujours tenté de confondre les qualités du irartère avec celles de l'intelligence, BocLBT. — Les boulets de canon produisent des effets «ex terribles sans qu'on leur en attribue encore qu'ils ont pas. Le vent des boulets n'a jamais tué ni même esse personne. L'air a beau être déplacé par eux avec ne extrême vitesse, il a trop peu de densité pour être à aindre. N'a-t-on pas vu des soldats dont un boulet s'éit contenté d'emporter le chapeau? Si le vent du boulet rail la force qu'on lui suppose, est-ce que, dans ce cas, aarait respecté leur tête ? Quand les boulets font de nves meurtrissures sans qu'il y ait de plaie apparente , ^•t qu'ils frappent obliquement et que la force de proictiou est amortie.

Rroi-ïttb. — On cite souvent Pascal comme l'inven-

teor de la brouette ; c'est une erreur : on confond avec le baquet; la brouette est d'invention bien autrement ancienne.

BrctalitI — Si la brutalité était uniquement un vice de l'Ame , ce ne serait pas le lieu d'en parier ici ; mais ce n'est le plus souvent qu'une mauvaise habitude , un défaut de réflexion , un préjugé. Nos pères , c'est trop dire, mais nos grands-pères n'admettaient pas qu'on pût élever les enfants sans leur donner le fouet Le fouet et la bastonnade font encore partie de la discipline des armées russe et anglaise, et même ches nous oii nous n'avons plus, grâce au ciel, à rougir d'une pareille barbarie, où l'on a enfln appris à respecter un peu plus la dignité de l'homme, où ces indignes sévices ont disparu de l'armée et des écoles publiques, combien de familles où l'on maltraite systématiquement les pauvres enfants ! Mais c'est surtout contre les animaux que cet abominable préjugé a conservé toute sa vigueur ; corriger son chi^n signifie le battre. On ne peut pas faire un pas dans les rues de Paris, sous les yeux de cette police si nombreuse et si vigilante , sans voir des chevaux surchargés qu'on assomme de coups ; on les bat même sans qu'ils soient trop chargés, sans qu'on ait besoin d'exciter leur ardeur, par plaisir, et c'est même trop dire encore, par habitude, machinalement, sans y penser ; c'est un geste où le bras seul agit et où la volonté n'est pour rien. Quand donc fera-t-on comprendre au peuple que, par les bons traitements, il obtiendra cent fois plus de ces animaux qu'il martyrise, et que si la justice, si l'humanité ne sont pas des raisons suffisantes pour le décider à renoncer à ces actes de brutalité, il doit le faire par intérêt, par égoisme? Quand donc lui fera-t*on comprendre que ce sont de funestes exemples à donner ; que Uenfant qu'on autorise à la dureté envera les animaux n'apprend pas à être doux envers les hommes ; et qu'un jour les parents de cet enfant pourront bien se repentir de ne lui avoir pas donné, à propos d'un chien ou d'un oiseau, des leçons d'huma* nité? A défaut du clergé qui ne paraît peut-être pas attacher assez d'importance à ces questions, qui n'ont pourtant de puéril que le dédain qu'elles inspirent, nous voyons avec joie qu'il s'organise enfin à Paris une société protectrice des animaux, et que le gouvernement a promis de présenter aux chambres un projet de loi à ce sujet Puisque la France s'est laissé devancer par l'Angleterre, l'Allemagne et la Suisse, il faut qu'elle fasse plus et mieux qu'elles. Nous voudrions, quant à nous, que les fondateun de cette société eussent la noble ambition de lui donner une extension immense , une extension semblable à celle des sociétés de tempérance en Angleterre. La tempérance est une vertu fort recommandable ; màh l'humanité vaut-elle moins? Et si , de toutes les mauvaises habitudes du peuple , l'ivrognerie n'est pas la plus odieuse, ce n'est certes pas la plus difficile à vaincre. Nous voudrions aussi que la protection de cette société ne fût pas restreinte aux animaux qui nous sont utiles. S'adresser à l'égoïsme peut être un moyen nécessaire à employer avec les hommes qu'on ne convertirait pas autrement; mais ayons meilleure opinion de l'espèce humaine. Croyons que les cœun justes et sensibles y sont en grande majorité , et qu'il suffit d'y faire vibrer cette double corde, sans s'adresser éternellement à l'intérêt peraonnel.

Castes , racbs , propbssions. — Voltaire a bien raison de dire qu'il faut des siècles pour détruire une erreur populaire. Combien a-t-il fallu de temps à la France , tout en condamnant le préjugé qui ponnnivait, en Orient, les castes réprouvées des Guèbres et des Parias , pour répudier elle-même les préventions qu'elle avait contre les Juifs ? Combien faudra-t-il encora de temps à l'Europe pour suivre le tardif exemple de tolérance et de justice que lui a donné la France? C'est en vain que la Révolu

tion française les a réhabilités en lear accordant les droits civiques , en les rangeant sons la loi de l*égalité commnne , en leur ouvrant toutes les carrières comme anx autres citoyens et anx mêmes conditions ; c'est en vain que , secondant eux-mêmes cet acte de justice , ils se sont signalés dans ces carrières nouvelles pour eux : lenr réhabilitation s'opère avec une lenteur dont les peuples sont aussi coupables que les gouvernements , et le préjugé est encore assez vivace pour que plusieurs villes d'Allemagne et d'Italie , Francfort et Rome entre antres , renferment encore chaque soir les Juifs dans un quartier spécial dont on n'ouvre les portes qu'au lever du soleil. Cependant le commerce ne partage pas à leur égard les préventions des gouvernements et des masses. Il recherche avec empressement leur clientèle. Il leur fait crédit comme aux négociants chrétiens, sans exiger d'eux plus de sûretés. Ce sont même eux, à Rome, qui fournissent presque exclusivement à l'Kglise ses vases sacrés et ses ornements sacerdotaux.

II en est de même des nègres. Si les Juifs ont tant de peine à repousser les préventions qui s'attaquent à leur moralité, les nègres resteront, je le crains, longtemps encore courbés sous le préjugé qui lenr dénie l'intelligence. Et cependant Tonssaint-Lonverture et tant d'antres ont fait leurs preuves ; et cependant les colons de bonne foi conviennent que ce que les nègres ont de défectueux à cet égard , doit moins s'attribuer à leur organisation qu'à l'état d'oppression où ils vivent de père en fils ; car l'oppression a cela d'abominable , qu'elle Gnit par avilir ses victimes et par les forcer de lui donner raison. Le préjugé subsiste ; l'aristocratie de la peau résiste, dans nos colonies , anx efforts combinés de la philosophie e^ de la religion : et tandis que dans une église de Paris la foule s'empressait ces jours derniers autour de la chaire où prêchait un prêtre nègre , un journal rapportait , en revanche , le fait que voici : « A la Guadeloupe , un mulâtre est insulté par un blanc ; il porte plainte. Le magistrat, qui lui doit justice et protection, l'accueille avec dédain , lui reproche une susceptibilité messéante à un homme de son espèce , et le renvoie humilié de ce double affront. > Et pourtant, ce n'était même point un nègre , c'était un mulâtre , et ce mulâtre était ingénieur civil , profession qui implique le savoir et l'intelligence , et qui donne nne certaine position dans la société ! Et il n'avait point affaire a un colon ignorant, aveuglé par l'intérêt, il s'adressait à un fonctionnaire , i un magistrat , et il lui demandait sa part de la justice dont le gouvernement français Ta fait dépositaire.

A ces préjugés de secte et de race , nous pourrions ajouter ceux qui s'attachent à certaines professions : è celle de comédien , par exemple. Mais comme il est reconnu aujourd'hui qu'il ne saurait être honteux de faire valoir par le geste et la parole les chefs-d'œuvre qu'il e»t glorieux de composer ; qu'il n'est personne ayant le sens commnn qui ait pn refusera Talma, à cause de son talent, une partie de l'estime que méritait sa conduite honorable ; la question reprend donc un caractère individuel , et nous laisserons chaque acteur s'affranchir lui-même de ce reste de préjugé , en imitant ce double exemple.

Cave. — Qai n'a entendu dire ou n'a répété que les caves sont froides en été et chaudes en hiver? L'erreur vient de ce que nous jugeons de leur température par rapport à nous , d'après notre sensation. Mais, en réalité, cette température varie à peine, et elle est de 10 à 12 degrés dans l'une et l'autre saison.

C^vBçoM. — Le ca\eron est nne sorte de bride, formée d'une bande de fer arquée , qui a un anneau au milieu et qui est montée de têtière et de sous-gorge. On s'en sert pour dresser les chevaux ; mais on ne devrait l'employer que dans les cas extrêmes , car il fait faire aux "*' ^'f de violents efforts» qui ont mille inconvénients.

CiORi. — Deux préjugés nuisent dans le« campagnes à la fabrication du cidre. Les paysans ont poar système d'employer les pommes pourries , et de préférer Feaa croupie des mares ou l'eaa trouble des abremoir* à Teaa de rivière on de pluie. Si l'eau était claire , selon eux , Ir cidre serait pointu comme ils disent L'homine a vraiment une répugnance instinctive pour les idêct simples et naturelles; ajouterai-je pour la propreté?

Coirra. — Naître coiffé, c'est-à-dire U télé converti" d'une partie des membranes dont elle était eaveloppcr dans le sein de la mère , était ches les anciens on sig« de* bonheur. Puisque la nature , disaient-ila , prend cf soin particulier de la tête de cet enfant , c*eit qu'elle a des vues sur lui. C'est sur ce bean raisonnement que cette absurde croyance était fondée et qu'elle noos a été rrligieusement transmise. En Irlande, on croit qa'nn vaisseau qui possède un de ces talismans ne pent faire nasfrage , et il n'est pas rare de lire dans les josumanx di; pajs l'annonce d'une coiffe à vendre.

CouBUSTiBLK. — A très-peu d'exceptions près, voai voyes tous les intérieurs de cheminées peints en noir C'est un tort au point de vue de l'économie ds combattible ; car puisqu'il est reconnu qne la coolenr noire absorbe une plus grande quantité de calorique , il en rrsuite nécessairement que les cheminées dont rialrrirar est peint en blanc sont celles qui donnent le plas et chaleur. Nous ferions la même observation an anjet in bouilloires où l'eau chauffe moins vite lonqa*ellêi teal bien récurées à l'extérieur , si nous n'étions retean par une autre considération très-grave : celle de la proprHr.

DcBL. — Il n'est goère de préjugé qui ait fait pins & victimes que celui-ci. Heureusement, i meanre que os» mœurs s'adoucissent , la mode en passe de plus es pla«. Les tribunaux ont pris le bon parti Combattants et trmoins, ils poursuivent tout le monde. Le pins sonvm les prévenus sont acquittés : on ne peut donc dire qai y ait persécution ; mais cette obligation d'aller se (ànr* acquitter en cour d'assises suffit pour empécber la plnps* des duels , et du moins l'on ne se bat pins pour des m» séries. Devrait-on même se battre pour des motifs graiet* Le préjugé dit oui , mais la raison ne dit-elle pas aoa^ car, presque toujours , c'est porter sa caoae devant wm justice dont les balances ne sont point égales? Et, qnrll que soit l'issue , n'est-<» pas du duel , ptiis qne de n poésie , qu'on devrait dire : Qu'est-ce que cela proatr

Egalité. — La marche de la civilisation est asses *esblable à celle de ces pèlerins qui avaient fait rœn d'à*complir leur pieux voyage en avançant de denx pas f. reculant d'un ; et ne nous plaignons pas si la proport»^ est la même ; car si le temps détruit bien des preje^ il ne fait souvent qne les remplacer par d'antres. L'tfèlité absolue est un de ces remplaçants dont nons parlow et, en vérité , quel qne fût son prédéceaseor , il est prrmis de douter qu'on ait gagné an change. S'il ne s'a: 4 qne de l'égalité devant la loi , à la bonne heure « c'est j plus belle conquête de 1789, et la France pent ètre&rà juste litre d'être , entre toutes les nations , U peneenificalion de cette grande et juste idée. Mais arrékc»nous là, car cette égalité à laquelle aspirent tons les «^ primés de la terre , n'a pas nne plus grande ennemie ^ cette fausse sœur qui n'a de commnn avec elle qsi> tf nom , que cette autre égalité que la natnre désavoae. * qu'aucune société ne pourrait admettre on seal insaz sans se détruire. Qu'on nous permette de citer ce que dit un homme dont le libéralisme n'est pas snsprrt

« Il est clair, dit Voltaire, qne les hommes , joBi><ix:>i des facultés attachées à leur natnre , sont égaai . tU r sont quand ils s'acquittent de leurs fonctions antnai-^ L'empereur de la Chine, le grand Mogol, le padi»cl:ià..*' Turquie ne peuvent dire au dernier des hommes : J« u J>fends de digérer, d'aller à la garde-robe, de peasfrV

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ERREURS ET PRÉJUGÉS POPLLAIRES

IftSO

Tout les hommes seraient nécessairement égaax s ilsélaient sans besoins. La misère attachée à notre espèce subordonne un homme à un homme. Une famille nombreuse a cultivé nn bon terroir ; deux petites familles voisines ont des champs ingrats et rebelles : il faut que les deux pauvres familles servent la famille opulente ou qu'elles regorgent, cela va sans difficulté. Une des deux familles indigentes va offrir ses bras à la riche pour avoir du pain; l'antre va Tattaquer et est battue. La famille servante est l'origine des domestiques et des manœuvres ; la famille battue est l'origine des esclaves.

' Le genre humain , tel qu'il est , ne peut subsister i moins qu'il n'y ait une inanité d'hommes utiles qui ne possèdent rien du tont , car certainement un homme i aoD aise ne quittera pas sa terre pour venir labourer la xàire ; et si vous aves besoin d'une paire de souliers , ce ne sera pas un maître des requêtes qhi vous la fera.

- Chaque homme, dans le fond de son cœur, a le droit de se croire entièrement égal aux autres hommes ; il ne s'ensuit pas de là que le cuisinier d'un cardinal doive ordonner à son maître de lui faire à dîner ; mais le cuisinier peut dire : < Je suis homme comme mon maître , je suis né comme lui en pleurant ; il mourra comme moi dmns les angoisses ; nous faisons tons deux les mêmes fonctions animales : si les Turcs s'emparent de Rome , et si alors je suis cardinal , et mon maître cuisinier , je le prendrai k mon service. > Tout ce discours est raisonnable et juste ; mais en attendant que le grand-Turc s'empare de Rome , le cuisinier doit faire son devoir , ou tonte société humaine est pervertie. <>

EanKiJBS HiSTOBiQOBS. — Qui n'a entendu parler de Bélisaire aveugle, réduit i mendier son paih en disant : Donnei une obole à Bélisaire : Date vbolum Belisario ! Qoi ne s'est ému de cet exemple de l'ingratitude des princes, de l'instabilité des grandeurs humaines? La poésie , la peinture , la philosophie ont fait leur propre de ce grand fait historique , et aujourd'hui qu'elles l'ont a<:crédilé , voilà qu'on reconnaît que c'est un conte. Vers la fin de sa carrière, Bélisaire fut à la vérité accusé de conspiration et ses biens furent confisqués ; mais il ne fut ni mendiant ni aveugle , et son innocence ayant été reconnue au bout de sept mois, il recouvra sa fortune et la confiance de l'empereur. 11 paraît qu'on a confondu son histoire avec celle d'un autre favori de Justinien nommé Carpocratien, qui, en effet, étant tombé en disgrâce, fut exilé en Egypte, où il fut réduit à mendier son pain. Nous avons cité ce fait parce que Bélisaire est connu de tont Je monde ; mais nous ne prenons pas l'engagement de relever toutes les erreurs de ce genre. Où en serionsnous, par exemple, s'il fallait citer les mots célèbres attribués à des personnages historiques qui ne les ont jamais prononcés? Contentons-nous, comme pour tout le reste , de quelques échantillons : Tout est perdu , fort l'honneur : tel est le billet sublime de laconisme que François l^^ est censé avoir écrit à sa mère après la bataille de Pavie. Malheureusement, Dulaure a retrouvé le texte même de la lettre dans les registres manuscrits dn parlement , et le voici ;

- Pour vous advertir comment se porte le ressort de mon infortune, de toutes choses ne m*esl demeuré que l'honneur et la vie, qui est sauve; et pour ce que, en nostre adversité, cette nouvelle vous fera quelque peu de reaconfort , j*ay prié qn on me laissât vous esci^pre ces lettres , ce qu'on m'a agréablement accordé. Vous suppliant de voUoir prendre l'extrémité de vous meismes en usant de vostre accoustumée prudence ; car j*ay espoir en la fin que Dieu ne m'abandonnera point ; vous recommandant vos petits enfants et les miens, vous snppliant de faire donner seur passage et le retoar pour Tal- 1er et le retour en Espaigne à ce porteur , qui va vers l'empereur pour savoir comme il fauldra que je sois

traictc. El sur ce très-humblement me recommande à vostre bonne grâce. >

. Un autre roi de France , Philippe de Valois , après la perte d'une autre bataille, celle de Grécy , se présenta au château de la Broyé , et quand on lui demanda qui il était, il répondit, à ce qu'on peut lire dans les premières éditions de Froissart , et i ce qu'ont répété depuis nombre d'historiens : « Ouvres , ouvres , châtelain , e'e$t Ut fortune de la France. > La réponse était pleine de grandeur; mais malheureusement on avait mal lu le manuscrit, qui porte tout simplement : • Cest l'infortuné roi de France, > On prèle an président Matthieu Mole celte phrase à effet : < // y a loin du poignard d^un OMoetin à la poitrine d'un honnête lunmme ! • tandis qu'il s'est borné à dire : « Quand voua m'aurex tué, il ne me faudra que six pieds de terre ! •> — L'abbé Edgevorth , qui assista Louis \ VI sur l'échafaud, étant nn jour complimenté sur la sublime inspiration qui lui avait fait dire : • Fils de saint Louis, tnontezaueiel! • répondit avec une franchise et une simplicité qui ont bien aussi leur mérite, qu'à ce momentlà il était beaucoup trop ému pour avoir pu rien dire de semblable. — Le peuple et les journalistes (car ce sont eux en général qui inventent ces mois historiques) ont de la peine à comprendre que dans des circonstances très-critiques on a bien antre chose à faire que des phrases. N'était-ce pas, par exemple, rendre nn très -mauvais service au brave général Cambronne, qui fut fait prison- nier à la balai lie de Waterloo , qne de lui prêter cette parole sentencieuse : • La garde meurt et ne se rend pas ! • au lieu du mot énergique cl tout militaire par lequel il accueillit la proposition de se rendre ? — Ce n'était pas assex d'inventer des mois, on a inventé jusqu'à des personnages historiques. Nous ne parlerons pas du Juif- Errant , quoique son existence nous soit affirmée par le bénédictin Matthieu Paris, écrivain anglais dn 13' siècle, lequel tenait cette histoire d'un évéque arménien qui avait vu le Juif-Errant et causé avec lui : nous noos bornerons à citer, pour achever de mettre en garde contre les erreurs de l'histoire, la papesse Jeanne. Nous préférons ce fait parce qu'il est la preuve la plus flagrante que le mensonge et la crédulité ne reculent devant rien ; car il est facile d'inventer quelque obscur personnage ; mais placer une femme sur le trône de saint Pierre, mais faire accoucher ce pape de nouvelle espèce en pleine église , il semblerait qu'il n'y a que la vérité qui ait le droit d'être si invraisemblable. Eh bien ! ce fait plus qu'invraisemblable est affirmé , soixante ans seulement après sa mort, par un moine du diocèse de Beauvais, nommé Raduiphe. Marianus Scotus dit positivement dans sa chronique : > Leoni IV successit Jokanna mulier, annis duobus, mensibus quinque, diebus quatuor : à Léon IV succéda Jeanne femme, pendant deux ans, cinq mois, quatre jours. • Et notes bien que Marianus était un savant théologien, grand partisan du saint-siége. Ces détails sont asses positifs ; mais Sigebert de Gemblours , moine qui vivait au 12« siècle, un siècle après Marianus, en donne bien d'autres , et prétend que, pour étoufler ce scandale, on convint de rayer Jeanne de la liste des papes. Les mêmes circonstances sont encore rapportées par deux évéques contemporains de Sigebert, Othon de Freisingen et Arturus de Saint- Asapb , par Godefroi de Viterbe dans son Panthéon et par Martin de Pologne, qui, remarques-le bien, avait été pénitencier de Jean XXI et de Nicolas 111, qui l'avait fait archevêque de Gnesne, en Pologne. Plus on avance, plus les témoignages abondent Nul n'y contredit, ni Bernard Guy, inquisiteur de la foi contre les Albigeois, ni le concile de Constance lui-même, lorsqu'il relève les erreurs de Jean Hus, ni Jean Gerson, ni le cardinal Piccolomini , depuis Pie II , ni le cardinal Torquemada, l'effroi de l'hérésie, ni Folgose de Platine, ni Estienne Patquier ; vous trouves peut-être qne voilà

bien des noms : nou^ poumons avec Spanheim vons en citer jufqai 150. Mais ce nest pas tout : la papesse Jeanne a en une statue i Rome, une statue où elle éiaiè représentée avec sa fille. Thëodoric de Niem, qui avait été secrétaire de plusieurs papes , dit Tavoir vue. Le fait est confirmé par saint Antonin et par Nauclerc, et ce fat Siite-Quint qui fit jeter cette statue dans le Tibre. Vers le milieu du 15* siècle, les bustes de tous les papes ayant été mis, par ordre de succession , dans la basilique de Sienne, celui de la papesse y fut placé entre Léon IV et Benoît ni, avec cette inscription : Jo\!«xKa VUl, pbuina. Voilà bien des preuves, n'est-ce pas ? Kh bien , elles ne sont pas suffisantes ; car , malgré toutes ces apparences , le fait passe définitivement pour con trouvé. Tous ces témoignages si concluants sont réfutés l'uu après l'antre, et, sans entrer dans des détails que nous devons nous interdire, il nous suffira de dire que Voltaire, dont l'opinion ne saurait être suspecte en pareille matière, s'est prononcé pour la négative.

iNFiauiTKs. — Les erreurs que nous avons i signaler dans ce paragraphe sont peut- être dues à un bon sentiment , et il semble que ce soit une sorte de dédommagement que l'imaffination de l'bomme veuille accorder i ceux de ses semblables qui sont atteints d'infirmités pour réparer envers eux les torts de la nature. Ainsi , pour nous borner à ces deux exemples, les boiteux passent pour être plus adonnés aux plaisirs de l'amour et lés bossas pour avoir de l'esprit. Nous ne traiterons que la seconde de ces questions , renvoyant pour la première aux Muait de Montaigne. Nous ne dirons pas : pourquoi les bossus sont -ils généralement spirituels? mais : le sontils? Le proverbe est d'avis que oui ; mais la sagesse des nations n'est pas inCaillible. Quant à nous, qui avons connu des bossus comme tout le monde , nous n'avons jamais trouvé qu'ils fassent différents des autres hommes , à la tournure près , bien entendu. On s'est expliqué leur esprit par la nécessité où ils sont d'être toujours prêts i repousser les railleries , par le diamètre de leur tête , relativement plus volumineuse que celle des hommes bien faits , etc. C'est toujours celte vieille histoire de la dent d'or : on s'est plus occupé de commenter le fait que de le vérifier. Peut-être cette opinion , favorable aux bossas, n'est- elle venue, dans le principe, que de la surprise on l'on a été de ne pas les trouver aussi difformes d'esprit que de corps.

LuNK. — L'influence de la lune sur notre planète n'est point douteuse ; c'est à son attraction que sont dues les marées. Mais a-t-elle la même action sur le beau et le mauvais temps? La question, nous le savons, étonnera bien des gens. Nous n'ignorons pas que l'abbé Saignes , ce grand ennemi des préjugés , affirme que cette opinion n'en est pas un. H est reconnu , dit-il , que les variations du temps sont réglées sur les lunaisons. Des observateurs du premier ordre ont tenu des tables fidèles de ces variations , et l'abbé Zoaido en a constaté la cause par une suite d'expériences et d'observations si décisives, qu'il n'est plus permis d'avoir aucun doute à cet égard.

II a démontré que, sur 1,106 nouvelles lunes, 050 ont été suivies de changements notables ; reste 156 qui n'en ont amené aucun. Il y a donc 950 à parier contre 156 , on (ce qui revient au même) 6 contre 1 qu'une nouvelle lune produira nn changement de temps. Les autres phases ont moins d'influence. La pleine lune ne donne que 5 contre 1 ; les premiers et derniers quartiers que 2 1/2.

Mais cette influence peut s'accroître par diverses circonstances. La lune est-elle plus près de la terre : la probabilité est alors comme 7 à 1. La nouvelle lune, Jointe av périgée, augmente encore les chances d'one manière remarquable ; car les tables les pins exactes donnent, dans ce cas, la proportion de 33 à 1. Ainsi, tontes

les fois que la lune est nouvelle et pins près ée la terrr , on peut parier 33 contre 1 qu'il surviendra nn changement de temps , etc.

A tous ces arguments, à toutes ces prenves, noa$ n'opposerons qu'une seule question : on sorviendre n changement de temps? Si, le même jour, il pleut a Bordeaux et qu'il fasse beau à Paris, ce qui n'esl pai rare , je crois , que devient l'influence de la lane? Cfaaq v paroisse aurait-elle par hasard sa lune comme son saint ? — Voici maintenant ce que nous avons i dire de la lu oc rousse : on sait que les jardiniers ont nommé ainsi la lune qui , commençant en avril , devient pleine à la fis d« ce mois , ou plus habituellement dans le coarant de dul A les en croire , elle rouuit , c'est-à-dire elle gèle In jeunes feuilles , les bourgeons exposés i sa lamière , qaatque le thermomètre soit resté à plusieurs degrés aa-dcssat de séro. La vérité est que les plantes perdent, la neit, par voie de rayonnement, une partie du caloriqne qndiei ont amassé le jour ; et que comme il faut qne le temps soit clair pour que le rayonnement ail lien , lea jardînitr» ont attribué à la présence de la lune ce qui HêH éù t l'absence des nuages. — C'est par la même cnnne que U viande se gâte plus vite exposée aux raj ons de U luai-. Le rayonnement , dégageant plus de caloriqne , rommsnique à la viande plus d*humidilé; et Tean est , cootar on sait , un grand destructeur des matières aaimalf? Vonr «xOer is a wre ieeayer o/ yowr ttharêsou àemd h^. comme dit Shakspeare.

MiRACLKs. — ^Nous n'avons pas besoin de dire qoe mtm ne parlons ici que des faux miracles ; le titre même de rr traité doit l'indiquer assez. Forcé de nous borner. B<i«f entendrons sous ce mot non-seulement les faux mirar' >« proprement dits, mais encore tout ce qni est en eontradicti m avec les lois de la nature et de la raison , tons ces prodait« monstrueux de la fourberie et de la crédulité, toot ce qn. a fait dire au président Dnpaty : • Entre des homncf qa disent telle chose est, et la nature qui dit telle chose s'<4 pas, il faut en croire la nature. * Ceux de nos lectears qi voudront des détails sur l'astrologie, la magie, les frdictions, les revenants , sur toutes les superstittoof ttr ne sont guère plus le fait que des gens qui ne savent ]>ia lire , n'auront qu'à consulter le curé TÛers , Prîmcr&v . Brovn, Joubert, et autres vieux écrivains qni ont traîLde ces matières. Faute d'espace etd'ublité, novsavoss êà écarter de notre nomenclature tous les préjngés saransn que ces auteurs ont discutés fort au long ; el noa^ ^ pensons pas qu'on nous reproche l'omission de ssjr:^ tels que ceux-ci : Que les eowtétet ne somt poimt as stj»' iepetle. — Si U mari est malade à eam»e de Im freast*^ de sa femme. — De l'erreur de ceux qui préflrem les r^ • veriures rouges aux autres , a/n de meux fnrt sortir ** petite-virole. — Des médecins qui attri^memi trop «sx «•«très, etc. , etc. Quant an sujet même de cet article , ous» n'en dirons qu'un mot , et ce mot , nons l'eoipniBkKr» a Voltaire : «On souhaiterait, dit- il , pour qn'nn m'»*de fût bien constaté qu'il fût fait en présence de TAf demie des sciences de Paris ou de la Société royak -1 Londres et de la Faculté de médecine, assistées d'nn «i tachement du régiment des gardes pour contenir la r*t '• du peuple qui pourrait par son indiscrétion empêiid? l'opération dn miracle. >

NoMsnss. — Les nombres ont été la aoarce de trsf préjuge parmi les hommes, pour qu'il no«a soit per^-» de les passer sous silence ; et noas ne saorioat Kiîeax fiirque d'empmnter ici une partie des rédexioBs si seaseaifat ironiques que ce grave sujet a inspirées an moralislf rt^ marquable dont les lettres ont eu toot réceamaent à dnAorer la perle. Voici ce qa'en dit M. de SênsncwaH as» Obennatm :

- Pythagore a dit : Caltives atsidâoMBt la scincr èf nombres ; nos vioes et nos crimes ne sont q«e éis crn vi

ERREIRS ET PRÉJUGES POPLLAÎRES,

le 4:alcal. • Ce mol si utile et d'une vérité profonde est ans doute ce qui peut être dit de mieux sur les nombres. Liais voici ce que Pythagore n*a point dit :

' Sans un , il n j aurait ni deux ni trois : Tnnité est lonc le principe universel. Un est infini par ce qui sort le lui ; il produit coétemellement deux et même trois , Toù vient tout le reste. Quoique infini , il est impénérable ; il est assurément dans tout ; il ne peut cesser, lul ne Ta fait, il ne saurait changer; de plus, il nest li visible , ni bleu , ni large , m épais , ni lourd : c'est tomme qui dirait. . . plus qu'un nombre.

-. Pour deux, c'est très-différent. S'il n'y avait pas leiu , il n'y aurait qu'un. Or, quand tout est un , tout st semblable ; quand tout est semblable , il n'y a pas le discordance ; li où il n'y a pas de diseordance , li est a perfection : c'est donc deux qui brouille tout Voilà le sauvais principe

^ Cependant, sans deux il n'y aurait point de compoitioD, point de rapports, point d'harmonie. . . .

» Trois réunit l'expression de l'ensemble et celle de la ;oaapotitioa ; c'est l'harmonie parfaite. La raison en est lalpable; c'est un nombre composé qui ne peut être diisé que par on. De trois points placés dans des rapports ^aux nait la plus simple des figures. Cette figure triple l'est pourtant qu'une, ainsi que l'harmonie parfaite. St , dans la sagesse orientale , la puissance qui crée Brabna , la puissance qui conserve Vitsnou , et la puissance [oi détruit Rontren , ces trois puissances réunies , n'est-ce las Trimonrti ? Dans Trimourti , ne reconnaissex-vous tas trois? c'est ce qui fait Brahm, Tonique principe, >an9 les choses de la terre, trente-trois, nombre exprimé >ar deox trois, n'est-il pas celui de l'âge de la perfection >onr l'homme?... Trois est le principe de la perfection : ;*est le nombre de la chose composée et ramenée à l'nnité, le la chose élevée à l'agrégation, et achevée par l'onité. frots est le nombre mystérieux do premier ordre : aussi j a-t-il trois règnes dans les choses terrestres ; et pour out composé organique, trois accidents: formation, le , décomposition.

r Quatre ressemble beaucoop au corps , parce que le rorpa a quatre facultés. Il renferme aussi toute la relil'ton da serment : commen^l cela? Je l'ignore; mais puisqu'un naattre l'a dit, sans doute ses disciples l'expliqueront.

- Cinq est protégé par Vénus : car elle préside au maiage ; et cinq a dans sa forme quelque chose d'heureux [u'on ne saurait définir. De là vient que nous avons cinq ens et cinq doigts ; il n'en faut pas chercher d'autres ■aisons.

a Je oe sais rien sur le nombre six, sinon qpe le cube a ix faces. Tool le reste m'a paru indigne des grandes ;hoses que j'ai rassemblées sur d'autres nombres.

. Mais sept est d'une importapce extrême. Il représente ou tes les créatures , ce qui le rend d'autant plus inté- •essant qu'elles noss appartiennent toutes : droit divin ransféré depuis longtemps , et que prouvent la bride et e fiJet , malgré ce qu'en disent quelquefois les ours , les

ions et les serpents On voit facilement dans sept

* union des deux nombres parfaits, de deux principes de lerfection , union complétée, en quelque sorte, et consoidée par cette unité sublime qui loi imprime un grand raractère d'ensemble , et qui fait que sept n'est pas six. Test là le nombre mystérieux du second ordre , on , si *on veut, le principe de tons les nombres très-composés. . • • Toute la mysticité ancienne est pleine du nombre sept : c'e3t leplus mystérieux des nombres apocalyptiques, les nombres du coite milhriaque et des mystères d'initiation.

s Neof ! si l'on en croit les hordes mongoles et plusieurs peupiacles de la Nigritie , voilà le plus harmonique des Domhres, Cest le carré du seul nonibre qui ne soit divi-

sible que par l'unité ; c'est le principe des productions indirectes ; c'est le mystère multiplié par le mystère. On peut voir dans le Zend-Avesta combien neuf était vénéré d'une partie de l'Qrient. Dans la Géorgie, dans l'Iran ved, tout se fait par neuf; les Avares et les Chinois Font aimé particulièrement. Les Musulmans de la Syrie comptent quatre-vingt-dix-neut attributs de la divinité, et les peuples de la partie orientale de l'Indè connaissent dix-huit mondes , neuf bons , neuf mauvais. . . . Quatre-vingt-un , ou neuf multiplié par lui-même , est le nombre climatérique (voyes pour les climatériques d'Hippocrate, qui sont les septièmes années, l'article Annie» elimatériqueê). Tout homme qui aime l'ordre doit mourir à cet âge, et Denys d'Héraelée donna en cela un grand exemple au monde. « PiOR DU comiissMRS. — Loiu de nous de vouloir ébranler l'autorité de cet utile magistrat. La peur du commissaire est chose très-salutaire, lorsqu'elle prévient des contraventions aux lois et aux règlements de police ; mais il ne faut pas qu'elle aille jusqu'à la lâcheté. Si le désespoir a poussé quelque malheureux au suicide , ou s'il est victime d'un assassinat , quel est le premier devoir dès qu'on s'en aperçoit? N'est-ce pas de lui porter secours, de le décrocher s'il est pendu , de Ini donner de l'air s'il est asphyxié, d'arrêter le sang, si son sang coule? Non pas , le peuple s'en garde bien. Le premier devoir est d'aller chercher le commissaire, c'est-à-dire de perdre une heure , deux heures pendant lesquelles on aurait pu sauver la vie à un homme. Il faut le dire , ce n'est point là respect de la loi , c'est pur égoisme. On craint de se compromettre ; on craint d'être pris pour l'assassm de celui qu'on secourt. Nous concevons que cette crainte retienne ceux dont les antécédents sont assez mauvais pour qu'un tel scupçon soit naturel à leur égard ; mais ceux dont la conscience et la réputation sont nettes , ne doivent pas penser à eux dans un pareil moment , mais à l'infortuné qui les appelle à son aide , comme dit le poète espagnol , par la bouche de ses blessures.

RÉvBS , soNGRS. — Le rêve est plus voisin du réveil que le songe ; mais l'usage, plus fort que l'étymologie , attribue à ces deux mots la même signification. On a longtemps cru que les songes avaient une vertu prophétique. Sans parler d'Aristote, d'Hippocrate et de Galien , Franklin lui-même, le savant et le sensé Franklin n'a pu sedéfendre de cette superstition. Il s'est mis en tête que le ciel lui avait fait plusieurs prédictions pendant son sommeil. Mais ces faits et mille antres que l'on pourrait citer, ont une explication toute naturelle. Un homme est vivement préoccupé d'une affaire : il est tout simple qu'il en rêve. Selon sa disposition à voir les choses en beau ou en laid , son rêve sera conforme à ses espérances ou à ses craintes ; et si l'événement se trouve d'accord avec ses conjectures , son rêve est une prophétie , un merveilleux avertissement du ciel, car Tamour-propre est flatté de l'idée d'avoir Dieu pour conseiller. Dans le cas contraire , le rêve est oublié. De nos jours , les songes sont tombés dans un grand discrédit Autrefois, ils avaient des savants à la solde des rois pour interprètes : aujourd'hui , ils en sont réduits à de misérables tireuses de cartes.

Saivr MAdsrd. — Après nous être permis de contester à la lune l'influence qn'on loi attribue sur le beau et le mauvais temps , on ne doit pas s'attendre qoe nous nous lassions scrupole do dépooiller trois oo qoatre saints d'nn privilège analogoe :

Qoand il plsal i la Saiitt-Hédard.

Il pitat qoaraDtc joon plot tard.

Qaaod il pleot à la Satal-Genrai*.

Il plant quarante joon aprii.

£n Ecosse , ce n'est ni saint Gervais , ni saint Médard ; c'est saint Swithin , à qoi on tttriboe cette hnmide infloence ; mais , si le nom est changé , le chiffre reste le même : c'est partoot quarante joon de ploie qu'il

1\STRLCTI0\ POLR LE PEUPLE.

faut subir ; il n'y a pai à en rabattre. Comme rien ne vient de rien , on trouve presque toujours un peu de vérité au fond de toutes ces erreurs. Ainsi c est aux équinoxes du printemps et de Tautomne , c'est aux solstices d'hiver et d'été qu'ont lieu plus généralement les révolutions atmosphériques. Or , comme les fêtes de ces trois saints arrivent aux alentours du solstice d'été, c'est-àdire le 7 juin , le 19 du même mois et le  juillet , il n'est pas étonnant qu'avec un peu de superstition on soit parvenu à les doter de celte faculté redoutable.

PuTiTis SUPERSTITIONS. — Ou ne s'attend pas à ce que nous en dressions la liste ; des volumes n'y suffiraient pas : il faut nous contenter comme toujours d'échantillons. Tout sert d'aliment à cette disposition morbide de l'imagination , le connu et l'inconnu , ce qui existe et ce qui n'existe pas. Il n'est rien de si invraisemblable, de si puéril, de si absurde qui ne soit pris au sérieux par la crainte on par l'espérance, ces deux sources intarissables de tontes les superstitions humaines. Rappelons-nous J. - J. Rousseau lançant des pierres contre un arbre et faisant dépendre l'avenir de son plus ou moins d'adresse. • Porter malheur • est un mot qu'on a sans^ cesse à la bouche : et vraiment ceux qui croient à toutes ces sottises doivent mener une vie bien tourmentée , car le nombre des choses qui portent malheur est incalculable : il y a d'abord un jour de la semaine , le vendredi , et les Russes y ajoutent le lundi ; il y a , comme chiffre et comme date , le 1 3. Puis vient la série des accidents , comme de renverser une salière, de poser sa fourchette et son couteau en croix , etc. , etc. Mais ce sont les animaux surtout qui doivent mettre nos gens dans des transes perpétuelles ; car une foule d'entre eux sont doués de cette pernicieuse influence ; il est vrai qu'il y en a aussi qui le sont de la vertu contraire, et parfois les mêmes portent bonheur et malheur , suivant les circonstances dans lesquelles ils se présentent à nous. Qui ne connaît le proverbe :

Araigiié« do malin, greod chagrin ; Araignée da foir, bon aipoir.

Deux pies , ce n'est rien ; mais , une seule , c'est de bien mauvais angnre. Ainsi des corbeaux , selon leur nombre et le côté où nous les apercevons ; ainsi du hibou : • Sa vue , dit Pline , est un gage certain de stérilité , mais , en revanche , ses œufs guérissent infailliblement de l'ivrognerie : qu'un hibou crie la nuit, les paysans vous diront que c'est signe de mort ; et jadis , si un hibou entrait dans un colombier , c'était pour nos ancêtres , les Francs, un si heureux présage, qu'ils condamnaient à une amende considérable quiconque le tuait ou le dérobait Les montons enx-mêmes , ces inoffensives créatures , ont leur influence comme les autres , et c'est de leur rencontre que dépendra le bon ou mauvais accueil qu'on doit vous faire où vous ailes : s'ils viennent à vous , poursuivez votre route ; mais , s'ils vous tournent le dos , croyesmoi , faites-leur en autant • S'il est des animaux dont l'influence est toute funeste, il en est aussi dont l'influence est tonte propice : la cigogne , par exemple , et l'hirondelle ; aussi est-il défendu de leur faire du mal. A Dieu ne plaise que , dans notre ardeur à détruire les préjugés , nous songions à priver ces oiseaux des bénéfices d'nue erreur qui leur est si avantageuse. Absurdes pour absurdes , nous aimons mieux combattre les préjugés dont tant d'innocentes bêtes sont victimes ; mais il y a moyen ici de tout concilier , leur intérêt et celui de la vérité. Ce n'est pas parce qu'ils nous portent bonheur qu'il faut respecter l'hirondelle et la cigogne ; c'est parce qu'elles sont tout à fait inoffensives , c est parce qu'elles nous rendent même service , Tune en donnant la chasse aux moucherons et autres insectes, l'autre en tuant les serpents. -^ Il en est de même des crétins : tant que le peuple a Croupi dans l'ignorance , force a bien été de lui faire croire que ces êtres disgraciés de la nature portaient

bonheur à cenx qui les recueillaient; plus éclairé, et par conséquent meilleur, il fant que le peuple apprenne à les bien traiter par pitié , par humanité , cl non pho dans une espérance égoïste.

Teups lourd , AIR LOURD. — Tootes les fois que Ton se trouve dans certaines conditions de l'atmosphère où Toa ne peut se mouvoir qu'avec difGcnlté et on Ton est abatti par le moindre exercice, on répète avec nne eertaiar assurance . • Comme l'air est lourd , comme le lem^i est lourd ! • C'est tout juste le contraire qa'il faudriit dire. En effet la colonne d'air qai pèse sar nous dvu ces circonstances est beaucoup plus légère et nous éatff beaucoup moins que lorsque nons supportons sans pose des exercices violents et continus. La justesse de ctiU assertion est aisée à démontrer. Noos éprooioos de U difficulté à nons mouvoir, nous sommes lourds lonqoe le baromètre baisse; nous éprouvons, an oonlraîrr, m sentiment de vigueur et d'énergie quand le baronètre en très -élevé. Or le baromètre ne baisse qne parce que b colonne d'air qui presse sur le mercare de U csveâe n'est point asses lourde pour faire contrepoids à la colonne de mercure du tube. L'air, dans ce cas , est doK infiniment plus rare, moins pesant, et il n*j a qœ se» de lourds , c'est-à-dire de moins propres an owvvenKet. L'état de l'organisme alors est une espèce de plciiiore paysagère : les kquides du corps tendent à se dilater, fœX effort contre les parois de lenrs vaisseau; les vrâa sont gonflées. Ces phénomènes, répétoiis4e encore, Imnent À ce que le poids ou plutôt la pression de Tair s'oi pas suffisante , et non à ce que Tair est lonrd.

Vbndbtta. — La vendetta est heareasemenl na préjugé local et qui , à ce point de vue , ne devrait peet-êfrr pas trouver place dans ce traité; mais , rattaqoer. ctn combattre l'esprit de vengeance qui, pins on moins, ai de tous les pays. Les Corses ne sont pas asaex pee d«^ ses pour ne pas comprendre que la vie en oomova a'ol possible qu'au prix de certains sacrifices. Qnand oa Inr demande d'acquitter leurs contributions, ils nieal ^ c'est pour que leur ville soit pavée , éclairée , ;|ardee. fs un mot administrée , et ils payent sans se £Rtre prie. Mais , par une inconséquence qui n'est qne trop fnqea* cbes les hommes , lorsque cette même soeiélé , dont éà apprécient les avantages puisqu'ils y virent , leur demande, au nom de l'ordre, de la sûreté oommone. ée la liberté réelle , d'aliéner ce droit de jnstice natan^ , mais sauvage et barbare qu'on nomme la Tengeaacr. «( de le déléguer à des tiers désintéressés , imparliaax . ^ s'y refusent : ils veulent jouir des bénéfices do coolni. et en repoussent les charges ; et , tandis que la vengvaarf commence ches nous à renoncer au dod , elle en est cs»core ches eux i l'assassinat Bien des gens reigardest sijourd'hui la guerce elle-même comme on préiagé. ^ Dieu veuille que la paix , U facilité des v^oyages cl Isccroissement des relations commerciales permeUent a cru qui feront après nous ce traité, toujours à refaîrr, é« préjugés populaires , d'inscrire la guerre an nombrr èa erreurs qui s'effacent du monde i Mais encore U gnrr* a-t-elle souvent une excuse qui manque tonjoors an dafl et à la vendetta. Lorsque leur honneur on leva inbfpb sont en jeu , de grandes nations ne trouvent pas farârment des arbitres qui aient asses d'autorité et d«eî \i désintéressement mérite asses de confiance ponr qa'cAK se soumettent sans appel à leur décision. Hais les fsnr' culiers ne sont jamais dans cette néeestilé cmcile : p'a ils ont été outragés , moins ils doivent craindre de poîrir plainte à la société : se faire justice toi-nêsne , c'est « rendre plus coupable que son agresseur ; • car, cefr l'a dit Bacon : si la première injure offense la lot. la «•geance semble la destituer tont à fait et •• mettre s m place. •

rAitf . — TTMCSAnn rvam rsftsis. avs m viiniim. 1&

INSTRUCTION POUR LE PEUPLE. — CENT TRAITÉS. Pabu.— DUBOCHST, LECHE VALIER it O^, 60, RUE RICHELIEU. — i5 anmMM.

DROIT PUBLIC- DROIT DES GENS

L'Etat , coBiidéré comme penonne morale , c'ett-àlire comme one individoalité de comrenlion, a, de même pe la famille , des rapports iotériean et des rapporta !xlcrieurt.

Les règles qni régissent ces rapports forment , dans le tremier cas , ce qu'on est convenu d'appeler le droit pn- (iic ioteme on plos ordinairement droit public ; dans le ecood cas , le droit public eiteme ou droit des gens.

Il y a cette différence notable entre le droit public iropremeot dit et le droit des gens : c'est que le preoier le fonde sur des prescriptions écrites, fur des :harles ou des constitutions, et quo le droit des geuii l'a en d'antre point de départ, du moins dans l'origine, pie l'équité ou le droit naturel, base incertaine et sujette i des interprétations divers fs , et plus tard que des convolions souvent inefficaces dont le respect et la durée le font pas garantis par 'une sanction supérieure aux latioDf dont les intérêts y sont engagés.

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