‹ Instruction pour le peuple: cent traités sur les connaissances les plus indispensablesChapitre 96 sur 291 · MÉDECINE · texte numérisé non relu

MÉDECINE

Ce traité paraîtra peut-être , au premier abord , bien différeDt de ce qae nos lecteurs s'attendaient à trouver , car nous ne ferons pas ici l'histoire de toutes les maladies, et nous n'indiquerons pas les traitements qui conviennent à chacune d'elles. Une telle marche eût été ridicule et nniaible, car nos lecteurs auraient pu croire possible de se soigner à l'aide de cette sorte de manuel et notre conduite eût été presque coupable , puisqu'elle aurait pu contribuer, en les privant de secours éclairés, à compromettre ainsi leur vie ou leur santé. Il y a une utilité incontestable à populariser les sciences , personne n'en est plus convaincu que les auteurs des Cent Traité»; mais populariser les sciences, ce n'est pas les enseigner i tout le monde, de façon qu'après avoir lu les différents traités, chacun soit mathématicien , chimiste, physicien , chirurgien on médecin. Ce serait une prétention aussi absurde qu'impossible à réaliser. Personne en effet ne pourra espérer devenir lapidaire, joaillier , menuisier ou maçon sans apprentissage et seulement en lisant des livres sur les règles que doivent suivre ces divers ouvriers. Or , si cette marche est de toute impossibilité pour des professions qui demandent un certain degré d'intelligence, mais surtout ane grande habitude d'opérations manuelles , il en sera de même, à plus forte raison, pour celles qui nécessitent des travaux préliminaires longs et pénibles , constitués souvent par l'étude approfondie d'une ou plusieurs antres sciences , lesquelles ne servent cependant que de préparation à celle qu'on veut surtout cultiver. La médecine , conune on le verra plus loin , est entièrement dans ce cas. Elle demande des études sérieuses longtemps préparées , longtemps continuées , et il ne faut pas onblier de plus que les connaissances imparfaites en médecine sont plus dangereuses que dans toute autre profession , puisque leur insuffisance peut mettre en péril la vie, le seul bien dont la perte soit irréparable.

Popalariser une science veut dire seulement répandre parmi les individus qui s'occupent d'un autre ordre de travaux des notions exactes sur l'objet que cette science étudie, sur le but qu'elle se propose, sur le besoin social auquel elle répond et à propos duquel elle a été séparée des autres branches d'étude. Ce sont donc des notions générales et sommaires que nous allons donner ici sur la médecine , sur son but, sur les services qu'elle rend à la société , sur les nombreuses con-

naissances qui sont indispensables au médecin dans la pratique bien entendue de son art , enfin sur la façon dont il doit mettre en œuvre ces fruits de ses études, etc. Après avoir parcouru cet énoncé sommaire et surtout après avoir vu d'une manière générale toutes les conditions nécessaires pour apprécier les causes et les symptômes d'une maladie , pour les' distinguer d'une affection analogue , pour juger du traitement qu'elle réclame et de celui que la constitution ou le tempérament du malade permettent d'employer, noua espérons que le lecteur sera pleinement convaincu, d'une part, qu'en lui donnant ici la description de toutes les maladies, on ne lui aurait appris à en reconnaître et -surtout à en traiter raisonnablement aucune, et d'autre part qu'il n*est rien de plus funeste pour l'humanité qu'un demi-médecin ou qu'un marchand de, recettes et de panacées universelles , auquel les éludes et le temps nécessaires à une expérience suffisante ont manqué; enfin qu'il n'est pas de secrets et de révélations capables de faire du premier venu un médecin véritablement digne de ce nom comme de la confiance de ses concitoyens.

Nous ne rappellerons pas ici l'histoire des diverses doctrines qui ont régné successivement en médecine; nous indiquerons seulement la série des vicissitudes qu'a eu à subir l'art médical et les diverses mains auxquelles il a été successivement confié. Aucune science ne remonte à une antiquité plus reculée ; comme on l'a dit souvent , l'art de guérir est né avec la première souffrance de l'homme, c'est-à-dire avec l'homme lui-même. Les docuilients les plus anciens qui puissent être consultés à ce sujet nous montrent les nialades exposés sur la voie publique et recevant de chaque passant des conseils résultant ordinairement d'une expérience individuelle. Ces connaissances grossières se propagèrent par la tradition jusqu'au làoment où l'on retrouve la médecine dans les mains des héros , des rois ou des prêtres. Cette marche semble avoir été la même pour tous les peuples, bien que la civilisation ne se soit pas développée chez tous à la même époque.

La médecine a donc été partout, à un moment donné, pratiquée plus spécialement par les prêtres ; les maladies étaient alors regardées comme des signes de la vengeance des dieux. Ces opinions ne pouvaient rester stationnaires en Grèce. Dans ce pays, Esculape, héros qui vécut probablement au temps de l'expédition de Jason à la conquête

de la Toison-d*Or, était considéré comme U^iiLtt-delf mé-

decine , et , longtemps après la guerre de Troie , non» voyons les prêtres , descendants dn dien et réunis sons le nom d'Asciépiades , en possession exclusive de la pratique médicale. Bientôt sortit de l'école des Asclépiades, à CoSf Hippocrate, qui, né Tan 460 avant J.-G. à Cos, monmtà Larisse à TAge de quatre-vingt-dix ans ou de cent ans (roy. traité d'HiSTOiai ASicisNNBf col. 958). Avec Hîppocrale , la médecine devint véritablement une science qui, après Ini, souvent altérée par les systèmes les plus divers, reçut de Galien, né l'an 128 de l'ère chrétienne, et mort à l'âge de soixante-dix ans, un nouveau lustre et des modifications peut-être moins henreuses. La décadence de l'empire romain replongea la médecine dans la barbarie : elle fut de nouveau livrée aux magiciens , aux charlatans on aux moines , dans les mains desquels, pendant tout le moyen Âge, l'art de guérir redevint à peu près ce qu'il était sous les Asclépiades avant Hippocrate. Mais la médecine n'était pas effacée du monde; pendant que ces ténèbres couvraient l'Europe , les Arabes , arrivés à un haut degré de civilisation , avaient recueilli des derniers Romains dn Bas- Empire les livres de Galieu et en conservaient le précieux dépôt , qu'ils rendirent à l'Europe , après la prise de Gonstantinople , au 15^ siècle, an moment de la renaissance des sciences et des lettres. Alors reparurent les ouvrages d'Hippocrate et de Galien, qui, le second surtout, régnèrent dans la science, avec Avicenne, médecin arabe , jusqu'au moment où Paracelse , né en 1498 et mort en 1546, démontaa l'importance des études chimiques et apprit aux médecins à observer par eux-mêmes et à ne plus s'en rapporter aveuglément aux enseignements des mattres. Depuis lui , et surtout vers la fin dn 17' siècle , la science fit dans plusieurs de ses parties des découvertes importantes dues presque tout entières au Collège de chirurgie et auxquelles les prétentions ridicules de la Faculté de médecine de Paris apportaient toutes les entraves possibles. Enfin l'esprit d'analyse et d'investigation , créé en quelque sorte par Bacon , développé par Descartes et appliqué aux sciences , commença ane ère de progrès très<réels, et le dix - huitième siècle , terminé par la révolution française , dont les exécrables excès coûtaient la vie à Lavoisier , acheva l'émaneiJ»ation intellectuelle et fit éclore cette activité toute puissante des sciences et des arts. La médecine en France, à partir de ce moment , cessa d'être une science parquée pour ainsi dire dans la confrérie opiniâtre qui représentait la Faculté de Paris.

Ces dispositions de l'ancienne Faculté de médecine , corporation longtemps ecclésiastique ou régie par des règlements presque monastiques , établirent entre les facultés (surtout à Paris) et les progrès généraux de l'esprit social, une disparate intolérable, saisie et persiflée par Molière avec tant de finesse. Certes, ces railleries étaient heureusement, nous dirons presque justement appliquées aux prétentions siognlières des médecins de son temps ; mais les usages du temps, qui légitimaient ces charmantes critiques, ont disparu complètement , et les plaisan- ' teries devenues injustes sont restées ; car le public conserve longtemps ses impressions , surtout quand elles portent sur des sujets tout à fait spéciaux.

Aujourd'hui , comme nous l'avons déjà dit , telle n'est plus la médecine , elle ne repousse plus aucune innovation, elle procède comme une science véritable acceptant toutes les découvertes , toutes les théories , mais ne les acceptant qu'après les avoir contrôlées par l'expérience. La médecine peut être définie comme elle l'a été tant de fois , non pas seulement l'art de guérir , mais bien la science des maladies et de leur traitement. Ce n'est pu en effet un art isolé , ni une science isolée , mais bien une science qui dirige la pratique d'un art et est enrichie incessamment par lui. Ainsi le médecin, quand il cher-

che à guérir une maladie , aborde le tnitemeat avec des opinions déjà formées sur TtlTection qu'il observe et sur ^ la valeur que l'on doit accorder à tels ou tels symptômes. Or, ces opinions qui dirigent ses pas ne sont antre chose que le résultat des données que la science médicale loi a fournies ; mais cetta science ellMuême à son tour n'a été constituée, ne fait des progrès et n'acquiert on certain degré de certitude que par une nouvelle constatation, an lit du malade, des faits que la pratique de l'art a déjà révélés.

La médecine, avons-nous dit, s'appuie maintenant sor toutes les sciences naturelles ; leur connaissance en effet est indispensable au médecin pour la pratique de son art ; mais ce qu'il faut bien reconnaître, c'est que la plupart de ces sciences doivent leurs premiers développements à la médecine , comme elles les doivent anssi à l'agriculture. Eu effet , lorKiu'il fut atteint des diverses maladies qui affligent son espèce , Phoaune dut chercher à trouver les influences qui semblaient causer ses sooffrances et les moyens qui pouvaient les calmer. Quand on eut vu une même maladie naître no grand nombre de fois dans les mêmes circonstances , on considéra cet dernières comme pouvant être les causes de cette affection. Quand on eut vu les maladies se terminer après U production de certains phénomènes survenus d'eux-mêmes, comme un vomissement, une hémorrliagie , une diarrhée, on fut conduit à provoquer à l'aide d'agents tels que les vomitifs» les saignées, les purgatifs, des effets plus ou moins semblables à ceux qui avaient para salotaires lorsqu'ils avaient eu lieu spontanément Ailtears, ce fut le goût décidé des malades pour des matières spéciales , qui en fit découvrir l'utilité dans un cas donné. Enfin le hasard révéla souvent les propriétés de telle oa telle substance et la possibilité de certaines opérations ; par exemple : c'est aux empoisonnementa par la belladone, par la digitale, qu'on doit la connaissanœ des propriétés de ces plantes , et c'est souvent une plaie, une blessure , une chute qui , en divisant sans danger et ssns inconvénient grave une partie du corps , a appris à faire avec le bistouri ce que le hasard avait produit» C'est à l'aide de ces remarques que furent établis les premiers préceptes de l'art transmis par les Asdépiades. Mais plus tard l'homme adonné à la guérison de ses semblables ne se borna plus à savoir les circonstances qui causaient la maladie , il voulut observer plus intimement les divers agento qui réunissaient leur action pour constituer ces influences ; alors naquit la physique ; Tair, l'eau, le feu, la terre et toutes les forces qui régissent Is matière, furent étudiés à propos de la médecine comme ils le furent à propos de l'agriculture. Depuis , chacune de ces diverses parties des sciences naturelles a été cultivée à part et a constitué une science spéciale , dont la connaissance approfondie est indispensable au médecin s titre d'études accessoires ou préliminaires, ainsi qu'on va le voir par les exemples suivante.

Les connaissances physiques sont indispensable, ht médecin ne peut ignorer les propriétés diverses de Is chaleur, du froid et l'efTet de ces deux degrés extrêmes de calorique sur les corps inertes, afin d'appliquer ces données au corps de l'homme, et d'en tirer des enseignemeats sur les causes et sur le traitement desmaladiea. Il doit cesnaître les lois de la pesanteur, qui lui expliqueront, psr exemple, comment les artisans soumis par leur profeasîos à une station habituelle sont atteints de varices des mea>bres inférieurs. Le médecin ne comprendra bien certaines parties de l'histoire physiologique de la drcnlilioo que s'il a étudié l'élasticité considérée comme propriété physique des corps, et s'il a connaissance des lois priiscxpalcf de l'hydraulique ; l'œil et la vision rendent néceassav pour lui la connaissance des lois de l'optique, et de même toutes les parties de la physique peuvent lui foer^ nir dntiles enseignementa Nous devons ajouter que c est

MEDECINE. ^ PHARMACIE

une lomiiieofe application det donn^ de l'acoiutiqne et des lois de la tranimisfion det tons, qui a conduit Laen- Dec à Tadmirabie découverte de l'anBcnltation , et qne c'ef t one henrense appréciation det rapporta qni eiittent entre la deniité det corps et lenr tonorité , qni a conduit Aceobrugger et pins lard M. le profetsenr Piorry à cet belles mélhodet d'exploration qne nons étudieront pins loin soos let noms de percussion immédiate et de plestimétrie. Enfin, Télectricité et le galvanisme ne peuvent être négligés par le médecin , tant à cante du rdle qne ces forces jouent dans le monde, qu'à cause de leur emploi fort otile dans le traitement de certaines paralysies.

Si la physique est inditpentable , la chimie n'est pu moins nécettaire au médecin. Il faut qu'il connaisse la composition chimique de l'air atmosphérique à l'état normtl, et qu'il puitse rechercher let corps dont le mélange tvec l'air, en proportions variables, amène la maladie on It mort. Ainsi, i l'aide des procédés chimiques, il étudie les différentes atpbyxiet , décompose la vapeur du charbon , constate la présence det gas impropret à la retpiration comme l'asote, l'oxyde de carbone ou celle de gai, qui, comme l'acide carbonique, ne tout plus seulement iosoffisants à entretenir la vie, mais la déte-nitent par un véritable empoisonnement Sans la chimie l'étude des médicamenlt «tt incomplète pour le médecin. Par l'an*- If 16 chimique il peut prettcnlir let propriétét et let effelt d'une substance non encore étudiée ; comme aussi la pré* «eoce de tel ou tel élément chimique dans nn médicament coQDu, explique souvent son mode d'action. C'est à la chimie, par exemple, qne l'on doit la connaittance des propnctés stopéfiaintesde Téther, si utiles dans let opérations chirurgicales. Le médecin doit encore pouvoir étudier, à l'aide de cette science, la composition des divers liquides du corps à l'état de maladie, et retrouver dans l'urine par divers procédés l'albumine qu'elle peut contenir acddentellement ehes let maladet atteinte de néphrite albn* minense,et le sucre qui paraît en proportions variables ches ceux qni sont aflÎBctés de diabète. Enfin, le sang, ce liquide floorricier qu'on médecin appelait poétiquement delà chair coulante (Borden), doit être examiné chimiquement dans les divertet maladiet. Cette recherche peut conduire à trouver det caractères précieux, en démontrant que certaines sobttancet dont la réunion conttilue ce liquide , penlent augmenter on diminuer de proportion. Ainti , dans toute maladie infltmmstoirc un pen intense, qnei que soit l'organe qui en soit le siège, on a constaté que l'un det éléments du tang, la fibrine, augmentait toujonrt de proportion dant un rapport variable de 3 i 10 millièmes; dans les fièvres graves an contraire , la fièvre typhoïde , par exemple , cette même fibrine diminue de quantité. Chez les femmes atteintes des pâles couleurs, c'est un autre principe du sang qui tend i diminuer ; les globules qni donnent an sang sa couleur rouge, sont moint nombreux. Bien pins, l'étude attentive a permit d'établir nn rapport précis entre la diminution de ces globules et l'apparition de certaint pbénomènet. Ainti, MM. let Professeurt Andral et Gavarret , à qui la science doit une grande partie de cet bellet recherchée sur' le sang , ont constaté : qne toutes let foitque letglobulet, au lieu d'être dant le sang dans la proportion de 127 millièmes, dimioneot an point d'arriver i jf^ seulement, un bruit de Bouflle particulier, si bien étudié par M. le profetsenr Bonillâud , apparaît dant let deux artèret carotidet et dans let veinet jugulairet, tituéet let naet et let antret de chaque cAié du cou. Ce bruit ctt conttaté à l'aide de l'aoscultation: en torte qne toulet let foit qne le médecin le perçoit , il peut être tûr qne la oompotition du tang est altérée de fiîçon qne la proportion det globules se rapproche beaucoup plus de 80 parties tur 1,000 que de 127 , chiffre de l'état normal.

Une de» plut beUet applicatioat de la médecine, une

de cellet qui démontrent le plnt nettement Futilité tociale de cette noble profettion, prouve aussi combien les connaissances chimiques sont indispensables aux médecins , je veux parier de la médecine légale dans sa portion toxicologiqne. Nnl poison maintenant ne peut échapper à l'investigation de la tcience ; elle le retrouve dans les matières vomies, dans les liquides contenus dans l'estomac on let antret oiganet ; et pins tard, quand le temps écoulé depuis l'administration de la substance délétère semble devoir permettre au meurtrier de dépouiller toute crainte, le médecin légiste, plongeant an fond des organes, interroge lenr propre tissu, et du sein du cadavre exhumé, ou même du milieu de la poussière qui remplace let partiet jadit vivantes , il retire les parcelles dn poison et démontre clairement sa présence. Véritable instrument de la justice divine, qui n'abandonne jamais le coupable et le frappe à travers le tempe et l'espace.

A côté de la chimie nous devons placer, comme une science qne le médecin ne peut négliger, l'histoire naturelle , dont les deux parties principales , la botanique et la aoologie, l'intéressent plnt particulièrement II doit connaître let plantée , lenr port , lenr aipect , leurt propriétét pour tavoir cellet dont il peut permettre l'usage , comme les divers légumes , et celles qni peuvent être considérées comme nuisibles et dangereuses , telles sont certaines etpècet de champignont qni constituent un det poitont let plnt violente et let plus dangereux. Enfin, le médecin doit plus particulièrement fixer son attention snr les végétaux qni sont employés à titre de médicaments ; et alors il doit non-teulement let connaîtra botaniqnement , mait il doit de plut tavoir quelle eit la partie de telle ou telle plante qui ett plut habituellement employée. Tantôt ce tout let feuillet , comme pour la mauve, le téné; tantdt c'ett la racine, comme pour la rhubarbe, la guimauve; aillenn on preacrit la tige, comme la cannelle , le gaiac , ou bien encore les fruits , dant le tamarin , la coloquinte. Enfin , on choiât dans certaines plantes le suc extrait de la tige et des dhrertet partiet : tel ett l'opium , suc extrait d'une variété de pavot ; tel est le cachou , le sang-dragon ; tel est même le camphre , produit obtenu d'une plante de la famille des lauriers, le laurier-camphre.

Le règne animal , que la soologie étudie, ne peut être ignoré du médecin , il lui empruntera souvent plusieurs agents de traitement : telle est la sangsue, dont il faut bien connaître l'histoire ; tel est le musc tiré d'un chevrotin qui habite le Thibet, la Chine et la Sibérie.

La soologie intérette encore le médecm , en ce que bon nombre de qnetUont de phytiologie et d'anatomie , obtcuret ches l'homme , tout éclairéiet par ce que l'on obterve cfaei let animaux; ceci nécettite donc une connaittance étendue de toutet let particularitét soologiquet.

Lortque le médecin t'ett enrichi dn fruit de tout cet travaux, qui ne tout que préparatoiret , il étudie l'anatomie (voyex col. 737 et tnivantes). Il faut qu*il ait l'habitude de bien distinguer la forme, les rapports, l'apparence, la coloration, la consistance, l'épaisseur et le volume des diven organes a l'état normal, comme aussi leur structure intime et la disposition de leurs diven éléments. Quand il sait bien l'anatomie , science si vaste et si compliquée, le médecin ne connaît encore qne les instruments à l'aide desquels la vie doit s'accomplir et te manifetter : il patte alon à l'étude det actions ou f&iwtion» de ces organes, c'ett4rdire à la phyiiologie (voy. le traité destiné i cette science) , et il fait usage ici de ce qu'il a appris sur la physique et snr latbimie , comme des notions de mécanique qu'il a pu recueillir^ Puis la physiologie apprise, ainsi que l'anatomie, il doit encore, guidé par les notions puisées à ces deux sources , étudier les conditions nécessaires à la régularité des fonctions , c ett-ànlire à la tante , et graver dant ton esprit let pré-

ceptes qui font arriver à ce bat Cet ensemble de non- ▼ellei remarquas constitue Vày^iène (voir le traité spécial ). Alors instruit sur ce qui est la santé ou Texercice régulier des fonctions , sur les conditions qui paraissent propres à la maintenir, il arrive à la pathologie , c'està-dire à la partie de la science qui a pour but de conduire à la connaissance des dérangements survenus soit dans la disposition matérielle des organes, soit dans leurs fonctions. Ce sont ces deux ordres de dérangement, ordinairement combinés l'un avec l'autre , qui constituent l'état de maladie ou la maladie. On a admis généralement dans la pathologie plusieurs divisions. La première, qu'il faut établir, bien qu'elle soit peu philosophique, est celle qui sépare la médecine proprement dite de la chirurgie. La médecine a spécialement pour objet l'étude et le traitement des maladies siégeant, dans la plupart des cas, sur des organes intérieurs et qui, pour être guéries, réclament l'usage , soit intérieur, soit extérieur, de médicaments tirés du règne minéral , du règne végétal ou du règne animal ; tandis que la chirurgie est appliquée, au contraire, à connaître ou à traiter des maladies occupant des organes extérieurs, ou provenant de causes extérieures , et surtout réclamant , pour leur gnérison , l'emploi de la main du chirurgien, soit seule, soit armée d'instruments divers. Ainsi , un malade est pris d'une fluxion de poitrine, il a une douleur de côté , il tousse , il rend des crachats sanguinolents; le praticien appelé près de lui, après avoir constaté sa maladie, le saigne, lui fait prendre des potions, des tisanes, lui applique des vésicatoires. C'est là faire de la médecine. Au contraire, un homme tombe d'un échafaudage , il se casse une jambe , aussitôt on lui applique un appareil composé de pièces particulières et méthodiquement disposées, c'est là de la chirurgie.

Celte division surtout admise au point de vue pratique, n'est pas aussi facile à établir scientifiquement En effet, certaines maladies, comme l'érysipèle, sont placées sur les confins de la médecine et de la chirurgie. En outre, la médecine, dans le traitement des maladies qui la regardent plus spécialement, emploie tous les jours des opérations et des mincsuvres chirurgicales : comme la saignée, les applications de ventouses, etc. A son tour, la chirurgie, a côté des opérations sanglantes qu'elle pratique contre les désordres auxquels elle vent remédier , emploie des médicaments intérieurs , fait de la médecine véritable, pour aider au succès des manœuvres chirurgicales et ne saurait se passer de ce secours. C'est de la médecine seulement que nous nous occupons ici , nous renvoyons ponr la chirurgie au traité qui doit en parier spécialement Cette distinction faite , on doit diviser la pathologie médicale , ou la médecine proprement dite, en plusieurs parties principales ; savoir : •

1<* Vitiologie ou étude des causes (de deux mots grecs : oitioe, cause, et logoe, discours). On désigne sons ce nomla recherche des circonstances de tonte nature qui paraissent avoir exercé quelque influence sur le développement de la maladie ou sur la production de ses formes particulières. 2* La tgwiptomatologie ou étude des symptômes , c'est-à-dire de tons les phénomènes extraordinaires qui se manifestent dans les différentes fonctions. 5« Vanatomie pathologique^ c'est-à-dire l'étude des altérations matériellement appréciables survenues dans les organes ; que ces altérations aient été la cause des symptômes on qu'elles aient été , an contraire , la conséquence des troubles fonctionnels. 4^ Le diagnottic (de deux mots grecs : dia, entre, parmi; ginoseà, je connais), qui apprécie tous les symptômes observés , toutes les causes probables j afin d'arriver à séparer la maladie qui existe de toutes celles qui sont plus ou moins analogues, et à reconnaître nettement Taflection à laquelle on a affaire. Le diagnostic est donc une des parties les plus importantes de la médecine, même en admettant avec

nous qu'il y a une notable exagéntion dans ce dicton médical : Une maladie bien reconnue est à moitié gné- N rie. 5<> Le pronoitU (de pro , devant, avant , à l'avaoee; gitweeà, je connais), qni est le jugement qu'on porte d'ivance sur ce qui doit arriver dans le cours ou à la suite des maladies; le pronostic ne comporte pas, comme oo le voit , seulement la prévision d'une issue favorable et funeste , mais il doit encore avoir ponr but de reconnaître la dnrée probable de la maladie, les principaux phénomènes dont il est utile d'annoncer d'avance la venue , lei complications que l'on peut redouter, et enfin lei modifications que l'affection présente pent, après nn tempi plus ou moins éloigné, introduire dans la santé balHtuelle de l'individu. 6» La tkérapemtiqme on traitement de la maladie, divisée en thérapeutique hygiénique oa diététique, thérapeutique phamûcentiqne ou pharmacologie, matière médicale, et enfin tbénponliqne chîrvgicale ou médecine opératoire, que nous ajoutons ià pour compléter le tableau , et qni se rapporte snrtott, ou même seulement , à la chirurgie.

L'ensemble de ces divisions constitue la patkolôfii médicale, dont le médecin doit posséder la conniîiaance. Ponr observer complètement cbacnn des Culi qni se présentent à son examen, et d'après lesqncb il va étudier chacune des divisions que nons venons d'indiquer , il faut que le médecin soit familiarisé avec u certain nombre de moyens d'exploration , dont qnelqsM* uns sont d'un emploi asses difficile. Nons allons en doider une idée an lecteur.

Le premier de ces moyens est lapresâiom , dont le non donne la définition d'une façon satisfaisante ; elle a gé néralement pour résultat de permettre an médecin d*ipprécier si le point malade est pins on moins douloamu, et si la consistance des mêmes parties est angmcalée ou diminuée. On peut encore, à l'aide de la prenios, savoir si la rougeur anormale d'une partie est persiitante ou fugace et plus ou moins profonde.

La palpatian , qui n'est antre chose qne la pression pfffectionnée, sert à reconnaître si les parties sont angmeatées ou diminuées de volume et aussi de consistance.

Par le toucher, c'est4-dire à l'aide d'an on de pissieurs doigts introduits dans les ouvertures natnreUei accessibles à la main , on pent apprécier l'état de ces oamtures et des oi^aqes auxquels elles donnent accès. Nsai ne dirons rien de la succussion , moyen qui oonsistsil i secouer le malade pour écouter si, dans nn point de md corps et plus ordinairement dans la poitrine, on eotcndail le bruit d'un liquide agité par ces secousses. Ce mofo barbare est abandonné.

LiwuHeuration est parfois fort utile : ainsi il ne sannit être indifférent de constater qn'nne partie est augmentée de volume d'une façon appréciable, et aussi qne, Ion iv» traitement approprié, ce volume diminue.

L'emploi des sondes et des stylets est parfois indispensable pour l'exploration, dans certaines maladies. AiWi la présence d'une pierre dans la vessie, reconnue à l'aida d'une sonde , jette de grandes lumières sur tous les trosblés éprouvés par le malade , troubles qui, sans ce mojeB d'exploration , resteraient d'une valeur très-incertaine.

Les spéculums et leur application constituent nn mode d'examen applicable avec grand avantage a«x malsdiee de certains organes. Ils sont plus spécialement destînci à conduire l'œil du médecin, les instruments eu l« médicaments appropriés, jusque sur des organes placei i une certaine hauteur au delà des onvertares nainrellei. Ces divers instmmenU ont été désignés par des vomi particuliers, tirés des organes auxquels ils sont pins pfticnlièrement appliqués; l'oreille, les fosses nasales, IV nus et les organes génitaux de la femme sont eiploirs t l'aide de ces instruments. Ils peuvent être rangés ««i deux ordres particuliers : les spécnlnms pleias.

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d'oD eiflindre conique onifonne , qoi Mt introdait directement dans les parties, et les apécolnma briiés, qui sont bivalTcs, trivalTes oa mnltivalvee, idon le nombre de di- Tiiioos que porte la portion introduite dans les onverturei natnreliea. Gea derniers spëcnlnms sont généralement préférés.

Le microicope et les divers réactifs chimiques sont encore d*une utilité fréquente en médecine. Ainsi , l'application de la chaleur à l'urine et aussi son mélange avec l'acide nitrique, ont permis à Bright de rapporter à une maladie des reins certaines hydropisies mal connues jusqu'alors. Cest aussi à Fezamen chimique du sang que ToQ doit des lumières précieuses pour le diagnostic de eertaioes maladies , comme nous le disions plus haut

Il est encore deux modes d'exploration spéciaux, dont Doui voulons donner une idée au lecteur. Ils sont désignés sous le nom de pereuuion et d*auieuUatioH. La percnssion est hasée sur la propriété qu'ont les corps de résonner lorsqu'on les frappe , et de produire alors un WD d'autant plus sec , d'autant plus mat , que leur denlité Ht plus considérable. Or, dans l'état normal, la poitrine , par exemple , remplie par le poumon , organe peu dente et distendu par l'air , résonne d'une certaine manière loos la main de celui qui la frappe ; le son rendu alors est dit normal : il varie selon les régions et est , par exemple , moins dair au niveau du cœur, organe épais et rempli de laog. Lorsque maintenant, sous l'influence de certaines maladies, l'air est remplacé dans le poumon par du sang , da pos ou de la sérosité, lorsque la plèvre enflammée donne naissance à une certaine quantité de sérosité, qui repousse le poumon et s'interpose entre cet organe et la paroi de la poitrine , les conditions de densité sont changées et le son que rend la paroi thoracique devient d'autant plus mat que les corps qui remplacent le poumon ou que le poumon lai-méme sont plus denses , plus durs. Dans d'autres cas , an contraire , si le poumon , par le fait de U maladie , est crensé d'une cavité anormale remplie d'air, avec lequel elle communique, cet air, remplaçant le poumon, donne un son plus clair que le son normal Il en est encore et surtout de même lorsque de l'air s'introduit dans la plèvre entre le poumon et la paroi de la poitrine.

La percussion , qui est employée pour l'examen du ven> Ire comme pour celui de la poitrine, se pratique de deux manières différentes. Tantôt on frappe directement sur la partie que Ton explore sans interposition d'aucun corps ; c'est là ce que l'on appelle^eroMJioii iwmédiaie : c'est celle que pratiquait Avenbmgger , auteur du siècle dernier. Cette méthode donne peu de son et permet difficilement de préciser l'examen des organes. C'est pour remédier â ces inconvénients que M. le professeur Piorry a introduit, sous le nom de pereusnan wUdiau ou de plessimétrie, une méthode dont il est l'inventeur et qui est à coup sâr une des découvertes les plus utiles de la médecine. La percnssion médiate est pratiquée par l'interposition entre le point percuté et un ou plusieurs doigts de la main droite qui percute , d'un corps plat , mince , dense et qui ne donne par lui - même aucun son. L'interposition de ce corps permet de régulariser la percussion et de la pratiquer sur nn point très-circonscrit , en sorte que la multiplication de ces explorations circonscrites permet d'analyser, pièce à pièce en quelque sorte, l'état de l'organe ou des oTganes que l'on examine. Le corps interposé est tantôt un doigt de la main gauche, sur lequel on percute, dans la percussion dite digitale , tantôt un petit instrument particalicr, composé d'nne plaque d'ivoire i ailes de même substance, que l'anteur, M. le professeur Piorry, désigne sons le nom de pUstMire. Ce dernier instrument est certainement beaucoup plus commode pour limiter rigoureusement les divers organes. A l'aide de la percnssion plessimétrique bien pratiquée, le médecin peut apprécier asset nette-

ment l'état des organes et savoir leur figure , leur consistance, leur épaisseur, la nature probable des liquides qu'ils contiennent , si ces organes sont creux. Il faut voir la rigueur des résultats obtenus à l'aide de la plessimétrie par M. le professeur Piorry, pour se faire une idée de ce que peut donner ce mode d'exploration.

L'auscultation complète merveilleusement les données que fournit la percussion. Cet autre mode d'exploration, découvert par Laennec, médecin mort au commencement de ce siècle , est nn titre éclatant qui doit signaler ce nom à la reconnaissance de l'humanité ; comme l'admirable ouvrage qu'a fait le même auteur sur les maladies du cœur et du poumon est un monument éternel de ce que peut le génie de l'homme. L'auscultation est basée sur les donnéiss physiques suivantes. L'air, en pénétrant dans la poitrine a travers l'arrière-gorge et les bronches (voy. le Traité d'anatomie et de physiologie), produit un frottement, une vibration en vertu desquels un certain bruit est produit; et si on applique l'oreille seule, on armée d'un instrument que nous indiquerons tout à l'heure , sur la poitrine d'un homme on d'un des grands animaux , pendant qu'il respire , on entend en effet un bruit doux , un murmure ample et sonore , qui a été désigné sous le nom de murmure respiratoire normal. Ce bruit indique que l'organe est pénétré par l'air, an niveau de l'oreille de l'observateur. La toux et la voix retentissent aussi dans la poitrine d'nne manière spéciale , et l'oreille apprécie également le timbre 'de ce retentissement Si maintenant les conditions de densité et d'épaisseur du poumon interposé entre l'air qui frotte sur les surfaces en pénétrant dans les bronches et l'oreille appliquée sur la poitrine , viennent à changer , si un liquide ou un gas s'interpose entre le poumon et les parois thoraciques , les bruits et la voix seront modifiés ou éloignés. Bien pins, leur timbre indiquera asset bien le degré de densité du corps ou de l'oi^gane au niveau duquel on ausculte.

C'est encore à l'aide de l'auscultation que l'on perçoit des bruits particuliers correspondant à la présence de liquides dans l'intérieur des canaux bronchiquea, ou dans des cavités accidentellement creusées dans le poumon lors de certaines maladies. Ces divers bruits ont été désignés sous le nom de raies, leurs caractèrea particuliers ont des significations spéciales que le médecin sait interpréter et dont il tire des lumières précieuses.

De même encore, il est d'expérience en physique que tout liquide en mouvement dans un cylindre creux, qu'il remplit complètement, produit, en frottant contre les parois , un bruit d'autant plus intense que le liquide est moins dense et le mouvement plus rapide. Il en est encore de même si le cylindre est rétréci dans un de ses points, de manière à présenter tout à coup une capacité disproportionnée avec la masse de liquide qui doit le traverser dans un temps donné. Le médecin a mia à profit tontes ces lois de la physique et les a appliquées à l'étude de la circulation. Par l'auscultation il sait reconnaître le hruit de nntffie , de râpe ou de lime produit par le rétrécissement de l'un des orifices du cœur ou des gros vaisseaux ; la nature du bruit l'éclairé même sur l'état matériel des surfaces frottées par le liquide en cir^ cnlation. De même, en auscultant les bruits qui s'entendent dans les artères du cou , les carotides, il rencontre, au lieu du battement sec de l'artère , un bmit de souffle particulier, intermittent ou continu, dans les cas semblables à celui que nous indiquions plus -haut Le bmit continu pourrait , d'après les recherches modernes, siéger surtout dans les veines jugulaires ; ce qui , du reste , ne change rien à sa signification pathologique.

Enfin le médecin , généralisant l'emploi de l'auscultation , en a fait un moyen presque infaillible de reconnathv l'état de grossesse , soit en constatant les batte-

menU do coar do fœtus , toit en saisiiMiit le sonffle plaeeiitai(V, brnil particulier qae fait le saog en pastant dei f aifteanx de la mère dan« lei Yaiaseauz du placenta ou délivre.

Poor Teiamen dei vaisieaax , ponr Tapprécialion de tel on tel point circonscrit du cœur on pour des régiom du poumon inaccessibles à l'oreille seule , et aussi ponr la râcherche de l'état de grossesse, on emploie spécialement l'auscultation médiate, c'est-à-dire pratiquée à l'aide d'un instrument appelé stéthoscope, dont la forme a varié selon les auteurs, mais qui consiste toujours en un cylindre de bois sonore capable de bien transmettre le son.

Comme on le voit, ces divers moyens d'exploration sont précieux, surtout lorsqu'on combine et que l'on réunit leur emploi. Mais , comme on doit le voir aussi , ils nécessitent de la part du médecin des connaissances physiques très-nettes et une expérience consommée , car les renseignements si utiles qu'ils peuvent fournir ont une gravité qui rendrait l'erreur d'autant plus funeste.

Lorsque le médecin est muni des connaissances pathologiques suffisantes , lorsqu'il est familiarisé avec les divers modes d'exploration que nous venons d'indiquer, il peut procéder à l'examen du malade, et alors il lui faut rechercher tous les faits qui peuvent se rattacher à la maladie : faits nombreux, souvent compliqués, et dont nooa allons donner une idée au lecteur en faisant, d'une façon générale et abrégée, l'histoire de certains points de la maladie.

Et d'abord, qu'entend-on par maladie? Nous ne reproduirons pas les discussions auxquelles on s'est livré à propos de cette définition , elles seraient tout à fait oiseuses ponr nos lecteurs; mais nous dirons qu'on doit admettre que la wuUadie est toute modification, soit ana» tomique, soit physiologique, soit chimique, survenue dans l'économie acddenteliement et en dehors de tonte action organique régulière.

Le premier ordre de faits que nous examinerons dans la maladie, ainsi envisagée en général, sera l'étude des causes ou Yétiologie, Les gens du monde pnt l'habitude , lorsqu'ila interrogent le médecin sur l'origine d'une maladie , de paraître étonnés que l'on ne puisse leur donner la cause intime du mal. Ainsi un homme , atteint de pleurésie après s'être exposé au froid , ne se contente pas de savoir que c'est après l'impression du froid que la maladie s'est développée ches lui , il voudrait encore que le médecin lui expliquât comment le froid a produit le mol , par quel mécanisme il l'a fait naître. Une telle connaissance est impossible , et cette impossibilité n'est pas particulière à la médecine : elle se rencontre dans tontes les sciences naturelles. On ne sait pas , en effet, par quel mouvement intime une plante, exposée an vent ou à une pluie trop abondante, se flétrit et s'altèie ; ou peut seulement noter la coïncidence des deux faits, mais leur mécanisme est insaisissable et ne peut être l'objet que d'hypothèses pures.

Les seules causes des maladies que l'on puisse on que l'on doive rechercher, sont les circonstances appréciables, soit individuelles, soit externes, qui semblent être le point de départ de la maladie. Ces causes ont été désignées sous le nom de causes éloignéet. On les a rangées en plusieurs catégories , et on a admis des causes externes et des causes internes, des causes principales f deê causes accessoires ^ des csMiMes physiques , elmmques ou physiologiques , etc. Nous croyons qu'on doit diviser les causes éloignées en trois catégories: 1® les causes prédisposantes ; 2^ les causes accidentelles ; 30 les causes spéciales ou spécifiques.

l'* Les causes prédisposantes, c'est-à-dire les influences qui, par une action presque toujours lente ou graduelle, amènent dans l'économie animale des modifications pres-

que inappréciables à nos moyeu d'investigation, et prépsrent ainsi le développement des maladies auxquelles elles prédisposeni. Ces causes prédisposantes sont génénles , c'est-à-dire agissant à la fois sur un grand nombre d'individus : telles sont les in/siences almùsphériques , les saisons, les climats; ainsi la chaleur, la saison et les climats chauds prédisposent aux congestions cérébrales, à la dyssenterie, aux maladies des entrailles et du foieel aux affections adynamiques (forme putride des anôeos). L'air froid , les saisons et les dimats froids prédisposent au contraire aux hémorriiagies du cerveau (apoplexie), aux inflammations du poumon, des plèvres, aux catarrhes et au rhumatisme. Et à projlM des dimats , nous devons dire ce qu'on entend par oulimaUantnL On s donné ce nom à des changements qu'eotratne dons l'ensemble de la constitution le séjour prolongé sons nue même latitude. Tout changement de dimat on peu considérable est funeste à la majorité de ceux qui s'y sonmettent. Ainsi, suivant Lind , auteur anglais , la proportion des étrangers qui succombent aux Antilles est d'an cinquième par année. A Gayenne un médecin français, nommé Bajon, a trouvé en 1756 une proportion beaucoup plus considérable. Cette mortalité a lien par le f«it de maladies dont les étrangers seuls sont atteints et dont les indigènes sont exempts. Mais il y a là une singulière remarque, c'est que les étrangers sont malades surtout i certaines saisons pendant lesquelles les indigènes jouissent d'une santé généralement bonne , et qa à leur tour, pendant la saison opposée, les indigènes sont frapp«« plus particulièrement de certaines affections, tandis qoe les étrangers en sont exempts et ont une santé généralement meilleure. Il y a donc dans un même pays les maladies des acclimatés et celles des non acclimatés. As bout d'une période dont la durée est généralement de deux ans à peu près, ces différences d'aptitode disponissent et les individus sont dits acclimatée. Us cessent alon d'être éprouvés par le climat et rentrent dans la lot eosimune, si toutefois ils ne conservent pas quelques traces profondes des maladies éprouvées avant raoclimaleDeaL Du reste un fait encore asses singulier, c'est que cet acclimatement si chèrement acheté peut ae podre si l'acclimaté ou même l'indigène quittent pendant un tertain temps le climat auqud ils sont façonnés ; ils redeviennent alors tout à fait semblables aux étrangen et peuvent être atteints de nouveau des maladies propres aux nouveaux venus quand ils retournent aux colonies.

La même observation peut être faite pour les cUmsH froids. Bien plus, cette influence est appréciable poor des changements moins extrêmes et même entre les différentes parties de l'Europe.

C'est encore aux causes prédisposantes générales qae l'on doit rapporter l'influence des locaUtis , qni ont souvent par elles-mêmes une part prépondérûite. Certsir nés maladies , du reste , sont tellement liées aox influences des localités dans lesquelles eUes se développent, qw certains changements dans les dispositions de ces ds^ nières suffisent souvent pour faire dûqMrattre cet moisdies. L'exemple le plus frappant de ce genre , et qui a été souvent observé , c'est la disparition de fièvres inlermittentes habituelles dans un pays marécageux par le seul fait du dessèchement des marais. Cee nialadie* , rrgnant ordinairement dans telle ou telle locdilé aux dispositions de laqudle elles semblent liées , ont reçu le bob de maladies endémiques ou endémies.

Enfin , parmi les causes prédisposantes générales, on a encore admis certaines influences morales agissant i It fois sur un grand nombre d'individus. Ainai on a obsené que les revers militaires fadlitaient souvent le développement de maladies qui, tdles que le typhus et la dysseaterie , étaient, dans un même nays , dans on même moment et dans des conditions pnytiqnes analogues , pla»

nnt et plof ImUm chfli UfTimqiiMirt que chai lai loldalf vaineiif. Si encore les maladiee mentales on nerveu- Ml font pins fréquentes à la soite des grandes commotioni politiqœs ; comme aussi il est d'observation que les moDomanies religieuses éclatent en plus grand nombre k It fin de chaque earème.

Les MMM prédùpoiOMtês inâiviàiuïUê on pwriiemlièrm aont cellei qui n'agissent à la fois que sur un seul indi» fido. Le ffléidecin étudie sons cette désignation tontes les questions qui se rattachent à l'iafluence de rkérédiié , de tàgt, dn mm, toutes questions qui, des plus importantes à connaître pour Tbomme de Tart, ne sauraient intéres- ■er noi lecteurs. Dans chacune de ces influences on trouve des caoïes qui prédisposent à telle ou telle maladie. Ces difenes circonstances an reste ne sont pas les seules : il «t des organes du corps humain, qui, par le seul fait de leur utoalion , de leur forme et de leur texture, sont di^ poMt à certains déplacements ou i certaines maladies. Ainsi les intestins, tràs-mobiles dans la cavité du ventre, ont une grande tendance à s'échapper par certaines ouvertores naturelles on accidentelles et i constituer les hernies (deicentes). Les médecins ont encore été frappés de l'inflnence que pouvaient avoir sur la production des maladies certaines MahUudes, Ainsi l'habitude de boire outre mesure dnvin ou des spiritueux prédispose au cancer de l'estomac età one variété spéciale d'aliénation mentale désignée sons le nom de délire des buveurs , délire tremblant (deliriim trement), maladie grave et qui récidive presque toujours.

L'nssge du tabac est l'origine d'affections très-pénibles. Ainsi l'habitude de fumer prédispose aux congestions cérébrales , et l'on peut avoir une idée du funeste eflet que le tabac ainsi employé produit sur le système nerienx quand on observe les troubles qu'il détermine dtns h santé d'un individu qui fume pour la première fois. Les effetf sont bien plus marqués ches les individus qni mâchent le tabac : ils portent sur leur visage la trace de cette habitude dans l'apparence semi-hébétée de leur regard , et , par beaucoup de côtés , se rapprochent des mangeurs d'opium. En outre le fumeur et le chiquenr lont forcés à une sécrétion considérable de salive qui , dies les individus d'une santé délicate , peut dévenir funeste. Nous avons eu plusieurs exemples très-tranchés de cette déplorable influence. Il n'est pas rare non plus d'obwner chez les individus qui mâchent le tabac des trouves marqués et trèsK>piniâtres de la digestion, ce qui se conçoit : car la salive imprégnée de jus de tabac est avalée par eux en certaine quantité , et cette plante est un poiscNi des pins actifs. Le prisenr est soumis aux mâmes troubles de la digestion, car le tabac, porté par l'aspiration dans l'arrière-gorge, est entratné jusque dans l'esto* Biic par la déglutition. Nous avons vu des accidents de ce genre chei un médecin, et ils étaient portés à un tel point qu'on avait pu penser à une maladie organique : la cessation de l'habitnde de priser dissipa tous les symptômes. On observe plus souvent ches les prisenrs une va« riété de corysa (rhume de cerveau) suraigu et très-opiniâtre. J'ai plusieurs fois rencontré ce phénomène, et notamment ches un homme de cinquante ans, qui, habitué à priser depuis trente ans an moins, était tourmenté depuis quinse ans environ d'un coryia très -intense qui •Hait s'aggravant , et qui fut guéri par la cessation de l'habitude de priser.

Les habitudes sont , au reste , souvent liées aux diverses pro/essianâ dont l'influence prédisposante a été étudiée. Ainsi les cavaliers sont exposés aux hernies, les postillons sont fréquemment atteints de cette nuladie. Les hémorrhoïdes sont souvent observées ches les per^ tonnes qui restent longtemps assises. Les maladies du larynx sont communes ches les chanteurs et ches les crieurs publics , et les inflammations de poitrine paraissent plus ordinaires ches les boulangers et ches les fondeurs , ap-

IfÉDEGINE. — PHARMACIE.

pelée à subir des vicissitudes très -grandes de tempéra. tue. L'étiolement et l'anémie sont le partage des mineurs et autres ouvriers rivant dans un air mal renouvelé et loin de la lumière solaire. Quant aux cémsiers, aux broyeurs de couleurs, aux doreurs sur métaux et autres ouvriers qui manient des substances délétèrea, c'est un véritable empoisonnement qu'ils subissent

Les ttUmeHti indispensables au maintien de l'existence de l'homme peuvent devenir pour lui la cause prédisposante de maladies , soit parce que leur quantité est habituellement insuffisante ou excessive , soit parce qu'à la suite d'un usage répété, leurs qualités impriment à l'économie animale des mouvements contraires à une nutrition régulière, et capables de modifier le jeu des organes d'une façon désavantageuse. Nous n'insisterons pas ici sur les effets du défaut ou de l'excès d'aliments, non plus que sur Texamen des différentes alimentations excitante ou d&ilitante; cette question, très4ntéressante , demanderait des développements trop spéciaux. Nous ajouterons que les boissons ont une influence non moins éridente. Nous avons déjà signalé en psssant l'effet des boissons alcooliques ; nous dlirons de plus que les morts subites ne sont pas rares à la suite d'excès de ces boissons, et que , ches les ivrognes, les maladies , abstraction faite de l'organe malade , revêtent facilement une forme grave et se compliquent fréquemment de délire. Les boissons aqueuses , au contraire , prises en trop grande quantité , peuvent affadir l'estomac , comme l'on dit. La température de ces boissons n'est pas aussi sans importance; aussi il est fort mauvais pour l'estomac de faire habituellement usage des boissons glacées.

Les 9étemeHt$ trop légers et laissant à nu certaines parties favorisent le développement des rhumatismes , des bronchites , des pleurésies , des pneumonie et des affections catarrhales. Des vêtements trop chauds, au contraire, entretiennent un état constant de stimulation et d'excitation qui laissent l'individu exposé à de nombreuses maladies. D'autres fois les vêtements agissent comme cause de maladies en comprimant les organes dont ils gênent l'action , et qu'ils modifient souvent dans leur forme on leur position. Ainsi les corsets dont se servent les femmes déplacent souvent le foie et l'estomac, dont les fonctions deriennent fort irrégnlières : et l'avortement résulte souvent de l'usage trop prolongé de ce vêtement ou de sa pression exagérée dans un but de coquetterie. L'usage des cravates trop serrées prédispose aux congestions et aux hémorrhagies du cerveau (apoplexie) ; celui des jarretières trop serrées cause souvent le développement des varices des jambes. Ce n'est pas impunément non pins que chacun exagère le sommeil ou la veille , la fatigue ou le repos ; des maladies diverses peuvent résulter de cette exagération même. Les conditions morales dans lesquelles l'homme se trouve indiriduellement placé ont une grande influence sur le développement des maladies ; aussi les auteurs ont noté les coincidences des passions tristes avec les affections cancéreuses, et les émotions morales vives et répétées ont été signalées comme prédisposant aux maladies du système nerveux.

Le tempirawtent et la eotutitutim doivent encore être étudiés comme causes prédil^KMantes. Il parait raisonnable d'admettre, comme on l'a proposé, que le tempérament est l'expression de la prédominance d'un des systèmes de l'économie sur tous les autres. Ainsi , ches tel individu il semble que le système circulatoire soit surtout actif : de là la forme du tempérament dit sanguin ; ches tel autre , les actes nerveux semblent prédominants : de là la forme dite tempérament nerveux ; et ainsi de même pour les tempéraments bilieux , lymphatique , etc. C'est donc une influence qui agit sur la totalité de l'individu. La constitution , au lien d'être l'expression de la prédode tel ou tel système , comme le veuleAt quel-

qaai aateiirt par nn véritable abat de langage , eit , au contraire, l'esprewion do plna on moina de force de Téconomie tont entière ; et c'est aeulemeot snr les diven dflgrée d'énergie de cet ensemble des forcta qne doivent être basées les divisions qne l'on pent admettre dans l'étude de la constitution : ainsi on doit dire nne constitution forte, une constitution faible, moyenne, etc. , et non une constitution bilieuse, sanguine ou lymphatique, etc. il cdté de ces deux influences on doit en admettre encore une autre qui a été désignée sons le nom d'tdiojynaratie ( en grec MffneraM , disposition , et idio», particnlière). C'est une disposition générale de l'individu qui détermine une tendance particulière plus ou moins marquée à contracter ou à éviter telle ou telle maladie. Le tempérament et la constitution concourent vraisemblablement pour leur part à développer cette susceptibilité particulière , mais on ne saurait démontrer cette relation , et en dehors de ces influences du tempérament et de la constitution, on retrouve l'idiosyncrasie, qui constitue un fait grave, curieux, dont la raison ou la cause nous est entièrement inconnue, qu'on ne peut nullement reoonnaitre à priori et que l'on juge seulement par ses résultats souvent si extraordinaires. Citons des exemples. Il est des individus cbes lesquels tel ou tel symptôme toujours le même se développe avec une facilité surprenante. Tels sont le délire, les convulsions , les syncopes ( évanouissements ) , l'épistaxis ( saignement de nés) , etc. Ces symptômes ches les individus doués de cette idiosyncrasie se manifesteront à propos d'une commotion morale, d'une migraine, d'une indigestion ou d*une maladie plus sérieuse dans laquelle on ne les rencontre pas ordinairement Ce serait nne source d'erreurs très-préjudiciable au malade si le médecin ignorait ces sortes d'influences et ne savait pas les apprécier ; il errait, par exemple, dans le délire, le signe d'une affection cérébrale et agirait en conséquence comme pour une complication grave, tandis que ce symptôme a, dans ces cas, peu de valeur et cesse généralement de lui-même et sans traitement D'antres fois Tidiosyncrasie se manifeste d'une façon différente , et alors un symptôme produit accidentellement prend , en vertu d'une disposition individuelle pariiculière, nne gravité bien différente de ce qu'elle est ches la plupart des malades. Par exemple, l'écoulement sanguin qui suit une écorchure de la peau , la morsure d'une sang^ sue, l'avulsion d'une dent pent alors se changer en une hémorrhagie mortelle qu'aucun moyen ne peut détour»ner de sa terminaison funeste. Les cas de ce genre sont asses nombrens dans la science. Aucun indice ne peut à Tavanoe faire reconnattra la disposition particnlière, l'idiosyncrasie en vertu de laquelle nu accident indifférent d'ordiiiaire va devenir mortel.

Cest encore à cette disposition particulière que Ton doit rapporter les effets spéciaux produits ches certaines personnes par l'ingestion de telle on telle substance. Ainsi , il est des individus qui ne peuvent pas manger des moules, même en très -petite quantité, quelle que soit l'époque de l'année , sans être couverts de plaques rouges et gonflées analogues à celles que détermine la piqûre des orties , d'où le n«n d'urticaire donné à cette éruption. Le gonflement est souvent très -considérable, il occupe toute la surface du corps et peut s'accompagner d'un assoupissement asses effrayant an premier abord. On trouve dans la science des susceptibilités de cette nature pour l'action des huîtres, des écrevisses, des pêches , des fraises , des mûres , de certains fromages et d'autres substances alimentaires. On observe encore •sses souvent des antipathies analogues pour tel ou tel médicament Ainsi, j'ai vu une personne qui ne peut prendre aucune dose d'opium , si petite qu'elle soit , sans éprouver des accidents convulsifs , et j'ai pris à ce sujet

tontes las précautions possibles pour mettre hors de f soie l'influence de l'imagination.

Comme on le voit, TidiosyncFasie est limitée à one maladie ou à un symptôme en particulier. A côté de cette influence, les faits conduisent à placer nne autre dispositioa individuelle prédisposant aux maladies on mieux à telle oo telle maladie ; mais elle est plus vague, moins spéciale que l'idiosyncrasie : c'est Yapiitudê pathologique. Ainsi , det causes accidientelles peu intenses , dont l'application n'a pas été longtemps prolongée et qui semblent peu capables d'action, peuvent, quand elles s'adressent à certiint sujets, produire facilement la maladie qu'elles n tnrtieot pas déterminée à tout autre moment, à cause de l'insolBaance de leur puissance. On admet alors en médecioe que les personnes ainsi frappées par des causes si légèrei étaient dans une situation en rapport avec la maladie : elles sont dites aptea à la contracter. On a donné le nom d'aptitude à cette situation , qui constitue une véritable cause prédisposante. Toute maladie suppose donc , de li part de l'individu chex lequel elle se développe , Taptitiide pathologique. Une autre preuve de cet état spécial, c'est qu'on voit souvent des individus , présentant des conditions d'âge , de tempérament , de constitution en apparence semblables , qui , soumis , dans des circonstaoc«s identiques, à une ^même cause, l'influence do froid humide, par exemple, contractent, l'un une pneumonie, rentre un rhumatisme , un troisième une affection intestinale, nn autre enfin nne angine; c'est que cbes res indiridus l'aptitude était différente, car nne même canse a déterminé des résultats différents.

Enfin on observe , au contraire , qu'il est certains indiridus qui sont réfractaires à l'influence de telle etose. même alors que cette cause exerce une action immédittf et puissante , même alors qne ses effets sont inévitables pour la très-grande majorité des personnes qui lui sent soumises. Ainsi , il est des individus qui subissent iopnnément l'inoculation de la vaccine, de la variole, de la syphilis ; d'autres affrontent sans danger les épidémie! et les maladies contagieuses. On dit alors qu'il y a m»«nité en faveur de ces personnes. L'immunité n'est donf qu'une sorte de dépendance de l'idiosyncrasie : car e est nne influence indiriduelle appliquée à un cas spéda) et à une affection déterminée : au moment, en effet, oàil résiste à telle maladie , l'individu peut en contracter nnt autre, et l'immunité n'existe pas pour toutes les fonnes maladives à la fois ; mais, comme on le voit, elle agit eo sens contraire de l'idiosyncrasie.

L'aptitude n'est pas nn fait invariable et qui ne soit capable d'aucune modification ; elle peut changer poor un même sujet. Ainsi , le froid humide que nous dtioitf tout à l'heure pourra, à quelque temps de distaoee. produire un rhumatisme là o& il avait déterminé antérieurement une affection intestinale et vice verd. Ds reste rien ne pourra nous faire prévoir ce changeoeBl. que l'événement seul peut faire constater. Cette variatioa est aussi observée pour les immunités , mais un pen p)a' rarement que pour les aptitudes , sans qu'on soit édairr sur sa cause ; on peut voir, en effet , des personnes résister a l'inoculation d'un virus nne, deux on on plos grand nombre de fois, et subir ensuite toutes les conséquences d'un nouveau contact on d'une inoculation plas nécente. Or, comme nous le disions plus loin , aoros agent morbide ne réveille à un plus haut degré que les virus l'idée d'ime action immédiate et d'une action toujours identique.

Ces trois circonstances individuelles , Taptstude , Fidiosyncrasie et l'immunité, ne peuvent, nous le répeloa*. être reconnues que par leurs résultats et d*unc maoiw en quelque sorte consécutive. Souvent, en effet, rien ne peut faire pressentir ces influences prédîspoiantw «<» parfois, elles semblent affir dans un sens tont i Til 'P

MÉDECINE. — PHARMACIE

jKM^ â ce qu*ftiir»ient po Cure prétomer la fonne dn teonpérament et celle de la comtiiaUon. On les reiroufe aa reste à chaque pas, en médecine, et il fant en tenir compte dans l'étiologie, dans les symptômes, le diagnoitic, le pronostic et le traitement

\ous désirons que le lecteur se pénètre bien da râle que jouent dans la production de la maladie les influences individuelles. Toute maladie doit être considérée comme h résultante de denx forces, si l'on peut s'exprimer ainsi , forces qui tantât agissent dans une même direction, tantôt au contraire agissent en sens opposé. Ces deux forces sont : l'influence de la cause morbide, d'une part, et l'influence de rmdividnalité , d'autre part. On peut encore considérer la maladie comme le résultat de la lutte entre ces causes morbides et l'économie individuelle qu elles attaquent. Ainsi, des causes de maladie frappent un individu et le trouvent préparé , prédisposé à suivre l'impulsion donnée , la maladie se produit sans peine et avec intensité ; seulement l'influence individuelle (sauf le cas d'une maladie par cause spécifique) peut déterminer la forme on la nature de la maladie produite : c'est là le râle de l'aptitude ou celui de l'idiosyncruie. D'autres fois les causes des maladies, même celles des maladies spécifiques, agissent sur un individu et le trouvent dans des dispositions peu favorables au développement de l'état morbide ; l'influence individuelle devient alors la plus forte et modère l'impulsion morbide : d'où une maladie légère proportionnellement à la cause et à son intensité. Enfin 1 influence individuelle peut neutraliser pleinement et détruire les causes; l'équilibre qui constitue la santé est alors maintenu ; c'est alors qu'il y a immunité. £n un mot il arrive à la maladie , par rapport à l'individu, ce qui arrive à une plante par rapport au terrain dans lequel elle est placée. Dans un bon terrain elle prospère et le couvre par son accroissement ; dans un terrain peu favorable elle languit et n'atteint qu'un développement imparfait, inégal, qui porte ici sur les feuilles, là sur les fleurs seulement; enfin, certains terrains sont incompatibles avec son existence , elle meurt L'individualité avec ses influences (aptitude, idioiyncrasie , immunité) est i la maladie ce que le terrain est à la plante, elle permet son développement , en modifie la forme et souvent la nature , ou enfin eu empêche l'apparition. Et même ici l'influence individuelle est plus puissante que celle du terrain , car les qualités du sol ne peuvent pas {aire changer l'espèce de la plante , sa nature natnrante , comme disait Bacon, parce que les végétaux ne peuvent passer d'une famille dans une autre par l'influence du sol, tandis que l'idiosyncruie peut tourner au profit d'une maladie particulière et déterminée toute influence morbide quelle qu'elle soit (toujours abstraction faite des affections spécifiques ).

Un point bien important à distinguer dans l'étude de cette partie de Tétiologie, et qu'il n'est pas facile de bien établir dans son esprit au premier abord , e'est la différence que l'on doit reconnaître entre les causes prédisposantes et la prédisposition. La prédisposition est l'effet des causes prédisposantes. Toutes les circonstances d'hérédité, de tempérament, de sexe, etc. , etc. , sont des causes prédisposantes ; le résultat de leur action collective est le développement d'un état de l'économie qui n'est pas toujours appréciable pour nous, d'un état qui n'est plus la santé , qui n'est pas la maladie , mais qui est en quelque sorte pour cette dernière ce que le germe est pour le végétal. Vienne une circonstance qui frappe accidentellement l'économie , la maladie se développera ; tandis que sans l'intervention de cette circonstance, souvent insuffisante par elle-même, l'équilibre de la santé n'aurait pas été troublé d'une façon appréciable.

Prenons un exemple : la vue d'un objet repoussant, la crainte d'un châtiment léger, d'une réprimande, ne sont

pas des causes d'une énei^ie bien marquée; cependant on voit apparaître après leur mise en action des épilepsiea ou des hystéries , dont la durée se prolonge longtemps après la cessation de ces causes si légères. Dans chacun de ces exemples, que nous pourrions multiplier, il est clair que la circonstance qui a signalé l'apparition de la maladie a du, pour la produire, trouver l'économie dans un état particulier d'imminence morbide ; car , cent fois, à d'autres époques, la même cause a agi avec plus d'intensité saut déterminer le moindre trouble. C'est cet état général, insensible jusqu'après l'action de la cause occasionnelle, insuffisante par elle-même , qui constitue ce que l'on a appelé la prédisposition. Ici nous ferons remarquer que la prédisposition n'est pas la même chose que l'idiosyncrasie : cette dernière est une cause prédisposante ; la prédisposition est toujours un effet des causes que nous venons de passer en revue, et parmi lesquelles l'idiosyncrasie figure pour sa part Enfin, nous ajouterons que la prédisposition est souvent le résultat de plusieurs causes prédisposantes combinées.

2o Des etuueê accideuteUeê. — Tontes les ciroonstancei que nous venons d'énumérer, qn elles soient extérienresan malade , ou qu'elles dépendent de modifications internes, tant dans l'ordre physique ou physiologique , que dans l'ordre moral, peuvent devenir causes accidentelles de la maladie ; seulement si la prolongation de leur influence n'est plus nécessaire, leur force, leur intensité est plus grande , elles agissent pins directement et leur effet est plus immédiat et pins rapide. On les a divisées en denx catégories distinctes. Ou elles seront insuffisantes à produire par elles seules la maladie observée, et elles demandent pour la déterminer l'existence de cet état antérieur que nous avons signalé sous le nom de prédisposition: elles sont dites alors causes occasionnelles. Lenr valeur est souvent douteuse, et c'est seulement comme une sorte de présomption qu'on admet leur influence : comme, par exemple , lorsqu'on cherche à expliquer par l'influence du froid humide l'apparition d'une attaque de goutte , qui serait probablement survenue sans cette cause, insuffisante, dn reste, à produire par elle seule la maladie. C'est donc seulement avec nne certaine restriction que l'on doit admettre la valeur de ces causes. D'autres fois les causes accidentelles ont une valeur plus réelle , leur action est plus immédiate ; le lien qui les rattache à la maladie produite est plus facile à saisir. Ainsi nn individu est mouillé , le corps étant en sueur , ou dans la même circonstance il boit nn liquide très-froid ; puis , quelques heures après, une fluxion de poitrine se déclare , la canse ici a nne action plus directe. Ces causes sont celles que certains auteurs ontappeléessuffisantes on déterminantes. Parmi elles aussi figurent les causes toutes chirurgicales, telles que les coups, les blessures, les chutes qui déterminent les contusions, .les plaies et les fractures.

On voit par ces exemples ce qu'on doit entendre par causes accidentelles, nous n'insisterons pas sur ce point, et nous passerons à l'examen des causes spéciales ou spécifiques^

C'est la dernière des catégories que nous avons indiquées dans l'étiologie.

Ce qui fait le caractère d# ces causes, et ce qui les sépare des autres espèces , c'est qu'elles sont habituellement suivies de symptômes semblables dans les différents cas. Ces effets déterminés, toujours identiques dans leurs traits généraux les plus importants , conduisent nécessairement à l'idée d'une cause particulière et toujours semblable à elle-même. Ainsi , pour prendre un des exemples les plus tranchés, l'inoculation de la variole (petite vérole) et celle de la vaccine produisent toujours des effets identiques ches tous les individus qui y sont soumis et qui sont toujours atteints de variole ou de vaccine ; 'abstraction faite , bien entendu , des diverses complica-

ttoDt qui rendent cet Buladiet plat on moins graves.

On pent rtttacber cos causes i trois grandes divisions : P les casses qni déterminent la soustraction de certaines conditions absolument nécessaires à l'accomplissement de fonctions indispensables à la vie : telles sont la privation d'aliments qni détermine Tinanition, et les différentes circonstances ( pendaison , submersion et strangulation ) qui , en empêchant Tintroduction de Tair dans les voies aériennes, produisent VéUt particulier connu sous le nom d'asphyxie ; 2^ celles qui ont pour caractère la présence, dans Téconomie, d'un être vivant qui subsiste et se développe aux dépens de l'organisme sur lequel il est implanté et devient, par le trouble qu'il cause dans les fonctions de l'organe où il réside , le point de départ de maladies spéciales dont il est à la fois la cause et le Bjmptdme. A cet ordre se rattache Texistence au sein de nos tissus , des animaux parasites tels que les ven-lombries (qui , pour le dire en passant , produisent beaucoup moins d'accidents qu'on ne le dit ) , les tcnia ou ven solitaires , l'acarus de la gale , etc. ; 3^ le troisième ordre comprend toutes les circonstances qui ont pour résultat l'introduction dans l'économie de principes délétères dont les effets sont plus ou moins graves , plus ou moins rapides. Cet ordre nous arrêtera quelque temps ; il permet l'exposition de faits asses importants et assez curieux , et comporte plusieurs sous-divisions.

1» L'élément morbide introduit dans l'économie, peut être un agent chimique, soit solide, soit liquide, soitgaseux, qui prend le nom depoiton ; l'état grave déterminé par son absorption prend le nom d' empoiMonnement proprement dit : il en est ainsi pour l'acide sulfurique , pour l'acide arsénieux, la morphine, la strychnine, l'acide cyanhydrique, etc. Il faut , an reste , bien distinguer le mot empoisonnement du mot infection, dont nous verrons tout à l'heure la valeur.

2® Les venin» , qui se rapprochent beaucoup des poisons véritables ; ils ont pour caractère particulier d'être élaborés normalement par certains animaux pour lesquels ils sont un moyen d'attaque ou de défense , un produit de la santé et non pas un produit morbide : ce qui les distingue d'avec les agents de l'ordre suivant Ils sont en général sécrétés par un appareil spécial composé d'organes particulien destinés à cette fonction , qui est continuelle comme toutes les fonctions de l'animal. L'effet des venins est très-prompt et surtout son action est tonjoun bornée à l'individu qui est accidentellement frappé, lequel ne peut pas le transmettre à son tour; ce qui est facile à concevoir, puisque l'introduction du venin dans l'économie ne saurait y faire nattra et y développer tout l'appareil d'organes particuliers propre à élaborer et à conserver en réserve ce liquide spécial. Dans nos climats , la vipère , la guêpe , les abeilles , les cousins , etc. , sont pourvus de venins ; dans les contrées pins chaudes, les scorpions, les crotales ou serpents à sonnette et d'autres reptiles sécrètent des venins bien plus énergiques et bien plus terribles.

3** Les vin». — Pour l'action de ces agents , nous ne jugeons plus que par analogie ; nous concluons à l'existence de ces causes par les effets constamment identiques que chacune d'elles entraîne. Mais aucun de nos moyens d'investigation n'a pu jusqu'ici révéler, dans ces cas, quoi que ce soit de positif aur la nature physique ou chimique de l'agent morbide. En pénétrant plus avant dans l'histoire de cette classe de causes pathologiques , on est parvenu à déterminer leur siège , pour ainsi dire , et à reconnaîtra que ieun éléments résident en général dans des liquides élaborés par l'individu malade, tels que la salive et le pus , ou en des parties solides éliminées par le fait de la maladie , telles sont les écailles furfuracées de la rougeole et de la scarlatine. Mais ces liquides sont, dans ces cas diven, identiques en apparence et identiques

dans lenn propriétés chimiques, avec la salive on le pot qui sont produits dans d'autres maladies et ne détominent aucune affection particulière par leur introduction dans l'économie. De même les parcelles de l'épidernie qui tt détachent dans la scarlatine et de la rougeole sont ideatiqnement semblables à celles que Ton obserse dans cTsotres maladies de la peau non transmiuiUes. Dans tiras ces cas , il a toujoun été impossible d'isoler de ces dirm produits l'agent inconnu , l'élément particulier qni leur donne des propriétés spécifiques. On a désigné soos le nom de vina ces agents, dont l'existence, révélée par lenn effets, est indubitable , mais dont la nature est inconnoe, et Ton appelle vintUnie» les maladies qni résultent àe l'introduction de ces virus dans Fécononiie. Telles sont la syphilis , la rage , la variole , la vaccine , etc. Ces nsladies sont presque toutes contagieuses; nous verrons plus loin la valeur de ce mot

L'existence du venin chez l'animal qui le produit est , comme nous l'avons dit , un fait continuel et de l'ordre physiologique ou normal ; la présence et la prodoetioe d'un virus est tout à fait accidentelle et morbide. Le f enin transmis par l'animal borne ses effets à l'individn qui en est atteint ; celui qui a reçu un rirus peut , à sod tour, le reproduire en vertu d'une élaboration morbide et le transmettre de nouveau à un autre individu. Enfio , les effets des virus sont moins rapides que ceux des venins ; un temps plus ou moins long pent séparer leur introduction dans l'économie d'avec la manifestation des symptômes qu'ils déterminent : cette espèce de silence de la cause morbide a reçu le nom dUneuhation.

4* Les efuver et les miaewut. — Les virus , stoosnous dit , sont bien moins connus dans leur natore que les venins et surtout que les poisons ; maïs on a pu toatefois déterminer en quelque sorte leur siège et saisir les conditions nécessaires à leur action. Pour Tes causes qii nous restent à étudier, on est encore moins avancé. }i<mt ne connaissons plus de liquide ou de solide à l'aîde duquel se transmette l'élément morbide et dans lequel il réside : nous admettons toutefois une sorte d'agents particuliers seulement , d'après des résnllata spéciani qw nous rattachons à leur action ; et comme, encore ici , nous voyons des effets toujours les mêmes dans chaqae ^collection d'exemples , nous sommes conduits à admettre l'existence de causes toujoun les mêmes pour dianae des diverses collections. On a cherché encore ici à préciser les termes de la question et sans avoir réussi à rieo arrêter de bien positif, l'on a cependant réuni une ctrtaine somme de vraisemblances et on. a admis coami causes spéciales , sous le nom d'ejhnfes et de mûmes , des émanations particulières produites dans certaises circonstances. On les a rattachées à deux variétés dittisetes : tantôt elles proviennent de la décomposition de ■•tières végétales ou animales privées de la vie et placées dans des conditions de chaleur, d'humidité particulien». comme dans les marais. L'antre variété comprend les ethalaisons qui s'échappent des êtres rivanta, sains on ma* lades, accumulés dans un espace très-étroit Les maladies déterminées par ces causes portent le nom de wuJadia miasmatiques. On a admis généralement que la premièrf variété de miasmes donne lieu plus spécialement i des fièvres intermittentes ou continues, tandis que la seconde produirait plutôt les différents typhus et la dysseolerie.

C'est dans ces dernières catégories que se trouvent les causes de ce que l'on a appelé eonstitmtions miàicmits, endimes , épidémies. Ces diverses dénomiaationi se rapportent à des faits généraux sur lesquels nous devons pea nous étendre, car ils demanderaient des développemenu trop médicaux ; nous avons cherché à les donner aiHeart ( Traité élémentaire de pathologie interne, par MM. Hardf et Béhier. Paris, Labé, t I*', p. «4 et suiv. ).!!»« avant d'indiquer ce qu'on doit entendre par ces diffères^»

MEDECINE. — PHARMACIE

lennef ii nom fant donner une idée sommaire de deux modes psiticnliers suivant lesquels les maladies se développent, et qui jouent un grand rdle dans la production de» constitutions médicales, des endémies et des épidémies : nous voulons parier de Yinfietiom et de la contagion.

Le mot infection doit désigner seulement Faction gé- Dérale exercée sur toute Téconomie par une cause morbide ; mais on l'a détourné de sa signification propre par on ai>ns de langage déplorable et duquel sont nées dt» confusions très-regrettables. Cette infection de Téconomie est déterminée , tantôt directement par Faction des miasmes on des effluves , tantôt indirectement ou secondairement par le contact des individus affectés de la ma* ladie ; c'est alors une véritable conUtgion.

L'infection directe ou spontanée a lieu quand l'individu est plongé dans un foyer d'énumations ou de miasmes , comme, par exemple, sur le bord d'un marais, dans ane salie ou une ville encombrée. L'air paraît le véhicule de ces miasmes que beaucoup d'autres corps semblent susceptibles de conserver et de transmettre , comme les tissus de laine , de coton , surtout ceux de couleurs foncées. Parfois l'odorat peut saisir la présence des miasmes infectieux sur le bord des marais et des rizières, par exemple. Ailleurs on ne peut constater autre chose du miasme que ses effets sur les individus qui y sont soumis. Nous regrettons de ne pouvoir donner ici quelques détails sur les conditions qui semblent régler et favoriser l'action de ces agents ; ces détails seraient ici hors de propos et nous entraîneraient trop loin.

La constitution médicale n'est à tout prendre qu'un premier degré de l'influence générale qui , portée plus loin , détermine les épidémies. Par constitution médicale , on doit entendre une disposition commune à beaucoup d'individus et même presque générale , en vertu de laquelle les diverses maladies existantes à un moment donné prennent par certains points un aspect commun , quelque différentes qu'elles soient par l'organe qui en est le siège et par leur nature propre. Ainsi quand toutes les maladies , quelles qu'elles soient , fièvres cérébrales , inflammations d'entrailles ou autres, présenteront, comme complication constante dans presque tous les exemples , une affection catarrhale des voies aériennes, on dira que oette complication est l'effet d'une constitution médicale. De même pour d'autres symptômes : ataxie , adynamie , état bilieux, etc. Quelquefois cette influence sera encore plus limitée , et elle n'existera que pour une seule maladie : ainsi tontes les inflammations d'entrailles observées à un moment donné pourront prendre la forme bilieuse que les maladies d'un autre siège organique ne présenteront pas. Comme on le voit, la constitution médicale ne change oi le siège ni la nature des maladies ; eUe modifie seulement leur aspect Elle peut encore présenter nue autre particularité. Dans certains cas , en effet , ce n'est pins sur les symptômes que s'étend son action ; elle se retrouve dans l'effet des médicaments qu'il faut employer contre les maladies diverses, même alors que celles-ci ne présentent aucun phénomène capable de mettre sur la voie de cette communauté thérapeutique. Ainsi il est des temps où , sans que les malades offrent des symptômes qui indiquent ces moyens de traitement , les émétiques ou les purgatifs, ou bien encore les saignées, sont suivis d'un succès tout à fait inattendu ; tandig qne , dans d'autres cas , l'application de ces moyens divers est suivie des effets \eê plus funestes , même dans des maladies où leur t'fflpioi est très-raisonnable et très-habituellement efficace.

De ce premier degré de communauté incomplète en- Lre les maladies , qui constitue la constitution médicale , nous arrivons maintenant à une autre variété dans laquelle nous voyons la cause générale produire non plus un symptôme commun , une apparence commune , mais bien une maladie complète , identique dans tous ses exemples

pour le siège organique , la fonne et les résultats , sauf les modifications , ici très-secondaires , que l'idiosyncrasie , le tempérament et la constitution des individus frap» pés en grand nombre peuvent y introduire ; ces déviations très -légères n'écartant pas notablement la maladie de sa forme générale. Ou dit alors que la maladie est épidé" mique , qu'il y a épidémie. Ainsi doue les traits principaux qui constituent une épidémie sont qu'elle frappe à la fois un grand nombre d'individus et qu'elle les frappe d'une maladie identique pour son siège et pour sa forme. Cela existe également dans la maladie endémique. Quelle est donc la différence? Elle consiste tout entière en ceci , que l'endémie ou la maladie endémique revient périodiquement ou même règne d'une façon continue dans une localité , aux conditions matérielles de laquelle elle semble liée , tandis que l'épidémie a ce caractère d'être accidentelle dans le pays dont elle décime les habitants ; et il y a dans cette distinction des conséquences pratiques importantes. Nous n'étudierons pas ici, même d'une façon générale , les diverses questions que soulèvent les épidémies ; nous l'avons fait ailleurs (De l'influence épidéwûque eurleemaladiee, Paris, 1844, chez Labé, et Traité élément., déjà cité, pag. 73 et suiv. ). Seulement nous dirons quelques mots d'un fait qui joue un rôle important dans le développement des maladies épidémiques ; c'est la contagion : par ce mot on doit entendre la transmission d'une maladie à un on à plusieurs individus , opérée par un individu déjà atteint de la même affection, abstraction faite de la manière dont cette transmission s'opère , des conditions qui la rendent plus ou moins facile, et de l'origine première de la maladie. Ainsi , lorsqu'une personne visite un malade atteint de la petite vérole et contracte la maladie après ce contact , on dit qne la variole s'est développée par contagion ; c'est par la contagion que se développent la syphilis , la vaccine : mais le contact direct pour l'une et l'inoculalion pour l'autre sont indispensables.

Là encore le lecteur retrouvera le rôle de l'aptitude , de l'immunité et de la prédisposition. Tout fait de contagion est la conséquence de deux conditions nécessaires : l'une qui appartient à la maladie , l'autre qui appartient an malade ches leqnel s'opère la contagion. Ce caractère d'une transmission possible d'individu à individu est propre à certaines maladies seulement, et certaines n'acquièrent cette propriété que d'une façon tout accidentelle. Ensuite tous les individus soumis à une affection essi^ntiellement et habitueUement contagieuse n'en sont pas nécessairement atteints; ils peuvent résister complètement , c'est l'inununité ; on bien ceux qui sont attaqués ne le sont pas nécessairement dans une circonstance identique et à un degré toujours semblable. En un mot, il faut encore ici une certaine concordance entre l'individu et la maladie, et, bien que celle-ci suive le plus habituellement le contact, elle n'est pas cependant un fait entièrement fatal et inévitable , et cela même pour les maladies virulentes.

Ces dernières ont leur manière particulière de se transmettre , c'est l'inoculation , c'est-à-dire la déposition du virus sur le derme dénudé, soit accidentellement, soit à dessein, comme dans la vaccination. La variole, la vaccine, la morve, la syphilis se développent par ce mode de transmission ; mais la variole et la morve peuvent se transmettre également par le simple contact.

Plusieurs de ces virus , une fois introduits dans l'économie , y déterminent une infection générale plus profonde et en quelque sorte consécutive qui a reçu le nom de diatkèie. Ce mot , appliqué aussi à d'autres affections non virulentes, non contagieuses, doit, dans son sens médical, signifier un état morbide paraissant occuper la totalité de l'économie et reproduisant sur divers points des symptômes toujours liés entre eux par une forme

lemblftble qai révèle l'inflaence d*iine cause toajonn identique. Les priocipalet diaUiètet sont : les diftthèses h^morrhagiqQe , pnrnleiile, cancérense, gangreneuse, msease, taberculeuse , scrofulease, herpétique, vermineuse , anévrismale el syphilitique. Ainsi , lorsqu on voit se développer des afTections tuberculeuses sur plusieurs points différents de l'économie en même temps, on dit que ce développement simultané a lieu par l'effet d'une diathèse , de même pour les abcès multiples , etc. , etc.

Nous ne donnerons aucun détail ici sur les symptômes et les signes des maladies, il .faudrait aborder des matières purement médicales; nous dirons seulement que le signe n'est pas la même chose que le symptâme : le symptôme est le phénomène brut purement observé ; le signe est ce même phénomène dont la valeur est appréciée par l'homme de l'art Ainsi lorsqu'un malade crache le sang , c'est là un symptôme dont le médecin fera le signe de telle ou telle maladie en apprenant les différentes circonstances qui ont précédé , accompagné ou suivi le crachement de sang et la forme même qu'a présentée le symptôme. On a admis un grand nombre de divisions parmi les signes , comme signes caractéristiques , suffisants, vrais, etc.; et enfin signes pathognomoniques , c'est-à-dire sufti^ants à eux seuls pour faire reconnaître la maladie ; le nombre de ces derniers est très-restreint. La marche de la maladie , qui comprend le type , la durée, les périodes, doit être étudiée avec soin par le médecin ; il en tire des enseignements très-utilcs, comme aussi de l'examen des terminaisons, du siège que peut présenter l'affection. Une source de oonnaisssnces des pins fécondes, c'est l'étude des lésions anatomiqnes. On a coutume de plaisanter souvent dans le monde à ce sujet , en disant que ces recherches sont bien tristes , car elles sont bien inutiles à celui-là qui en fait l'objet , puisqu'il est mort au moment où on les accomplit C'est encore là une de ces pitoyables plaisanteries du monde : certes , le pauvre malheureux sur lequel on fait telle ou telle recherche d'anatomie pathologique n'en profitera nullement ; mais le médecin , en se livrant à cette investigation si triste, si pénible et souvent même si dangereuse pour lui , s'éclaire pour l'avenir et sauvera peut-être la vie à cent personnes parce qu'il a interrogé le cadavre d'un individu qui a succombé malgré tons ses soins. C'est en effet surtout depuis les découvertes de l'anatomie^pathologique que la science et la pratique ont fait les plus rapides progrès.

L'étude et l'appréciation des causes des symptômes et de la marche de la maladie une fois bien complétées, le médecin doit asseoir le diagnoMtic : c'est-à-dire qu'il doit comparer l'ensemble des phénomènes qu'il observe avec les formes bien connues et bien délimitées, afin de déterminer à laquelle il se rapporte. Aucune opération de l'esprit ne demande plus de soin et d'attention. Il en est de même du pronostic (nous avons dit plus haut en quoi il consistait), et enfin il cherche par la thérapeutique à s'opposer aux désordres qu'il a observés. Nous n'entrerons à ce sujet dans aucuns détails , ils seraient trop spéciaux , trop inutiles et même trop nuisibles à nos lecteurs. Nous pensons qu'ils doivent avoir maintenant une juste idée de ce que le médecin dépense de temps, de soins, de travail, pour arriver à la pratique de son art , art tout aussi positif et tout auMi peu conjectural que la chirurgie. Nous avons, dans cet aperçu rapide, surtout développé ce qui a trait à l'étiologie , parce que là sont les questions les plus générales , les plus curieuses pour les gens du monde , et les plus utiles à connaître pour eux. Il ne fsut pas moins de soins an médecin pour étudier les symptômes et toutes les autres questions qui se rattachent à la maladie. Certes, les individus qui s'improvisent médecins ne sauraient réunir toutes les connaissances que nous avons indiquées au lecteur et qui sont indispensables. En voyant la diversité des conditions que créent l'individualité et les causes

de maladies, on doit être bien convainen qa*il ne ssunil exister de remède, fût-il depuis cinq cents ans dans telle ou telle famille, qui soit capable de guérir tontes les maladies, chei tous les individus. On a vu également qu'il est certaines propriétés des corps que Ton ne saurait changer entièrement; que les conditions physiques et les proprirtcs des organes sont immuables. Comment donc les gens dn monde croient-ils sans cesse aux vertus d'une sonmambnle et suivent-ils aveuglément les conseils qu*e]le donne! Ils devraient se souvenir qu'il est impossible à un indivi()u, quel qu'il soit, de voir autrement qu'à Faide dn yeux ; que ce sont les seuls organes qui soient doués de la propriété de transmettre an cerveau l'impressioii de It lumière, et avec elle les notions sur la couleor , la fonne et l'apparence extérieure des objets ; que la vue ne pent s'opérer à travers les corps opaques et qu'ainsi la sobinambule qui prétend voir les mouvements qui s'opèi«nt dans le corps d'un malade est une jongleuse impndenle. qui serait digne, non dn feu auquel étaient condanoé* jadis les sorciers, mais du fouet que l'ancienne législatioD appliquait aux bohémiens et aux antres jongleurs qa! abusaient de la crédulité publique. El, d'ailleurs, les geoi dn monde peuvent juger quelle est la valeur de cettr clairvoyance des somnambules, quand ils sauront qn'socun fait de somnambulisme magnétique n'a pu être eoo* staté scientifiquement ; que tous ces prodiges prétendu sont tombés et ont été impossibles à produire devant dci hommes sérieux et capables de découvrir la fraude , et qu'enfin un prix de 3,000 fr. est déposé à T Académie êf médecine de Paris pour la somnambule jugée clairvoyante par une commission médicale , prix que personne n'est venu réclamer jusqu'ici parmi toutes ces merveilleuses somnambules qui inondent Paris.

Au reste , peu importe au médecin véritablement dîjpe de ce nom l'antagonisme que les gens dn monde ■emblcst établir entre ces charlatans et lui. Voué à un minialère p^ nible et souvent douloureux à remplir, sans cesse en présence des souffrances physiques et des tourments morsax de son semblable, observant sans cesse les merveilles les plu élevées de la création , chargé d'nne responsabilité terrible pour un honnête homme, son cœur et son esprit t «purent à cette grande école, et il marche, en s'entonraot à» toutes les lumières qu'il peut acquérir, vers le noble hat qu'il s'est proposé. Peu de professions demandent aalast de travaux et de peine, autant de méditations et de calor d'esprit; il en est peu qui offrent des jouissances intclle^tuelies et morales aussi complètes, qui soient appclmi des joies et à des anxiétés plus vives. Le médecin, livré i son art, absorbé par la science qu'il cultive, est conduit à soulever les questions de l'ordre le plus élevé , et sosvent, lorsqu'étudiant les phénomènes physiques et psyd}»logiques du système nerveux il rencontre sur son Atmin certaines théories philosophiques sur l'âme et U pensée , il peut difficilement s'empêcher de souri» a voyant combien l'homme, dans ses préoecupations excltsives , dénature souvent l'œuvre admirable dn Créateer. Quand il a dépensé une partie de sa vie à remplir la noble tâche, quand il a appliqué toutes les forces de a pensée aux méditations profondes que lui commande b science , quand il a développé son intdligence anttbt qu'aucun homme et qu'il est arrivé eux premiers ^t%tH de sa profession , que le médecin n'aille pas demsnder i la société, telle qu'elle est constituée, la part qu'il croit mériter dans l'estime de tous , an moins à Tégal du ri)^ teur , du poète , du noble dliier ou de radministralc*-' trop souvent médiocre qu'il voit fêtés et partout bienvcoa» Un cruel désenchantement l'attrndraît à la porte àt tt monde, qu*il sauvera demain peut-être de l'épidéaiif H de la mort. Sa profession est toute spéeimU , quil le «che bien, il n*est bon à rien pour la marebe des êîUim quotidiennes ou politiques. Le monde le prend qasad il

ettan besoin. Anisi qu'il m renferme dans m vie spéciale » qa'iJ n'aille pas chercher ces grands et pénibles mécomptes, et qu'il sache convrir par les services qn'il rend à la société l'injuste appréciation qu'elle semble faire de TotiJe profession à laquelle il s'est dévoué.

J. BÉHIER,

PrafesMur agrégé à la FjuulU dt Parli , tle.

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