‹ Instruction Pratique Sur Le Magnétisme AnimalChapitre 17 sur 20 · D UN MÉDECIN · texte numérisé non relu

D UN MÉDECIN

eux un mélange inextricable d'aperçus justes inspirés par une intuition instinctive , avec des réminiscences et même avec des illusions provoquées par une singulière vanité inhérente à cet état , et que , sur cet océan obscur , on manque tellement de boussole , qu'il est du devoir de se confier plutôt aux conjectures rationnelles de la science, qu'aux incertitudes incalculables d'un instinct si facilement égaré par l'usage arbitraire qu'on en fait.

Une autre source d'erreur et de rêveries , chez les somnambules de profession , se trouve encore dans la nécessité où l'on est de leur dire qu'ils sont somnambules. Avec eux , on ne saurait mettre une barrière entre la veille et le somnambulisme. A la vérité , cette barrière n'est pas absolument nécessaire dans les états de la plus haute clairvoyance ; mais dans les cas ordinaires e\Ie devient une des plus fortes garanties de la vérité de l'intuition instinctive et involontaire, à laquelle il ne faut mêler rien d'étranger.

La précaution que j'indique , de rompre toute communication entre la veille et le somnambulisme , ne saurait surprendre ceux qui ont réfléchi sur ce dernier état , avec le-

quel la science ne s'est pas eocore assez (a-^ miliansëe.' Si des réminiscences j^eu vent passer de Ttétat de somnambulisme dans Tétat de veille , nous n'avons aucune preuve que des souvenirs ne passent de Tétat de veille dans Tétat de somnambulisme, el ne soient pris pour des aperçus involontaires. Je signale ici un écueil que j'ai observé bien des fois dans mes périlleuses navigations sur cet océan pacifique du sommeil , où nous manquons encore de la boussole de la science , et où non» n'avons pour nous diriger que les relations incomplètes d'un petit nombre de navigateurs habiles.

L'un des points les plus curieux dans l'histoire de l'empire de la volonté, est certainement celui que vous signalez, en disant que le magnétiseur peut , après en être convenu avec son somnambule, lui imprimer , pendant le somnambulisme , une idée ou une volonté qui le détermineront dans l'état de veille, sans qu'il en sache la cause. Ce fait rentre dans la même catégorie qu'un autre phénomène bien connu :

savoir, que lorsqu'on prend la ferme résolution de s'éveiller à un moment déterminé , on n'y manque pas. L'impression de notre

vokmtê timvene le snwiapil el produit $oa action, sans qoe nous piiisskMis nous aperce*rcir de la sacœsâoa 00 de TexisL^bce des idées intermédiaires. Vis-à-Tis des scminam* baies, j'ai été singolièreoient frappé de 00 qalls avaient besoin du secoors de la volonté de lenr magnétisear pour se déterminer à £nre ce dont ils avaient enx-mémes reconnu la nécessité. Llmpression que le somnambule reçoit vous donne la mesure du d^;ré de force de votre volonté , et prouve jusqu'à révidence le rôle important que cette volonté joue dans les phénomènes du magnétisme.

Un somnambule vous dit : c Mettez votre main sur mon front. — Veuillez plus forte* ment , car je ne le ferai pas encore* — A présent il suffit 'j je le ferai certainement. » Une de mes somnambules s'était expressément défendu plusieurs mets qu'elle aimait beaucoup ; elle ne pouvait s'en abstenir , malgré tout ce que j'avais pu lui dire dans son état de veille. Prévoyant alors l'inutilité des représentations que je lui ferais encore , elle me pria de vouloir que chaque fois qu'elle serait tentée de manger de ces mets, elle fût saisie d'une angoisse inexprimable et qu^ son gosier se fermât^ cela eut lieu effec-

tivëment, La même s'était ordonné les bainà froids, et elle les craignait au-delà de toute expression. Sachant fort bien qu'elle ne vaincrait pas cette répugnance, elle me sollicita de vouloir fortement qu'à Tinslant où elle serait déshabillée, elle se plongeât malgré elle dans la baignoire , où elle deviendrait somnambule : ce qui arriva, au grand étonnement de toutes les personnes qui la connaissaient. Ce singulier empire d'uhe volonté étrangère, sollicitée comme un secours suppléant à la volonté propre, s'étend jusqu'aux choses intellectuelles et morales ; et j'ai souvent, chea cette même somnambule, ramené des pensées et des sentimens, et déterminé des actions qui lui paraissaient en contr.adiction avec ses dispositions actuelles. On voyait alors deux âmes en lutte dans la même personne : ce qu'on sent souvent en soi-même sans être somnambule, et ce qui est fréquentdans beaucoup d'aliénations mentales.

C'est un des phénomènes les plus étonnans du magnétisme, que cette contrainte morale que des somnambules subissent et transportent dans leur état naturel , pour faire ce qui leur est désagréable , pour se souvenir brus-

d'un médecin. % 4^7

quement des choses, sans y être amenés par aucune association d'idées, et même pour dire des paroles qu'ils semblent prononcer, malgré eux. J'ai vu ce phénomène plus de cent fois ; je l'ai examiné par toutes ses faces , et je me propose de le décomposer dans ses élémens, pour l'offrir à la méditation des psychologistes. Je n'ai pas besoin de faire remarquer .quel danger terrible pourrait être amené par cette contrainte, et quelle est la double responsabilité du magnétiseur , et son double devoir de se maintenir dans la plus profonde pureté morale.

J'ai vu souvent des somnambules prendre des remèdes qu'ils n'avaient pas voulu em- " ployer dans l'état de veille , subir et faire de légères opérations sur eux-mêmes et sur d'autres, avec une habileté extraordinaire : ce qui est encore plus remarquable , j'ai vu maintes fois , et dans les cas les plus graves , la sensibilité changée de manière à mettre en déroute toutes nos idées sur cette fonction.

J'ai vu une personne dont le somnambulisme spontané était mêlé aux symptômes de la danse de Saint-Guy et de l'aliénation mentale, parce que n'ayant pas été d'abord reconnu, il avait été dérangé -, je. l'ai vue , dis*

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je , grimper de très-hauts échafaudages avec ]a rapidité d'un écureuil , et monter sur des arhres dont , pendant la yeille , elle n^aurait pu atteindre la première branche. Cette même personne ayant été atteinte dHine inflammation du cerveau très^rave, sa sensibilité devint telle , (ju*on ne pouvait lui toucher tes cheveux , ni exposer ses yeux à la plus faible lumière, ni faire le moindre bruit, çans lui causer des douleurs intolérables et ta plonger dans des défaillances ou des convulsions pres^ que tétaniques. Je Faî vue alors , pendant so» somnambulisme, se lever, peigner et tirailler ses cheveux collés par le sang, à la suite d'une application de sangsues , ouvrir le»

yeux pendant quelques minutes et fixer le soleil , faire son lit toute seule , exécuter sans douleur les mouvemens les plus violens, exposer sa tête et son corps, revêtu d^lne sim^» pie chemise et de la couverture de son lit, k Touragan de Tautomne, au milieu de la mer du nord, se recoucher, se réveiller, avoir derechef la même sensibilité, et ne pouvoir comprendre comment on avait fait divers arrangemens autour d'elle pendant qu'elle dor» mait. D'après son ordonnance , je l'ai Mx voyar ger sur la mer ea sommeil magnétique, et,

dtns cet état, elle sunnontait le mal de mtr^ qui, un mois anparaTant, loi a^ail cassé Tin- Tinflamaation du cenreau doot elle souffrait encore. Je Tai conduite , taajoors dans ce sommeil , à jdas de quatre-vingts lieues, par de mauvaises routes , avec la plus grande rapidité, elle qui, dans Tétat de veillé, ne pouvait alors suf^rter le mouvement le plus lent d^une voiture sans éprouver des douleurs et des sjrncopes alarmantes. Pendant un voyage qu*eUe fit loin de moi, elle se luxa le fémur; et il son retour, lorsqu'elle fut en crise et très-clairvoyante , elle m'assura qu'elle se Tétait remis elle-même dans un accès de somnambulisme : cet état, qui avait disparu de- . puis long-temps, ayant été rappelé par la douleur atroce qu'elle avait éprouvée. Quand je la revis , je lui trouvai la cuisse immobile par la douleur de la partie supérieure , la hanche tuméfiée, luisante, rouge et brûlante.

On ne pouvait imprimer le moindre mouvement à ces paitîes , sans lui arracher des cris ; mais , dans les accès de somnambulisme , dont elle fixait elle-même le retour et ta durée , et qu'on ne pouvait ni provoquer ni prolonger arbitrairement, je la voyais se lever, marcher avec la plus grande facilité, exécuter

sans peine des mouvemens rotatoires; et cô qai est plus singulier, c'est que, pendant ce violent exercice, et dès le dëbut de Taccès , le gonflement , la dureté , la rougeur et la chaleur de la hanche disparaissaient entièrement , pour se reproduire aussitôt après la cessation de Taccès , avec la même douleur et la même immobilité. Elle rendait raison des mouvemens violens auxquels . elle se livrait : c'était , disait - elle , pour ne pas laisser solidifier les sécrétions dans la capsule , et pour empêcher qu'il ne s'y formât des adhérences.

J'ajouterai qu'elle dirigea seule son traitement médical, et qu'elle fut guérie en quelques mois.

Quel vaste champ s ouvre ici pour l'observation des lois physiologiques ! Quel doramage qu'on se refuse, avec un dédain aussi coupable que présomptueux, à observer la nature humaine dans ces phases , où presque toujours on produit tant de bien, tandis qu'on jie balance pas à martyriser de pauvres animaux , par des expériencesdéjà mille fois répétées, pour arracher aux convulsions de l'agonie des lois dont je ne conteste nullement l'utilité relative , mais qui sont bien loin de jeter

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