‹ Instruction raisonnée pour l'examen de la vision devant les conseils de révision et de réformeChapitre 55 sur 71 · DALTONISME I MODES D EXAMEN · texte numérisé non relu

DALTONISME I MODES D EXAMEN

suelle, y compris Tamétropie, réduit aussi la puissance de distinguer les couleurs (Semelson, Meyer), il n'en est pas toujours de même ni comme quantité, ni comme siège, qu'il s'agisse d'achromatopsie ou de dyschromatopsie. L'exemple le plus frappant que l'on puisse citer est celui de Tamblyopie toxique à ses debuts, ne se manifestant tout d'abord que par le scotome central pour les couleurs, alors qu'il n'existera que plus tard pour le sens lumineux et l'acuité (Nuel, Ramée, note ii).

De^là cette double règle à établir de procéder dans Tordre suivant :

I** Examen exact de l'acuité visuelle, pouvant en outre tenir iieu, à un éclairage modéré et toujours identique d'examen du sens lumineux, avec ou safts mesure de l'amétropie, suivant que la profession visée permet ou défend le port des lunettes ;

Constatation sommaire de l'état du champ visuel ;

2** {a) Examen qualitatif du sens chromatique ;

[b) Examen quantitatif, devant principalement porter sur la vision centrale.

Le premier a déjà été exposé ; il a entraîné l'exclusion d'un certain nombre de sujets, il nous reste à décrire les moyens, méthodes et procédés, de pratiquer le second.

Ces moyens sont innombrables, je ne tiens qu'à exposer les plus simples et surtout les plus certains, dans l'ordre même où ils seront employés, suivant le choix qui sera fait, et les moyens dont on dispose.

{a) Examen qualitatif. — Constater l'existence du daltonisme, — Deux méthodespeu vent être employées :

l'une qui consiste à faire dénommer les couleurs d'une échelle chromatique convenablement composée comme variété de tons et de nuances. Toute collection de couleurs, le livre des signaux de la marine, les laines de Holmgren peuvent être employés dans ce but. On peut la désigner sous le nom à^ Epreuve d'appellation.

L'autre qui consiste à faire assortir ou comparer, sans paroles, les couleurs, suivants des échantillons choisies. Epreuve de confusion.

Toutes deux sont nécessaires. La dernière étantrplus démonstrative doit être tout d'abord pratiquée. Elle se fait surtout au moyen des laines d'Holmgren et sera aussitôt suivie de la première avec les mqmes laines.

La méthode des dénominations paraît sans doute la plus simple et la plus naturelle, c'est elle qui se présente la première à la pensée. Ne semble-t-il pas, en effet, que celui qui, sans hésitation, désigne parleur nom vulgaire, toutes ces couleurs qui servent à former les signaux, démontre, ipso facto, son aptitude à s'en servir et à les signaler?

Cette méthode a pourtant été critiquée et presque abandonnée : de fait elle est insuffisante parce que le daltonien de naissance peut très bien y satisfaire, sans avoir pourtant la notion exacte d'une couleur que, sur le terrain, dans des conditions différentes de clarté, de nuances ou de milieu, il pourra confondre avec d'autres. D'autre part, si la fréquence de l'incorrection ou de l'erreur dans l'appellation, la confusion dans les nuances distinctes pour tous, l'inconstance des noms qu'il leur donne, sont bien

daltonisme: examen quantitatif 255

la caractéristique du Daltonien, il en est à peu de même pour les non éduqués ou les inintelligents qui n'ont point appris ou ne se rappellent point le vocable de couleurs que cependant ils distinguent. L'un voit faux et peut dire vrai^ Tautre voit vrai et peut àire faiix^ de là la nécessité des deux épreuves.

L'homme en effet qui est appelé aux fonctions spéciales qui nécessitent cet examen chromatique, n'a pas seulement à prouver qu'il voit exactement, il faut encore que sans hésitation il puisse signaler verbalement le feu, le pavillon, la couleur qu'il vient de voir: il ne suffit pas qu'il classe régulièrement les laines colorées, il est non moins indispensable qu'il connaisse les noms de leur couleur, dans la langue même dont il doit se servir.

i*"® Epreuve, de confusion. — Procédé d'Holmgren ou des laines colorées. — De l'avis à peu près unanime, il paraît encore aujourd'hui le plus certain, le plus pratique, celui dont il est le plus facile de se procurer en tous lieux les éléments. Ces laines sont disposées en écheveaux, il en faut de 70 à 80 au moins, ils sont par suite quelque peu encombrants et il peut être plus commode de faire enrouler un fil de chacun d'eux sur un petit carton, à plat et faisant 10 à 12 tours (note 12).

Les teintes à choisir vont des plus foncées aux plus claires pour chacune des couleurs, vert, rouge, jaune, orange, bleu, violet, pourpre, rose, brun, marron, gris. Les nuances du vert et du rouge doivent être plus nombreuses. Toute la collection est jetée entas, pêlemêle, sur une table, à un éclairage moyen par la lumière diffuse du jour.

Le sujet à examiner doit réunir et grouper par ordre, toutes les nuances d'une même couleur, d'après un échantillon type qui lui a été présenté. Celui-ci est d'abord un vert clair pur, ensuite un pourpre ou mauve;

2" Épreuve d'appellation. Il aura ensuite à dénommer à mesure qu'on les lui présente, divers échantillons de teinte moyenne des différentes couleurs.

Dans le premier cas, tandis que Thomme doué d'un sens chromatique normal arrive en un instant à débrouiller le mélange de couleurs qu'on lui a confiées, le daltonien n'arrive , suivant l'expression de Warlomont, qu'à faire de la cachrocomie^ et à indiquer par ses erreurs de classement les couleurs dont l'appréciation est fautive.

Dans le second ; ou son erreur est franche , s'il est achromatopse, ou chromapseudopse, ou ses hésitations, ses réponses incertaines, le temps qu'il emploie à s'arrêter décidément à telle dénomination trahissent son défaut : dans ces degrés légers de dyschromatopsie,il se comporte comme une personne ignorante ou sans intelligence qui connaît mal les termes de la langue des couleurs, confusion dont le médecin doit avoir soin de se garder.

On peut d'ailleurs changer en certitude le moindre soupçon qu'on a pu concevoir, si on fait regarder la couleur qui a paru douteuse à travers une petite ouverture faite à une carte qu'on applique sur elle. Son éclat aussitôt diminue, et n'étant plus vue que sous un angle visuel trop petit, sa notion disparaît.

L'Épreuve de confusion interroge le sens chroma-

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tique en lui-même, sans mot, sans phrase, sans préoccupation des termes à adapter aux sensations perçues, en dehors de toutes questions autre que celle de la nature des couleurs. De là sa certitude. Elle décide non encore de V acceptation mais bien du refus d^ acceptation et constitue un examen d'élimination. Il est donc utile d y revenir, d'en faire bien comprendre tous les détails et d'en suivre l'exposé avec la planche d'Holmgren sous les yeux (i). Voy. pi. i, p. 330.

Le médecin commence par expliquer et démontrer au sujet, ce qu'il attend de lui, le triage et le classement des couleurs semblables à celle qu'il lui présentera. Il repousse ensuite le tas des écheveaux ou des cartons sur un côté de la table et donne comme premier échantillon d^ épreuve un vert clair (melon d'eau).

[a) Si l'examiné, rapidement, sans hésitation, fait ce triage, place à côté et successivement, par gradation, tous les verts, l'épreuve est décisive, il n'y a pas à la pousser plus loin, // n est pas vicié,

(V) S'il hésite, cherche, compare, prend et rejette des échantillons, pour les reprendre encore et arrive pourtant à compléter la série sans erreurs graves de confusion, ayant par exemple placé des gris verdâtres ou même des bleus à côté des verts, on l'engagea bien examiner s'il n'a pas commis d'erreur. Si après examen attentif il répond négativement, on brouille de nouveau le tout et on l'invite à recommencer : s'il récidive, son sens chromatique est incomplet ou il pèche par

(x) Holmgren. Cécité des couleurs. Cet examen a pris encore le nom d'épreuve de z*^ main, commission belge pour les chemins de fer, Warlomont. Ann, d'Ocul. x88z.

BiUiTHiLBMY. L'czamsn de la vision. 17

défaut d^ éducation. Dans Tun comme dans Tautre cas, il doit être soupçonné et sera soumis à Tépreuve par le pourpre ou à la contre-épreuve suivante.

Uexpert forme lui-même une série de verts en y mêlant quelques-uns des échantillons dits de confusion et demande à Fobservé s'il approuve le choix: sa réponse est-elle affirmative? il est vicié ; est-elle négative? on l'engage à enlever les fausses couleurs et à les remplacer par les vraies; s'il échoue, il peut être considéré comme vicié pour le service,

(c) Si à côté de l'échantillon donné, l'examiné place des gris, brun clair, des jaunes saumonés (n° i à 5 de la planche), il est vicié. Pour le mieux démontrer, on lui demande s'il est satisfait : si oui; on le prévient qu'il s'est trompé et, sans autre indication, on lui fait recommencer l'épreuve ; se trompe-t-il encore, // est renvoyé : sinon, on l'engage à rectifier l'erreur et s il n'y réussit pas, sa viciation est de nouveau démontrée.

Lorsque au lieu d'un examen d'aptitude, le médecin désire établir un diagnostic plus précis et savoir si la viciation porte surtout sur le vert ou sur le rouge, il procède à une seconde épreuve, en prenant pour échantillon de l'assortiment à faire, le pourpre ou mauve clair.

L'observé mêle-t-il aux rouges et aux roses du bleu foncé ou du violet (n° 6 et 7) il tsi vicié pour le rouge; du gris foncé ou du vert pré (n° 8 et 9) il est vicié pour le vert. %

3" Epreuve sténopcique avec le stéthoscope. — Le procédé de Holmgren avait toujours paru répondre aux exigences d'un examen absolument certain, dans

DALTONISME, ÉPREUVE STÉNOPÉIQUE 259

tous les cas, lorsque à la suite des faits que j'ai déjà signalés relativement au scotome chromatique central des amblyopies toxiques au début, des doutes ont été émis sur sa certitude. On s'est demandé si l'alcoolique encore inconscient d'une maladie qui commence, jouissant de l'intégrité de son acuité et de son sens lumineux dans toute l'étendue de son champ visuel et de celle de son sens chromatique sauf pourla vision centrale, ne pourrait pas satisfaire à toutes les épreuves jusqu'ici décrites, sans que rien ne vienne dévoiler son imperfection limitée à la fovea. Il me paraît difficile que cet homme ignorant d'un défaut qu'il ne peut par suite chercher à dissimuler, mettant instinctivement en jeu sa vision centrale, obligé à faire un choix au milieu de laines multiples, ne se trahisse pas par des erreurs ou des hésitations. Toutefois, comme il s'agit ici d'une constatation importante et facile, je crois qu'il y a lieu, surtoutpour les hommes de peine arrivé à l'âge de l'alcoolisme, soupçonnés ou convaincus d'intempérance, de se conformer à l'obligation, formulée par la commission Belge de 1880, d'un examen chromatique avec le trou sténopéique, qui isole la vision centrale

Plusieurs instruments ont été proposés (i), mais comme il est souvent difficile de se les procurer autre part que dans les cliniques spéciales et qu'autant que possible pour des examens d'aptitude, les moyens à

(i) En Belgique l'optomètre de Loiseau adapté à cette expérience par Warlomont est réglementaire An. d'Oc. z88o ; Chromotoscope de Ribeira pour 1.^ scotome central. ^ M. d'Oc. ^883; la plupart des appareils de précision pour tontes ces recherches, celui de Parinaud en particulier.

26o CHOIX DES SPÉCIALITÉS

employer doivent être simples, pris dans le matériel même dont dispose tout médecin, il m'a • paru qu'on pourrait isoler suffisamment la vision centrale de la vision périphérique, au moyen du stéthoscope ou d'un cahier de papier roulé et ne formant qu'un tube longs et étroit, à travers lequel on fera regarder d'un œil, l'autre étant fermé, soit un verre rouge ou vert appliqué sur le pavillon, soit un des échantillons des mêmes couleurs tenu à quelques centimètres. Seulement pour éviter que l'intensité de la lumière ne vienne compenser la faiblesse de la perception ou que le sujet ne soit placé dans des conditions de vision insuffisante, l'examinateur doit tout d'abord déterminer, d'après sa propre vue, Iz position et Véclairage moyen, nécessaires pour que la sensation chromatique se produise avec une netteté suffisante.

Si le sujet placé dans les mêmes conditions ne distingue que la lumière, c'est que le scotome central chromatique existe, s'il ne perçoit ni couleur ni lumière, c'est qu'il est complet et pour le sens lumineux et pour le sens chromatique.

Ces premières épreuves ont permis de constaterque l'homme possédait la faculté de distinguer et de dénommer correctement les couleurs, mais non de les voir dans les conditions de lumière, de milieu et de distance où il est appelé à servir. Le fait d'avoir vu de près des surfaces colorées, d'assez grande étendue, éclairées par la lumière du jour, ne démontre pas du tout qu'il conservera les mêmes aptitudes à distinguer les feux d'un navire, les fusées, les fanaux, les feux colorés des signaux de nuit, ou même les pavillons

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pour les signaux de jour, alors que parle faitdel'éloignement, de Tétat de Tatmosphère, Téclairage aura baissé et Tangle visuel diminué. Il serait donc nécessaire de pouvoir calculer numériquement l'acuité chromatique, comme on calcule l'acuité visuelle ou ou moins le degré de délicatesse du sefts chromatique et d'inscrire à côté de la formule |VR (acuité pour les objets éloignés) celle de VCh (acuité chromatique).

[b) Examen quantitatif, — Constater V acuité chromatique. — Le problème était difficile, tant sont variables les conditions multiples qui influent surlaperceptivité des couleurs et différents les résultats obtenus mên^e chez le même individu. Mais avant d'en exposer les solutions, je dois m'expliquer sur les confusions auxquelles prêtent le sens des termes employés et le but différent des méthodes proposées.

L'œil a la faculté de voir^ mais dans cette propriété générale les physiologistes ont distingué plusieurs propriétés secondaires :

1° Celle de voir 5^^^ r^w^w/ les différents corps lumineux et de les distinguer les uns des autres, sens de la forme^ elle est liée à l'existense des éléments visuels ultimes et séparables de la rétine, ce sont les cônes et bâtonnets (V) ;

2° Celle de voir la clarté et toutes les dégradations du blanc pur au gris et au noir absolu, s^ws lumineux [l.,) ;

3° Celle de voir la lumière non plus dans son ensemble, lumière blanche, mais bien dans les couleurs séparées qui la composent, s^ws^/îr^w^//^w^(C ou Ch);

Ces deux derniers pourraient bien être dus à l'addition à l'élément visuel impressionnable et permanent.

d'un élément ou d'une substance photochimique, modifiable par la lumière et ses vibrations, qui transmet au premier son état passager.

Or le mot acuité s'applique spécialement au degré de perfection du sens de la forme. Sa mesure repose sur un principe pour ainsi dire mathématique, celui du minimum séparabile, ou, en d'autres termes, de l'image la plus petite produite sur un seul élémeni distinct de la rétine, prise pour unité (voir i" chapitae), et il est logique de supposer que ce même élément est chargé de l'appréciation de la forme, qu'il s'agisse de corps simplement lumineux ou de corps colorés.

Les mesures de L et de C ou de la perceptivité pour la lumière et les couleurs, n'ont point une base aussi précise. Une sensation non définissable en chiffres ou en paroles ne peut être comparée qu'à une sensation semblable ; aussi, son unité est-elle artificielle, elle peut varier et ne peut être établie qu'expérimentalement par la concordance de la même, sensation, dans les mêmes conditions, chez la généralité des hommes doués d'une vision normale. De plus cette perceptivité plus importante à interroger que l'acuité proprement dite, est loin d'être la même pour toutes les couleurs; pour la plupart d'entre elles, elle exige le concours non pas d'un seul élément visuel, mais de plusieurs, c'est-à-dire des images plus grandes que le minimum séparabile et représentant sur la rétine non des lignes mais des surfaces. De là la nécessité, si l'appréciation numérique devait en être exacte de faire l'application de la loi de proportionnalité des carrés et non de la première puissance du numéro des échelles ou du

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chiftre de la distance qui aura été constaté (Giraud- Teulon. De la vision^ P- 53^ ^t 7" leçon).

Sous le bénéfice des réserves qui précèdent et des observations qui vont suivre, conformément à Tusage, nous nous servirons encore, quoique à tort^ du mot acuité dans les deux cas, mesure du sens de la forme, mesure du sens chromatique.

On a essayé d y arriver soit par la mesure de l'angle visuel minimum sous lequel des lettres ou des signes colorés peuvent être vus, soit en faisant varier pour une mémecouleurou une série de couleurs, l'une des trois conditions qui influent le plus sur leur perceptivité, surface , saturation , éclairage : d'où deux méthodes, mesure de l'acuité proprement dite, mesure de l'acuité du sens.

( i^'' Méthode y acuHé chromatique:) Echelles typographiques colorées (i). — Basées sur les mêmes principes de construction et d'application que les échelles en usage pour la mesure de l'acuité visuelle, elles donnent prise à plusieurs critiques.

D'abord elles sont insuffisantes, parce que la lecture des lettres ne prouve en rien que celles-ci ont été vues en tant que couleurs, le daltonien le plus complet pouvant encore les lire en tant que nuances plus ou moins grises ou éclairées. Il faudrait donc pour que les appréciations que l'épreuve peut fournir eussent quelque valeur, que l'examiné désignât à la fois la lettre

(1) Snellen, Galezowski, Z?« diagnostic des maladses des yeux par la ehromatoscopie rétinienne , Wecker, Maurel , y[ rch. de ntéd. navale, 1879. Denett de New- York a fait établir des tableaux de lettres , chiffres et signes, à placer dans toutes les écoles pour l'enseignement du sens des couleurs et sa mesure, idée que le D** Fabre avait déjà proposé de réaliser.

et la couleur, conditions que le daltonien de naissance, si expert à diôérencier les couleurs d'après leur intensité lumineuse, pourrait très bien remplir.

Ensuite ce genre d'épreuve ne place pas suffisamment le sujet dans les conditions mêmes des fonctions qu'il doit remplir : enfin, il est à peu près inutile parce que les résultats sont, en général, semblables, quoique toujours un peu inférieurs, à ceux fournis parla mesure de l'acuité visuelle brute, si toutefois on a tenu compte dans le choix des teintes des couleurs, de leur perceptivité à la distance choisie, ce qui est indispensable.

C'est donc ce degré de perceptivité qui est l'élément important et qu'il faut surtout rechercher; dès lors il devient plus facile et plus exact de déterminer la délicatesse du sens chromatique lui-même.

On y arrive au moyen des échelles chromatiques ou de la méthode de Donders.

2"" Méthode^ acuité du sens chromatique: [a) Echelles chromatiques. — Elles sont de deux ordres suivant que les couleurs des différents numéros qui les composent varient de saturation ou de surface.

Les premières n'ont point la prétention de donner l'évaluation quantitative du sens ; elles ne le peuvent que dans une certaine mesure, mais elles fournissent un moyen facile de reconnaître s'il est' normal ou altéré dans les maladies. Elles se composent d'une série de couleurs saturées, présentant chacune une série de nuances de plus en plus atténuées et par suite de plus en plus difficiles à reconnaître. Telles sont celles de Galezowski et celle de Parinaud. Cette dernière donne

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cinq degrés de saturation des rouge, jaune, vert, bleu violet, pouvant être vus par réflexion ou par transmission.

Dans les secondes, les couleurs restent les mêmes, c'est leur surface qui varie dans des proportions régulières et en rapport avec la distance où elles doivent être reconnues. Elles se prêtent beaucoup mieux à la représentation numérique du degré d'acuité du sens chromatique.

La plus récente et la plus parfaite est celle de Wecker.et Masselon (i). Elle se compose de huit séries de carrés , mesurant les premiers o™,oi de côté et les derniers o°,032 ; les teintes (vert, rouge^ jaune et bleu) sont choisies de manière à être toutes perceptibles aux mêmes distances et à Téclairage du jour; celui de o,oi doit être vu à 5 mètres. Si à cette même distance l'œil ne distingue plus que celui de 0,02 ou 0,03 par exemple, l'acuité sera quatre fois ou neuf fois moindre, l'image rétinienne étant devenue quatre fois ou neuf fois plus grande que celle de l'œil doué d'une perceptivité chromatique normale. Ou, supposons encore que pour distinguer la couleur des carrés de 0,01 , l'œil normal emploie vingt-cinq éléments visuels rétiniens, l'œil en déficit chromatique, en aura employé cent ou deux cent Vingtcinq.

Il doit être bien entendu que, pour cette expérience,.

(i) "Msisselon, Examen fonctionnel de l'œil. Paris, 1882, p. 144. Le pouvoir de distinction des couleurs est proportionnel au carre de la distance à laquelle elles sont perceptibles et inversement proportionnel au carré du diamètre de l'objet coloré (Donders).

aussi bien que pour toutes celles du même- genre, il faut que Tobservateur s'assure que, dans les conditions d'éclairage où va se faire l'examen , il possède luimême toute son acuité habituelle, sinon il devrait modifier celles qui ne sont pas suffisamment remplies. Au lieu d'une série de numéros différents, allant progressivement en augmentant, il est facile et plus pratique de n'en employer qu'un seul, celui de o,oi, n° 5, par exemple, perceptible à 5 mètres, et de faire varier la distance (PI. IIj ; la loi reste la même et l'acuité décroîtra en raison inverse du carré de celle-ci. Pour le carré de 0,01 à 5 mètres pris pour unité, l'acuité sera de : V2 à 3"»54^ V» à 3^,17, V4 à2«»,5o, Vga

Cette méthode, si simple en apparence, ne sortant point des habitudes acceptées pour la mesure de l'acuité, ne demandant qu'un seul tableau et un ruban métrique pour être appliquée , a plusieurs inconvénients. Elle donne lieu parfois, même pour le même individu, à des écarts considérables (i), elle ne garantit pas contre les dissimulations involontaires des daltoniens de naissance, les couleurs ne sont point choisies pour la lumière artificielle et elle ne met pas les hommes dans les conditions où ils se trouveront sur le terrain.

De là l'utilité plus grande de la méthode de Donders que la plupart des congrès ont, du moins jusqu'ici, jugée préférable.

(i) Pflugcr, Parinaud, Ann.d'Ocul.y 1881, p. 229. En 1875, Donders avait établi le premier et expérimentalement, une de ces échelles, avec de petits carrés de papiers colorés de i, 2,- 3, 4""", collés sur une surface de velours

DALTONISME l PROCÉDÉ DE DONDERS 267

[b) Méthode de Donders, — Au lieu d'être basée sur les variations de la saturation ou des surfaces des couleurs à examiner, comme les précédentes, elle a pour point de comparaison les variations d'intensité de la lumière nécessaire pour les distinguer. Elle se prête à plusieurs combinaisons, car ces variations peuvent être produites ou par un diaphragme susceptible d'être modifié dans ses dimensions et laissant passer une quantité de lumière proportionnelle au carré de sa surface, ou par Téloignement progressif de Tunité lumineuse choisie, dont l'intensité sera en raison du carré de la distance. Par un moyen ou par l'autre, on peut faire examiner ou des couleurs opaques vues par réflexion ou des couleurs transparentes, verres, gélatines, liquides colorés, vuspar transmission. Mieux que tout autre elle peut imiterlesconditionsnormalesde la profession, elle s'applique aussi bien aux daltoniens de naissance qu'accidentels, elle prive surtout les premiers de l'élément essentiel de leurs appréciations, l'intensité lumineuse, et au point de vue de la précision du diagnostic, si on veut tenir compte du moment de la perception de la clarté et de la couleur, du temps qui s'écoule entre

noir. Dor en 1878 avait aussi fait un essai analogue en se servant de disques de couleurs sur fond noir, et leur donnant un diamètre variable suivant leur visibilité, n avait été ainsi conduit, pour la distance de 10 mètres, à donner les diamètres suivants en millimètres, à chacune des couleurs suivant qu'elles étaient examinées :

Au jour : Bleu 16, violet 12, rouge 6, jaune 5, vert 4, orange 5.

A la lumière d'une bougie : Bleu 36, violet 6, rouge 5, jaune 10, vert 5, orange 4.

Si, au lieu de couleurs opaques vues par réflexion on se sert de couleurs vues par transmission, et en particulier des verres colorés, éclairés par une bougie, ce sont les rouges d'abord, les verts ensuite dont la visibilité l'emporte sur les jaunes, toujours difficiles à obtenir.

l'une et Tautre, elle peut donner des notions plus exactes que toute autre (i).

Les appareils délicats et coûteux employés dans les cliniques, comme certains photomètres, celui de Charpentier, le chromo-optomètre de Parinaud, ne sont point nécessaires pour nous. Nous n'avons point à rechercher la sensibilité absolue de Tceil, mais seule- . ment sa sensibilité relative pour certaines conditions de vision ; il nous suffit de constater si cette vision chromatique est normale ou altérée et à peu près dans quelle mesure. Il nous suffirait même de fixer un minimum et de rechercher s*il existe.

Aussi tout appareil, pourvu qu'il soit simple, portatif, susceptible d'un emploi facile même pour des ignorants de ces questions complexes, sera acceptable s'il est conforme aux observations suivantes.

La source lumineuse doit toujours être la même et constante. La bougie dite de l'Étoile de dix au kilo, partout semblable en fournit le moyen.

Les couleurs à examiner à la lumière transmise sont de beaucoup préférables: Les verres colorés l'emportent sur tout autre moyen, ils sont inaltérables, faciles à nettoyer et à remplacer, employés dans la marine et les chemins de fer ; le vert, le rouge et le blanc suffisent. Les rayons jaunes delà bougie n'altèrent pas sensiblement leur couleur et en tout cas l'altération est la même que pour les feux en usage. Le verre rouge coloré par l'oxyde de cuivre est particulièrement favorable, parce qu'on peut le considérer comme

(i; Parinaud, Troubles visuels et signaux coloriés ^ In. Ann. d'Ocul.f iMi.

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