‹ Instruction raisonnée pour l'examen de la vision devant les conseils de révision et de réformeChapitre 66 sur 71 · MARINE MARCHANDE · texte numérisé non relu

MARINE MARCHANDE

L'exposé qui vient d'être fait permettra de juger jusqu'à quel point la marine militaire française a réalisé le programme général du congrès d'ophtalmologie de Londres, 1881, présidé par Bowman et dont une commission spéciale avait formulé, pour la marine militaire aussi bien que pour la marine marchande, qui n'est encore soumise à d'autres règles que celles de son propre intérêt, les propositions suivantes :

{a) Sur tous les vaisseaux qui naviguent sur l'Océan, sur tous les steamers — spécialement ceux qui sont affectés au transport des passagers, — il doit y avoir à la barre du gouvernail un timonnier dont l'acuité de vision soit normale avec les deux yeux non armés de lunettes (acuité visuelle et chromatique normales). Au surplus, au moins une des personnes en vigie sur ces navires doit présenter les mêmes garanties.

{b) En ce qui concerne le commerce des côtes, toute personne obligée de prendre le poste de timonnier doit posséder une vision égale au moins aux 2/3 du taux normal de l'acuité tant visuelle que chromatique.

[c) Toutes les personnes préposées aux signaux de la marine, tous les pilotes doivent avoir une acuité de vision et un sens chromatique normaux.

[d) L'hypermétropie manifeste ne doit pas dépasser I D à l'âge de dix-huit ans.

(/) Les ré-examens doivent être faits à l'âge de quarante-cinq ans.

(/) Les examens doivent être conduits par des personnes d'une compétence reconnue, sous la direction d'une autorité médicale centrale.

[g] Le comité exprime le désir de voir une commission internationale se constituer pour arrêter toutes les mesures ultérieures que comporte une navigation

exempte de périls et spécialement pour s'entendre sur les teintes (hues) et les dimensions les plus convenables des signaux pour les vaisseaux de tout bord.

Au point de vue de la question du daltonisme, le service maritime est plus important à considérer que celui des voies ferrées. D'autre part, la mer est internationale. Pour le service de la mer, le congrès de Londres propose seulement ce qu'il croit être strictement nécessaire et laisse aux divers pays le soin de réglementer la matière.

Pour le cabotage, on ne requiert qu'une acuité visuelle de 2/3, car ici tout homme de l'équipage peut être appelé à tenir la barre. D'ailleurs, les vaisseaux qui font le service des côtes ne naviguent qu'à petite vitesse.

L'acuité visuelle est déterminée par lettres ou signes vus à une certaine distance, sous un certain angle. (Les types de Snellen peuvent ici servir de modèle.)

Sens chromatique : Les laines de Holmgren constituent un bon moyen d'investigation, mais seulement entre les mains de ceux qui en ont une grande expérience, car l'épreuve n'est nullement quantitative. Les lumières colorées constitueraient le meilleur système d'examen, s'il n'exposait à des pertes de temps considérables.

En conséquence, les tables colorées de Stilling semblent le plus appropriées à la solution du problème. Si quelque doute reste dans l'esprit de l'examinateur, il peut alors se servir des lumières colorées.

Tous les officiers doivent être examinés aussi bien que les pilotes.

Chemins de fer. — Malgré les vœux exprimés dans tous les congrès internationaux d'ophtalmologie, de-

puis celui de Bruxelles en 1877 (i), aucune base absolue et universelle n'a été adoptée, ni sur le mode uniforme de signaux, ni sur les conditions à exiger des employés et les moyens d'épreuves auxquelles ils doivent être soumis Quoique leurs fonctions soient en quelque sorte publiques et que TÉtat ait k droit d'exiger d'eux des garanties qui protègent la sécurité des voyageurs, chaque compagnie est restée libre des mesures à prendre. Ses intérêts d'ailleurs Ty obligent, car un seul accident susceptible d'être attribué à l'imperfection visuelle d'un de ses agents, lui coûte, outre la responsabilité morale, en dégâts, pertes de matériel, indemnités, bien plus encore que les dépenses qu'entraîne l'établissement d'un service régulier, constant et sévère pour l'examen de la vision.

En 1879, Donders fit accepter par le Congrès d'Amsterdam un projet de règlement qui est adopté en Hollande: La Suède, la Norwège et le Danemarck ont accepté des mesures analoguesà l'instigation de Holmgren ; en Belgique ce sont lespropositions de la commission de 1880 présidée par Warlomont qui servent de règle (2). En voici le résumé dans lequel je laisserai de côté ce qui a trait aux dispositions transitoires, au choix et à la description détaillée des méthodes d'examen, et à la composition quelque peu compliquée du personnel chargé de les appliquer.

(i) Congrès d'Amsterdam 1879; de Milan 1880; Associ^ion Opht. de Cambridge 1880 ; Congre* de Londres 1881 ; Commission belge, rapport du 10 juin 1880; Congrès de Copenliague 1884.

(2) Rapport et règlement sont insérés en entier dans le no de sept.-oct. des Ahh. d'ocu. x88o, p. 105.

BARTHBLBMV. L'examen d3 la visian. 21

Examens. Ils sont de deux ordres, celui de première main, celui de deuxième main.

U examen de première main porte [a) sur Tépreuve d'Holmgren, {b) celle par le trou stenopéique, [c] la détermination de la réfraction, de l'acuité, du champ visuel.

Tout sujet qui échoue dans l'épreuve des laines est déclaré insuffisant et doit être soumis à la juridiction de contrôle.

L'épreuve du trou stenopéique, la recherche de l'acuité et de la réfraction, se font au moyen de Toptomètre de Loiseau modifié par Warlomont.

Il peut être éliminatoire ; les cas douteux sont renvoyés aux experts de l'examen de deuxième main.

Les résultats sont notés: tirés suffisant, TS; suffisant, S ; insuffisant, I.

L examen de deuxième main se compose des mêmes épreuves et en plus de la détermination numérique de l'acuité chromatique ; il est destiné à compléter et contrôler les appréciations du premier expert. La recherche de l'acuité chromatopsique se pratique pour le moment et en attendant qu'on trouve mieux, d'après la méthode de Donders, à la lumière transmise.

Les résultats obtenus déterminent le classement dans une des trois catégories salivantes, d'après les Conditions d^ aptitude qui sont p6^r :

i'** Très suffisant, T, S. — (Chefs, gardes, machinistes, chauffeurs.)

1° Paupières et yeux sains sans congestion ni irritation habituelle ;

2" Acuité normale == 1, réfraction normale à i dioptrie près ;

3° Champ visuel de chaque œil non rétréci;

4° Faculté de distinction des couleurs = 4/5 ;

5** Absence totale de cataracte ou autres maladies progressives.

2* Suffisant. S. — (Employés dits de terrain, gardes, serre-freins, chefs, sous-chefs de station, surveillants, signaleurs, et en général tous les emplois, sauf ceux de chef, garde, machiniste, chauffeur.)

i**î 3°7 ^° conformes aux conditions de la première catégorie ;

2** Pour un des yeux au moins acuité et réfraction normales ; pour l'autre, acuité égale à 1/3 au moins ;

4** Acuité chromatopsiquepour unœil aumoins3/5, pour Tautre 2/^ au moins.

3° Insuffisant, /. — Impropres à tout emploi sur le terrain et renvoyés devant les experts de deuxième main; tous ceux qui ne répondent pas à Tune des deux séries de conditions établies, sont compris dans cette catégorie et, après contrôle , définitivement repoussés ou acceptés pour des emplois spéciaux (bureaux, facteurs, manœuvres, hommes de métier).

Pour ceux qui ont été admis dans la première catégorie, on doit s'assurer, avant de les laisser monter sur la machine pour la première fois, de Tétat chromatopsique actuel, en leur faisant faire la preuve de leur aptitude, sur le terrain, au moyen des signaux de jour et de nuit vus à distance.

Réexamens, — Le réexamen complet sera exigé:

[a] Après des maladies oculaires.

(h) Après des blessures à la tête et après tous les accidents susceptibles de donner lieu à des commotions du cerveau.

(c) Après les diverses maladies reconnues propres à altérer le sens visuel, tant par elles-mêmes que par leur durée ou les médications qu'elles auront nécessitées (Maladies du cerveau et du rein, fièvres typhoïdes, éruptives et intermittentes, hémorrhagies, etc).

[d) Après des erreurs ou des actes à faire douter de l'intégrité des facultés visuelles de ceux à qui elles sont imputées.

(e) Lors de Tentrée dans la quarante-cinquième année, puis tous les cinq ans.

(/) Un Récxamen complet est également imposé aux employés soupçonnés de faire un usage immodéré du tabac et des boissons alcooliques. Ce réexamen doit être répété fréquemment.

Un Reexamen sommaire de tout le personnel, portant seulement sur l'acuité de la vue, sera pratiqué tous les deux ans.

Au congrès de Londres 1881, sous la présidence de Bowman, le comité chargé par la section d'ophtalmologie de délibérer sur les méthodes d'examen les plus convenables de Tacuité visuelle et du sens chromatique à appliquer aux employés des chemins de fer, a adopté des conclusions identiques à celles qui précèdent et proposé de les soumettre à Tapprobation des divers-gouvernements.

Elle leur a ainsi donné une sanction nouvelle.

Le congrès de Copenhague, 1884, n'accepta pointla proposition qui lui fut faite de constituer une commission du daltonisme avec mission de rechercher et d'arrêter les meilleures méthodes d'examen pour les employés de chemin de fer, mais elle n'en écouta pas moins avec intérêt les communications de Libbrecht (de Gand), de Redard, médecin en chef du réseau de l'Etat en France, sur cette question, et celle de Webster Fox de Philadelphie sur le mode d'examen établi par Thomsem pour I06 40 000 employés de la grande ligne d» Pensylvanie : il ajoutait qu'un membre du congrès national et du comité des affaires maritimes était chargé de préparer un rapport devant servir de

base à une proposition de loi qui réglementerait ce service.

En France il n'existe pas jusqu'ici de règlement officiel. Cependant dès 1880 l'administration supérieure et la commission des chemins de fer s'en étaient préoccupées : le ministre des travaux publics, par une circulaire du 27 décembre 1880, avait attiré l'attention des grandes compagnies sur les inconvénients et les dangers de l'admission dans le service actif d'agents aôectés de daltonisme, et demandait les mesures à prendre; Redard, qui poursuit toujours avec la plus louable persévérance la solution de cette question, répondit par un rapport et un projet de règlement reproduisant les principales dispositions de celui de Donders 1879 (i).

Ce projet établissait :

A. — 1° Pour tout postulant, la nécessité d'un certificat dressé par un médecin désigné, constatant les résultats d'un examen complet de la vision ;

2** Une revision générale de tout le personnel ; 3** Des examens périodiques.

B. — Les conditions suivantes :

I** Pour tout employé, mécanicien ou chauffeur ; V, V ch. Champ visuel normaux ;

2° Pour tout employé au service du terrain : V = i et V ch, au moins 2/3 ;

3** Pour les bureaux V = au moins 1/2 et indication au chef de service de tous ceux dont Vch serait insuf fisant.

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