VII. — Spectres du sodium, du lithium, du potassium, du
RUBIDIUM, DU GQESIUM, DU STRONTIUM, DU CALCIUM, DU BARYUM ET DU THALLIUM. — MANIÈRE DE LES OBTENIR. — LeURS CARACTÈRES.
. Après les renseignemenls généraux qui précèdent, je croîs utile d'indiquer sommairement ici les principaux caractères des spectres des métaux alcalins etalcalino -terreux. Les détails qui vont suivre sont extraits en grande partie des Mémoires de MM. Kirchhoff et Bunsen dont j*ai donné la traduction dans les Annales de Chimie et de Physique, t. LXIl, 1861, et LXIV, 1862.
Je rappellerai d'abord Textrême sensibilité de la méthode.
L'observation des raies du spectre permet de constater très-nettement la présence des quantités suivantes des divers métaux alcalins et alcalino-terreux:
Millig.
Sodium o,oooooo3
Lithium ..... 0,0000009
Calcium....... 0,00001
Cœsium o ,oooo5
Strontium 0,00006
Thallium 0,00002
Rubidium 0,0002
Potassium 0,001
Baryum 0,001
(toMuiii. — De toutes les réactions du spectre, celle que présente le sodium est la plus sensible. La raie jaune Naa, la seule que ce métal fasse naître dans le spectre ( i ), correspond exactement à la rai^ D de Fraiinhofer, et se distingue par des contours très-tranchés et un éclat extraordinaire. Si la température de la flamme est très-élevée, et
(i) A la température de la lampe à gaz de Bunsen. Si Ton observe le spectre produit par le sodium à de hautes températures, on reconnaît, comme l'ont établi les recherches de MRl. Wolf, Diacon et Mascart, que ce spectre n'est pas monochromatique.
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i6 CHAPITRE PREMIER,
la quantité de substance employée considérable, on remarque dans le voisinage de la raie D les indices d*un spectre continu. Les raies déjà peu intenses en elles-mêmes, produites par d'autres substances, et tombant dans le voisinage de la raie du sodium, deviennent, dans ce cas, encore plus faibles et n'apparaissent très-souvent d'une manière distincte que lorsque celle-là commence à disparaître.
La réaction du sodium est la plus nette, lorsque Ton emploie ce corps à Tétat d'oxyde, de chlorure, de bromure ou d'iodure, ou encore à Tétat de sulfate et de carbonate; cependant elle ne manque jamais avec le silicate, le borate, le phosphate et les autres sels de soude indécomposables par la chaleur.
La sensibilité de la réaction du sodium et la diffusion des composés de ce métal dans la nature est si grande, qu'il faut s'entourer des précautions les plus minutieuses pour ne pas voir apparaître la raie caractéristique Naa dans le spectroscope. Les poussières qui sont presque constamment en mou vement dans l'atmosphère suffisent pour donner cette raie dans l'appareil ; ce n'est qu'en évitant avec le plus grand soin, pendant un temps plus ou moins long, toute agitation de l'air du laboratoire qu'on peut arriver à supprimer cette raie jaune si nette.
La sensibilité excessive de cette réaction explique suffisamment pourquoi tous les corps qui ont subi l'accès de l'air, pendant un certain temps, donnent naissance à la raie du sodium lorsqu'on les introduit dans la flamme de l'appareil, et pourquoi l'on ne parvient que pour un très-petit nombre de substances à faire disparaître entièrement cette réaction, même après de nombreuses cristallisations successives dans des vases de platine. Un fil de platine de la grosseur d'un cheveu, débarrassé par la calcination des dernières traces de sodium, présente de nouveau la réaction caractéristique de ce corps, après une exposition de quelques heures à l'air. La poussière qui se dépose dans les appartements produit le mênie effet, au point qu'il suffit d'épousseter un livre, à quelques pas de l'appareil, pour
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OBSERVATIONS CHIMIQUES. n
faire immédiatement apparaître la raie Naa^avec une grande intensité.
liitUimi. — Les combinaisons du lithium, réduites en vapeur, donnent naissance à deux raies très-tranchées, Fiine jaune très-faible, Li(3, qu'on ne voit bien qu'avec le chalumeau à gaz oxyhydrogène (p. 3o), l'autre rouge et brillante. Lia, Cette réaction surpasse aussi en sensibilité et en certitude toutes les réactions connues de l'analyse chimique ordinaire. Elle ne le cède un peu en sensibilité à celle de la soude probablement que parce que Tœil perçoit les rayons jaunes plus facilement que les rayons rouges.
Les combinaisons dans lesquelles le lithium se reconnaît le plus facilement sont Toxyde, le chlorure, le bromure et l'iodure; le carbonate, le sulfate et même le phosphate se prêtent presque aussi bien à ces essais. Les silicates à base de lithine, tels que la triphylline, le triphane, la pétalite, le lépidolithe, par leur simple immersion dans la flamme, déterminent l'apparition de la raie Lia douée d'un éclat remarquable. On constate ainsi la présence de la lithine dans un grand nombre de feldspaths, par exemple dans l'orthose de Baveno. Quand on opère de cette manière, les rgies ne sont visibles que pendant un instant, immédiatement après l'introduction du fragment dans la flamme.
Par l'introduction directe de la substance dans la flamme, on ne peut pas constater la présence de la lithine dans les silicates qui n'en renferment que des traces; il faut alors agir de la manière suivante : on fait digérer une petite quantité du silicate à essayer avec de l'acide fluorhydrique ou du fluorure d'ammonium, on évapore et l'on ajoute une petite quantité d'acide sulfurique; on évapore de nouveau, puis on reprend le résidu sec par de l'alcool absolu. La solution alcoolique, évaporée à siccilé, laisse un résidu que l'on traite par une nouvelle quantité d'alcool ; cette dernière solution est enfin soumise à l'évaporation dans un verre de montre aussi plat que possible ; le résidu se laisse alors facilement racler avec un couteau; on en garnit l'extrémité du fil de platine et on le porte dans la flamme. ~ de milli-
i8 CHAPITRE PREMIER,
gramme de ce résidu sufûl généralement pour faire l'essai. Les combinaisons autres que les silicates, dans lesquelles on veut rechercher la lilhine, sont simplement chauffées avec Tacide sulfurique, ou transformées, par tout autre moyen, en sulfates, puis traitées comme précédemment. Un mélange de sels volatils de soude et de lithine donne, en même temps que la réaction du sodium, la raie du lithium, sans que Féclat et la netteté de cette dernière en soient sensiblement altérés. La raie rouge est encore perceptible lorsque la perle que Ton plonge dans la flamme ne contient que i milh'ème de sel de lithine, alors que Tœil ne distingue dans la flamme elle-mênje que la coloration jaune que lui communique la soude. Par suite de la plus grande volatilité des sels de lithine, la raie produite par ce corps persiste moins longtemps que la raie du sodium : aussi lorsqu'on veut rechercher de faibles traces de lithine à côté de la soude, ne faut-il introduire la perle dans la flamme que lorsqu'on observe déjà le spectre, car on n'aperçoit souvent la lithine que pendant un instant dans les premiers produits qui se volatilisent.
PotasKiuiii* — Les combinaisons volatiles du potassium donnent naissance à un spectre continu, très-allong€^ qui ne présente que deux raies caractéristiques (i) : l'une, Ka, située dans la partie la moins réfrangible du rouge; elle ne correspond à aucune raie du spectre solaire ; l'autre, Kp, dans le violet, à l'autre extrémité du spectre, et ne correspondant également à aucune des raies de Fraunhofer; il existe en outre une troisième raie, très-faible et peu caractéristique, mais celle-ci ne se produit que dans les flammes les plus intenses. La raie violette est assez faible, néanmoins elle se prête presque aussi bien que la raie rouge à la recherche du potassium. La position des deux raies, placées aux deux extrémités du spectre visible
(i) Dans le chalumeau à gaz oxyhydrogène, nous avons trouvé, M. Debray et moi, que le potassium et ses composés donnent un grand nombre de raies (voir p. 3o). M. Roscoë a fait la même observation.
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dans le champ de l'appareil, rend la réaction peu sensible. L'hydrate de potasse et tous les sels de potassium à acide volatil donnent,- sans exception, cette réaction. Les silicates de potasse et les autres sels à acide fixe ne donnent ces raies que lorsqu'ils sont très-riches en potasse. Lorsque cette base n'y est contenue qu'en petite quantité, il faut faire fondre la perle d'essai avec un peu de carbonate de soude pour fai^re apparaître les raies caractéristiques du potassium. La présence de la soude n'empêche pas la réaction du potassium, et n'en altère que fort peu la sensibilité. A l'aide de ces raies, on distingue facilement l'orthose, la sanidine, l'adulaire, de l'àlbite, de la labradorite, de l'oligoclase et de l'anorthite. Pour reconnaître des quantités très-minimes de potassium, il suffit de calciner légèrement le silicate, sur une lame de platine, avec un excès de fluorure d'ammonium, et d'introduire le résidu dans la flamme, à l'extrémité d'un fil de platine. En opérant ainsi, on trouve de la potasse dans presque tous les silicates. La présence de la lithine, du cœsium et du rubidium, aussi bien que celle de la soude, est sans influence sur l'observation des raies du potassium.
Riibidiium et cœ|iiiiiii« — Le cœsium et le rubidium ne sont précipités ni par l'acide sulfhydrique ni par le carbonate d'ammoniaque. Ces deux métaux doivent donc toujours être recherchés dans le groupe qui renferme la magnésie, la lithine, la soude et la potasse. Ils diffèrent de la magnésie, de la lithine et de la soude en ce que, comme la potasse, ils sont précipités par le chlorure de platine. Ni l'oxyde de rubidium ni l'oxyde de cœsium ne peuvent être distingués de la potasse par les réactifs qui décèlent ces bases.
€es trois 'oxydes donnent un précipité cristallin avec Tacide tartrique, une poudre opalescente et transparente avec Tacide hydrofluosilicique; par l'acide perchlorique, ils donnent tous trois un précipité cristallin et granuleux. Tous trois, quand ils ne sont point combinés à des acides fixes, se volatilisent complètement sur le fil de platine en
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colorant la flamme en violet. Ce violet cependant est plus bleuâtre pour le potassium, plus rougeâtre pour le rubidium et plus rouge encore pour le cœsium. A la vérité ces petites différences ne sont appréciables que lorsqu'on pro-, duit les trois flammes Tune à côté de Tautre, et que les sels qui se volatilisent sont parfaitement purs.
Quant à leur manière de se comporter vis-à-vis des réactifs, les deux nouveaux éléments ne peuventj)as par conséquent être distingués du potassium ( i ). Le seul moyen pour les reconnaître, lorsqu'ils se trouvent mélangés au potassium, est celui qu'offre l'analyse spectrale.
Avant de donnet les caractères distinctifs des spectres de ces deux métaux, je rappellerai la différence de solubilité que présentent les chloroplalinatês de potassium, de rubidium et de cœsium. On sait que c'est par des lavages répétés à l'eau bouillante qu'on sépare jusqu'ici le potassium des deux autres métaux alcalins.
loo parties d'eau dissolvent :
Sel de potassium. Sel de rubidium. Sel de cœsium.
G® centigrades. . . 0,74 0,184 0,024
2o« i,ia o,i4i 0*079
loo-» 5,18 0,634 0,377
Rubidium. — Ce métal est très-répandu dans la nature, bieji qu'il n'existe qu'en petite quantité dans «chacun dçs corps dans lesquels on l'a rencontré jusqu'ici. Il a été dé-
(i) Le seul sel différent des sels de potasse que donne lejrubidium est le tartrate double de fer et de rubidium que j'ai décrit. (Voir Annales de Chimie et de Phrsique, t. LXII, p. 45o.) Ce tartrate donne de magnifiques cristaux jaune-serin; le sel de potasse correspondant est, on le sait, incrislall'sable.
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couvert avec le cœsium, ainsi qu'on le sait, par MM. Kirchhoff et Bunsen, dans Teau minérale de Dûrckheim et dans le lépidolithe de Rozena. M. Bunsen Ta^ retrouvé depuis dans un certain nombre d'eaux minérales. J'en ai signalé la présence dans Teau de Bourbonne-les-Bains, relativement riche en chlorures de cœsium et de rubidium. Je Fai découvert aussi dans les cendres de plusieurs végétaux ( tabac, café, betterave, thé, raisin ). Je conseillerai aux chimistes qui désireraient s'en procurer assez seulement pour en bien voir les raies de recourir soit aux salins de betterave (i), soit au café. 60 à 80 grammes de café suffisent parfaitement pour préparer du chloroplatinate de rubidium et de potassium, assez riche en rubidium pour donner le spectre de ce métal. Il faut incinérer les grains de café, reprendre les cendres par une très-petite quantité d'eau, filtrer la liqueur et la précipiter parle bichlorure de platine; le sel ainsi obtenu, lavé à deux ou trois reprises à l'eau bouillante et introduit dans l'appareil, donne très-nettement les raies caractéristiques du rubidium.
Le rubidium métallique ressemble beaucoup par ses propriétés extérieures au potassium, dont il se rapproche par ses caractères fondamentaux. Il est blanc d'argent et s'oxyde instantanément au contact de l'air. H est plus mou que le potassium, même à 10 degrés au-dessous de zéro; il fond à 38°,5 (2) ; à 38%6 il est tellement liquide, qu'il peut se diviser comme le mercure en gouttelettes brillantes. M. Bunsen a isolé le nouveau métal en décomposant par la chaleur dans un tube de fer le mélange suivant :
Bitartrate d'oxyde de rubidium. . . 89,55
Tartrate neutre de chaux . . » 8,46
Noir de fumée i ,99
100,00 75 grammes de bitartrate ont donné 5 grammes de rubi-
(1) Je renverrai pour le traitement des salins de betterave, qui contiennent environ 2 grammes de chlorure ae rubidium par kilogramme, à mon Mémoire cité à la fin de cette' Notice.
(2) M. Bunsen, quia vérifié les points.de fusion du potassium, du sodium
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2i CHAPITRE PREMIER.
dium métallique, soit 19 pour 100 de la quantité qu'on
aurait dû obtenir théoriquement.
Parmi les raies produites avec le rubidium, on remarque surtout les raies Rba et Rbp, qui possèdent une intensité tellement caractéristique, qu'elles permettent de servir à la détermination du métal. Les raies Rbô et Rby, quoique moins fortement accusées, se montrent encore d'une façon très-caractéristique. Les positions de ces raies sont trèsremarquables; elles tombent en effet toutes les deux au delà de la raie A de Fraûnhofer. Les raies qui se trouvent au delà de A avaient été déjà remarquées dans le spectre solaire, mais en aidant . l'œil d'un instrument grossissant. Les autres raies, qui tombent sur la partie continue du spectre, sont moins propres à servir de caractéristiques ; car il faut, pour qu'elles apparaissent, employer une substance très-pure et donner à la lumière une grande intensité. C'est avec le nitrate, le bilarirate, le chlorate et le perchlorate d'oxyde de rubidium, ainsi qu'avec le chlorure de rubidium, qu'on donne aux raies leur plus forte intensité, à cause de la grande instabilité de ces composés. Le sulfate d'oxyde de rubidium et les sels analogues donnent aussi un très-beau spectre. Même avec le silicate et le phosphate, ce spectre se montre encore avec netteté dans toutes ses parties.
Cœsiuin^ — Le cœsium paraît jusqu'ici moins abondant que le rubidium, ou du moins on se le procure moins facilement. Le lépldolithe de Prague et Teau de Bourbonne-
et du lithiiim, a trouvé, en employant des matières très-pures, les nombres
suivants :
* ÉqaiTaleot. Point de fusion,
o Lithium 7,o3 i8o,o
Sodium.. 23, o5 ' 95,6
Potassium 39,i3 63,5
Rubidium 85,36 38,5
Cœsium i33,oo ?
Le cœsium n'a pas encore été isolé; ce métal pourrait bien èire liquide à la température ordinaire, sf, comme tout l'indique, le point de fusion s'abaisse à mesure que l'équivalent augmente.
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OBSERVATIONS CHIMQUES. 23
les-Baips soni Jes sources les plus riches que nous connaissions jusqu'à ce jour. Le meilleur mode de séparation du rubidium et du cœsium a été donné récemment par M. Bunsen. Il est fondé sur ce que le tartrate neutre de cœsium est déliquescent, tandis que le bitartrate de rubidium est extrêmement peu soluble dans Teau.
Le spectre du cœsium est surtout caractérisé par deux raies bleues Csa et Cs (3, qui se trouvent tout près de Srô, et se font remarquer par une intensité d'un caractère tout spécial et des contours parfaitement tranchés. Près de cellesci on peut encore voir la raie Csy qui est la moins utile. Les raies jaunes et vertes que porte la PL II et la Planche chromolithagrdphiée et qui présentent une grande intensité lumineuse, ne peuvent servir à la recherche de petites quantités de cœsium combiné, mais elles peuvent être employées avec succès comme point de comparaison pour apprécier la pureté des composés de^ce métal. Elles deviennent plus fortes et plus éclatantes que les raies jaunes et vertes du spectre du poiassium, qui sont reproduities sur les PL II et Planche chromolithogmphiée. Quant à la netteté des réactions, les divers composés du cœsium se comportent d'une façon parfaitement analogue aux combinaisons correspondantes du rubidium. Le chlorate, le phosphate et le silicate donnent des raies très-distinctes.
Si l'on ajoute à un composé, soit de cœsium, soit de rubidium, un des corps faisant partie du groupe des alcalis, on reconnaît encore d'une manière nette la présence des nouveaux métaux. *
Strontium. —Les spectres des métaux alcalino-terreux sont beaucoup moins simples que ceux des mét£|ux alcalins. Le spectre du strontium est surtout caractérisé par l'absence de raies vertes. On y dislingue huit raies remarquables : six rouges, une orangée et une bleue. La raie orangée Sra est accolée à la raie du sodium, du côté du rouge. Les deux raies rouges Sr(3, Sry et la raie bleue Srô sont les plus importantes sous le double rapport de la position et de 'rintensité.
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•24 ClfAPlTRE PREMIER.
. Les combinaisons haioïdes du strontium sont celles qui donnent la réaction la plus nette, puis viennent dans Tordre de sensibilité Thydrate, lé carbonate et le sulfate de stronliane. Les sels à acide fixe ne produisent les raies que difficilement, ou point du tout. 11 faut alors humecter la perle avec Tacide chlorhydrique, iiprès toutefois l'avoir essayée seule. Lorsque la perle renferme de Tacide sulfurique, on commence par la chauffer dans la flamme de réduction, afin de transformer les sulfates en sulfures attaquables par l'acide chlorhydrique. Pour rechercher la strontiane en combinaison avec les acides phosphorique, silicique, borique ou autres acides indécomposables par la chaleur, la marche suivante est la plus convenable : on désagrège la substance avec du carbonate de soude, mais, au lieu d'effectuer cette opération dans un creuset de platine ordinaire, on se sert d'un fil de platine roulé en spirale conique. On rougit cette spirale et on la pionge dans du carbonate de soude sec et réduit en poudre fine ; ce sel est d'ordinaire encore assez humide pour qu'il en adhère en une seule fois au fil de platine une quantité suffisante pour l'opération. La fusion de la masse s'opère bc^aucoup plus rapidement que dans un creuset ordinaire, la quantité de platine à échauffer étant beaucoup moins considérable et le sel à fondre se trouvant en contact immédiat avec la flamme. Quand le carbonate est en fusion, on y porte, à l'aide d'une petite cuiller en platine, quelques parcelles de la substance à essayer finement pulvérisée ; après quelques minutes île chauffo, on laisse refroidir: il suffit alors d'un petit coup frappé à l'extrémité du cône pour en détacher le globule fondu ; on le couvre d'un morceau de papier et on l'écrase sur une assiette, à l'aide d'une lame de couteau, de manière à le réduire en poudre. Cette poudre est ensuite rassemblée avec soin et arrosée d'eau bouillante, que l'on décÉinte après avoir, rendu son contact complet avec la poudre en agitant l'assiette dans tous les sens. En répétait plusieurs fois cette dernière opération et chauffant l'assiette, on débarrasse le résidu des matières sçlubles qu'il contenait, sans en perdre des quantités appréciables, la
partie insoluble se déposant très-facilement. L'opération réussit encore mieux si, au lieu d'eau pure, on emploie une solution de sel marin. Le résidu contient la strontiane à rétal de carbonate, et il suffît de quelques dixièmes de milligramme de* ce sel humecté d'acide chlorhydrique pour produire des raies très-nettes. Il est possible en suivant cette méthode, qui a l'avantage de n'exiger aucun appareil et aucune opération de longue durée, d'effectuer une semblable analyse dans l'espace de quelques minutes.
La réaction du potassium et du sodium n'est nullement gênée par la présence de la strontiane. Les raies du lithium se distinguent aussi parfaitement à côté ée celles des métaux précédents, pourvu cependant que la quantité du lithium ne soit pas trop faible relativement à celle du strontium. La raie Lia apparaît alors sous forme d'une ligne étroite très-tranchée, d'un rouge intense, sur un fond d'un rouge plus pâle produit par la large raie 8rj3.
Calcium* -r- Le spectre du calcium se distingue à première vue des précédents par une raie verte, i^a(3, trèsintense, tout à fait caractéristique. Il y a en outre une raie orangée Caa, qui existe dans la partie du spectre beaucoup plus rapprochée de l'extrémité rouge que la raie jaune du sodium et que la raie orangée Sra du strontium;cette seconde raie est tout aussi caractéristique que la prenyère. Il y a enfin une raie bleue qui, comme je l'ai dit plus haut, n'apparaît pas constamment.
Les combinaisons du calcium volatiles dans la flamme sont les 3eules qui donnent cette réaction, et celle-ci est «d'autant plus nette, que la volatilité du sel est plus grande. Les chlorure, bromure et iodure de calcium se placent en première Jigne pour le degré de sensibilité; le sulfate de chaux ne fait apparaître les raies que lorsqu'il a commencé à devenir alcalin ; les raies sont alors très-brillantes et • persistent pendant longtemps. Le carbonate de chaux ne donne de spectre intense que lorsque l'acide carbonique a disparu. ^
Les combinaisons de la chaux avec les acides fixes sont
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m CHÂHTQE PREMIER,
sans action sur le spectre de la tlamme. Si la combinaison est attaquable par Tacide chlôrhydrique, on peut dontier naissance à la réaction en opérant de la manière suivante: on place dans la partie peu chaude de la flamme le fil de platine dans la boucle duquel on a introduit quelques milligrammes, ou seulement quelques dixièmes de milligramme de la substance finement pulvérisée, après Tavoir légèrement humectée ; et l'on chauffe jusqu'à ce que la matière soit frittée, sans avoir fondu. Si l'on vient ensuite à laisseir tomber une goutte d'acide chlorhydrique sur la perle, elle y adhère, et on porte le tout dans la partie la plus chaude de la flamme en face de la fente de la lunette. L'acide chlorhydrique se volatilise sans entrer en ébullition par suite de l'état sphéroïdal qu'il affecte. Si pendant ce temps on regarde dans la lunette, on aperçoit, au moment où les dernières traces de liquide se volatilisent, le spectre brillant du calcium, qui n'est visible que pendant un instant lorsqu'il n'y a que de petites quantités de chaux, et qui persiste plus ou moins longtemps suivant que la substance en renferme plus ou moins.
Ce procédé n'est applicable qu'aux silicates qui sont attaquables par l'acide chlorhydrique ; dans le cas contraire, on mélange quelques milligrammes de la substance à essayer, .aussi finement pulvérisée que possible, avec environ I gramme de fluorure d'ammonium semi-liquide, on chauffe pour chasser l'excès de réactif, puis on porte le mélange au rouge ; on humecte avec' une ou deux gouttes d'acide sulfurique le résidu refroidi, et l'on chauffe à plusieurs reprises pour chasser l'excès d'acide. Les métaux se trouvent ainsi transformés en sulfates; on réunit ce résidu à. l'aide de l'ongle ou d'une spatule, et au moyen du fil de platine on en introduit environ i milligramme dans la flamme de l'appareiLSi la substance renferme du potassium, du sodium et du lithium, on observe les raies de ces métaux simultanément ou successivement ; s'il y a en outre du strontium et du calcium, on ne remarque ordinairement les raies caractéristiques de ces corps qu'après la volatilisation des trois premiers. Pour des quantités très-
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OBSERVATIONS CHIMIOUES. 27
faibles de slronlium ou de calcium, la réaction ne se pro- . duit pas; il suffit alors de chauffer la perle dans la flamme de réduction, de Thumecter d'acide chlorhydrique et de la porter de nouveau dans la flamme. *
Sttrymii*— Le spectre du baryum est le plus compliqué des spectres des métaux alcalins et des métaux alcalinoterreux. Il se distingue de prime abord des spectres que nous venons d'étudier par deux raies vertes Baa et Ba(3, plus intenses que toutes les autres raies du baryum et fiippa-7 raissant, pour de faibles réactions, avant les autres, pour ne disparaître qu'en dernier lieu. Bay est moins sensible, mais doit cependant être considérée comme une raie caractéristique. Le spectre du baryum est relativement assez étendu, et cette circonstance est en grande partie cause de ce que les réactions du baryum sont beaucoup moins sensibles que celles des corps précédents.
Le chlorure, le bromure, Fiodure et le fluorure de baryum, rhydrate, le, carbonate et le sulfate de baryte sont les combinaisons qui donnent la réaction du baryum de la manière la plus remarquable et qui peuvent être reconnues par leur seule immersion dans la flamme.
Les silicates à base de baryte, attaquables par l'acide chlorhydrique, produisent la réaction, comme les silicates calcaires, lorsqu'on les introduit dans la flamme après les avoir hurpectés avec quelques gouttes d'acide chlorhydrique. L'harmotome barytique, par exemple, traité de cette manière, donne naissance simultanément aux raies Ca a et Ca(3, et aux raies Baa et Ba(3.
Les sels de baryte à acides indécomposables par la jchaleur qui, soit seuls, soit en présence de l'acide chlorhydrique, sont sans action sur le spectre, doivent être traités par le carbonate de soude, en suivant le procédé indiqué pour les sels de strontiane, de manière a opérer finalement sur du carbonate de baryte. Lorsque, comme il arrive souvent, le strontium, le calcium et le baryum sont réunis en quantités très-inégales, on dissout les carbonates résultant de la désagrégation dans une goutte d'acide nitrique et l'on
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évapore; on reprend ensuite le résidu par l'alcool, afin de dissoudre le sel de chaux. On n'a plus affaire qu'à un mélange de baryte et de slrontiane ; si ces deux corps ne sont pas en quantités trop disproportionnées, on les distingue facilement Tun et l'autre dans le spectre. Lorsqu'il s'agit de constater des traces de strontium ou de baryum, on transforme le résidu en chlorure en le calcinant avec du sel ammoniac ; le chlorure de strontium peut alors facilement être enlevé par de l'alcool et se trouve dans un état de concentration suffisant pour «Ire observé dans l'appareil. Lorsque, dans une substance, aucun des corps à déterminer ne se trouve en quantité trop minime, il est inutile de recourir aux méthodes ordinaires de séparation, la présence simultanée de ces diverses substances ne modifiant en rien leur propre spectre.
Tlialliuiii. — Le thallium a été découvert en 1861 par M. Crookes dans certaines pyrites et dans le soufre de Lipari. M. Lamy l'a rencontré en quantité açsez notable dans les pyrites belges.
Le thallium donne aux températures ordinaires une raie unique verte, remarquable par son éclat. Cette raie coïncide avec la raie (3 du baryum. L'éclat tout particulier de cette raie fait reconnaître très-aisément la présence du thallium dans les matières qui n'en contiennent que des traces (i).
Je crois utile, la découverte du thallium étant toute récente, d'emprunter au Mémoire de M. Lamy quelques renseignements sur les. propriétés physiques et chimiques de ce corps si curieux.
Le thallium présente tous les caractères d'un véritable métal, et, par la plupart de ses propriétés physiques, se rapproche beaucoup du plomb. Doué d'un vif éclat métal-
(i) Cette raie, figurée sur la /*/. //, manque dans la Planche chromolithographiée où le spectre du thallium a été omis. Cela n'a aucune importance puisque, comme je viens de le dire, la raie Tla, la seule que présente, à basse température, le spectre du thallium, coïncide exactement avec une raie brillante du baryum, ce qui permet do se l'aire aisément idée dti spectre de ce nouveau mêlai.
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lîque dans une coupure fraîche, il paraît jaune lorsqu'on le frotte contre un corps dur, mais cette teinte est due à Foxy dation.
Le thallium est très-mou, peu tenace, mais très-malléable. Il se lamine aisément, sans déchirure, sous la forme de rubans ayant seulement ï5 millièmes de millimètre d'épaisseur. Il peut être rayé par Tongle et cbupé facilement au couteau* Il tache le papier en laissant une trace à reflets jaunes. Sa densité est 1 1 ,862.
Le thallium fond à 290 degrés et se volatilise au rouge blanc.
Le thallium se ternit à Tair en se recouvrant d'une pellicule d'oxyde qui devient gris-noirâtre à la longue et préserve d'altération le reste du métal. Il ne décompose pas l'eau à la température de l'ébullition, mais il en sépare les éléments à froid, en présence d'un acide.
Le thallium est attaqué par le chlore, le brome et l'iode, le soufre et le phosphore.
Les acides suif urique et azotique sont ceux qui attaquent le plus vivement le thallium, surtout à laide de la chaleur. L'acide chlorhydrique concentré, même bouillant, ne le dissout que difficilement.
Les dissolutions aqueuses des protosels de thallium, du suli|ite et du carbonate en particulier, ne précipitent ni par les alcalis et les carbonates alcalins, ni par les cyanures jaune et rouge de fer et de potassium suffisamment étendus ou acides. L'acide chlorhydrique y produit un précipité blanc de protochlorure fort peu soluble; Tiodure de potassium, le chlorure de platine, un iodure jaune et un chlorure double plus insolubles encore.
L'hydrogène sulfuré est sans action apparente sur les mêmes dissolutions, si elles sont acides ; il en sépare une partie du métal à l'état de sulfure gris-noirâtre, altérable à l'air, quand elles sont neutres; et, lorsqu'elles sont alcalines, il agit comme le sulfhydrate d'ammoniaque, en précipitant tout le thallium sous la forme de sulfure noir, volumineux, se rassemblant facilement au fond des vases, et insoluble dans un excès de sulfhydrate ammoniacal. Enfin le zinc ré-
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duit le thallium de ses dissolutions diverses, plus particulièrement du sulfate, en lames brillantes.
On voit par ce qui,précède que le thallium participe à la fois des caractères des métaux de la première, de la troisième et de la quatrième sections.
On ne connaît jusqu'ici que deux oxydes de thallium : le premier a pour formule TIO, le second est représenté par TIO^