VI. — Manière d'obseryer
Supposons l*appareil réglé avec les précautions que je viens d'irfdiquer; il me reste à donner des indications sur la manière d'observer. J'admettrai pour plus de simplicité qu'on n'observe qu'à l'aide d'une seule lampe, la lampe M {fig. 2, PL /). On commencera par placer dans . la flamme M un fil de platine imprégné d'une dissolution concentrée d'un sel de soude, et Ton amènera en coïncidence le bord gauche de la raie D de la soude avec la division du micromètre préalablement mis au foyer et centré à l'aide des vis H et G.
Ce point de repère est très-commode ; on peut alors inscrire sur une échelle dessinée sur papier et dont les divisions correspondent à celles du micromètre la position des raies brillantes produites à l'aide des diverses substances qu'on introduira dans la flamme (i).
Les matières que l'analyse spectrale peut déceler aisément sont les suivantes :
Sodium,
Potassium,
Rubidium,
Cœsium,
Lithium,
Strontium,
Baryum,
Calcium,
Thallium.
(r) On trouvera ces échelles toutes prêtes chez le conslructeiir.
Digiti
Le plomb, le cuivre, le sélénium et certains autres corps simples donnent également, avecles appareilsque j'ai décrits précédemment, des spectres plus ou moins compliqués; mais, Jusqu'ici, l'analyse spectrale ne peut être appliquée couramment qu'à la recherche des métaux alcalins et alcalino-terreux, l'observation des spectres de la plupart des métaux proprement dits et des métalloïdes exigeant l'emploi de l'étincelle d'induction ; de plus, les spectres que l'on produit dans ces dernières conditions sont trop compliqués pour qu'on puisse, quant à présent du moiAs, en tirer des indications comparables par leur netteté et par leftr simplicité à celles que donne l'examen spectral des métaux des premières sections. Mais, par une coïncidence très-heureuse, il se trouve que les métaux dont les spectres sont simples et caractéristiques au plus haut point sont précisément ceux qu'il est le plus difficile de distinguer les uns des autres par les réactions pureilient chimiques, surtout lorsqu'ils n'existent dans un mélange qu'en faible proportion, comme c'est le cas général pour la plupart d'entre eux.
Le mode de préparation des matières à examiner dans le spectroscope variera avec l'état même de ces matières. S'il s'agit d'eaux minérales ou d'eaux mères, ces liquides devront être amenés à un état de concentration d'autant plus grand qu'ils seront moins riches en résidus solides. S'agit-il de minéraux, on sera obligé la plupart du temps de les attaquer soit par les acides chlorhydrique ou fluorhydrique, soit par le fluorure d'ammonium.
Je rappellerai sommairement d'abord quelles sont les précautions qu'il faut prendre pour introduire la matière dans la flamme et pour obtenir un spectre aussi pur que possible. Le meilleur support consiste en un petit fil de platine long de 5 à 6 centimètres a [fig» lo, PL /), soudé à un tube de verre étroit. On devra toujours avoir à sa disposition un certain nombre de ces fils qu'on aura soin de tenir trèspropres et qu'on introduira chaque fois dans la flamme avant de les imprégner de la substance à examiner, afin de s'as-surer qu'ils n'ont pas retenu de matière provenant d'expé-
OBSERVATIONS CHIMIOUES. iZ
riences antérieures, ce qu'on reconnaîtra à ce qu'ils ne devront pas faire naître de raies dans le spectre (i).
J'ai déjà dit qu'on devra maintenir le tube de la lampe à gaz dans un très-grand état de propreté ; il suffit en effet qu'une trace d'un sel, de chlorure de lithium par exemple, soit tombée sur ses parois pour que la raie du lithium, PL II et Planche chromolithographiée, i^ersisie pendant un temps très-long dans le spectre. On conçoit avec facilité que Ton pourrait être ainsi induit en erreur.
Après s'être assuré de la propreté de la lampe et de celle du fil, on prendra à l'extrémité de ce dernier, recourbée en forme de boucle, une parcelle de la substance à analyser, préalablement transformée en chlorure, autant que possible. On enfilera le fil ainsi préparé sur le support Z (Jig, 2, Pi, /), dont on peut à volonté élever ou abaisser la branche horizontale U, et tandis qu'on regarde dans la lunette R, on introduira l'extrémité du fil dans le bord antérieur de la flamme en faisant mouvoir avec précaution le support Z. Un peu d'habitude rend celte manipulation très-facile.
En général on embrasse du premier coup d'œil tout le spectre, et l'on voit dans quelle région la substance à analyser fait naître des raies brillantes ; il est bon dans une seconde • ou une troisième expérience de fixer spécialement son attention successivement sur les différentes parties du spectre. Pour quelques raies difficiles à apercevoir, soit en raison de leur peu d'intensité, soit parce qu'elles ne persistent que pendant un temps très-court, il peut être avantageux de faire sortir du champ de la lunette la partie la plus éclairée du spectre; il suffit , pour cela, de mouvoir légèrement à droite ou à gauche la lunette R qui tourne autour de son axe.
S'il reste quelque doute sur la position d'une raie brillante d'une matière à analyser, par rapport à la raie D prise pour point de repère, on a alors recours à l'emploi du petit
(i) n est bon de plonger ces fils, après chaque expérience, dans un petit vase, dont la fy, lo, PL /, donnera une idée suffisante. Ce vase contient de Tacide chlorhydrique dilué; avant de se servir des fils, on les lavera à l'eau distillée.
Digiti
prisme à réflexion totale. Supposons, pour fixer les idées, qu'on ait du doute sur Texistence du strontium dans une matière. Dans la flamme de la lampe M' qui donne le second spectre (i), on introduit un fil de platine, imprégné d'une solution très-concentrée de chlorure de strontium (2), dans la flamme M, on place la substance douteuse ; si elle contient de la strontiane, on voit immédiatement se dessiner dans la partie supérieure du champ les raies brillantes Sr a, Sr5, Sry {PL II et Planche chromo lit ho graphiée) qui sont le prolongement des raies du spectre inférieur; il n'y a plus alors de doute possible sur l'existence du strontium dans la matière en question. Je dois placer ici une observation qui n'est pas sans importance. 11 n'est pas rare que des composés renfermant du potassium, du calcium, du strontium, par exemple, présentent des spectres dans lesquels manquent certaines des raies appartenant à ces divers métaux, raies qui sont indiquées dans les planches jointes à cette Notice. De l'absence de ces raies, il faudrait cependant se garder de conclure à la présence d'un corps nouveau ou à l'absence du métal en question. J'aurai tout à l'heure l'occasion d'indiquer l'influence considérable qu'exerce la température sur le nombre des raies d'un corps. Sans oser affirmer que <;e soit là l'unique cause à laquelle on doive attribuer l'absence,* dans un certain nombre de cas, des raies Ca^ et K(3, par exemple, dans le spectre du calcium et du potassium, je crois que la température joue là un rôle considérable; suivant que la perle du sel est plus ou moins volumineuse, qu'il arrive plus ou moins d'air dans la lampe, que la flamme, en raison des variations de pression du gaz de l'éclairage, est plus ou moins haute, on observe ces différences dans les spectres. En tous cas, il ne peut jamais résulter d'incertitude sur la nature du corps examiné du fait de l'absence des raies de ce corps.
(i) Voir, pour la place de celte lampe, la page 9.
(2) On peut, en opérant convenablement, maintenir le spectre du strontium très-net pendant plusieurs minutes, avec quelques centigrammes seulement d'un composé de ce métal.