RECHERCHE DU DEGRÉ DE MYOPIE
mant celui du côté gauche : vous appréciez à peu près la distance la plus grande où il puisse le faire couramment, c'est là son punctum remotum^ et comme sa myopie est précisément mesurée par le verre concave dont le foyer égale (en pouces ou centimètres) cette longueur, vous commencez vos essais à distance par le numéro correspondant ; vous les renouvelez avec les numéros qui précèdent ou qui suivent, et vous vous arrêtez au verre le plus faible qui restitue à l'acuité tout ou partie de sa valeur. Ce numéro trouvé et comme dernier contrôle, vous ajoutez au-devant de lui un verre convexe puis un verre concave, tous deux également faibles : Tun diminue, l'autre augmente sa réfringence, et si niTun ni Tautre n'améliore la vision,, vous tenez pour exacte votre mensuration et vous la
formulez ainsi M. OD = :^ (ou N dioptries). Même examen, mêmes précautions pour l'œil gauclie avec la formule M. OG =r ~ (ou N'D).
Cette méthode, et c'est là le reproche général qu'elle mérite, à moins d'employer le disque optométrique, est longue, fastidieuse, et fertile en petits inconvénients, les verres sont ternis, ils ont été mêlés, ne sont plus à leur place ; en outre , la boîte est d'un prix élevé, encombrante, aussi est-elle peu susceptible d'être employée sauf dans les hôpitaux et les cliniques où elle sera toujours préférée au point de vue pratique.
Optomètre. — L'optomètre vous donne, au contraire, en quelques instants et d'une manière suffisamment
exacte, le degré que vous cherchez. Il est par excellence rinstrument des examens rapides ou multiples et partant des conseils de revision ou de réforme.
L'observé étant placé en face de la lumière, lampe ou fenêtre bien éclairée, un œil fermé, l'autre appliqué à l'œilleton, la plaque au zéro, le médecin la rapproche avec lenteur jusqu'au point où la vision devient nette, la lecture possible. Le degré sera donné par le point le plus éloigné de l'œil où la vision pourra encore s'exercer avec précision ; l'acuité après correction, par le plus petit numéro de l'échelle qui aura pu être lu à cette distance.
Mais ni l'un ni l'autre de ces procédés ne pourra vous mettre à l'abri, si vous }i'étes déjà en défiance, d'une appréciation erronée qu'un myope, même de bonne foi, et à plus forte raison un simulateur peuvent vous imposer. En effet, lorsque vous placez devant son œil un verre concave trop fort, l'image qui se faisait en avant de la rétine, viendra comme chez l'hypermétrope se faire en arrière ; sollicité aussitôt à l'y ramener, le jeune myope, dont l'accommodation a encore toute sa puissance, demande à son musclé ciliaire d'imprimer au cristallin un excès de courbure dont l'effet convergent neutralise l'excès de divergence de la lentille et lui permette de voir.
Exagération de la myopie. — Ce que le myope fait involontairement, le réclamant peut le faire sciemment, par calcul, après exercices, et il réussiraità vous tromper sur son degré d'amétropie, si vous vous borniez à l'épreuve autrefois réglementaire ou si vous
n'apportiez à son observation par le procédé plus rigoureux d'aujourd'hui, certaines précautions.
L'instruction pour la marine, de 1864, qui était encore en vigueur en 1879, s'exprimait ainsi (i) : «Il con- -« vient de recourir à des épreuves directes et spéciales :
< il faut que le réclamant lise à 30 ou 35 centimètres -« de distance du nez avec des verres biconcaves des « numéros 4 ou 5 et qu'il distingue nettement les ob- -« jets éloignés avec les numéros 6 ou 7. »
Dans l'instruction du 3 avril 1873 pour l'armée, instruction qui n'a été modifiée qu'en 1877, l'épreuve était plus sévère et aussi plus scientifique, mieux adaptée aux conditions de la vue du myope, qui a besoin pour la vision au loin de verres plus forts que pour la vision de près. Il y est dit: « Le myope devra pouvoir « lire à une distance très rapprochée du nez sans « verres, ou à 25 centimètres avec des verres bicon. « caves du n° 6 ou 7 et distinguer les objets éloignés^ « ou lire, à une distance minima de 5 mètres, de gros
< caractères d'imprimerie (n° 20 de l'échelle typogra- « phique) avec des verres biconcaves n° 4. »
Certainement, d'emblée, sans préparation, ou chez un myope de bonne foi, ces épreuves complexes qui visent à la fois, le pouvoir d* accommodation^ V acuité après correction et le degré de myopie^ en imposant des épreuves de vision au loin ou de lecture avec des verres supérieurs à ceux qui seraient nécessaires à de vrais myopes du degré accepté pour le service, pouvaient suffire. S'il est, en effet, facile à un homme
(i) Art. Mjfo^ie^ p. 223.
Barthélémy. L'examen de la vision. n
jeune qui jouit de l'intégrité de son accommodation^ de surmonter de près les effets d'un verre trop fort, il est au contraire très difficile à l'œil, sans une éducation préalable, à moins d'un degré de myopie déjà très rapproché de celui qu'indique le verre employé,, de diriger an loin son regard et son attention, tout en employant le maximum de réfringence dynamique dont il nnse d^ ordinaire qne pour la vision de près; car,, pour y arriver, il faut rompre cette synergie naturelle qui unit, dans l'acte de la vision rapprochée ces trois actes de la convergence des yeux, de Y accommodation et de la contraction de la pupille, actes normalement incompatibles avec la vision éloignée.
Mais à 20 ans, la puissance du muscle ciliaire est immense et docile. A cet âge et dans un œil normal Tamplitude de l'accommodation ne mesure pas moins de 1/4 ou 10 dioptries, c'est-à-dire qu'elle est capable de produire un effet de convergence égal à celui d'une lentille biconvexe -f- 4 ou 9D. Aussi le jeune conscrit, même emmétrope, pourra-t-il lire de près avec un verre négatif de ce numéro, ou encore à 4 pouces de son œil et sans lunette. De loin et en s'y exerçant un peu il lira aisément de grands caractères avec le n'^ 5, 7D et avec beaucoup d'exercice, il pourra, moins aisément sans doute, mais enfin il pourra y arriver avec le n° 3, 13D (Giraud-Teulon) a fortiori si déjà il est myope d'un degré faible ou moyen.
Cette épreuve, qu'on pourrait peut-être regretter,, parce qu'elle était simple, facile, formelle, n'exigeant qu'un matériel restreint à quelques paires de lunettes, n était malheureusement qu'une prime à la fraude.
Avec un entraînement de quelques semaines habilement conseillé et énergiquement suivi, certains jeunes gens pouvaient échapper aux nécessités légales du service militaire. Au mépris de la loi, on faisait même métier de vendre ces conseils : Warlomont nous apprend qu'il a vu affichée à la vitrine d'un marchand opticien en Belgique, cette annonce scandaleuse (i):