‹ Instruction raisonnée pour l'examen de la vision devant les conseils de révision et de réformeChapitre 4 sur 71 · DÉTERMINATION DE L*ACUITÉ VISUELLE · texte numérisé non relu

DÉTERMINATION DE L*ACUITÉ VISUELLE

plaçant votre sujet en face d'objets connus et plus ou moins éloignés, hommes, fenêtres, arbres, etc., et comparer votre propre acuité, si elle est normale, à celle qu'il accuse. Mais ce ne serait là qu'une appréciation incertaine et peu susceptible d'être représentée numériquement : avec les échelles typographiques et un ruban métrique, vous avez, au contraire, tout ce ce qui est nécessaire à une détermination rigoureuse et vous pourrez y arriver de plusieurs manières.

Mais, avant de les décrire, il sera utile de vous exposer brièvement les principes généraux surlesquels reposent cet examen et ses modes divers.

L'acuité visuelle dépend de la perfection des propriétés de la rétine^ considérée dans ses derniers éléments sensibles ou photo-esthésiques, les cônes et bâtonnets : à la condition qu'elle se trouve exactement placée au foyer des corps extérieurs qui l'impressionnent, son acuité, tout étant égal d'ailleurs, éclairage^ distance, moment, durée de l'examen, sera mesurée par la plus petite image dont elle puisse encore percevoir nettement laforme; c'estau moyen des échelles typographiques qu'on réussit à la déterminer. Il en existe aujourd'hui un assez grand nombre; mais quel que soit le nom qu'elles portent, ou la forme qu'on leur ait donnée , elles sont constituées par une série de lettres ou de signes dont la grandeur croît pour chaque numéro, d'après une proportion régulière ainsi calculée que chacun d'eux doit être vu distinctement par un œil normal, à la distance (en pieds ou en mètres et fractions de mètre, suivant que leurs auteurs ont pris pour hase les anciennes ou les xvomn€^^^ "K^^-

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sures) représentée par le rang qu'il occupe dans la série qui a été choisie. Aussi il suffit qu'un œil voie distinctement un de ces numéros à sa distance physiologique pour que son acuité soit considérée comme normale ; car tous sont vus sous le même angle visuel, tous forment, sur la rétine, une image de même dimension, la plus petite qui soit perceptible, et correspondant à peu près en étendue à la surface des plus petits éléments terminaux des fibres de la rétine.

Toutefois, Tacuité visuelle n'est pas représentée par le plus petit objet isolé qu'on puisse percevoir, mais bien par le plus petit qu'on puisse distinguer d'objets semblables, de même dimension, séparés les uns des autres par des intervalles clairs, égaux à eux-mêmes. Dans le premier cas, il y a seulement perception d'un point dont la visibilité est en rapport avec son intensité lumineuse, sans qu'on puisse savoir si son image porte sur plusieurs éléments de la mosaïque que représente la rétine, ou seulement sur une partie ou sur la totalité d'un seul de ses éléments; dans le second, au contraire, et, dès que la distinction de la forme des deux images est parfaitement nette, à une distance donnée, pour devenir confuse à mesure que l'œil s'en éloigne, c'est que chaque objet fait réellement son image sur un élément distinct, séparable, recevant des impressions isolables des impressions des éléments voisins. Il en est de la sensation visuelle de la rétine comme de la sensation tactile de la peau : dans celle-ci, la délicatesse de toucher est mesurée par le degré d'écartement des deux pointes d'un compâs, nécessaire pour qu'elles corametvcetvt à être per-

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<çues séparément; dans Tautre, l'acuité visuelle est déterminée par les dimensions de l'image perçue, ou «encore par Tangle visuel sous lequel elle sera vue.

C'est cette image qui constitue le minimum visibile de Porter field, ou separahile de Giraud-Teulon, Vimage minima ou la limite de la perception rétinienne, V image limite de Maurel.

Or, dans l'appréciation de l'acuité visuelle, basée sur la recherche de l'image minima perçue par la rétine à une distance donnée, il y a deux facteurs : la grandeur de l'objet qui le produit, et la distance à laquelle il se trouve de Tœil: l'image rétinienne variant en proportion directe de la première et inverse de la seconde. Car, il est évident que, si vous distinguez à 2 mètres un objet deux fois plus petit que celui que je vois, oiji encore si vous voyez à 2 mètres l'objet que je ne peux voir qu'à i, vous aurez une acuité double de la mienne, et cela en supposant, bien entendu, que je sois emmétrope comme vous, ou que, amétrope, j'aie pris soin de corriger mon vice de réfraction. Vous pourrez donc, dans votre examen, faire varier la grandeur des objets, la distance ne changeant pas, ou, variant les distances, ne montrer qu'un seul objet; les deux procédés peuvent avoir leur utilité.

Premier procédé, — Généralement employé dans les cliniques, dans les salles restreintes comme dimensions : la distance reste la même , les caractères à lire varient.

Contre un mur de couleur foncée ou une porte, vous placez l'une des échelles typographiques aujourd'hui employées. Beaucoup sont ey.ceV\etv\.^s\ qi;v\^-

BARTHÉLBMY. L'Exumen de la vision. ^

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ques-unes, et en particulier celles de Giraud-Teulon^ de Snellen, sont calculées avec perfection ; je préfère cependant les deux grands tableaux de Téchelle métrique de Wecker, en raison de la simplicité des signes qu'il a employés pour les illettrés, et de l'idée qu'il a eue de supprimer tout calcul, en plaçant à côté de chaque ligne des test-caractères, d'un côté, la distance à laquelle il doit être lu normalement, et, de Tautre, la fraction représentative de l'acuité, lorsque cette lecture se fait à la distance déterminée de 5 mètres.

Ces tableaux doivent être bien éclairés par la lumière diffuse; l'observé, le dos au jour, assis ou debout, est placé exactement à une distance connue, variable suivant les lieux, les échelles, mais autant que possible de quelques mètres; vous^vous assurez, par un rapide examen, que, dans ces conditions générales, vous retrouvez votre propre acuité normale. Cette épreuve constitue, pour ainsi dire, une sorte de critérium qui vous permet de rectifier, au besoin, ou la position, ou l'éclairage, ou la distance.

Vous expliquez ensuite à Tobservé ce qu'on attend de lui, soit quand il sait lire, l'appellation exacte et rapide des lettres, soit quand il est illettré, la dénomination, la description des signes, ou plus simplement, quand ce sont ceux des échelles de Wecker, de Snellen, ou ceux que je leur ai substitués, leur imitation au moyen des doigts de Tune ou de l'autre main, ce que quelques mots d'explication lui ont bientôt appris.

Masquant aloTSj avec une de vos mains en coquille,

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son œil gauche, vous l'engagez à lire les plus gros caractères du tableau, puis ceux qui suivent, jusqu'à ce qu'il hésite dans sa lecture ; fixant ensuite son attention sur ces derniers, vous lui demandez à en épeler les lettres ou à en décrire les signes ; s'il y réussit, c'est ce numéro (N) qui va vous donner la mesure de l'acuité de l'œil droit. Sinon, vous remontez au numéro au-dessus. (Note 3.)

Or, l'acuité visuelle que l'on notait autrefois par la lettre S (la première du mot allemand qui la désigne), et aujourd'hui par la lettre V (du mot visns^ expression plus générale, à cause de son origine latine), est représentée par une fraction dont le numérateur est la distance où se trouve l'observé, et le dénominateur le

numéro qui a été vu ou V = =^. Soit par exemple la

distance égale à 15 pieds et 13 le numéro, nous aurons

V = -^ = 1. Si, au contraire, le numéro est de 20, 30,

40 V = ■^, i^, -5 ou 3/4, 1/2, 3/8.

Dans les nouvelles échelles métriques, le numéro d'ordre, ne correspondant pas toujours à la distance à laquelle il doit être lu, ou, en d'autres termes, n'ayant pas le même chiflre représentatif, au moins pour quelques-unes, il a fallu adopter une. formule

d'un usage plus général, et V = ^ est devenu V =:yr

exprimant le rapport de la distance [d) à laquelle les lettres sont vues à celle (D) où on devrait les voir. Pour faciliter d'ailleurs ce petit calcul, \detv\.\Ç2^^ ^^

somme au premier, quelques-unes de ces échelles en donnent le résultat à côté du numéro, soit en fractions, soit en décimales (échelle deMonnoyer).

Même examen, même notation pour Tœil gauche.

Deuxième procédé, — Plus exceptionnel, il n'exige cependant qu'un seul numéro déterminé qui restera fixe, tandis que la distance variera. Décrit par Landolt, il avait été employé, dès 1878, par notre distingué confrère le docteur Maurel, dans ses recherches intéressantes sur le degré d'acuité nécessaire à certaines professions maritimes (note 4).

Soit un numéro de la série, choisi suivant la distance dont on dispose, ou suivant qu'on recherche l'acuité de près ou de loin, prenons, par exemple, un numéro visible à 10 mètres, correspondant à l'ancien numéro 30 ou au numéro 10 métrique ; plaçons l'homme à examiner en face de ces caractères convenablement éclairés, et à une distance supérieure, soit à 12 mètres, après avoir pris soin de jalonner le sol à la craie ou avec une corde à nœuds, sur tout l'espace qui les sépare, ou mieux encore, après avoir tendu entre le tableau et lui, à hauteur de sa main, un ruban de fil divisé par mètres et fractions de mètre (i) engageons-le à déchiôrerles lettres : s'il y réussit d'emblée, sans se déplacer, son acuité sera supérieure à la normale d'une quantité au moins égale à la différence

(i) Pour rendre Texamcn plus facile et plus rapide, on peut se contenter d'une salle de 6 mètres de long, et du n^' 5 (Voir note 3) et porter sur le ruban métrique, d'un côté les divisions du mètre, de l'autre le calcul correspondant de Tacuitc, ainsi :

V:=r 1—4/$ — j/5 — 1/2 — 2/5 — 1/4 — x/5 — 1/8 — l/lO — 1/12.

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de 12 à lo, et pourra être représentée, soit simplement par le chiffre 12, soit par la fraction — , puisque — représente Tunité. S'il lui faut, au contraire, faire en avant un ou plusieurs pas, pour arriver à ne distinguer les caractères qu'à 10 mètres, son acuité sera normale ; elle deviendra inférieure, s'il se rapproche encore de manière à se placer à 9^,50, 9 mètres,

8 mètres, 2 mètres, 1 mètre. La formule V = ^5 reste d'ailleurs parfaitement applicable, et, à mesure qu'il se rapproche davantage, V devient égale à ^^ -^

Ce procédé donne une mensuration aussi rapide et certainement plus délicate des différences individuelles et des variations en plus ou en moins de l'acuité, puisque son échelle s'étend au-dessus et au-dessous de l'unité: ses résultats comparatifs peuvent passer d'une manière facilement appréciable par tous les chiffres entiers et décimaux compris entre l'unité et le chiffre de la distance ; il mérite d'être vulgarisé, il est simple, n'exige qu'un seul numéro typographique, et peut être pratiqué par un simple infirmier ; mais il ne doit pourtant prétendre qu'à des applications limitées.

Quand il s'agit, comme dans les recherches qui nous occupent en ce moment, de déterminer seulement si l'acuité n'est pas inférieure à la normale, le procédé ordinaire est plus utile, plus pïa\.\c\j\^^%N^x-

tout dans une salle ou un cabinet, et la pluralité des numéros devient indispensable, soit pour lappréciation de Tacuité chez les individus à courte vue, soit pour une double détermination de près et de loin. De loin, au contraire, et quand il est utile de rechercher, pour ainsi dire, la puissance ou la finesse de l'acuité chez des sujets se rapprochant tous à peu près de la normale, et faire un choix spécial parmi eux, le second procédé sera préférable.

Uacuité connue, on aura à faire l'application de la règle suivante :

« Quelles qu'en soient les causes, 'lorsqu'elles entraî- « nent la perte de la vue d'un côté, lorsqu'elles ré- « duisent l'acuité de la vision au-dessous de 1/4 des « deux côtés ou de l'œil droit, ou de 1/12 de l'œil « gauche, ou qu'elles occasionnent une diminution de « 1/2 environ de l'angle temporal du champ visuel, « elles sont un motif (ï inaptitude au service ou de ré- « forme pour les hommes provenant du recrutement.

« Pour les inscrits maritimes, l'acuité de la vision « ne doit pas s'abaisser au-dessous de 1/2 (i), limite « minimum adoptée pour les élèves de l'Ecole na- « vale. Pour le recrutement, il est utile d'ajouter cette « restriction que les règlements de l'armée formulent « au sujet de l'inaptitude au service militaire: à moins « que l'amblyopie, dépendant d'une altération de la « réfraction ne puisse être corrigée par des verres « (note 5). »

(i) Une dépêche ministérielle du 25 octobre 1881, abaisse à 2/5 le minimum pour rinscription maritims et les élèves ûi l*École navale. L'Instruction pour J armée est du 27 février 1877, celle pour la marine du 4 août 1879.

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Ainsi, rincapacité de servir, soit ré/orme, soit inap-. iitude au service^ doit être prononcée en faveur de tout conscrit qui sera destiné à l'armée, ou qui, désigné par le sort, doit être affecté au service de la marine, ou de tout homme actuellement incorporé :

I** Si ses deux yeux présentent une acuité inférieure à 1/4 ;.ce degré étant considéré comme le minimum compatible avec les exigences du service militaire ;

2** S'il ne présente cette infériorité que du côté droit ;

3° Si, du côté gauche, il arrive à un douzième seulement, limite comme on le voit bien plus étendue, et qui se justifie par les fonctions en quelque sorte secondaires de cet œil; car, ce qui lui importe plus encore que Tacuité, c'est l'intégrité de son champ visuel. Le rôle de la vision périphérique, et en quelque sorte celui de l'œil gauche, vis-à-vis de Tœil droit, qui est destiné à viser et qui, souventà l'exclusion du premier, fixe, regarde au loin, étant celui d'une sentinelle qui le prévient de la nécessité de son intervention ;

4° Enfin, si le champ visuel est diminué de moitié du côté temporal, ou, ce quirevientau même, a perdu la portion monoculaire du champ visuel binoculaire.

Laissons de côté, pour le moment, la question du champ visuel, et revenons sur les faits relatifs à l'acuité qui ont déterminé la fixation de ce chiffre de 1/4.

L'acuité physiologique varie d'un individu à l'autre dans des limites, en général, assez restreintes, pouvant cependant descendre à 1/3, 1/2, même 2/3 au-dessous de la moyenne, ou s'élever au-dessus même de 1/3, 1/2 en plus de l'acuité considérée comme normale.

Ces écarts, que Texpérience constate, sont évidemment en rapport avec les dimensions de l'image minima qui reste perceptible par les éléments terminaux des fibres de la rétine. Il en est de ceux-ci comme de ceux qui appartiennent aux nerfs du tact ou de l'ouïe ; et,, de même que la finesse de l'ouïe appréciée par le nombre de vibrations perceptibles comme son, ou la délicatesse du toucher mesurée par le degré d'écartément du compas de Weber, témoignent de leur perfection, de même le plus ou moins de finesse du tact lumineux semble indiquer un changement dans la dimension ou la sensibilité des éléments rétiniens.

Cette acuité individuelle et physiologique reste à peu près la même jusqu'à 27 ou 30 ans, c'est-à-dire pendant toute la durée du service actif. Elle diminue alors lentement et progressivement jusqu'à la plus extrême vieillesse. Aussi lorsque, à l'âge du conscrit,, on constate une diminution des 3/4 de l'acuité normale, c'est-à-dire V = -, on est amené à supposer ou

une altération de transparence des milieux, ou un état amétropique, ou une altération pathologique ou fonctionnelle de la rétine, ou encore un trouble dans l'accommodation; car, il faut bien remarquer que l'examen de l'acuité, tel qu'il se pratique, sans atropinisation, sans interposition devant l'œil d'une petite^ ouverture, comme celle de la carte percée d'un trou d'épingle, qui écarterait les cercles de diffusion et rendrait en partie l'accommodation inutile, est un examen d'ensemble dont les résultats peuvent être influencés par chacune de ses causes, et ne peut avoir la préten-

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