PHARMACIE
Bien que la préparation des médicaments remonte sins aucun doute à la plus antique origine , la pharmacie, telle qu'elle se pratique de nos jours, est un art qui appartient réellement aux temps modernes. Ches les premiers peuples de l'antiquité, la pharmacie n'était point séparée de la médecine. La même personne qui visitait le malade et prononçait sur la nature du mal , préparait aussi le remède qui devait le soulager. En Kgjpte , l'art du pharmacopole se confondait avec celui do parfumeur, et même avec l'art d'embaumer les corps. Cbes les premiers Grecs , la médecine s'exerçait surtout dans les temples et l'on gravait sur des tables votives les traitements à l'aide desquels on avait obtenu des guérisons signalées. C'est ainsi que furent recueillis les plus anciens éléments de l'art de guérir, qui , plus tard , dansl'école de Cos , acquirent tonte l'importance d'une doctrine scienti6que. D'Hippocrate à Galien , et à travers les vicissitudes des écoles qui se partagèrent le domaine des connaissances, pendant cette belle période, la préparation des médicaments fut l'objet de nombreuses et importantes recherches. Arislote et Théophraste lui apportèrent le tribut de leur génie. Ce fut dans l'école d'Alexandrie qu'eut lien poar la première fois le partage de la médecine en trois professions. Sons le règne de l'école empirique , l'art des médicaments sut conquérir une place de plus en plus digne : Sérapion , Asclépiade , Thémison de Laodicée relevèrent aux rang des arts ; les savants en firent l'objet d'une sérieuse étude , les poètes lui consacrèrent leurs chants et les souverains eux - mêmes l'honorèrent en s'y livrant à leur tour. Après Celse et Galien , la médecine , comm^ toutes les sciences , retomba peu à peu dans le discrédit , et même dans une sorte de barbarie, jnsqu^au jour on, sous l'inQuence de la civilisation arabe , elle s'éveilla de son long sommeil. C'est pendant cette période qu'eurent lien les premiers essais de l'alchimie, qui, tout obscurs et mystiques qu'ils étaient, ne laissèrent pas de préparer l'essor ultérieur de quelques sciences, liais en même temps un nouvel abus commença à surgir. Une accumulation excessive de substances incohérentes dans les formules , caractérisa la médecine ou plutôt la pharmacie arabe. Cet abus, qui se propagea en Karope et ne fit que s'accroître pendant plusieurs siècles, retarda longtemps les progrès de l'art Les croisades, en faisant connaître à l'Europe de nombreuses substances rapportées de l'Orient , augmentèrent les ressources de la matière médicale; les voyages et les découvertes maritimes l'enrichirent de plus en plus ; enfin , avec la renaissance des sciences et des arts , au 16" siècle, la préparation des médicaments reçut une nouvelle et plus vive impulsion , Â>at les heureux résultats, depuis cette époque, n'ont lait que s'accroître et se développer.
Cependant la chimie, qui devait contribuer pour une si large part à l'essor de la pharmacie, commençait , quoiqne lentement, à revêtir la forme d'une science. Dès le 13* et jusqu'au 16* siècle, Raimond-Lulle , Amauld de Villeneuve, Basile Valentin , Paracelse et une foule d'autres s'étaient appliqués à l'étude des substances de nature ipiinérale. Leurs recherches, bien que dirigées dans un
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autre but , ne laissèrent pas de profiter à la médecine , qui reconnut bientôt l'énergique puissance des nouveaux produits. Enfin, Vanhelmont, Charas, Homberg, Lémery surtout déchirèrent tout à fait les voiles de l'alchimie ,^t livrèrent définitivement à la science une multitude de faits importants , dont la plupart vinrent enrichir le domaine de la médecine et de l'art pharmaceutique.
A partir de cette époque, la pharmacie-, 'suivant la marche progressive des sciences , travaillant elle-même , et souvent avec bonheur, à leur avancement , conquit une place honorable parmi les professions savantes. Les substances simples furent mieux étudiées , on perfectionna les procédés manipulaloires , on simplifia les formules. Ces compositions indigestes , ces électnaires polypharmaques, ces poudres composées, ces masses pilulaires, derniers vestiges .de la médecine arabe , disparurent peu à peu, et furent remplacés par des préparations plus simples , qui permirent an médecin de se rendre compte de leur emploi et de leur action. Les sophistications devinrent moins fréquentes , les erreurs de plus en plus rares. Une logique sévère rejeta de la matière médicale tout ce qui n'avait pas un caractère d'activité efficace. Dès lors la pharmacie cessa d'être routinière , obMure et dépendante ; une foule d'hommes sortis de cette profession modeste vinrent s'associer avec honneur au développement désormais si rapide des connaissances physiques et naturelles. L'histoire des sciences n'oubliera pas que, depuis deux siècles, les plus grands progrès peut-être des diverses branches de l'histoire naturelle, d'un grand nombre d'arts, de la chimie surtout, furent dus à des pharmaciens , et qae ces progrès se lient d'une manière intime aux développements simultanés de l'art de préparer les médicaments.
La PHARUAGiK est cette branche de l'art de guérir qui s'occupe spécialement de la préparation des médicaments. C'est un art qui se fonde à U fois sur des connaissances scientifiques générales , comme sur des données pratiques qui lui sont propres , et dont l'objet est de disposer les corps naturels de manière à les rendre applicables au traitement des maladies.
Les sciences sur lesquelles repose la pharmacie sont précisément celles que la médecine , à son point de vue spécial, nomme^teieneet accetsoiret. Delà même manière, certaines parties de l'art médical forment une sorte d'ap* pendice plus ou moins accessoire à la pharmacie, de façon qu'abstraction faite de l'importance et de l'étendue des diverses sciences qui font partie de leur domaine respectif , on peut dire que la médecine et la pharmacie se lient d'une manière intime et se complètent l'une par l'autre.
Cette diversité dans les objets de leur étude , comme dans leurs attributions pratiques , forme le véritable caractère qui distingue ces deux branches de l'art de guérir. Ce que l'une n'enseigne que d'une manière générale on secondaire , devient pour l'autre , au contraire , le sujet d'une étude complète , approfondie : telle est aussi la cause qui sépare l'enseignement comme Texercice des deux professions.
Vhiêtoire ntUureUe , qui apprend i connaître les corps simples des trois règnes , parmi lesquels l'art choisit ceux qui sont propres à former des médicaments ; hpkygique, qui étudie les propriétés de la matière considérée dans sa masse et explique les phénomènes généraux de cet ordre ; la chimie , qui observe l'actitfn moléculaire que les corps exercent les uns sur les autres et prévoit les réactions qui en sont la conséquence , telles sont les principales sciences sur lesquelles s'appuie la pharmacie. Elle en déduit les principes qui doivent régler ses opérations , et elle y réunit les procédés particuliers dont l'expérience et la tradition ont enrichi la pratique de l'art.
L'étude de la pharmacie se divise , par conséquent , en
deax aériefl : la première , cooucrée au notions préliminaires et pratiques de la profession, est ce que l'on nomme le stage officinal; la^ seconde se rapporte à l'étmie des théories scientifiques : c est la période tcolaire. La première période s'accomplit nécessairement dans nne officine ; l'élève y acquiert la connaissance si variée et si étendue des substances médicinales, celle des manipulations et des nombreux détails qui se rapportent au service public. Dans la seconde , qui se passe auprès des écoles , il régularise et complète l'étude de l'histoire naturelle; il étudie la physique, destinée à éclairer la théorie des opérations et des phénomènes qui les accompagnent; la chimie, qui ouvre une carrière si large aux combinaisons de la matière ; la toxicologie , l'histoire des drogues simples ; enfin il s'exerce , sous les yeux même des professeurs, aux manipulations les j>Ius compliqnées et les plus déUcales du laboratoire. A la fin de cette période , il subit des examens sur les objets de ces diverses études , et l'ensemble des épreuves est conronné par une thèse sur un sujet à la fois scientifique et professionnel. Voilà de quoi se composent les études du pharmacien et les hautes garanties d'instruction qui sont exigées de luL Avant de parler des attributions générales ou particulières de la profession , et sans nous arrêter sur les sciences auxquelles la pharmacie emprunte ses principes théoriques , exposons rapidement les données spéciales qui constituent l'art de préparer les médicaments.
On appelle wUdicament toute substance naturelle modifiée par l'art, tout mélange ou combinaison destiné à être pris intérieurement, ou appliqué à l'extérieur, dans le but de combattre une maladie. Les substances destinées à l'usage de la médecine , lorsqu'elles n'ont point encore subi la modification qui les constitue médicaments, se nomment drogue» ou subttances médicinales.
La pharmacie se compose conséquemment de deux parties : Pla connaissance des substances médicinales; 3<> la préparation des médicaments. La connaissance des substances médicinales s'acquiert par l'habitude de les voir , de les toucher, de les observer sous divers aspects. Cette étude s'opère d'une manière incomplète durant la période pratique ; mais elle se régularise et s'achève pendant la période scolaire. L'histoire des drogues , ou des substances usitées en médecine , se nomme l'histoire naturelle médicinale,
La préparation des médicaments s*opère par quatre modes principaux : la division , Y extraction , la mixtion ou le mélange , et la combinaison ou l'action chimique ; en sorte que les produits peuvent être partagés en quatre ordres généraux : médicaments divisés , extraiu , mixtes et combinés. Ces deux derniers ordres avaient jadis reçu d'autres noms : les mixtes s'appelaient médicaments galéniques , et les combinés médicaments chimiques.
On divise encore les médicaments en simples et composés , suivant qu'ils sont formés d'une seule ou de plutieus substances. Le médicament simple est tantôt le corps naturel , ou l'une de ses parties , disposé pour l'usage médical ; tantôt le résultat d'une opération pratiquée sur nne substance naturelle dans le but de la diviser ou d'en extraire les principes actifs. Le médicament composé est le produit , soit du mélange , soit de la combinai^ son d'un certain nombre de substances naturelles.
Outre ces divisions on distingue encore les médicaments en officinaux et magistraux. Les premiers sont ceux qui se conservent tout préparés dans l'officine , les seconds se préparent à l'instant même où le médecin les prescrit. Comme cette distinction repose uniquement sur le caractère de la durée. J'ai proposé (Principes élémentaires de Pharmaeeutigue) de donner aux premiers le nom de temporanés et aux autres celui à*extemporanés. Les quatre ordres de médicaments établis plus haut donnent lieu aux quatre modes généraux d'opération à
l'aide desquels on les prépare : ce sont la divimen , Fertraction, le wtélange et la ambinaisom. Les procédés qui s'y rapportent peuvent néanmoins se réunir ou se com- , biner suivant l'occurrence.
Le premier ordre, la division, s'entend de tontes les opérations pratiquées sur les substances médicinales dans le but d'en réduire les molécules intégrantes en particules très-fines , au moyen d'une force mécanique. Ses procédés varient nécessairement en raison de la forme , de la consistance , de la texture des corps qui y sont soumis , de la ténuité plus ou moins grande à laquelle on «eut les réduire , ainsi que de la quantité des matières sur lesquelles on doit opérer. Aussi emploie-t-on, pour y parvenir, un grand nombre d'instruments et de moyens divers , qu'il serait hors de propos d'énnmérer ici Qu'il nous suffise de dire que c'est ainsi que Ton obtient les poudres, les farines, les fécules et les pulpes dont l'emploi est si fréquent en médecine.
Les opérations du deuxième ordre, extrattion, ont pour objet d'extraire d'une substance médicinale nn ou plusieurs des principes qui entrent dans sa composition intime. Les procédés qui s'y rattachent peuvent se ranger en trois sections. 1 ** Ceux dont la natnre est presque toute mécanique, comme Y expression, la elarifiemtion, \i JUtration^ etc. ; 2® ceux dans lesquels on fait intervenir, comme agent on comme véhicule, l'eau froide ou édianffée à divers degrés , quelquefois d'autres liquides ; tdi sont la sûhuiony le diplaeewumt, la maeireaiom^ Yin/usion, la décoction, etc. ; Z^ ceux dans lesquels le calorique devient l'agent principal , comme Yévaporation , la distiiUtion^ \9. fusion, la eaicination, la cristaUisatiem, etc. CtA à l'aide des procédés opératoires qui appartienneot à rri ordre que l'on obtient, entre antres, les sues, les eaoi distillées, les huiles fixes ou volatiles, les réainet et les extraits.
Les opérations du troisième ordre sont celles qui ofri pour objet le mélange on l'association de plotieors corps de diverses natures , d'où résulte on mixU on composé homogène, dans lequel on peut reconnaître, do moias temporairement, les propriétés des corps qui ont servi t le former. Ces opérations sont peu compliquées par elles-mêmes , mais elles donnent lien à des produits trHnombreux et asses variés pour qu'on ait dû les parla^r en deux séries : les mixtes sans excipient, ou dans k*quels celui-ci ne joue qu'un rôle très-accesaoire , et la mixtes avec excipient déterminé.
On nomme excipient le corps au moyen duquel la substance active qui forme la base d'un médicameot Mt dissoute, suspendue ou enveloppée, celui qui, par conséquent, lui donne sa forme, sa consistance, parfois soa volume , et qui , par ses qualités physiques , en Cacilîlp l'application à l'organisme. Ainsi , un mélange de rhubarbe et de magnésie donne lien à un mixte de la première série; mais si l'on y ajoute du miel on an sirop, on obtient un composé de la seconde série dans leqwl le miel ou le sirop constitue l'exdpient.
Dans la première division se trouvent tes espèces, les poudres composées, les niasses pilulaires et leva dérivés. Dans la seconde se placent tous les médicaments dans lesquels l'eau, le vin, la bière, le vinaigre, l'alcool, Tfther, le sucre , le miel , l'huile ou l'axonge reaaplisseol le rôle d'excipient Cette dernière série renferme la majeure partie des médicaments officinaux ou temporanés. C'est parmi eux que l'on trouve les hydrolés (solotioes aqueuses) et les hydrolats (eaux distillées) (1) , les gplées, les émulsions, les juleps, les mixtures, les potion»,
(I) J'ti prapofé «illoan «le rvny lacer la déelMaee ms, tnf >»pf^ cbée de k détineoee é, per U temioaitoB «tU. qol eorail le taeri» à» reppeUr la dittillalion à l'aide de la^eelle on obtieat eettr Hm*" ér
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les fins médicinani , \m oxéolés et les oxéolats (vinaigres médicamenteox distillés oa non), les sJcooIés (teintures) et les alcoolats (esprits), les éihérolés, les boissons fermenlées, et eette classe si nombrease de médicaments rénois sons le nom de saccharolés , dont le sacre on le miel forme l'excipient : sirops , mellites , pâtes , électoaires, conserves, tablettes; enfin les oléolés , simples ou composés , comme les hniles médicinales , les bannies, les liniments, les cérats, ainsi qne les liparolés, les rétinolés et les stéarates , qui comprennent les pommades , les savons , les onguents et les emplâtres.
Les médicaments du quatrième ordre , on combinée , sont tons ceux qni sont le produit d*nne action chimique. Ils se distinguent des médicaments du troisième ordre en ce qne Taction chimique, ayant pour résultat de douer les corps qui y sont soumis, de propriétés nouvelles et spéciales , les produits de cette nature ne représentent plus les propriétés primitives des corps qui ont serri à les former. Nous n avons point à reproduire ici les principes de la science sur laquelle reposent les préparations qui appartiennent à cet ordre, puisque ces principes ont été déjà , dans ce$ ouvrage , l'objet d'un Traité spécial et complet (n^^ II et 12). La chimie, ainsi que la pbpiqne et rhistotre naturelle dans toutes ses branches , sont le principal objet des études scolaires relatives à la pharmacie , et nous ne devons pas entrer ici dans les détails de chacune de ces sciences.
L'une des parties les plus importantes de la pharmacie, qni ne s'enseigne point dans les écoles, bien qu'elle forme plus spécialement le domaine de la profession , est ce que l'on nomme la pharmacotMhnit magistrale. Cette branche de l'art comprend tout ce qui se rapporte à l'exécution des formules extemporanées , c'est-à-dire an service public de la médecine : art difficile dont les bases ne sont posées nulle part et qui n'a d'antres moyens, d'antres règles qne l'habitude pratique et le talent personnel do praticien; tant sont innombrables les combinaisons auxquelles il peut s'appliquer, tant sont imprévus les résnitats auxquels des rapprochements insolites peuvent à chaque instant donner lieu. Comment prévoir, en effet, cette multitude de combinaisons dont la circonstance inspire au médecin l'idée soudaine , et qui deviennent souvoit si difficiles à réaliser ? Cet art d-associer les substances parfois les plus disparates , en tenant compte de leurs caractères physiques et chimiques , comme de leurs propriétés actives , de les présenter sous tontes les formes , de les rendre propres à tons les emplois médicaux , cet art , à vrai dire, constitue l'habileté spéciale du pharmacien , et ne s'acquiert qu'à l'aide de l'aptitude la plus heureosc , secondée par un long exercice de la profession. Les procédés, les manipulations qui s'y rapportent varient à l'infini , en s'appuyant à la fois sur de nombreuses connaisaances théoriques, sur les données générales de l'art Pt sur le génie propre du praticien. C'est cette nécessité ie prévoir les résnitats de tant de combinaisons possibles entre les substances empruntées à tous les règnes qni fait resnonter à la pharmacie l'origine d'un si grand nombre l'arta , et qui la rend si propre à fournir des lumières ua sciences , à la médecine et à l'industrie.
La nMîUenre , la seule école où la pharmacotechnie nagistrale puisse être convenablement étudiée est , sans roolredit , une officine publique , placée au sein d'une frande population. Cest là seulement que l'on peut se amiliariaer complètement avec tous les détails pratiques [ui constituent cotte partie de l'art
An sortir de Toffidne, où il a puisé ces premières et mportantei notions, l'élève va poursuivre ses études près les écoles spéciales, et faire des données théoriques de la cience une étude plus approfondie et plus régulière. .'enseignement oral des cours , l'attrait des expériences, es coUectioss d'objets natnreb , la pratique des opéra-
tions compliquées , les cabinets, les laboratoires, les bibliothèques , tout va servir à compléter son éducation scientifique. L'essentiel est d'établir une subordination rationnelle entre tous ces objets d'étude. L'ordre à suivre en cela , comme en toute chose , est fondé sur la pro^ssion du connu à l'inconnu, du simple au composé, et sur la nécessité de faire coïncider l'exposition des faits avec les théories qui en généralisent l'explication. Un seul mot à ce sujet :
Si l'on examine le lien qui réunit les sciences naturelles et les sciences physiques , on remarque que les premières ont pour sujet l'histoire et la classification des eorpt naturels ; les secondes , l'étude des forées auxquelles ces corps sont soumis , ainsi que les lois qui règlent l'action de ces forces.
Les corps naturels qui composent Me globe que nous habitpns, forment deux grandes séries fondées sur le premier degré de distinction qne l'ensemble de leurs caractères établit entre eux. Les nus sont formés de particules homogènes et s'accroissent par juxtaposition , c'e8t4-dire par l'application à leur surface de couches successives de matière analogue : c'est le règne inorganique, qni comprend les wunéramx. Les autres sont composés de parties hétérogènes (organes) et s'accroissent par intussusception , c'est-à-dire par l'absorption intérieure des matériaux nécessaires à leur développement : c'est le règne organigue, dans lequel on établit deux grandes dirisions : l'une qni comprend les êtres dépourvus de sensibilité et de mouvement spontané , les tigilaux ; les autres, doués de la faculté de locomotion , pourvus de sens et d'une carité centrale que l'on nomme estomac , les animaux.
Les forces qui agissent sur la matière sont en rapport avec la nature des êtres sur lesquels elles s'exercent Ceux dont l'organisation est la plus simple sont soumis à des forces simples, comme ceux dont la constitution est plus complexe obéissent à des forces plus variées.
Deux forces générales s'appliquent à tons les êtres naturels : l'une, qui agit à distance , suivant le rapport des masses et de l'éloignement , est Xattraeiion, L'étude de ses lois est du ressort de la physique. L'autre, qni n'agit qu'au contact , on du moins à une très-faible distance , et ne s'exerce qu'entre des corps de nature diverse , est Xafiniti. L'étude de cette force et des lois qui la régissent est du ressort de la chimie.
Deux autres forces générales ne s'appliquent qu'aux êtres de nature organique , et , tant que ceux-ci sont à l'état de vie, modifient l'action des forces précédentes. L'une est la force vitale qui s'exerce également sur les deux grandes classes d'êtres organisés ; l'autre est la smsibiiiié qui n'est propre qu'aux animaux. Ces deux forces président, chacune à leur manière, au jeu réciproque des organes et aux fonctions que remplit chacun d'eux. La science qni s'en occupe se nomme physiologie.
Ces données doivent senrir de base à la distribution la plus logique des études qui sont l'objet de cette période. Cette distribotion est fondée sur le rapprochement des faits et des théories qui se servent mutuellement de cou* firmation et d'appui. Ainsi les minéraux n'obéissant qu'à l'attraction et à l'affinité , leur étude doit correspondre avec celle de la physique et de la chimie minérale, qui ont pour objet les forces auxquelles ces corps peuvent être soumis ; la chimie des végétaux coïncidera avec la botanique et surtout la physiologie végétale, qui suspend ou modifie sans cesse l'action de l'affinité et de l'attraction. La chimie aninoale et la toxicologie répondront à l'étude de la soologie et de la physiologie des animaux , et Ton n'abordera ainsi les points les plus compliqués de la science qu'an moment où les études seront asset avancées pour aider à l'explication des phénomènes , et pour confirmer les théories par l'application.
Une fois pourvu de son titre et placé à la tête d'une
officine , de noaveaiu deroin lont impoeéi au pharmacien. Ces devoirs lont de divenea nataret. Il en a envers lui-même , envers la société , envers la science. Le premier de tons est celui qui ressort de sa responsabilité , à la(|ielle se rattachent la santé , la vie de ses semblables , sa réputation, sa fortune, et qui eiige non-seulement des connaissances profondes et variées, mais aussi la probité la plus sévère , une exactitude , une prudence , une discrétion à toute épreuve. De toutes ses préoccupations aucune ne saurait l'emporter sur ce sentiment qui le place sous le coup d'une appréhension incessante, et ne lui laissera jamais de sécurité complète. Tout son avenir, en effet, peut être renversé par la méprise la plus légère ; et si Tun de ces accidenta dont la cause est inhérente à la nature hnmaine, venait à entraîner quelque funeste conséquence, celui que l'on traite souvent avec légèreté ou dédain , que l'on range volontiers dans la condition obscure d'un débitant de remèdes , paraîtrait tout à coup chargé d'un grave ministère auquel est attaché la vie des hommes, et l'on ne manquerait pas de l'accabler sons le poids de cette terrible responsabilité.
Après les soins que réclament l'ordre général, la bonne tenue de son établissement et tous ces détails qui .caractérisent une maison bien administrée, se placent les rapports du pharmacien avec le public ; rapports délicats et qui ne sauraient être l'objet de préceptes généraux, il faut plus de tact qu'on ne pense , une grande souplesse d'esprit et de caractère pour conserver avec tout le monde cette condescendance polie qui attire et retient une clientèle souvent capricieuse ou exigeante , pour répondre toujours avec bon vouloir et douceur à des observations parfois ridicules ou choquantes , tout en gardant l'attitude d'un homme à qui ses connaissances et le sentiment de ses devoirs commandent une certaine dignité. Voilà ce que le public ignore trop ' souvent , et ce qui rend d'autant plus difficile l'exercice de tant de qualités , indispensables pourtant pour l'accomplissement de ces devoirs , qui profitent plus encore à ceux qui les méconnaissent qu'à ceux qui les remplissent
Mais ce n'est pas aux détails de l'officine et du service médical que se bornent les attributions do pharmacien , souvent appelé à remplir d'autres fonctions non moins graves et importantes. L'analyse des substances alimentaires et des boissons que l'on suppose altérées, les questions juridiques dans lesquelles le magistrat a besoin d'être éclairé par le naturaliste , le chimiste ou le physicien, les recherches relatives aux empoisonnemeuts, l'assainissement des habitations , des ateliers , des prisons , des hospices , tout ce qui se rapporte , en un mot , à la salubrité publique, ne saurait se passer de son concours. Nous pourrions ajouter ici les nombreux services qu'il peut rendre à l'industrie , à l'agricullure, aux arts scientifiques , dont la pharmacie à été si souvent le point de départ , tels que la distillation , la fabrication des sels , des acides, des savons, des couleurs, la teinture, le blanchiment et une foule d'autres industries auxquelles elle a fourni tant de lumières, au point qu'il n'en est peut-être pas une seule dont elle n'ait éclsiré la théorie ou perfectionné la pratique.
L'enseignement de la pharmacie est professé , comme toutes les hantes, études dans des écoles spéciales , gratuites. Des savants du premier ordre ont toujours figuré et figurent encore parmi les professeurs de ces écoles , et en agrandissant le cercle des connaissances qui la constituent , ils ont élevé la pharmacie à la hauteur de toutes les autres branches de l'arbre encyclopédique. Liée à l'art de guérir, qui ne saurait se passer de son concours, fondée sur les mêmes principes et dirigée vers le même but, elle s'est montrée digne de cette noble confraternité par un sèle constant, et quelquefois par d'éclatantes découvertes. Parmi les progrès récents de l'art médical, les
pharmaciens peuvent hautement refendiquer leor par de gloire. Sous le rapport de l'économie politique , la pharmacie est représentée par 8,000 établiaaements répandus sur le sol ds la France, et auxquels se rattaches l le coounerce de la droguerie indigène et exotique , \t% raffineries , les distilleries , les fabriques de produits chimiques, d'eaux minérales, et une multitude d'établiisements secondaires, qu'elle alimente et qu'elle aontienL
En échange de si nombreux et importants services rendus à la société , le pharmacien doit-il en attendre un juste retour, proportionné à ses efforts et à ses sacrifices? peut-il espérer d'atteindre à ce qui fait l'objet de l'ambition de tous les hommes? Il est flcheu de le dire , aucune profession pent^tre , en laissant moins d'indépendance , n'offre aussi peu de chances à la célébrité , à la gloire ; à peine en présente-t-«Ue de bien modestes à l'estime et à la considération. Quant à ta fortune , il n'est aucune voie qui y conduise d'ane manière moins rapide et moins certaine. En générmi, après un noviciat pénible, de longues éludes, des épreuves sévères, à l'aide d'un travail opiniâtre et incessant, U plupart des pharmaciens n'arrivent guère qu'à subvenir aux besoins de leur famille, sans se ménager quelques ressources et quelques loisirs pour Tâge avancé. Faut-il donc s'étonner si, dans l'insuffisance d'une loi qui n'a pas prévu tons les dangers d'une concurrence illimitée en pareille matière , quelques hommes ont cherche en dehors de l'exercice régulier de la profession l'occssion d'arriver plus rapidement à la fortune : moyeaf plus ou moins entachés de charlatanisme, qui déoonstdèrent la pharmacie et seront têt ou tard l'objet de répressions sévères ! En jetant sur ces procédés an bUme général, nous voudrions moiftrer aux jennea pharmadcBi sur le point de s'engager dans cette voie, ce qu*il y a de condamnable à accroître ainsi sa fortune en IranaigeaBt avec la délicatesse, en compromettant la santé publique, en fondant un monopole sur la déception , sur la crédulité, sur la souffrance. Nous ajouterions que pour celei qui se sent le courage d'en remplir tous les devoirs, cette profession offre pourtant de nombrenaes ressources et d'heureux dédommagements. Peu de conditions socîalei réunissent en eCTet, au même degré, les éleaieBta d'une prospérité modeste mais honorable. L'aisance y eal le ré> sultat presque infaillible du travail , de l'assidaité et de l'économie. Une occupation variée et d'un intérêt réel pour un esprit observateur, une position qui tieal au commerce sans préoccuper l'esprit par ds continuelles appréhensions , à la médecine sans offrir à chaque pas le spectacle des infirmités et de la douleur , qui lui laisse même asses de loisir pour qu'il puisse se licrer à la culture des sciences, à ses intérêts privés : tels sent les avantages certains que le pharmacien peut trouver dans l'exercice de son art. Avec quelques efforta de piai il peut y joindre l'estime, la confiance , la conaidératioB publiques; quelques circonstances favorables peuvent même y faire trouver la source d'une honnête fortune; et si quelque jour une législation prévoyante venait htter , avec le perfectionnement de l'art, la prospérité d« U profession , la pharmacie ne tarderait pas à s'élever an niveau des conditions les plus honorables , les plus dignes de la recherche des esprits sages, élevés et studieux.
Ces vues rapides , que nous avons développées dam d'autres écrits, méritaient peut-être d'être reproduit» dans ce résumé , où nous n'avons fait qu'esquisser les principes généraux d'une profession à laquelle nous now faisons honneur d'avoir appartenu , et que nous voudrioM voir jouir parmi les hommes de toute la oonaidcratioe qu'elle mérite, à des titres si nombreux et ai bien élsMîs.