‹ Instruction raisonnée pour l'examen de la vision devant les conseils de révision et de réformeChapitre 25 sur 71 · SIMULATION DE L AMAUROSE DOUBLE · texte numérisé non relu

SIMULATION DE L AMAUROSE DOUBLE

ïimulation la plus fréquemment essayée est celle de i'amaurose ou de Tamblyopie. Il semble si facile au conscrit d'affirmer qu'il y voit mal ou pas du tout d'un œil ou des deux à la fois ! Surtout quand déjà la vision manque de portée ou de finesse. Quelles questions importunes pourrait-on bien lui faire? A quelles expériences imprévues serait-il possible de le soumettre ? Avec de la ténacité, de l'aplomb, toujours la même réponse, la même affirmation, ne doit-il pas réussir ?

Tous les simulateurs semblent connaître la définition si souvent répétée du malicieux oculiste qui prétendait autrefois que I'amaurose est une maladie dans laquelle le malade ne voit rien et le médecin pas grand'chose. Les temps sont bien changés et sans avoir recours à la brutalité des anciens moyens ou aux manœuvres torsionnaires d'autrefois, il est en général facile de déjouer ces calculs II vous faudra cependant pour y arriver, de l'habileté et du temps, car soupçonnerne suffit pas, démontrer est nécessaire.

Slmulation de l'amaurose double. — Il est rare qu'on pousse l'audace jusqu'à la simulation de la perte complète de la vision (amaurose) ; que des femmes hysté- Tiques dans des moments d'aberration psychique jouent cette comédie, qu'un malheureux amblyope exagère son état pour exciter la pitié, obtenir un refuge dans ^Q asile, ou encore qu'un plaideur en instance de dommages et intérêts simule ou plutôt cherche à exploiter ûQ état réel d'amblyopie en l'exagérant, tout cela est possible et se voit assez souvent ; mais pour le conscrit, ce degré extrême de perte de la vision n'est pas ïïécessaire. Enlesimulant son rôle serait pat \.top4\i^v-

cile à jouer, il exigeraitune rare énergie et une grande habileté.

Cependant, comme en fait de simulation tout est possible, il faut prévoir ce cas et il vous serait sans doute facile dans une observation de quelques jours de prendre le simulateur en défaut. Alors même qu'il aurait eu l'art de se donner ce cachet particulier de Tamaurotique, marchant raide, incertain, les bras en avant, la tête haute, les yeux au ciel, y cherchant la lumière qui lui manque, la physionomie calme et sans expression, le regard terne et ne sachant se fixer, on pourrait certainement le surprendre : en passant brusquement la main devant ses yeux, on peut provoquer un clignement révélateur ; en lui présentant d'une manière intermittente une lumière, amener une contraction égale et simultanée des deux pupilles ; le doigt ou un objet brillant promené par un mouvemçnt de vaet-vient continu et pendant un instant devant eux, il serait difficile qu'involontairement les yeux et même la tête n'exécutent pas un mouvement pour le suivre.

Ces signes objectifs sont toujours préférables aux signes subjectifs tirés des affirmations du malade, ou de la recherche des phosphènes ; rapprochés de l'absence ou du peu d'importance des lésions ophthalmoscopiques, de l'embarras des réponses sur Torigine, la marche, les symptômes de la maladie, ils permettent d'affirmer ou la simulation complète ou l'exagération d'un état amblyopique.

Simulation de l'amblyopie double . — Celle-ci est autrement difficile à dévoiler, elle serait le véritable champ de la simulation et de ses rares triomphes

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si le mensonge ne finissait toujours par se trahir.

Lorsqu'un homme se disant atteint d'affaiblissement de la vue prétend ne rien distinguer nettement, avoir cependant la notion delà lumière (amblyopieamaurotique), reconnaître les gros objets ; lorsqu'il avoue pouvoir se conduire et suffire aux grosses nécessités delà vie, vous serez presque hors d'état, s'il sait jouer son rôle, d'émettre une opinion certaine (Liebreich). Sans doute les résultats contradictoires ou insuffisants de votre examen ont éveillé vos soupçons, mais votre certitude ne pourra se baser ni sur les mouvements de l'iris, ni sur ceux des paupières ou des yeux, ni sur ' l'émotion reconnaissable aux pulsations du cœur et de l'artère que la menace brusque d'un instrument ou dun doigt subitement approchés de l'œil peuvent produire (i), puisque, à rencontre del'amaurotique, votre sujet y voit encore.

Il faut pourtant arriver à faire capituler votre homme. Je ne veux pas dire que tous les moyens soient également bons, et qu'il soit bien légitime de le souniettre à des essais douloureux, même à ces épreuves cruelles qu'on n'hésitait pas à employer autrefois. Je ne vous conseillerai pas d'aller comme Mahon(2) jusqu'à oser diriger vers une rivière ou un canal le prétendu amaurotique, quitte à lui laisser prendre un bain, ni le condamner à une diète forcée, jusqu'au

(i) Boisseau, Maladies simulées^ 1870, p. 296 ; Dictionnaire en 30 vol. *• XXI, p. 318. Moyens employés déjà par Pline, Morgagni ; le dernier est ^ité par Walter Scott dans Péveril du Pic^ il était de l'invention d'un ma- Q'ïignon aveugle lui-même.

(2) Médecine légale, t. I, p. 360 ; in Boisseau. Maladies simulées, Paris, Ï070. — Voy. aussi idem, plusieurs récits de simulations habilement déjouées.

jour OÙ l'imposteur irait lui-même chercher ses aliments dans un lieu désigné, ni encore de le soumettre, comme je l'ai vu pratiquer, à des cautérisations douloureuses de l'œil avec le nitrate d'argent, ou à un traitement par les moxas, etc. etc.. Car tous ces moyens peuvent atteindre un innocent déjà trop malheureux de son infirmité, et employés même avec rigueur ils n'ont pas toujours triomphé d'une résolution fermement arrêtée.

Des moyens plus doux, moins dangereux sont tout aussi efficaces; la ruse ici vaut mieux que la violence. Le simulateur le plus habile se trahira parfois sans y songer si on sait le surprendre.

Deux cas peuvent se présenter: Le réclamant placé devant le tableau des caractères déclare n'en voir aucun numéro, ou il prétend ne voir que les plus gros.

i" cas. Il ne distingue aucun numéro, même à petite distance (amblyopie amauro tique). Commencez par essayer de lui faire déchiffrer quelques caractères d'imprimerie avec un verre convexe d'un numéro élevé 3, 4 ou 5 (Arlt.).

S'il n'accuse aucune amélioration, soupçonnez-le de vouloir vous tromper, car, agissant comme une loupe, ce verre eût dû grandir l'image et améliorer d'autant la vision. Serrez-le alors de plus près, multipliez les questions, suggérez-lui des symptômes de fantaisie qu'il avouera peut-être éprouver, ou qu'il vous exposera demain comme une découverte qu'il a faite. Faites-le surveiller dans tous les actes de la vie, dans ses jeux, ses promenades, ses repas, la réception d'une lettre. Revenez plusieurs fois encore à votre examen

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objectif et fonctionnel et si vous arrivez à cette conviction : 1° qu'il n'existe aucune lésion ophthalmoscopique ; 2** aucune preuve d'amblyopie réfractionnelle ; 3** enfin aucune diminution ou altération dans le champ visuel, dans le champ des couleurs ou seulement dans leur appréciation, tenez pour presque certain que vous êtes dupé : renvoyez le plaignant à son service où votre surveillance pourra encore le suivre, -et demandez Tenquête qu'un conseil de réforme peut toujours ordonner dans le pays de l'intéressé.

C'est que la réunion de ces trois faits négatifs équivaut à une certitude, tant sont rares les amblyopies doubles, sine materia ; à peine en compte-t-on i sur 100 à 150, et encore ce sont presque toujours des cas d'amblyopies toxiques, hystériques ou réflexes, dans lesquelles la diminution du champ visuel, l'existence de scotomes, la perte de la notion des couleurs et en particulier du rouge et du vert dont le champ se rétrécit rapidement, constituent des symptômes souvent précieux, malheureusement parfois inconstants ou difficiles à dévoiler.

2*"*^ Cas. — Le sujet voit les gros numéros, il accuse par suite, non l'abolition presque complète de la vision, mais seulement un affaiblissement plus ou moins considérable (amblyopie). L'examen devient plus simple et les surprises plus faciles.

Le rapport entre l'acuité visuelle, avouée pour un numéro quelconque doit toujours rester à peu près le même, tout étant égal d'ailleurs, si on fait varier ou la distance ou la grandeur des numéros. Soit, par exemple, le numéro 10 ou 20 de l'échelle typographique, visible

pour un œil normal à lo ou 20 mètres, et vu seulement à 2 mètres par l'observé, les numéros 5 ou lo devront également être vus par lui à i mètre et les numéros 2, 50 ou 5 à o'",5o. Ou encore si le réclamant voit un des gros numéros à distance et accuse V = 1/5 par exemple, il devra, avec les numéros inférieurs et à la lecture de près, n'accuser encore que V =: 1/5.

En d'autres termes, en variant dans des proportions régulières, ou la grandeur des numéros ou la distance^ les réponses de l'amblyope doivent toujours concorde^ et celui-là trompe qui n'observe pas ces proportions-

Une disposition spéciale que j'avais adoptée dans mon cabinet d'examen, m'aidait encore mieux à soumettre les observés à cette épreuve de surprise. A l'opposite du mur sur lequel étaient appliquées les échellestypographiques, lettres et signes pour les illétrés, oa encore deux échelles de lettres, une droite, l'autre aveo les lettres imprimées à l'envers (i), se trouvait une glace -

L'observé était placé à égale distance des deux:^ face du côté du mur, son acuité déterminée; on 1^ faisait alors tourner du côté de la glace et on l'engageait à désigner les lettres ou les signes qu'il pouvai't voir. Or la distance, d'après les lois de la constructio i3. des images sur les miroirs plans, avait triplé, l'inten.— site lumineuse diminué dans des proportions qu^^ druples, et son acuité ne pouvait plus être, au maxi-'

(1) Au nombre des écheUes qu'a publiées tout récemment Parinaud [ï%3^)r il en existe une qui présente cette disposition, mais il sera toujours pré^' rable de se servir de Tcchelle des signes de VVecker qni ne provoquent pa» •* méfiance de l'observé comme les lettres renversées et qui n'ont pas be^o**^ d'être modifiées.

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