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Période bleue. — Choléra algide.
Lorsque la maladie s’annonce par les divers malaises précédemment indiqués, et se complique ensuite par degrés, il est rare qu’un traitement bien dirigé n’en arrête pas les progrès, et ne conduise pas à cette réaction salutaire qui est le vrai moyen de guérison.
Mais les choses ne se passent pas toujours ainsi, surtoutdans la période d’intensité de l'épidémie, et lorsqu’elle frappe sur des sujets mal disposés,
soit physiquement par la misère, les privations ou
les excès , soit moralement par les affections de l’âme.
C’est alors qu’on voit quelquefois des attaques tellement brusques qu’elles ne laissent pas le temps de combiner ni de graduer les moyens. Le malade est pris presque en même temps de vertiges, de vomissemens et de diarrhées , avec des crampes douloureuses dans les membres, et un refroidissement subit du corps, qui ne tarde pas à prendre un aspect cadavéreux, résultant surtout de l’excavation profonde des yeux , et d une altération effrayante des traits. Le pouls se
déprime, devient filiforme, et disparaît au bout de quelques heures. Cependant le malade conserve toute sa connaissance et se fait encore assez bien
entendre; et si les crampes cessent de le tourmenter, il paraît calme et sans inquiétude, quoiqu’il ait le sentiment de sa fin prochaine. Les ongles et l’extrémité des doigts prennent une couleur bleue, qui gagne successivement les lèvres, le pourtour des yeux, et, avec des nuances diverses, toute la surface du corps. Si alors on ouvre la veine, on n’en tire qu’avec peine quelques gouttes de sang noir, épais, à demi coagulé. La respiration est courte, accélérée, haletante , l’haleine froide; et tous ces symptômes d’asphyxie se terminent bientôt par l’extinction de la vie.
Cette rapidité effrayante dans la marche des ac- ■ci de-ns constitue ce qu’on a appelé le choléra algicle, qui tue en huit ou dix heures, et quelquefois en beaucoup moins de temps.
Si l’on peut, au moment même de l’attaque, placer le malade dans un lit bien chaud, et réuïiiir autour de lui tous les soins nécessaires pour le réchauffer, on ne doit pas en désespérer. Dans ce cas cependant les chances de succès sont d’autant plus faibles qu’on n’a pas le temps de tâtonner et de consulter les dispositions individuelles.
On peut commencer par faire avaler une infusion bien chaude de menthe, et immédiatement après, quelques cuillerées d’eau distillée de menthe poivrée pure, ou avec addition de quelques gouttes de laudanum, tandis que par les frictions, le massage, les houles d’eau, les briques chaudes, et les sinapismes, on cherchera à exciter la chaleur à la peau. En même temps on s’occupera de tirer du sang par la saignée et les ventouses. Si les premières cuillerées de boissons chaudes et excitantes sont inal supportées , on n’y insistera pas. On en viendra tout de suite à l’éther saturé de camphre, et à la glace si on peut s’en procurer. Enfin, aussitôt qu’on aura reconnu l’insuffisance de ces divers moyens pour ranimer la circulation, et rappeler la chaleur à la surface du corps, on devra recourir aux affusions froides faites avec de l’eau de puits, pendant une minute ou une minute et demie au plus, et répétées, s’il y a lieu, à des intervalles plus ou moins éloignés.
On peut citera Paris, depuis le commencement de l épidémie, quelques cas qui paraissaient tout-
par ce procédé une bonne et salutaire réaction cpion n avait pu obtenir par aucun autre moyen. Des succès pareils ont été obtenus à Berlin l’année
dernière , et plusieurs médecins de ce pays n’hésitent pas à proposer les affusions froides comme le moyen le plus sur, ou le moins incertain, d’obtenir la réaction dans la dernière période de la maladie. Je les ai vues employer plusieurs fois et je les ai moi-même employées une fois sans succès dans la dernière période du choléra. Mais dans aucun cas elles ne m’ont paru précipiter la marche des accidens. J’ai toujours vu les malades, peud’instans après qu’on les avait remis dans leur lit (qu’on ne chauffait point), je les ai toujours vus, dis-je, au bout de quelques momens se réchauffer d’euxmêmes, et leur peau reprendre au moins le degré de chaleur quelle avait eu dans le moment qui avait précédé l’affusion. Au reste, comme ce moyen ne peut être employé que par un médecin expérimenté, je crois inutile d’entrer ici dans les détails d’exécution, et je renvoie aux observations publiées sur ce sujet par M. le docteur Récamier dans ses intéressantes Recherches sur le traitement du choléra-morbus.