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SUR LES TRAVAUX DE L'ÉCOLE NORMALE

PENDANT l'ANNÉB 1835—1886,

Lu dans la séanoe publique du 30 octobre 1836.

MONSIEUR LE MINISTRE (M. Guizot), MESSIEURS,

Je viens vous présenter le rapport que je vous dois sur les travaux de l'école normale pendant l'année 183é^ 1836. Le tableau que je vais mettre sous vos yeux ne sera point flatté : vous y trouverez donc bien des ombres encore ; cependant je m'assure qu'il vous paraîtra en général satisfaisant.

Vous reconnaîtrez, par l'exact récit des faits, que l'école normale répond à la confiance de l'université, et que, sans parler de la discipline qui se maintient sur un pied convenable, les bonnes études y sont en honneur et s'y fortifient chaque année. Ces résultats sont attestés par les

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rapports de MM. les examinateurs , dont je reproduirai souvent les paroles; et surtout par nos succès incontestables au concours de Tagrégation» ce concours qui est à la fois notre fin , notre règle et notre juge. Les élèves de la section des sciences ont^ cette année , dignement continué les brillants^ succès de leurs devanciers. L'école normale a présenté à l'agrégation des science^ sept sujets. Huit agrégés ont été nommés» sur lesquels quatre nous appartiennent, et entre autres les deux premiers. Si à l'agrégation des lettres nous avons échoua, malgré des espérances qui semblaient fondées , nous nous sommes honorablement relevés à l'agrégation d'histoire, où nos deux élèves ont été .reçus l'un et l'autre. En philosophie nos quatre candidats nous ont donné trois agrégés. Enfin» au concours de grammaire» où nous avions envoyé sept élèves , cinq ont réussi » dont quatre ont obtenu les rangs les plus élevés.

Ces faitfif parlent asses d'eux-mêmes. Il faut les attribuer» monsieur le ministre» au zèle exemplaire avec lequel MM. les msdtres de conférences et tous mes collabo^ rateurs remplissent les fonctions que leur assigne la constitution de l'école et le plan de nos études. Dans ce plan» que je rappelerai en peu de mots» la première année du cours normal impose aux élèves de chaque section et partiouli^ement de la section des lettres» de fortes études communes à tous» et par là elle éveille et sonde toutes les vocations; la seconde année commence à diviser un peu plus les études» selon les vocations qui se sont montrées» jusqu'à ce que» dans la troisième année» chaque élève soit définitivement classé» et» d'après sa vocation reconnue, préparé d'une manière toute spéciale à telle ou telle branche du concours d'agrégation. Ainsi la première année est oûmme m^ mni» d'o^sait^ ceux im élèv§i qui ne

peuvent résister à cette épreuve, et ne trahissent aucun talent remarquable en aucun genre, quittent Técole, et sont rendus à d'autres professions. Déjà le concours d'admission n'a dû laisser pénétrer parmi nous que des sujets capables; la première année les éprouve encore, discerne et retranche les sujets insuffisants, ceux qui, par une raison ou par une autre, ne semblent pas destinés a honorer l'université. C'est là, monsieur le ministre, qu'il nous faut un peu de courage. Ce courage , nous l'empruntons au sentiment de nos devoirs et de la sérieuse responsabilité qui pèse sur nous. Dès la seconde année , l'école ne renferme donc que des sujets d'élite, qu'elle peut un jour présenter avec confiance à ses amis et à ses ennemis dans les combats solennels de l'agrégation. Il ne lui reste plus qu'à leur doi)ner une culture appropriée à leurs besoins, à la fois très-élevée, comme si ces jeunes gens n'étaient formés que pour la science et pour recruter les diverses académies de l'Institut, et très-pratique, comme s'ils étaient destinés à n'être jamais que des professeurs utiles, et à communiquer la science sans y rien ajouter. Telle est, monsieur le ministre, la constitution de l'école; tant que cette constitution sera fidèlement observée et dans sa lettre et dans son esprit, tant que les diverses conférences les réaliseront, chacune en ce qui la concerne, et que toutes marcheront harmonieusement au même but, l'école fleurira, elle obtiendra des succès plus ou moins brillants, elle remplira sa mission. Voilà six ans qu'avec l'aide de MM. les maîtres de conférences , appuyé sur l'excellent collaborateur que j'ai perdu avec tant de regrets, mais que j'espère avoir retrouvé, guidé par les lumières du conseil royal , et ayant pu souvent m' adresser aux vôtres, voilà, dis-je, six années que je m'applique à conduire et à maintenir l'école normale dans les voies assurées que lui trace

sa constitution. Elle y marche d'un pas égal, sans secousse et sans bruit, attendant du temps les perfectionnements nécessaires, mais les attendant sans impatience, sûre de l'avenir et satisfaite du présent. C'est l'expérience qui a mûri et produit la constitution de l'école normale , c'est à l'expérience seule qu'il appartient de la perfectionner. Les grands établissements, surtout dans l'instruction publique, pour être utiles et remplir toute leur destinée , ont besoin de durée ; et la durée est au prix de la constance à soi-même. Les innovations les meilleures veulent même être ménagéejs et introduites avec une prudence extrême. Aussi, quand l'expérience me révèle le nécessité ou l'utilité d'une mesure qui a échappé à la prévoyance du règlement fondamental, je me garde bien de proposer au conseil royal d'en faire d'abord un article du règlement : il me suffit de demander à sa confiance l'autorisation de pratiquer cette mesure dans certaines limites; et c'est seulement après plusieurs épreuves heureuses qu'il me parait sage de la convertir en une règle fixe digne d'être ajoutée à la constitution de l'école. Tel a été , monsieur le ministre, tel est et continuera d'être l'esprit qui préside à la direction de l'école normale.

Ainsi, avant d'entrer dans les minutieux détails dont se compose nécessairement ce rapport, je dois vous entretenir de quelques mesures qui sont en quelque sorte à l'essai depuis deux ans à l'école, et qui, dans cette dernière année surtout, ont porté de si bons fruits et ont été si manifestement consacrées par l'expérience, que je crois aujourd'hui pouvoir vous les signaler comme devant bientôt prendre leur rang parmi les articles essentiels du règlement d'admission et de celui des études : je veux parier de la division des bourses ou des bourses entières et demi-bourses, et de la place de la conférence

spéciale de grammaire dans Tensemble du cours normal. Le concours d'admission, tel qu'il a été réglé par les arrêtés du conseil royal du 17 juin 1831 , des 6 juillet et 17 août 1832, et même par le statut du 18 février 1834, ne s'explique point sur la répartition des bourses entre les élèves admis; et, en fait, jusqu'au commencement de Tannée 1835, il n'y avait eu que des bourses entières. On ne sera point tenté de condamner cet usage, si l'on réfléchit au peu de fortune des jeunes gens qui se destinent à la carrière de l'enseignement, à la sévérité des épreuves d'admission qui semblent réclamer, comme un encouragement et une récompense pour ceux qui les traversent heureusement, de ne plus rien coûter à leurs familles; surtout si l'on pense à la situation incertaine de l'école au milieu des agitations qui entourent le berceau de notre gouvernement, quand les partis ligués contre l'université fnenaçaient l'institution sur laquelle elle repose. Pour élever l'école normale au rang qui lui appartenait et lui donner d'abord de la dignité et de la consistance, il fallait qu'elle attirât à elle l'élite de la jeunesse, et, pour obtenir ce résultat, il fallait qu'à l'éclat de son nom, au talent de ses maîtres, à la force de son règlement d'études et à la libérale austérité de sa direction, elle ajoutât le ressort de bourses entièrement gratuites. Mais l'école normale, ainsi que l'université, s'étant peu à peu affer-mie par le progrès général de l'ordre, dans celte stabilité toujours croissante de toutes nos institutions , la sécurité de l'avenir enrichit peu à peu nos concours d'un plus grand nombre de candidats ; et le premier besoin de l'école, son recrutement une fois assuré, il nous fut possible de songer à d'autres besoins. D'abord la bourse entière accordée à tous les élèves admis, depins celui qui entrait indistinctement à l'école après de grands succès dans ses études antérieu-

res, et par conséquent après avoir pu choisir toute autre carrière, jusqu'à celui qui y entrait tout juste en quelque sorte avec une aptitude incertaine, cette égalité dans des conditions si inégales, n'était guère dans Tesprit d'une bonne justice distributive. Ensuite les élèves, pourvus dès leur entrée d'une bourse entière, n'avaient plus en ce genre aucun nouvel avantage à se promettre pendant trois années, et nous manquions de prix pour le progrès du travail et le développement du talent. Enfin , la somme affectée à notre budget aux bourses des élèves étant fixe, les bourses entières prodiguées à tous les élèves entrants ne permettaient que d'en recevoir un petit nombre ; et si de ce petit nombre on retranche ceux qu'au bout d'une année diverses causes nous enlevaient, le nombre des élèves' qui parvenaient à la seconde et à la troisième année était fort restreint, et il en résultait deux inconvénients : le premier, que chaque conférence était trop peu remplie, et manquait d'émulation et de mouvement, et le second, bien autrement grave, que l'école, en coûtant assez cher à l'université, lui fournissait peu de sujets. De là l'idée de diviser les bourses en bourses entières et demi-bourses, afin d'avoir un plus grand nombre d'élèves, de mettre à l'essai plus de jeunes gens, d'interroger plus de vocations, et d'obtenir une émulation favorable au travail , et , pour tout dire ici, favorable aussi à la discipline. L'exemple d'autres grands établissements d'instruction publique placés dans des conditions tout à fait analogues ,' nous enhardissait à cette prudente innovation. Dans les collèges, les bourses royales et communales sont divisées. On ne peut même commencer que par une demi-bourse, et on n'arrive à la bourse entière qu'après avoir traversé les trois quarts de bourse. Les écoles normales primaires en France et en Allemagne admettent la même subdivision dans les bour-

ses, et une plus grande encore, à savoir, quelquefois de simples quarts de bourse. Il n'y avait plus aucune raison de résister à tant d'exemples. Nous les avons donc imités, mais avec une extrême réserve et pour un très-petit nombre de cas, au commencement de 1836, et le succès ayant répondu à notre attente Tan dernier, nous avons renouvelé et étendu cette mesure, et par là nous avons pu recevoir, dans la section des sciences, onze élèves, et quinze dans la section des lettres, c'est-à-dire au moins six élèves de plus qu'à l'ordinaire, parmi lesquels il s'en est rencontré plusieurs qui, sans celte subdivision de bourses, ne seraient jamais entrés à l'école, et qui pourtant, avec un redoublement de zèle et d'efforts, s'y sont maintenus, et ont été admis à passer en seconde année , et môme l'un d'eux avec une bourse entière. Je regarde donc le principe de la division des bourses comme un principe éprouvé par une expérience suffisante, définitivement acquis à cet établissement, et digne, après l'approbation du conseil royal et avec la vôtre, de prendre un jour sa place parmi les articles organiques de la constitution de l'école *.

J'ai maintenant à vous entretenir de l'innovation relative à la place de la conférence spéciale de grammaire. J'avais remarqué avec peine, de 1830 à 1835, qu'à mesure que toutes les études de l'école normale se développaient, celles de la grammaire restaient en arrière, ou que du moins la . conférence spéciale de grammaire en troisième année, bien que confiée tour à tour aux maîtres les plus habiles, réussissait peu au concours d'agrégation.

' Le principe de la division des bourses, qui avait porté de si bons fruits sous mon administration, a été détruit à la révolution de février avec une légèreté inouïe et sans l'intervention du conseil de l'université, depuis longtemps dépouillé de toute juridiction sur l'école normale.

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Pendant les trois concours consécutifs d&lSdS» 1833 et et 1834, sur vingt-un agrégés de grammaire, l'école n'en a eu que trois, triste résultat qui n'allait pas à moins qu'à décrier peu à peu les études de Técole dans leur partie essentielle et dans leur fondement ; car, sans la grammaire, que sont, que peuvent être les humanités et la rhétorique? Les amis des bonnes études ont toujours regardé comme un principe incontestable, que, dans un collège, autant valent les classes de grammaire, autant valent les classes supérieures, et que la connaissance profonde des éléments des langues anciennes est comme le tronc robuste d'où peuvent sortir et qui doit Soutenir toutes les branches de la haute littérature, La faiblesse grammaticale de l'école mettait donc en péril la solidité de ses autres études ; et d'ailleurs , en cessant de fournir de bons professeurs de grammaire, l'école eût manqué à la partie la plus importante du service universitaire. Il était de mon devoir le plus étroit, monsieur le ministre, de remédier à ce mal, et d'en rechercher les causes. Le peu de succès de notre conférence de grammaire au concours d'agrégation s'expliquait d'abord par le petit nombre des sujets qu'elle y présentait. Encore était-ce avec bien de la peine que nous parvenions à recruter ce faible contingent; et, pour obtenir des élèves qui avaient passé par la seconde année, de n'être appliqués ni aux classes supérieures des lettres, ni à l'histoire, ni à la philosophie, mais à la grammaire, il ne fallait pas moins que la puissance des décisions du conseil royal; et ceux qui entraient ainsi presque malgré eux dans la conférence de grammaire, indépendamment de la vocation qui leur manquait en général, n'y apportaient pas les préparations nécessaires. La racine du mal était dans la place de la conférence de grammaire après la seconde année. L'enseigne-

menl de la seconde année, par sa force même, sa richesse et son étendue, loin de disposer et de préparer au cours de grammaire, en détournait plutôt ; et cette étude austère semblait une chute et comme un exil après les brillantes occupations de la seconde année. Il m*a donc paru qu'une première année d'études communes, déjà fortes, abondantes et variées, représentait suffisamment la culture générale, littéraire, historique et philosophique, qui ne doit manquer à aucune spécialité, et qu'après l'épreuve de cette première année, on pouvait appliquer immédiatement à la grammaire ceux des élèves qui n'auraient pas témoigné d'une grande vocation historique ou philosophique, et qui, à défaut de cette vivacité d'imagination et de cette finesse de goût qu'exigent plus particulièrement les belles-lettres, possédaient, ce qui n'est assurément ni moins précieux ni moins rare, cette solidité de connaissances positives, ce sens ferme et droit, et cette sagacité judicieuse dont se •compose le talent philologique. J'ai toujours été surpris que l'école normale, qui, depuis 1810, a entendu à la faculté des lettres M. Boissonnade, qui, dans Tintérieur, a eu pour maîtres MM. Burnouf père et fils, et M. Mablin, V r n'ait pas produit un plus grand nombre de grammairiens et de philologues.

La véritable explication de ce phénomène est dans le mélange trop prolongé de toutes les études ; et peut-être avons-nous jeté le fondement d'une école grammaticale et philologique dans le sein de l'université par ce changement si léger en apparence, qui fait succéder immédiate ment, la conférence spéciale de grammaire aux études générales de la première année. Tandis que les autres conférences de troisième année n'ont qu'une leçon par semaine, parce qu'elles s'appuient sur les conférences de la seconde année et s'y rattachent, j'ai pensé que la conférence spé-

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ciale de grammaire réclamait deux leçons dans Fécole, sans compter celles qui peuvent être empruntées au dehors, à la faculté des lettres ou au collège de France; et ces deux leçons, j'ai pu les confier à un maître habile pénétré de Tesprit du cours, et capable d'en pénétrer les élèves. L'essai a d'abord été laborieux et pénible : mais, la voie peu à peu frayée, un plus grand nombre d^élèves de la première anhée ont immédiatement passé sans répugnance dans la conférence de grammaire ; et en 1836 j'ai pu envoyer à cette conférence sept élèves, ce qui ne s'était pas encore vu à l'école, et ce qui a donné à ce cours le mouvement et la vie, indispensable condition de tout succès. Aussi, à la fin de cette année, l'agrégation à hautement justifié une mesure qui avait rencontré plus d'une résistance. Sur nos sept élèves, cinq ont été reçus agrégés, quatre dans un rang élevé, comme je l'ai déjà dit : succès nouveau pour l'école, et qui prouvera à l'université en quelle estime sont parmi nous les étudeâ grammaticales. Oui, Messieurs, et je le répète ici à dessein, la philologie w^ est à mes yeux le fondement nécessaire de toute saine littérature classique. J'ai vu de près, j'ai examiné en détail les gymnases de l'Allemagne et les écoles latines de la Hollande, et sans vain patriotisme, je suis convaincu que si, dans nos collèges, les classes de grammaire étaient plus fortes, si, conséquenunent au litre même de ces classes, on s'y attachait davantage à la science si difficile des éléments, et s'il était interdit de passer dans les classes s.upérieures sans avoir fait preuve de solides connaissances à cet égard, bientôt nos écoles auraient peu de chose à envier aux écoles étrangères. Pour arriver à ce résultat, il importe sans doute que les agrégés de grammaire , c'est-à-dire les grammairiens proprement dits, soient appHqués à l'ensei- •gnement grammatical, tant qu'eux-mêmes n'ont pas donné

la preuve d*un autre genre de capacité en se présentant à Tagrégation supérieure des lettres. Mais il importe avant tout que Tétude de la grammaire obtienne à Técole normale le rang qui lui appartient. L'innovation dont je viens de rendre compte est un grand pas vers ce but d^irable ; ce n'était jusqu'ici qu'une pratique accidentelle et temporaire : l'expérience en ayant démontré l'utilité, je proposerai au conseil royal d'en confirmer le principe et de l'incorporer également à la constitution de l'école.

Pour épuiser la partie générale de ce rapport, il me reste à vous rendre compte de l'arrêté du conseil royal du 19 août dernier, qui introduit quelques modifications dans notre règlement intérieur de discipline. Depuis six ans ce règlement n'avait pas encore été mis sous les yeux du conseil. Par sa nature, un règlement de discipline dans un établissement nouveau peut être impunément moins inflexible qu'un règlement d'études. Comme il se rapporte à (Jes circonstances plus mobiles, et qui échappent souvent à toute prévoyance, il est nécessaire, et même il est bon d'y laisser une plus grande part à l'arbitraire d'une direc^ tion éclairée. Destiné à rester tout à fait domestique, et ne paraissant pas réclamer le grand jour de la publicité, il peut demeurer plus longtemps à l'état d'essai et se perfectionner en silence. Une expérience de six années ne pouvait donc manquer de révéler quelques imperfections dans notre règlement de discipline. Après l'avoir examiné mûrement et avec une attention scrupuleuse, le conseil, tout en l'approuvant dans son ensemble, y a introduit trois modifications, dans le dessein de fortifier encore nos études en fortifiant notre discipline, et de donner aux élèves un peu plus de temps et de loisir dans l'intérieur de l'école pour cultiver leur intelligence par la diminution du nombre des sorties et des visites, sage mesure qui, prudem^

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ment et paternellement pratiquée, portera peu à peu ses fruits, et, parmi beaucoup d'autres avantages, aura celui de former et d'accroître dans ce grand et national établissement cet esprit commuli (Jui jadis , j'en prends à témoin ceux qui m'écoutent , nous animait tous , et qui , nous suivant, dans les diverses situations où nous appelait la confiance de l'université, fondait insensiblement l'unité de ce grand corps sur celle de l'école normale. Cette communauté d'esprit, je ne dirai pas de doctrines, mais, ce qui vaut mieux, de mœurs, d'habitudes et de manières, cette utiité de l'école est la raison principale du pensionnat. Celui qui a créé l'université, et, en même temps, l'école normale comme le noviciat de l'université, a voulu que ce noviciat fût un pensionnat. Mais la plus grande vertu du pensionnat est perdue, et il n'en reste guère que les inconvénients, si la vie commune y est sans cesse altérée par l'influence prédominante du dehors, par de perpétuelles visites ou par des sorties trop fréquentes. Mais ici encore une juste mesure est nécessaire, et le conseil royal a mieux aimé, pour la première fois qu'il examinait notre discipline, rester en deçà des limites raisonnables que d'aller au delà. Voici à quoi se réduisent les modifications qu'il a dernièrement introduites : 1° En règle générale le découchement est interdit ; il ne peut plus être permis que dans des cas extrêmement rares, sous la responsabilité et sur la permission du membre du conseil, chef de l'école. A peine si cette mesure a besoin d'être expliquée. C'était la pratique constante de l'ancienne école normale; et mon illustre et vénéré prédécesseur, M. Gueroult, aurait cru manquer à ses devoirs de laisser aucun autre fonctionnaire juge des cas où la permission de passer la nuit hors de l'école pourrait être accordée. 2** Quant aux visites à recevoir à l'école par les élèves, jusqu'ici, outre

les parents et les correspondants ordinaires, qui naturellement ont leur entrée libre à l'école , toute personne du dehors, sans dire à qui que ce soit ni son nom ni le motif de sa visite, pouvait tous les jours, pendant Theure qui suit le dîner, faire demander tel élève qu'il lui plaisait ; et rien n*empêchail que la môme personne ne revînt tous les jours demander le même élève, sans que nul autre fonctionnaire le sût que le portier de la maison. Évidemment, ce régime ne pouvait durer. Il est contre toute règle, et même contre toute bienséance, que le premier venu puisse s'introduire dans un établissement public, et à plus forte raison dans un établissement d'éducation, et entrer en commerce avec les élèves sans la permission expresse du chef de l'établissement. Le conseil royal a donc prescrit qu'excepté les parents et les correspondants désignés, nul ne pourrait pénétrer dans l'école sans la permission écrite du directeur, et que ces visites ne pourraient avoir lieu que deux fois par semaine. J'ai délégué cette partie de mes fonctions à M. le directeur des études, qui, résidant à l'école, est plus à môme de décider en pareille matière. 3° La question des sorties particulières des élèves n'est pas aisée à bien résoudre, et elle a été diversement résolue. Dans l'ancienne école normale, nous ne sortions individuellement qu'une fois par mois; en revanche, nous allions souvent en promenade, et ces promenades avaient l'avantage, tout en délassant l'esprit et le corps, de ne pas rompre entièrement la vie commune. D'excellents esprits regrettent ce régime, qui est celui de nos collèges et de plusieurs maisons d'instruction publique. Mais, en 1830, on a retranché les promenades et multiplié les sorties particulières. Deux sorties de ce genre par semaine, ajoutées aux autres sorties pour suivre les cours de la faculté, ont paru excessives au conseil royal ; il n'a maintenu que celle du

dimanche^ mais en la faisant commencer à neuf heures du matin^ et en l'étendant jusqu'à huit heures et quelquefois jusqu'à neuf heures du soir. Cette sortie pleine et entière du dimanche a paru nécessaire et en même temps ,suffisante pour procurer l'entier repos consacré par l'usage universel. Et encore, par égard pour les habitudes qui se sont introduites, et pour ménager la transition d'un régime, à l'autre, j'ai demandé au conseil royal de pouvoir cette année, par exception, autoriser le jeudi quelques sorties rares et limitées, sur la demande individuelle de chacun des élèves et pour des motifs sérieux ; et je confierai à la prudence et à la fermeté de M. le directeur des études le soin de prononcer lui-même sur ces deipandes. La troisième année, composée de jeunes gens plus avancés en âge, conserve le droit que lui confère le règlement d'études, de fréquenter, avec l'autorisation du directeur de l'école , les cours étrangers qui sont jugés lui pouvoir être utiles, de recourir aux difrentes bibliothèques, ou même d'aller s'éclairer de temps en temps auprès des hommes renommés par leur savoir, qui veulent bien honorer de leur bienveillance et de leurs conseils les élèves de l'école normale.

Ici, monsieur le ministre, se termine la partie générale de ce rapport. Il me reste à vous présenter le .compte détaillé des travaux de chacune des sections de l'école pendant l'année qui vient de s'écouler. Je commencerai par les sciences.

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