SIMULATION : MOYENS DE SURPRISE I
clarez que malheurensement Toeil commence à se prendre et que vous allez rechercher par un nouvel essai à quel degré il est malade ; vous faites mine de prendre dans votre boîte un nouveau verre, et sans avoir changé celui que vous teniez, oubliant à dessein de fermer Vœil malade^ vous le placez devant le second ^Ti prenant bien garde d'arriver jusqu à la pupille; s'il déclare y voir double comme tantôt, il se trahit •complètement, car il se trouve dans les conditions de la première expérience, la diplopie est redevenue binoculaire.
Ces expériences se pratiquent avec moins de lenteur et de difficultés, en se servant non de Tarête mais bien de la base du prisme pour produire la diplopie monoculaire (Baudry) (i). Il suffit d'amener cette base, dans un sens quelconque, en regard de la circonférence de la cornée, même à o,io ou 0,20 en avant de Tœil, pour qu'en engageant le sujet à fixer la lumière il perçoive les deux images. Un fragment de glace sans tain peut suffire et agir comme le prisme.
Expériences avec des objets colorés, — Elles sont basées sur ce fait général qu'un verre coloré ne laisse passer que les rayons similaires et arrête leurs complémentaires; par suite, si on regarde à travers un verre rouge, des objets rouges et verts, sur un fond noir y les rouges apparaîtront avec netteté, les autres devenus noirs disparaîtront.
Si \efond estblanc^ ce sera absolument le contraire. Ce fond, par suite de l'interposition du verre rouge,
<x) Ann, d'Ocu., 1882 et broch. in-80. Paris, 1883.
BARTHELEMY. L*ezamen de la vision 12
est devenue uniformément rouge lui-même, les objets de la même couleur disparaissent et les autres s'y dessinent en noir.
Snellen en 1877 en fit le premier l'application. Il présentait au simulateur dés lettres de l'une et de l'autre couleur sur fond noir et plaçait devant l'œil sain un verre roùge ou vert ; l'amaurotique vrai ne voyant que de l'œil sain, ne percevait que les couleurs similaires, les autres devenant noires : l'amaurotique faux voyant de l'un et de l'autre œil, les distinguait toutes et si ces lettres appartenaient à un numéro déterminé de l'échelle typographique comme dans les tableaux chromatiques de Stilling, de Wecker, on pouvait non seulement déjouer la simulation, mais encore déterminer l'acuité visuelle (i).
Fontorbe a tiré un parti original du second fait. Son expérience est d'autant plus utile qu'elle est simple, démonstrative et ne nécessite qu'un crayon dermographique et un verre rouge. Sur un papier ordinaire il trace des lettres alternativement rouges et bleues, sans appuyer, et les fait déchiffrer en plaçant un verre rouge devant l'œil sain ; toutes les rouges disparaissent pour l'amblyope et les autres d'un beau noir sont seules vues ; toutes, au contraire, sans distinction, sont perceptibles pour le simulateur (2).
On comprend facilement que l'épreuve puisse varier, au gré du médecin, suivant qu'il tracera des lettres, des points, ou des mots avec des lettres ainsi
(1) Wccker. Therap, Ocul, p. 650. \Veckeret Landolt. Ophtal^^ t. I. p. 506. (2) Basticr, Thèse Montp., janvier 1888. Description du procédé de Fontorbe, de Rochefort.