‹ Instruction raisonnée pour l'examen de la vision devant les conseils de révision et de réformeChapitre 39 sur 71 · SIMULATION DE MALADIES DIVERSES I · texte numérisé non relu

SIMULATION DE MALADIES DIVERSES I

en France (i). Et ce qui est plus remarquable, c'est qu'aucun d'eux n'éprouva d'accident ! Tous furent opérés avec succès et continuèrent à servir !

Alors même qu'on pourrait avec des lotions d'acide nitrique, comme Tartra prétend l'avoir vu en 1802, ou avec des applications d'un liquide dense sucré ou salé, comme on peut le faire chez les animaux inférieurs, provoquer la cataracte, je doute qull y ait beaucoup de personnes qui puissent se décider, pour se soustraire à l'obligation du service, à courir les chances de rester aveugles.

Autres affections simulées ou provoq.uhes. — Cependant la terreur de Hnconnu, la crainte, l'exagération clés servitudes du métier des armes, l'ardent désir de ne pas quitter le toit de la famille, ont pu pousser de pauvres garçons affolés, à provoquer par l'arrachement <les cils, par l'emploi de poudres caustiques achetées à prix d'argent, par l'inoculation du pus blennhorragique, des blépharites, des conjonctivites, des ophthalmies purulentes, et plus d'un a payé de la perte d'un <feil ou des deux sa trop coupable énergie. J'ai vu moi- Diême un soldat de l'armée d'Afrique, qui avait employé, jusqu'au moment de sa réforme, les poudres 'es plus variées pour entretenir une kératorconjoncti- *^ite dans le but de se faire renvoyer ; devenu à moitié iveugle, il en fit l'aveu en nous exprimant tous ses 'egrets et son désespoir.

Mais je ne veux pas parcourir avec vous ce champ

(i) Ce fait s'est, présentp de nouveau eu Belgique dans un fort d'Anvers, bezcinq disciplinaires. {Arck. de mid. et chi, militaires^ 1884, p. 339.)

BARTHÉLBMY, L'cxamen de la vision \^

encore assez étendu; car il est peu d'affections de l'œil ou de ses annexes qui n'ait été Tobjet ou d'une imitation mensongère ou d'une provocation coupable ; à côté de celles que j'ai citées, il faudrait placer encore le blépharospasme, le nystagmus, le prolapsus delà paupière supérieure ; or, je tiens à ne pas dépasser aujourd'hui les limites que nous nous étions tracées, l'étude des troubles de la vision vrais ou simulés.

Note I . — En général, toutes les altérations profondes de l'œil sont les symptômes d'affections graves qui empêchent Y admission au service^ parce qu'elles nécessitent des traitements longs, incertains, et que dans le cas même où ils seraient efficaces, elles n'en laissent pas moins persister une diminution réelle de la faculté visuelle. Leur aggravation pendant la durée du service pourrait créer, en outre, des charges onéreuses à l'État.

Mais, après incorporation, toutes n'exigent pas, au même degré et aussitôt, la réforme^ parce que quelquesunes sont susceptibles de guérison, ensuite parce que l'État doit ses soins gratuits à ses serviteurs, et ultérieurement une compensation, si la maladie entraînant la perte ou la diminution de la vision est du fait du service. Nous pourrions à ce point de vue établir les catégories suivantes sans pourtant qu'il y ait rien iahsoin dans cette énumération. L'appréciation doit en être laissée à chacun (i).

(i) Voir l'instruction Réglementaire du 7 aoAt 1879, Marine, 27 févrieriS/jf Armée, art. 140 à 148. '^

I** Affections profondes entraînant toujours Tinaptitude au service ou la réforme :

Atrophies du nerf optique, quelle qu'en soit la cause ;

Névrites et névro-rétinites, d'origine cérébrale et spinale ;

Rétinites pigmentaires, congéniale ou syphilitique ;

Décollements rétiniens ;

Choroïdites disséminées, atrophiques, exsudatives; très étendues ;

Irido-choroïdites anciennes;

Tumeurs et dégénérescence de la choroïde, de la rétine ;

Coloboma, absence de pigment dans la choroïde (albinisme).

a** Affections entraînant en général l'inaptitude au service ou le refus d'acceptation, mais qui, lorsqu'elles se développent pendant la durée du service, doivent être traitées avant de prononcer la réformey soit dans l'intérêt du malade, soit dans celui de l'État ;

Hyperhémie, congestions, apoplexies du nerf optique et de la rétine ;

Névrite par compression intra-oculaire, suite de contusion, épanchement de sang, corps étranger, fracture, etc. ;

Amblyopies toxiques par alcool, tabac, plomb, morphine, quinine;

Rétinites syphilitique, glycosurique, diabétique et idiopathique ;

Choroïdites aiguës en général, et glaucome.

3* Affections entraînant toujours V inaptitude au service et la réforme^ mais, dans ce dernier cas, pouvant ouvrir des droits à une pension ;

Névrites par compression et atrophie consécutive, dues à une blessure, contusion, fracture reçue en service;

Atrophie réflexe due à une lésion traumatique du trijumeau, une plaie du sourcil ;

Névrites et atrophie consécutive à des fièvres intermittentes, typhoïde, à la dysenterie, ou à des affections diverses gastro-intestinales, endémiques, à des fièvres éruptives, au rhumatisme articulaire aigu, à l'intoxication saturnine, diphtéritique, à des vomissements, des efforts violents, au froid intense amenant une vive congestion de la tête, à Faction de la foudre, à une affection cérébrale, en tant que toutes ces causes proviennent du fait du service ou sont attribuables à ses fatigues ;

Atrophie grise, fréquente chez les officiers à lasuite de campagnes prolongées, sans qu'on puisse invoquer un traumatisme, une chute sur les reins, une commotion violente, et pouvant être rapportée à un épuisement nerveux, suite d'excès, d'insomnies prolongées, de fatigues intellectuelles, d'excitations morales débilitantes, surtout quand elles se compliquent de troubles nutritifs ayant amené une perturbation marquée dans la santé (Week Th. Oc. p. 632) ;

Rétinites idiopathiques, que l'impaludisme, le scorbut, l'anémie des pays chauds peuvent produire, ainsi encore que l'action combinée de la chaleur et de la lumière, par exemple chez les chauffeurs ;

Neuro-rétinites ou choroido-rétinites dues à cette dernière cause, ou à l'éclat de la lumière solaire, à la répétition des observations astronomiques.

Note 2. — ' La première expérience est connue depuis

longtemps et partout reproduite (voir Perçy, DicLi 60 vol., art. Simulation, i82i);la seconde a été mieux exposée peut-être, par Liebreich que par ses devanciers [Dict.de méd. et de chir,prat,, 1864, t. I, p. 788)1 et la dernière, quoique peut-être entrevue parplusieurSi n'a été formulée que par mon savant ami et collègue, le médecin en chef Cras, dans le Bulletin de la Société

de chirurgie^ ^878^ et exposée avec détails, antérieurement dans les Archives de i7iéd., t. XXIV, 1875, nov., p. 431, avec tous les détails et toutes les explications qu'elle comporte

Note 3. — Lorsque le sujet prétend que son amauroseouson amblyopie amaurotique, unilatérale, existe depuis longtemps ou seulement depuis quelques mois ; si ses allégations sont vraies, toutes les probabilités sont en faveur d'une cause locale ayant laissé des traces. Les amblyopies de cause générale, dyscrasiques, toxiques, ou cérébro-spinales, sont ou doubles d'emblée, ou se propagent rapidement aux deux yeux. Ces causes locales limitées à un œil sont nombreuses et peuvent, par ordre de fréquence, appartenir aux catégories suivantes :

I" Amblyopies par exclusion, dites encore par anopsie, ou « ex non usu », liées le plus souvent aux anomalies de réfraction, aux opacités cornéennes, aux déviations strabiques;

2" Amblyopies, suite d'une maladie profonde de l'œil, glaucome, décollement rétinien, inflammations profondes, embolies, apoplexies rétiniennes ;

3" Amblyopies traumatiques, par suite de contusion sur Toeil, de chocs, coups, chutes sur les régions périorbitaires avec épanchements de sang, fractures, etc., et névrite optique, ou déchirure des membranes profondes, etc. etc. ;

4** Amblyopies par compression de l'œil, et exor- Wtis produits par les tumeurs de l'orbite, kystes, abcès, anévrisme de l'orbite, ostéite, exostoses des parois ;

5" Amblyopies d'origine intra-crânienne, par pro-* duction de névrite et de neuro-rétinites consécutives à des méningites, exsudats, tumeurs, apoplexies limitées et s'accompagnant souvent d'autres paralysies ou de phénomènes cérébraux.

L'amblyopie traumatique peut, comme dans les cas signalés § 3, note i, ouvrir des droits à la réforme et même à une pension de retraite, si elle est la conséquence d'un traumatisme reçu en service commandé. Le médecin a donc le devoir non seulement de constater son existence réelle, mais encore son degré, son incompatibilité avec le service, son incurabilité et en procédant toujours par exclusion, la relation pouvant exister entre la cause invoquée et ses conséquences. Il ne sera donc pas inutile d'énumérer la variété des cas qui peuvent se présenter et qui sont souvent invoqués.

1° Un choc direct sur Tœil ou les paupières, peut produire l'amblyopie par suite :

D un spasme ou paralysie du muscle du sphincter de riris et du muscle accommodateur, état en général passager;

D'une commotion de la rétine, état mal défini, sans lésion appréciable, en général passager ou suivi d'atrophie, état permanent;

D'une déchirure de la choroïde, lésion moins sérieuse; de la rétine, toujours grave, ou des deux à la fois ;

D'un décollement de la rétine de nature hémorrbagique et non séreuse;

D'épanchements sanguins dans les milieux de l'oeHj dans la chambre antérieure, susceptibles de guérison, ou dans les membranes de l'œil;

De chorio-rétinites consécutives, impossible à distinguer de celles qui sont de nature spécifique, si ce n'est pardescommémoratifs précis et la non-existence d'une cause générale ;

De cataracte traumatique ou de luxation du cristallin.

2" Un choc indirect ou transmis à l'œil de la région crânienne ou d'une région éloignée, chute sur les

>ieds, le bassin peut à la rigueur amener les mêmes ésultats et en outre:

Par commotion, une amblyopie passagère, disparaissant en même temps que les autres signes de la commotion cérébrale ;

Par fracture de l'orbite, du trou optique ou de la base du crâne, épanchements sanguins dans Torbite ou le crâne, une atrophie incurable, rapide dans les premiers cas, plus lente dans le dernier ;

Des névro-rétinites, bénignes si on peut les soupçonner de nature réflexe ; très graves, si elles sont attribuables à des lésions traumatiques des centres.

f Une plaie à l'œil, toujours grave, peut amener la perte de la vue avec désorganisation du globe oculaire ou par le fait de cicatrices cornéennes, d'iritis, irido-choroïdite, synéchies, cataractes.

4° Une plaie par instrument piquant ou contondant, péri-orbitaire peut amener une atrophie réflexe ; circum-oculaire et en particulier à Tangle interne, une atrophie rapide par suite d'épanchement rétro-bull)aire, cas fréquents à la suite principalement d'exercices d'escrime. Au début, exorbitis léger, mydriase, amblyopie, cinq à six semaines ensuite atrophie. J'en •aWu plusieurs cas et Cras en a donné une excellente •description (Soc. chir.^ août 1878). (Voir un travail de Baudry, sur les amblyopies monolatérales. Arch, d^opt,, 1882, 496, «io8.)

Note 4. — Les deux procédés de Javal et de Cui- ?iiet ont de grands avantages ils sont simples , effi- ■caces, n'exigent ni habileté manuelles, ni connais- •sances spéciales, ni appareils coûteux. Une courte ■expérience a bientôt appris à en tirer le meilleur P2rti. Ils ont subi plusieurs modifications qui, peut- *tre, ne les ont rendus ni plus pratiques, ni plus certains.

Le procédé de Javal a été modifié par M. Perrin (i).

Leprocédéde Cuignet,tel qu'il Ta décrit (2), estdifférent de celui que j'ai exposé dans le texte du chapitre. Ce n'est que dans le t. XXIX, p. 2^'] du Recueil deniéd. milit,^ qu'il a donné la préférence à la ligne de points avec numéros d'ordre , telle qu'elle a été présentée par Galezowski (3), donne également la figure explicative de l'expérience.

Le D*^ Martin, médecin-major de rarmée (4), a décrit une boîte qui peut servir à faire avec plus de précision cette expérience. Elle mesure i pied de long^ 20 centimètres de large; sur une des faces du petit côté dans une coulisse, on peut faire passer les diflérents caractères de l'échelle typographique; la face antérieure qui lui est opposée est percée de deux fentes par lesquelles le sujet doit regarder: à o°,i5 environ sur le fond, peutse dresser une baguette ronde qui s'interpose à volonté entre les yeux et les caractères. Il est facile de comprendre comment on peut, avec cet appareil: 1° mesurer l'acuité; 2** constater l'existence ou non de l'amaurose unilatérale ; 3° déterminer le degré de l'àmblyopie d'un œil.

Bien avant de connaître l'appareil de Martin, j'avais fait construire et je me servais d'un appareil qui me paraît plus simple et plus fertile en applications, car on peut répéter facilement à son aide la plupart des expériences décrites dans le texte ou dans cette note (fig. 12).

Il se compose d'une grosse règle carrée, longue de

(i) Maurice Perrin, Recueil des mémoires de mid. et chirurg. miliiairtSf 1877, t. XXXIII, p. 15.

{2) Cuignct, Recueil des me'moires de médecine et chirurgie miliisirtSt t.XXIV, p.321.

(3) Galezowski, Traité des maladies des yeux^ 3» édition. Paris. 18M.

(4^ Martin, Recueil des mémoires de médecine et de chirurgie militaire de 1878, p. 307.

o'",5o, graduée en centimètres et en pouces. Elle est montée en son milieu sur une poignée ou sur un pied. A une extrémité se trouve fixée et mobile à volonté, une plaque de bois, ou mieux encore de tôle légère M, noircie et vernie, percée de deux trous pour les

Fig. Z2. — Expérience de Javal, Cuignet, etc. (i).

yeux, assez grands pour permettre à l'observateur de toujours surveiller le regard de l'observé, et d'une grande fente pour le nez. Sur le côté opposé, dans la demi-circonférence inférieure, chaque trou présente trois crochets c^ r, o permettant de placer des verres correcteurs ou prismatiques. En somme, c'est une espèce de masque offrant les mêmes facilités que les lunettes dites d'essai, et pouvant occuper trois positions relativement à la règle qui peut être amenée ou ejitre les deux yeux, ou devant chacun d'eux. Sur la ^^gle, courent deux curseurs r,r' percés d'un trou à vis pouvant recevoir plusieurs appareils différents, et

'*) Cet appareil et ses accessoires pour d'autres épreuves, se trouvent dans °o»te pour rexanoien de la vision de l'auteur. Giroux, opticien, Paris.

«ntre autres la plaque et la lentille de Toptomètre Badal, mais ayant tous même tige pour les supporter.

Pour l'expérience de Cuignet, le masque étant dans sa position médiane, l'un des curseurs, le plus éloigné, •exactement placé à 0^,33 ou i pied, reçoit une petite fourche analogue à celle des instruments de musique et dans laquelle est tenu un papier P portant la ligne des points ou tels autres caractères, ou une page d'impression comme dans l'expérience de Javal ; l'autre reçoit une tige en bois E, qui va servir d'écran à la place du doigt, de la règle ou du crayon. Sa sectioa «st ovale; par ses petits côtés elle a l'épaisseur d'ua crayon, par son grand côté elle mesure o",2. On a ainsi cet avantage de pouvoir à volonté changer le papier objectif, sa position ainsi que celle de l'écran, sa forme et sa largeur, toutes conditions qui modifient à l'infini les conditions de l'expérience et ses résultats.

Pour aller plus vite et constater à la fois et la nonexistence de l'amaurose et le degré de ramblyopie,très souvent réelle, dont l'observé a voulu tirer parti en l'exagérant, j'ai fait construire le petit tableau suivant:

Œil droit : V = 1/4 i 11 m iv v vi vu N» 4

CEil gauche: V = 1/12 UF A L N T H ^'* "

dans lequel la ligne des points représente le n** 8 de l'échelle typographique ancienne; la ligne (i) le n° 4 qui a 0,33 ^^^^ au moins être déchiffrée par l'œil droite

V = 1/4 étant pour cet œil le minimum du degré de l'acuité visuelle exigée ; la ligne (3) dont les caractères sont ceux dun° 12 doit être déchiffrée par l'œil gauche*.

V = 1/12 étant le maximum de diminution de l'acuité visuelle acceptable.

L'emploi des prismes a présenté aussi bien des variantes. J'ai décrit les deux procédés les plus simples» en voici d'autres qui sont non moins originaux.

NOTES EXPLICATIVES aoj

Pour provoquer la diplopie monoculaire, Galezo- ^ski [loc, cii,^ p. 853) a proposé de se servir d'un prisme biréfringent d'Arago, moyen qui exige moins ^étalonnements que le procédé que j'ai indiqué, mais ne peut se passer d'une lentille spéciale d'un prix élevé. On peut encore, avec les prismes, croiser les images, et montrer à droite ce qui est à gauche, et ^ice versa. Ainsi placez devant l'œil gauche, je suppose, un prisme de 10° base en haut et en dehors, et devantl'œildroitprétenduamaurotique un verre rouge, et faites regarder une bougie ; l'observé verra deux images ; l'une à gauche, rouge, appartient à l'œil droit; l'autre à droite, blanche, appartient à l'œil gauche.

Quelque parti qu'il prenne, le simulateur se trompera, car s'il avoue les voir toutes deux, ilse condamne, et s'il prétend ne pas voir celle qui est à droite, il se <îondamne encore mieux, puisqu'il signale comme visible celle-là même qu'il ne voit que de l'œil droit.

Les prismes, dans les stéréoscopes de Breswter, perinettent de créer facilement ces confusions. L'un des procédés les plus simples pour y arriver est indiqué dans l'instruction ministérielle de la guerre de 1877, page 380. On remplace dans l'instrument la carte photographique par un carton de même dimension divisé au milieu par une ligne verticale, de chaque côté de laquelle on a tracé des signes variés de forme et de grandeur, les uns distants de 2 centimètres de cette "gne, les autres de 5 centimètres. A travers les prismes du stéréoscope, les premiers donnent des images croi- ^^cs, les seconds des images directes, et, si on prend ^'ien soin de surveiller s'il fixe des deux y^ux, le simulateur le plus adroit sera mis en défaut pour désigner quels* sont les signes qui sont à sa droite, ceux ^^i sont à sa gauche. On pourra encore lire dans Ar- '^^i%Ti2iC [Traité ophthalm.^ 1878, p. 447), la description d'autres procédés basés sur le même fait physique.

Il serait facile de varier à l'infini ces expériences, que le prix peu élevé des stéoroscopes qu'on fabrique aujourd'hui met à la portée de tous.

On peut les reproduire avec l'appareil que j'ai décrit tantôt, puisqu.'il est facile de le munir de verres prismatiques et d'une petite cloison placée de champ

OsiK dro/i

Fig. 13. — Expérience de Fiées.

sur la règle, mais on peut encore plus facilement, à son aide, imiter les effets de la boîte proposée d'abord par Fiées, médecin militaire belge (i), et dont l'utilité

(i) Fiées, Archives de méd. milit. helge^ 1860, t. XXVI.

a été signalée depuis dans plusieurs livres classiques ;

voici comment on arrive plus simplement au même

résultat (fig. 13).

Deux miroirs inclinés à 120** M et M' sont placés sur un des curseurs en face du masque, ils ne forment qu'un seul système qu'on arrête à environ o",33 sur la . règle graduée. Sur le masque en dehors des trous destinés aux yeux se trouvent collés deux cachets (sur la figure 12 FF') un rouge R, un blanc B, ou, ce qui vaut mieux, sont peints deux ronds sur chacun desquels sont inscrits des test-caractères, les unes du n** 4, les autres du n° 12 (fig. 2, R B). La disposition est telle, comme le montre la figure 13, que l'œil droit voit l'objet de gauche, mais à gauche de Tobjet de droite que lœil gauche doit voir à droite du premier. Cest-à- ^ire que, comme avec les prismes, il y a transposition des images et une confusion facile pour celui qui y voit des deux yeux. Invariablement le simulateur, en supposant que ce soit Tceil cfroit qu'il prétende amaurotique, affirme ne voir que la tache rouge qui précisément est vue par cet œil. S'il n'existe que de Tamblyopie, on pourra en apprécier le degré d'après la lecture des lettres inscrites sur le cachet.

La boîte de Fiées a déjà été modifiée plusieurs fois. Armaignac (i) a rendu les miroirs mobiles autour de l'axe vertical par lequel ils se trouvent au contact ; ils peuvent ainsi recevoir une inclinaison variable qui peut à volonté agrandir ou diminuer l'angle qu'ils forcent. Ces mouvements combinés des deux miroirs produisent des effets si variés qu'il est impossible de savoir quelles sont les images perçues par un œil ou P,3r l'autre, si on rie ferme pas l'un des deux. Il de- ^^^nt ainsi très facile de contrôler la véracité des réponses de l'observé.

(i) Armaignac, loc, cii.^ p. 451.

2o6 NOTES EXPLICATIVES

Avec mon appareil on obtient le même contrôle facilement, car la tige qui soutient le système des deux miroirs est mobile autour de son axe dans le curseur qui la reçoit, et on peut facilement, en le tournant à droite ou à gauche, montrer à l'un ou à l'autre des yeux les deux cachets, ou un seul à la fois, ou tous deux en même temps, chacun des yeux n'en voyant qu'un seul.

Le docteur Mareschal, médecin aide-major de l'armée, a encore décrit une simplification de la boîte de- Fiées, dans laquelle il a substitué un simple miroir plan aux deux miroirs inclinés (i). C'est un procédé que je n'ai pas encore essayé.

La dernière modification réellement importante apportée à la boîte de Fiées est due à Chauvel. Elle a surtout pour but de permettre à la fois la constatation de la simulation et la détermination de l'acuité de l'œil prétendu mauvais, détermination importante au premier chef pour les hommes qui doivent être acceptés ou refusés pour le service. (Chauvel, Recueil d'Opht.y avril 1887 ; Mémoires de méd. mili., 1885, p. 129.)

Je signale enfin, en terminant cette longue énumération, ces deux derniers procédés : celui de Wells, qui est basé sur Vhorrenr physiologique que nous éprouvons pour les images doubles: si on cherche à faire lire de petits caractères avec un prisme de 10" à 23° placé devant un des yeux, les lignes et les mots paraissent doubles, la lecture devient très pénible, et cet œil louche pour se soustraire à cette double image; s'il était amaurotique, il n'y eût point été contraint et serait resté immobile ; celui de Boisseau : pendant que le sujet fixe un objet, presser avec la pulpe de l'index sur le globe du côté sain et lui faire subir un

(1) Recueil des mémoires de médecine et de chirurgie militaire, p. 437 (iuiUct-août 1879).

léger déplacement. S'il accuse de la diplopie, c'est que les deux yeux ont conservé leur faculté (Boisseau, Maladies simulées^ p. 295).

Note 5. — Je me sers volontiers pour cette expérience d'une ligne de caractères qui présente à la fois du numéro 4 pour Toeil droit et du numéro 12 pour Toeil gauche. Les lettres et les chiffres choisis rappellent la règle générale :

O. D: V = 1/4 est au moins nécessaire O : G , : V = 1/2 suffit à la rigueur..

Les lettres, points, barres, sont du n° 12 de V Echelle ancienne, visibles à 15 pieds, les mots du n"4.

Note 6. — L'héméralopie dite idiopathique peut se présenter dans les prisons, les hôpitaux, les casernes, les camps, en France aussi bien que dans d'autres pays ; elle n'est donc point une maladie maritime ou tropicale, mais on ne saurait mettre en doute sa fréquence, beaucoup plus grande à bord des navires. Suivant la nature, la durée, les conditions de la campagne, les parages à visiter, etc., toutes les causes invoquées pour expliquer son développement se trouvent réunies : Tanémie, le scorbut, la débilitation due au climat, au régime, aux maladies endémiques des pays chauds, à Thumidité, les effets de l'intensité de la lumière solaire, réfléchie ou directe, dans les pays intertropicaux ; aussi les médecins de la marine fournissent-ils une longue liste à sa bibliographie et ont contribué à enrichir son histoire (i).

Note 7. -T- Voir pour larétinite idiopathique séreuse Martialis {Arch, de mcd. nav,^ 1868, t. IX, p. 38).

(1) Fleury, 1839 ; Payenet Coquerel, 1849; Dutroulau, 1850 ; Audouit, 1855; *onssagrives, 1856 ; Ollivier, 1857 ; Quesraar, 1858 ; Ouvrard, 1858 ; Lacroix^ *^i ; Rivière, 1864; Martialis, 1868 ; Fonssagrives, Hygiène navale^ 1878 ; Comme, thèse de Paris, 1878.

Galezowski [Traité des mal, des yeux^ 3" édition. Paris. 1888, p. 608).

Quaglino (Ann. d^ocnl,^ 1866, p. 97).

Poncet a décrit le premier dans la Galette hebdomadaire^ juillet 1869, « une anémie des artères de la ré- « tine qui deviennent grêles, fixes, pâles, blanches', à « double contour vers la papille et accompagnée d'une « congestion des veines que Tétat de vacuité relatif « des artères fait encore ressortir davantage. » Il la considère comme pathognomonique de Théméralopie.

Galezowski (i) a décrit aussi une contraction particulière, étendue et permanente des artères amenant Tanémie de la rétine.

En 1867 et 1868, étant chargé du service de Thôpital du bagne, j'avais été frappé, dans quelques cas d'héméralopie qui se présentèrent, de la petitesse relative des artères, de leur double contour, des arrêts de circulation suivis d'une débâcle dans les veines, de la pâleur générale du fond de Tceil. J'avais attribué ces deux faits, l'un fonctionnel, l'autre anatomique, à la même cause, à la misère physiologique de ces forçats malades, à l'appauvrissement en quantité et qualité de leur sang, mais sans penser à faire de cette apparence du fond de l'œil un signe pathognomonique de l'héméralopie. J'y suis d'autant moins porté aujourdTmi que l'ayant recherché depuis lors dans les cas qui se sont présentés à mon observation chez des matelots, je ne l'ai plus retrouvé avec assez de netteté pour en affirmer l'existence. Est-ce affaire de cause ou de constitution, de misère surtout ? C'est probable. Ne seraitil pas à présumer qu'il existe plusieurs sortes d'hémé- \ ralopies essentielles, différentes de cause et de résultat quoique identiques dans leurs effets ? L'une, qui serait

(i) Galezowski, Traiiemeni de VanimU de la rétine, par la calaharini \GaM. des hôpiiaux^ 1869, p. 491).

due à l'action de la lumière, amenant par épuisement la torpeur de la rétine, une autre qui, sous l'influence de cette cause seule ou combinée à l'action de la chaleur, produirait la rétinite séreuse ; une dernière attribuable à Tanémie et amenant cette même torpeur par défaut d'excitation sanguine, etoccasionnant peutêtre la petitesse et la contraction des artères.

Quant au xerosis de la conjonctive, capable même d'après Blessy d'envahir la cornée, ce ne serait que • dans les cas où le défaut de nutrition a longtemps exercé sa fâcheuse influence, qu'on peut le rencontrer (Bitot, Wecker et Masselon, Thérapeutique ocu- Jaire^ p. 656).

Note 8. — Mackenzie(0/>A/A. artificielle ^i.l^ p. 1 16). — Ollivier (d'Angers), Maladies simulées [Ann. d'hygiène et de médecine légale^ i" série, t. XXV, p. 104, janvier 1841). — Ollivier (d'Angers) raconte qu'un individu qui s'était fait cautériser le pourtour de la cornée dans le but de provoquer une maladie qui lui permît d'éviter le service militaire, eut une inflammation très vive des yeux, qui troubla la transparence des deux cornées. La cécité devint complète, incurable, et le malheureux, désespéré, s'asphyxia par le charbon après avoir épuisé toutes ses ressources pour guérir un mal dont il avait payé la provocation à un efibronté et soi-disant médecin, qu'on lui avait indiqué comme ayant déjà procuré à plusieurs jeunes gens les moyens de se faire réformer.

BARTBiLBMY. L'examen de la vision. 14

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