‹ Instruction publiqueChapitre 16 sur 42 · Le T · texte numérisé non relu

Le T

Ces cinq jeunes gens vont donc composer la conférence

spéciale de grammaire de cette année. Ils y entrent attirés et soutenus par les succès de leurs devanciers au dernier concours. Nos soins assidus les y suivront. Nous mettrons entre leurs mains tous les grands ouvrages de philologie grecque et latine, ces grammaires savantes, ces profonds lexiques qui ont valu à leurs auteurs une si juste renommée : mais de tous les secours que nous pourrons leur offrir, le plus utile sera toujours celui de leur habile maître de conférences.

Restent les sept autres élèves que le concours d'admission avait envoyés en première année dans Tordre suivant : MM. R., J., B., B., H., W. et F. En rapprochant les notes de MM. les maîtres de conférences et les rapports de MM. les examinateurs, je regrette d'avoir à déclarer que plusieurs de ces élèves n'ont pas tenu tout ce qu'ils

promettaient

Un seul a fait preuve d'un talent distingué. Évidemment destiné à la carrière de l'enseignement et par la nature de son esprit et par ses succès constants ^u concours général, reçu le second à l'école normale, M. Jacquinet * y est bientôt devenu le premier ; c'est un esprit mûr et sérieux, et ce serait déjà un professeur. Il nous rappelle, par l'heureuse harmonie de ses diverses qualités, par la justesse et l'élégance de son goût, un de ses devanciers à l'école, M. Havet ^, qui obtint, il y a un an, avec tant d'éclat, le premier rang à l'agrégation des classes supérieures des lettres. C'est là le modèle que semble se proposer M. Jacquinet; car bien qu'il ait suivi avec succès le cours d'histoire, et qu'en philosophie, à l'examen de fin d'année, il m'ait répondu

' Aujourd'hui maître de conférences à Técole normale. * Docteur, agrégé de faculté, suppléant à la faculté des lettres de Paris, maître de conférences à l'école normale.

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d'une manière très-satisfaisante, sa vocation est surtout littéraire.

A la fin de Tannée, la plupart de ces élèves se sont présentés à la licence devant la faculté des lettres, d'après le nouveau mode institué par le conseil royal. Ce nouveau mode est un véritable bienfait pour Técole normale.

En accordant plus de temps et des séances distinctes pour chacune des compositions latine et française, le conseil royal a établi des épreuves sérieuses où les candidats peuvent montrer toute leur capacité. C'était un retour universellement demandé à l'ancienne pratique de la faculté des lettres. Il rendra, je l'espère, aux compositions latine et française leur ancien lustre; il remettra en honneur l'art d'écrire, autrefois si cultivé à l'école, et dont la tradition, depuis 1830, semblait presque perdue. Déplus, l'arrêté du conseil, en limitant pour les épreuves orales de la licence l'explication des classiques grecs et latins à un certain nombre de textes très-difficiles, mais où se renferme au moins le champ jusqu'alors illimité des questions, cet arrêté a indirectement fortifié notre règlement d'études, en donnant aux diverses conférences de la première année un but net et bien défini. Désormais, comme la 'troisième année prépare aux divers concours de l'agrégation, ainsi la première année aura pour objet direct de préparer à la licence ès-lettres. Compositions, explications des auteurs, tout l'enseignement sera dirigé vers ce but; et dans tous les genres les buts bien définis sont le secret des succès durables. Enfin l'arrêté du conseil décide qu'il y aura des rangs à la licence, usage emprunté à une ancienne et célèbre faculté de Paris, et qui entretiendra parmi les candidats du dehors et ceux de l'école une émulation salutaire pour tous.

Des élèves de première année qui se sont présentés à la

licence, quatre ont été reçus, et ils ont obtenu les premiers rangs, excepté pourtant le premier qui leur a été enlevé, et très-légitimement, par un autre élève de Técole normale, un élève de seconde année, M. Bouiller. Ayant été un des juges de cette licence, je puis déclarer qu'en parfaite conformité avec les résultats obtenus dans Tintérieur de Técole, la faculté a trouvé MM. B. et H. à une trèsgrande distance de M. Jacquinet, le seul candidat de cette année qui Tait entièrement satisfaite. En conséquence de ces diverses épreuves, j*ai proposé au conseil royal d'admettre à passer en deuxième année dans Tordre suivant les élèves ci-dessous désignés :

t. MM. Jacqufnet, hors 4. — H.

ligne. 5. — W. '

Seconde année de la section des lettres.

Comme on le voit, la première année des lettres offre des résultats en général satisfaisants : mais la seconde année de la même section est bien autrement distinguée. Les talents y sont divers sans être inégaux. Il ne me • serait pas possible d'assigner des rangs pour le travail : chacun des élèves a constamment et fortement cultivé ses facultés, et en a tiré le meilleur parti.

Cette année se composait d'abord de huit élèves qui avaient été admis dans l'ordre suivant : MM. Debs, Chevriaux, Henné, Hamel, Bouiller, Pierron, Puiseux , Macé. Malheureusement, dès le milieu de Tannée, M. Hamel, après avoir été reçu le second à la licence, s'est vu forcé de quitter l'école à cause de l'extrême faiblesse de sa constitution, qui ne lui permettait pas de songer davan-

tage à la pénible carrière de renseignement publie ; et je viens d'apprendre que» malgré le long repos auquel il s'était condamné, ce jeune homme, d'un esprit si juste et si fin, et d'un caractère si droit, vient de succomber à la langueur qui le consumait. Les sept élèves restants ont tous été reçus licenciés à des époques diverses et dans des rangs honorables, excepté M. Puiseux, qui, pour s'être appliqué trop tôt avec une ardeur presque exclusive à l'étude de l'histoire, s'est plusieurs fois présenté en vain à la licence, et, ayant échoué de nouveau à la fin de cette année, s'est par là condamné luiwnéme à l'inévitable application de l'article 12 du règlement. L'école perd |aveo regret cet estimable jeune honmie; mais l'université ne le perdra pas, et un jour l'agrégation d'histoire le recueillera. Nouvel exemple du danger de se consacrer ainsi à une étude spéciale avant la troisième année, ou du moins avant de s'être assuré du grade de licencié.

J'ai déjà dit que les six autres élèves avaient tous, à des époques diverses de l'année 1836, obtenu ce grade; mais je n'ai pas dit encore que deux élèves particulièrement l'ont obtenu avec un éclat qui rejaillit sur l'année tout entière. Ce sont MM. Chevriaux et Bouilier. L'un, M. Chevriaux, a été reçu au mois de mai, d'après l'ancien mode ; il n'a donc pu avoir de rang officiel ; mais je sais qu'il aurait eu le premier, si alors une liste de mérite eût été établie. L'autre, M. Bouilier, reçu à la fin de l'année, d'après le nouveau mode, a obtenu la première place, grâce à des compositions véritablement remarquables, entre autres la composition française sur un sujet parfaitement choisi par notre savant doyen, M. Le Clerc, et où M. Bouilier a pu reproduire les excellentes doctrines de l'enseignement littéraire de l'école avec une netteté et une én^gie de style qui lui sont propres.

Je dois maintenant passer en revue chacune des conférences que comprend la deuxième année. Ces conférences, au nombre de cinq, embrassent tout le développement historique de Tesprit humain, et leur ensemble est le plus riche enseignement qui soit donné dans aucune école. 11 est bon que les élèves de la deuxième année, destinés à la philosophie, à l'histoire ou à la littérature, qui ont entre elles de .si intimes rapports, reçoivent tous une culture semblable ; mais inévitablement, dans cette encyclopédie historique, chaque élève s'attache, non pas exclusivement (ce qui ne serait ni raisonnable ni toléré), mais avec une certaine prédilection, à la branche d'études vers laquelle le portent ses instincts et sa capacité déjà éprouvée.

La conférence de l'histoire de la littérature grecque n'a pu cette année embrasser son objet tout entier; et on ne peut s'en étonner quand on songe que c'est la première fois que M. Viguier est chargé de cet enseignement, et qu'en môme temps il porte le poids des détails de l'administration de l'école. Il faut au moins deux années au professeur le plus instruit pour se rendre maître d'un pareil enseignement, le bien mesurer, et le parcourir successivement dans toute son étendue, sans se laisser arrêter par les détails où il est aisé de se perdre, et sans se contenter nonplus d'une suite aride de dates et de noms. Personne^ ne peut atteindre d'abord à ce parfait équilibre, et le savant prédécesseur de M. Viguier n'y était lui-môme parvenu qu'à l'aide du temps. Je ne doute pas que mon excellent ami, qui apporte à l'exercice de tous ses devoirs une ardeur si consciencieuse, ne s'efforce, l'année prochaine, de calculer d'avance avec exactitude et le nombre de conférences accordées à son enseignement et l'étendue des matières, afin de remplir, selon la prescription du règlement, le cadre entier de l'histoire de la littérature

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grecque. Mais je m'empresse de dire que, dans ses limites un peu étroites , ce cours a été très-utile aux élèves, et qu'il a porté les meilleurs fruits. En acceptant le soin d'examiner cette conférence , qu'il avait longtemps dirigée avec succès , M. Guignault a pu se convaincre lui-même que ses exemples en tout genre, dans l'enseignement comme dans l'administration, avaient été recueillis par son habile et dévoué successeur, et que le& élèves actuels ne sont point inférieurs à leurs devanciers pour la solidité du savoir, ni surtout pour le sentiment du beau. Sans suivre le savant examinateur dans les détails de son rapport, je me bornerai à en extraire ce résultat, que MM. Chevriaux et Pierroû sont les deux élèves qui ont répondu de la manière la plus remarquable, et que tous les autres, bien qu'inférieurs à ceux-là, ont néanmoins prouvé qu'ils avaient utilement suivi cet enseignement plein d'intérêt.

L'bistoire de la littérature latine est embrassée dans son ensemble, divisée dans toutes ses grandes époques, successivement étudiée dans ses plus grands monuments. Le professeur, depuis longtemps maître de son enseignement, a su allier la profondeur à l'étendue. M. le vice-président du conseil royal a bien voulu se charger de l'examen de celte conférence; je me suis fait un devoir d'assister moimême à cet examen long et approfondi ; et je suis heureux de pouvoir répéter au maître et aux élèves à quel point ce juge si compétent a été satisfait de l'état de nos études. La mémoire même de M. Villemain n'a pu trouver trop souvent en défaut celle de plusieurs élèves, à la tête desquels il faut encore mettre MM. Chevriaux et Pierron.

Même résultat dans la conférence de l'histoire et de la littérature française; mais jcià MM. Chevriaux et Pierron, il faut, d'après le rapport de l'examinateur, M. Patin,

joindre MM. Bouiller et Macé, et môme aussi M. Henné, qui ont à peu près également profité des intéressantes et solides leçons qu'ils ont reçues. Le plus bel éloge de cette conférence est de pouvoir dire avec vérité qu'elle a fait la meilleure partie du succès de Fécole dans le dernier concours de licence.

Quant à la conférence de l'histoire du moyen âge et des temps modernes, dirigée par M. Michelet avec un talent, une chaleur et un zèle qui depuis longtemps vous sont connus, je me bornerai à citer les paroles de M. l'examinateur : « Je dois attester, dit M. Naudet, que j'ai trouvé dans les réponses des élèves le résultat d'études exactes et approfondies et des notions multipliées de dates et de détails sur les faits qui ont été le sujet de mes questions. Aucun n'a déclaré n'avoir pas étudié particulièrement la partie de l'histoire sur laquelle je l'interrogeais, et tous ont toujours été prêts à répondre avec plus ou moins de précision, et ils ont fait preuve de travail. » Mais ici la scène change ; et les principaux acteurs ne sont plus ceux que je vous signalais tout à l'heure ; ils font place à MM. Pdseux et Macé, d'après le témoignage de leur habile maître de conférences. M. l'examinateur confirme entièrement ce témoignage en ce qui regarde l'élève Puiseux. Quant à M. Macé, gravement indisposé le jour de l'examen, la force lui a manqué pour le soutenir. Mais à la manière dont il a répondu au petit nombre dé questions qui lui ont été proposées, on a pu juger de ce qu'il aurait fait sans les souffrances qui ne lui ont pas permis de subir répreuve jusqu'au bout. D'ailleurs, M. l'examinateur n'a point été mécontent des réponses des autres élèves.

Dans la conférence de philosophie, la scène se renouvelle encore : ce ne sont plus ni MM. Puiseux et Macé, ni MM. Chevriaux et Pierron, qui se distinguent le plus, bien

qu'ils aient répondu, surtout M* Pierron, avec intelligence et avec aplomb : ce sont MM. Bouiller, Debs et Henné. J'ai interrogé chacun de ces trois élèves longtemps et sérieusement. Je leur ai adressé les questions les plus difficiles; je leur ai demandé, par exemple, à l'un une exposition de la philosophie de Platon, à Tautre une exposition de la philosophie d'Aristote, et à M. Bouiller une exposition complète de la philosophie de Descartes *. Avec d'inévitables lacunes, les réponses de ces trois élèves m'ont entièrement satisfait. J*ai pu me convaincre que cette conférence atteignait son but, qu'elle embrassait dans son ensemblerhistoire de la philosophie, et que les grandes époques et les grands monuments étaient plus ou moins familiers aux élèves. M. Henné a déployé ici, comme à l'ordinaire, une grande facilité d'éloeution ; mais je l'engage à s'en défier un peu ; la rapidité du débit nuit souvent à l'effet delà parole, et lui ôte de sa gravité et de sa force ^. M. Debs est précisément l'opposé de M. Henné. Si l'un va trop vite, l'autre s'énonce avec une lenteur embarrassée. On sent qu'il tire tout ce qu'il dit, non de sa mémoire, mais d'une réflexion intime qu'il interroge sérieusement, mais qui ne lui répond pas toujours avec docilité. Ce jeune homme pense et sent, il finit toujours par dire quelque chose de bon, mais il faut l'attendre ^. M. Bouiller a plus de facilité d'éloeution que

* Il est à remarquer que c'est sur le même sujet que M. Bouiller a remporté plus tard à TAcadémie des sciences morales et politiques le prix qui Ten a fait nommer correspondant pour la section de philosophie. M. Bouiller est aujourd'hui doyen de la faculté des lettres de Lyon.

' M. Henné est aujourd'hui docteur ès-lettres et professeur de philosophie à Orléans. Sa thèse sur Y Ecole de Mégare est digne d'estime.

• En effet il était devenu un homme de mérite et un excellent professeur. Il vient de succomber à une maladie de langueur.

124 INSTRUCTION SEGMIDAIRE.

M. DebSy et plus de solidité que M. Henné. Il avait profondément étudié Descartes; et j'aurais été encore plus content de ses réponses s'il eût reproduit avec plus de fidélité le langage môme, ce langage si simple et si clair, du père de la philosophie moderne.

En résumé^ monsieur le ministre, vous voyez que les cinq conférences dont se compose la seconde année sont en pleine activité : que quatre au moins emhrassent leur objet dans toute son étendue ; que la cinquième suivra bientôt les autres; que toutes les cinq sont liées entre elles; que les élèves en profitent tous, quoique inégalement, selon Tinévitable diversité de 'leurs aptitudes; en un mot, qu'il faut s'applaudir et de cette organisation et des résultats qu'elle donne. Tous les élèves de cette année, excepté M. Puiseux, sont admis à passer en troisième année. MM. Chevriaux et Pierron * iront s'y préparer à l'agrégation des classes supérieures des lettres; M. Macé, à celle d'histoire; MM. Bouiller, Debs et Henné, à celle de philosophie. C'est à eux que l'an prochain sera confiée la fortune de l'école ; et je me flatte qu'ils ne resteront pas au-dessous du mérite et des succès de leurs devanciers. C'est de ceux-ci qu'il me reste à vous rendre compte; et je serai très-bref, car ici tout se résout dans l'épreuve décisive de l'agrégation.

Troisième année.

La conférence de grammaire n'avait d'abord que quatre élèves, MM. M., T., P. et B., et elle était assez languissante. Au bout de quelques mois, j'engageai trois élèves

' M. Pierron s'est fait connaître par d'estimables traductions d'Eschyle et de Marc-Aurèle qui lui ont mérité les encouragements de rAcadémie française.

qui avaient été admis un peu trop facilement en seconde année, et qui n'y brillaient guère, MM. B., R. et R. à reconnaître leur vraie vocation comme leur vrai intérêt, et à passer dans la division de grammaire de troisième année. Ils finirent, les uns après les autres, par se rendre à mes conseils. Ils ont donné du mouvement à la conférence entière ; ils y ont pris goût, parce qu'ils y étaient propres, et avec MM. M. et T. ils ont eu les honneurs du concours de l'agrégation. Pour MM. P. et B., le travail le plus assidu n'a pu réparer les lacunes de leurs premières études, ni peut-être même suppléer à d'insufBsantes dispositions.

Quant aux trois élèves de la division des classes supérieures des lettres, MM. M., J., et M., ce n'est pas non plus le travail ni môme des dispositions assez heureuses qui leur ont manqué, encore bien moins d'excellents enseignements : ce sont deux choses : 1^ le peu d'importance qu'ils avaient attiaché aux études grammaticales, la connaissance trop légère du grec et du latin, de la prosodie et des notions techniques, qui sont le fondement nécessaire de tout solide développement littéraire ; 2"" le peu d'habitude de la composition et de la leçon. On ne saurait trop répéter que chaque conférence de la troisième année doit être l'image anticipée de l'agrégation spéciale à laquelle elle prépare. Il ne doit pas y avoir dans cette agrégation une seule épreuve qui ne soit représentée dans la conférence par des exercices analogues. Le succès est à cette condition. II faut la remplir, et il ne doit pas être trop difficile aux trois conférences littéraires de la troisième année, qui préparent à une seule et même agrégation, d'y préparer très-convenablement chacune en ce qui la concerne.

C'est sans doute à cette préparation assidue et complète aux épreuves de l'agrégation que les deux élèves de la di-

1S5 mSTRUCTION MCOHDAIRE.

vision d'histoire, MM. Weisse * et Janosky », ont dû leurs succès. M. Macé ^, qui va les remplacer, peut prétendre aux mêmes résultats, en suivant la même route.

Si les élèves de la division de philosophie se sont distingués cette année comme les années précédentes; si, sur quatre candidats, nous avons eu trois agrégés, MM. Simon, Lorquet et Saisset ^, la cause principale en est dans la pratiqne invariablement suivie dans ce cours. Les élèves y font des compositions assez nombreuses pour pouvoir chaque année en former un volume qui se transmet de conférence en conférence. 11 n'y a pas une seule partie du programme de Targumentation qui ne soit la matière d'un débat d'une heure entre deux champions désignés quelques jours à l'avance, et tous les élèves y font tour à tour un certain nombre de leçons pour s'exercer à l'épreuve la plus difficile et la plus décisive, où leurs adversaires, sortis des régences des collèges communaux ou des répétitions de la capitale, ont ordinairement tant d'avantages. J'attache un grand prix à ces exercices, qui forment la partie pratique de l'enseignement de l'école. Le règlement en fait la base

* M. Weisse s*est fait connaître par un excellent ouvrage sur l'Espagne.

* M. Janosky a partagé avec M. Wallon un prix d'histoire à l'Académie des sciences morales et politiques.

* Auteur d'une thèse savante sur la loi agraire chex les' Romains.

* De ces trois jeunes gens, l'un, M. Lorquet, doué d'une imar gmation vive et d'un beau talent d'élocution, est aujourd'hui agrégé auprès des facultés de provinces, et professeur de philosophie au coUége Saint-Louis ; les deux autres sont des hommes du plus grand mérite, agrégés de la faculté des lettres de Paris, maîtres de conférences à l'école normale. M. Simon est bien connu par son ouvrage sur VEcole â^ Alexandrie; M. Saisset par ses travaux sur Spinoza.

des travaux de la troisième année, et je les recommande sérieusement et aux maîtres et aux élèves.

Je viens, monsieur le ministre, de parcourir et de voua faire connaître successivement les trois années de Técole* normale, avec les diverses conférences dont elles se composent, et presque chaque élève de chacune de ces conférences. Le véritable état de l'école, sa force et sa faiblesse, ses bons et ses mauvais côtés, ce qu'elle a d'excellent et ce qui lui manque encore, tout a été mis k nu sous vos yeux. Vous devez tout savoir et je dois tout vous dire, afin que nous cherchions en commun comment accroître ce qui est bien, comment porter remède à ce qui est mal. J'aime trop Técole pour la flatter. Depuis six ans que la confiance du gouvernement m'a placé à la tête de cette noble institution, où j'ai moi*môme été formé et à laquelle je dois le peu que je suis, au milieu de tous mes autres travaux, à la chambre des pairs ou à l'Institut, présent ou absent, l'idée de la responsabilité qui pèse sur moi ne me quitte jamais. Sans cesse j'interroge la connaissance que je puis avoir acquise des grands établissements analogues d'instruction publique, pour en tirer d'utiles conseils au profit de cette école qui m'est si chère. Mais en même temps je me dis à moi-même, et je puis vous dire aussi, monsieur le ministre, qu'après tout l'école normale va bien. Elle est armée d'une des plus fortes constitutions qu'aucun établissement semblable ait jamais possédée. Qu'elle se repose dans cette organisation 1 L'école normale est l'image de l'université. L'université est un grand corps, non pas iiumabiliî^ juais ;iii-ciu6sufci 'lu [Jéipotutïllys innovations. A son exemple # Jjé^^^^UIttlâle u'mInKH qu'un progrès HYinquille; ^t 11^*^^ ^^Jéconttint ni d'elle ni de mol-tiu^me « $i jl ' ^^k ^hj^^née vous la montrer à m\ï dtùs tftHi ^^^U ^Hlkui

128 mSTRUCTipN SECONDAIRE.

dans le véridique rapport que vous venez d'entendre. Encore un mot avant de finir. L'école normale occupe par ses services une grande place dans l'instruction publitjue, et pourtant elle n'a pas encore une demeure qui lui appartienne. Nous ne sommes pas ingrat envers la fraternelle hospitalité du collège royal de Louis-le-6rand ; nous nous plaisons à reconnaître les bons offices de son digne proviseur, élêvjs aussi de l'école normale ^ : mais enfin tous les grands établissements publics, l'école polytechnique, l'école des ponts et chaussées, l'école des mines, ont leur maison spéciale ; l'école normale seule n'a pas la sienne. Ce défaut d'indépendance lui donne une apparence d'incertitude qui nuit à sa dignité et à son avenir. Voyez, d'ailleurs, monsieur le ministre, le lieu ou nous sommes. Excepté cette cour et cette salle arrangée pour vous recevoir, il n'y a presque plus dans la maison un endroit impunément habitable. L'humidité rend nos dortoirs malsains, les murs se fendent sous nos yeux. On est obligé, d'année en année, de multiplier les réparations inutiles. L'honorable rapporteur du budget de l'instruction publique a vu luimême et touché toutes nos misères. Nous sommes pleins de vie, et nous n'habitons que des ruines. L'école est jeune, et son vêtement tombe de vétusté : pour le réparer sans cesse, il en coûtera presque autant que pour lui en donner un nouveau. Autrefois on s'est obstiné à nous placer dans les vieux bâtiments du collège du Plessis, et cet arrangement a coûté 200,000 fr. Par mes soins, des plans mieux entendus ont été préparés ; le conseil royal les a approuvés; il a pris l'initiative d'une proposition digne de sa haute sollicitude pour l'école. Il vous appartient, monsieur

• M. Pierrot, enlevé prématurément à runiversité qu'il avait pendant trente années honorée et servie comme professeur et comme administrateur.

le ministre, de donner suite à cette proposition. Le gouvemementy qui a si richement doté le Muséum d'histoire naturelle, TObservatoire et le Collège de France, ne peut refuser à l'École normale un foyer domestique et de modestes pénates. Nous aimerions, monsieur le ministre, à vous devoir cette nouvelle marque d'intérêt; elle ajouterait à tous les services que vous avez déjà rendus à l'instruction publique; elle accroîtrait la reconnaissance que vous porte déjà l'école, et elle attacherait votre nom à un établissement qui peut-être un jour ne sera pas sans gloire.

RAPPOJRT

AU NOM D'DNB COMIIISSIOlf SPÉCIALE CHABGJE DE L*EXAME1I DU PBOJET DE LOI RELATIF A L*OUYERTORE D'UN CRÉDIT Dl i, 978,000 FR. PODR LA OONSTRUCTION D'ON ÉDIFICE A AFFECTER A L'ÉCOLE NORMALE,

dans la séance du 5 mars 1841.

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