DALTONISME .* VARIÉTÉS
Variétés. — Celui-ci, et le faites! bien rare, ne voit aucune couleur, tout pour lui est noir, blanc ou gris, il est achromaiopse, CeluiAà ne voit pas, une des couleurs du spectre ou la confond avec une autre, il est atteint de chromapseudopsie ou achromatopsie partielle. D'autres, ils sont plus nombreux, ne savent distinguer ni lestons, ni les nuances ouïes teintes d'une couleur qu'ils reconnaissent très bien quand elle est saturée, on les dit dyschromatopses.
Tous sont impropres au service des signaux, car pour en accomplir toutes les exigences, non seulement il leur faudrait une portée normale de la vue, mais encore pour toutes les couleurs une acuité suffisante qui leur permette de les distinguer autant que possible de loin et malgré les atténuations de teinte que peuvent leur donner Téloignement, la brume, les nuages, la neige et les variations du fond sur lequel elles se détachent.
Dans les actes de la vie ordinaire, les inconvénients du daltonisme sont en somme assez minimes. Peutêtre même celui qui en est atteint ne se doute pas de son imperfection, ou bien à peine se reconnaîtrat-il une certaine infériorité dans l'appréciation des couleurs d'un tableau, des étoffes ; ses goûts , dans leur assortiment, dans sa toilette, pourront parfois paraître bizarres, excentriques ; il pourrait bien se faire encore, s'il devait être peintre, tapissier, teinturier, ou s'occuper de modes, que l'existence de ce vice de la vision lui prépare plus d'un désappointement; en somme pourtant, il ne nuit sérieusement ni â lui ni aux autres, sa vue peut être parfaite, rien ne
lui échappe, seulement il voit autrement que ceux dont la vision chromatique est complète.
Mais dans un service public, dans les chemins de fer, dans la marine, où les manœuvres, la direction, la vitesse, l'arrêt ou la marche du navire ou d'un train sont gouvernés par des signaux que distinguent les couleurs (note 9), on comprend toute la gravité que peuvent avoir pour Texécution d'un ordre, la responsabilité d'une manœuvre, d'un naufrage, d'un déraillement, en un mot la sécurité d'un navire ou d'un convoi de chemin de fer, les erreurs involontairement commises par les yeux de celui qui doit les voir et les interpréter.
Formes et causes. — Ces dangers sont d'autant plus menaçants que le daltonien peut s'ignorer lui-même, qu'une maladie accidentelle, un excès, un travail forcé peuvent provoquer l'apparition ou permanente ou passagère de cette imperfection.
Congcnial^ il existe en général, dans les deux yeux, il est souvent héréditaire, plus fréquent chezl'homme, susceptible peut-être de se corriger partiellement, par des exercices spéciaux ; malheureusement il peut rester longtemps, même toujours, inconnu à celui qui le porte; rien autour de celui-ci n'ayant changé, il ne peut avoir l'idée de sensations qui lui ont toujours manqué, et si, d'après des données qui lui sontpropres, il difïérencie suffisamment pour ses besoins les objets qui l'entourent, pour ne pas se douter du défaut dontil est atteint, le hasard seul pourra le lui faire découvrir.
Accidentel^ le daltonisme peut être dû à des causes bien nombreuses :
daltonisme: formes et causes 241
1° Le mélange de certaines substances colorantes avec le sang et les humeurs de Tœil peut provoquer un trouble d'ailleurs passager dans la perception des couleurs : telles seraient la santonine, la bile ; mais ce n'est là qu'un fait exceptionnel, en somme sans danger;
2** Il n*en est pas de même des maladies de la rétine et du nerf optique, dont l'achromatopsie est fréquemment un symptôme, d'autant plus redoutable qu'au début le malade ignore encore son existence, et a conservé dans ses aptitudes passées toute sa confiance.
[a) Au premier rang, les atrophies progressives du nerf optique dont elle est l'élément le plus précoce et le plus constant (i).
{b) Ensuite les rétinites, les décollements rétiniens, les choroïdites, les apoplexies de la choroïde.
{c) Dans d'autres cas plus importants encore, les lésions oculaires sont moins apparentes, malgré que <:e symptôme soit encore plus fréquent, ce sont les 5imblyopies toxiques par l'alcool et le tabac. L'altération du sens chromatique ne s'y manifeste parfois -et au début que par un scotome central pour les couleurs, de telle sorte que suivant la direction de son Tegard le malade sera ou non daltonien à une époque •de sa maladie où il n'existe encore ni amblyopie bien notable, ni diminution du sens visuel (Nuel de Louvain) (2).
{d) Je ne signale qu'en passant l'achromatopsie des
(x) Galezowski, Du diagnostic des maladies des yeux par la chromâtescopie rétinienne. Paris, 1868. — Leber, Ann. d'ocul.^ i86q. — Warlomont, Dict. encjfci,, t. XVII, etc.
{2)Ann.d*ocMl.fi%7S.
BARTHÉLÉMY. L'examen de la vision. z6
hystériques décrite par Charcot (i) que nous ne sommes guère exposés à rencontrer dans les services publics.
{e) Mais il est particulièrement utile de savoir qu'une plaie de tète, une contusion du crâne ou de Toeil, la commotion cérébrale, peuvent hii donner naissance. Ce sont ces cas que le docteur Favre a décrit sous le nom de dyscromatopsie traumatique (2).
{j) Enfin l'exposition habituelle des yeux devant la clarté incandescente des fourneaux (Féris), des causes morales, des fatigues prolongées ont pu la produire ou l'aggraver (docteur Favre (3). Ce serait à cette dernière catégorie qu'il faudrait attribuer les cas de dischromatopsie, observés chez de jeunes candidats, à la veille de leur examen, par le docteur Maréchal. Il les attribue, non sans raison, au surmenage cérébral aur quel ils sont soumis, et auquel s'ajoutent parfois des habitudes vicieuses, et le régime trop parcimonieux de certains établissements scolaires.
De ces deux formes, Tune congéniale, l'autre acquise, c*est cette dernière qui est encore la plus à craindre dans un service public. Les daltoniens de naissance voient le monde à leur manière, et s'ils ne connaissent pas une ou plusieurs couleurs, ils n'en peuvent pas moins distinguer les vibrations de l'éther par d'autres caractères : on en a vu faire leur service comme conducteurs de train, aiguilleurs, sans méprises aucunes pendant des années (docteur Nuel),
(i) Ga2. des hôp.^ 1879 et 1880.
[2) Favre, Gaz. méd. de Lyon^ 25 juin 1875. — Gaz. kehd, de méd. et dt chirurgie^ 1877, n* 41. Fontan, K. G. décembre 1885.
(3) Warlomont, Dict. encyclopédique des sciences médicales, p. 148,