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AVERTISSEMENT DE L'ÉCRIT INTITULÉ

iSeole IVommle K

L'administration de Técole normale sentait depuis longtemps le besoin d'avoir sous la main, et réunies, toutes les pièces qui lui sont à chaque instant nécessaires et qui doivent la diriger, c'est-à-dire les trois règlements d'admission, de discipline et d'études, les programmes autorisés par le conseil royal, pour les diverses conférences des sciences et des lettres, les règlements de la licence èslettres et ès-sciences à laquelle préparent les deux premières années de l'école, et ceux des différents concours d'agrégation auxquels la troisième année aboutit. L'objet direct de cette publication est de satisfaire ce besoin.

En voyant et en relisant sans cesse la règle qui nous est imposée à tous, nous apprendrons et à la mieux comprendre et à la pratiquer avec une fidélité scrupuleuse. Je me flatte donc que ce petit recueil ne sera point inutile à l'ordre, et qu'il accroîtra, s'il est possible, notre respect à tous, maîtres et élèves, pour la constitution de l'école.

Il est vrai que ce recueil aura pour effet d'introduire l'œil

' Paris, chez Hachette, 1837.

du public dans Técole normale. Mais loin de redouter une certaine publicité pour nos travaux, je la recherche, je rappelle. Un peu d'estime ne s*y peut attacher qu'autant qu'ils seront connus ; et il est impossible d'être un grand établissement national, en restant un mystère pour tout le monde. Sans doute, notre juge est d'abord le ministre et le conseil, dont les yeux sont sans cesse ouverts sur nous. Mais ne travaillons-nous pas aussi pour toute l'université! Et puisque nous formons des sujets pour les collèges royaux et communaux, les directeurs de ces établissements ne peuvent-ils pas avoir d'utiles remarques à adresser ao directeur de l'école normale ? En Allemagne, il n'y a pas une grande école qui, de loin en loin , ne publie un rapport, non-seulement' sur ses règlements, mais sur ses travaux et sur les résultats qu'ils produisent ; et ce rapport entre dans des détails de choses et de personnes qui mettent à nu l'état de l'école. J'ai suivi de très-loin cet exemple, et je n'ai point hésité à publier ici une pièce qui découvre le véritable état de l'école normale, je veux dire mon rapport de^la fin de l'année scolaire 1836, tel qu'il a été lu, à la rentrée de l'école, devant le ministre, devant l'école entière assemblée, et devant l'élite des fonctionnaires de l'université et des professeurs de Paris.

Ainsi, ce recueil expose non-seulement ce que l'école doit être, mais ce qu'elle est, non-seulement sa constitution, mais les résultats qu'elle donne ; et c'est par ces résultats, sachons-le bien, maîtres et élèves de l'école normale, que l'autorité et le public nous jugeront.

Enfin, pourquoi ne le dirais-je pas? l'instruction publique est la grande affaire du xix^ siècle, et de toutes parts on me demande des renseignements précis sur l'école normale de Paris. Je réponds ici à cette demande qui m'est

venue de Munich et de Berlin, deLaHayeetd'Édinburgh, de Saint-Pétersbourg et de Philadelphie.

Déjà la nécessité d'écoles normales pour Tinstruction primaire pénètre dans tous les esprits. Je ne doute pas que bientôt ceux qui s'occupent sérieusement de l'organisation de l'instruction publique, ne reconnaissent cette même nécessité pour l'instruction secondaire. Il n'y a encore que deux pays en Europe qui aient senti ce besoin, et qui l'aient satisfait, la Prusse et la France, c'est-à-dire les deux pays où l'instruction secondaire est le plus fortement constituée. En Prusse, il y a quatre écoles normales secondaires, sous le titre de Sémmaires pour les écoles savantes [Semmarien fur gelehrte Schulen); et j'ai donné ailleurs le règlement de l'un de ces quatre séminaires, celui de . Berlin *. 11 serait curieux de comparer le règlement de ce séminaire avec celui de l'école normale de Paris, ainsi que le règlement prussien sur les examens des candidats à l'enseignement *, avec le règlement français des concours de l'agrégation. Ce n'est point ici le lieu d'instituer en détail cette comparaison, qui ne serait rien moins que celle des deux systèmes d'instruction secondaire de la Prusse et de la France. Du moins les pièces qui peuvent servir de base à ce parallèle sont maintenant entre les mains du public ; et les divers gouvernements, qui reconnaîtront que, pour l'instruction secondaire comme pour l'instruction primaire, le point essentiel est la préparation et la formation de bons maîtres, pourront choisir entre le mode prussien et le mode français, ou peutrêtre même, par des emprunts judicieux faits à l'un et à l'autre, les améliorer tous les deux.

* Rapport sur Tinstruction publique en Allemagne et particulièrement en Prusse, troisième édition, t. ii, page 909.

• Ibid.

Je ne crois pas céder à un sentiment patriotique en affirmant ici que la constitution de Técole normale de Paris est meilleure que celle du séminaire de Berlin. D'abord ce séminaire est Un externat; et il est étrange que la Prusse, qui, dans Tinstruction primaire, admet le système d'écoles normales à pensionnat, témoin les deux grands établissements de ce genre à Postdam et à Brulh S ne le pratique pas pour l'instruction secondaire. Ensuite, le plan des études est très-imparfait : l'enseignement des sciences n'y est pas assez distinct de l'enseignement des lettres; au lieu d'établir des points de contact entre ces deux enseignements, on les a presque confondus. Enfin, les quatre écoles normales secondaires de la Prusse ont chacune trop peu d'élèves; et elles devraient se fondre en une seule grande école normale, celle de Berlin, qui pourrait alors contenir une trentaine d'élèves, nombre nécessaire pour qu'il y ait dans une école un peu de mouvement et de vie. Cette concentration, sans augmenter les dépenses, permettrait d'ordonner plus régulièrement les études du séminaire, d'y former des divisions distinctes, et de mieux graduer l'enseignement. Et pour cettç gradation, qu'il me soit permis de proposer ici l'habile répartition des études de notre école normale firançaise en trois degrés distincts , correspondant à trois années : la première où les jeunes maîtres sont encore considérés comme des élèves dont on revise et dont on améliore l'instruction ; la seconde, où leurs premières études ayant été réformées et améliorées, on les considère comme de jeunes savants, dont on pousse les connaissances assez loin en chaque genre, selon la vocation que chacun d'eux a montrée, et comme s'ils devaient être un jour des savants de profes-

' Rapport sur rinstruction publique en Allemagne et en Prusse, t. II, page 46 et p. 87.

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sion aussi bien que des professeurs ; la troisième, où on les considère comme de futurs maîtres destinés à enseigner ' telle ou telle branche d'études, et qui alors y sont préparés spécialement K

Mais le séminaire de Berlin se recommande par un mérite que je ne veUx point affaiblir, et qui lui donne un singulier avantage sur Técole de Paris, je veux dire le caractère pratique, et, comme on dit en Allemagne , Tesprit pédagogique. On s'occupe surtout à Berlin de former des professeurs; et par professeur on n'entend pas seulement un msdtre chargé d'enseigner telle ou telle branche des connaissances humaines, mais chargé surtout de co/iduire et de développer l'âme, et l'esprit des jeunes gens confiés à ses soins. Voilà pourquoi les jeunes séminaristes sont aussi bien exercés à l'art de la pédagogie (die PcsdagoffUc) qu'à celui de l'enseignement [die Didactik] ; et pour cela ils sont employés tour à tour, et pendant assez longtemps, dans les divers gymnases de Berlin. Là ils font des leçons dans les différentes classes ; là encore on les forme à la discipline, en les employant comme maîtres surveillants ; et môme on les exerce plus particulièrement au gou^ vernement moral de la jeunesse, en confiant à leurs soins, pendant quelque temps, les élèves les plus négligents et les plus indociles, pour qu'ils apprennent à les dompter et à les ramener à l'ordre et à l'étude. J'ai exposé ailleurs touâ les détails de cette forte et habile préparation. Elle se rattache à la grande idée de l'harmonie de l'éducation et de l'instruction. Puisse cette idée se répandre peu à peu parmi nous; et puissé-je moi-même, avec le temps, l'introduire de plus en plus dans la direction de l'école normale !

* Plus bas, p. 96 et p. d7.

Mais enfin» telle qu'elle est» telle qu'elle paraiua dans ce recueily l'école normale est dans un tot satisfaisant. Elle a sans doute bien des progrès à faire encore ; mais ces progrès, ce n'est pas à des théories abstraites, ni surtout à de brusques changements, c'est au temps seul, c'est à l'expérience, à de lents et insensibles perfectionnements, qu'elle les doit emprunter. Tel a été jusqu'ici, tel demeu* rera l'esprit de mon administration.

A rÉoole normale, oe SS avril 1S87.

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