‹ Instruction sur l'histoire de France: augmentée et continuée jusqu'au règne de Charles X; etChapitre 12 sur 30 · PHILIPPE 1", TRENTE-NEUVIÈME ROI DE · texte numérisé non relu

PHILIPPE 1", TRENTE-NEUVIÈME ROI DE

FRANCE

régna 49 ans.

(Aq ioGo. )

D. A quel âge Philippe i«' monta-t-il sur le trône ?

R. Il avait huit ans. Son père avait donné la régence à Baudouin , comte de Flandre, qui gouverna, sous le nom de marquis de France, jusqu'en 1067.

. Un grand événement eut lieu sous cette régence. Guillaume, dit /a Conquérant^ ducde Normandie, fut appelé au trône d'Angleterre, en 1066, par le testament d'Edouard le Con-

fesseur. Guillaume passa en Angleterre avec une flolte nombreuse. A peine y ful-il débarqué qu'il brûla sa flotte, pour ôtcr à ses troupes , tout espoir de retraite. Cependant le^ Anglais avaient déféré la couronne à HcjLrold, le plus grand seigneur du pays. I^a bataille de Hastings décida du sort desdeux concurrents. Haroldy futiuéavecses deux frères et cinquante mille Anglais. Après ' quelques autres avantages, Guillaume fut solennellement proclamé roi, et couronné à Londres.

D. Que remarquez-vous du règne de Philippe i«f ?

R. Ce règne a été très long. II forme une époque intéressante dans notre histoire^ mais Philippe n^a eu aucune par.t aux grandes choses quise sont passées de so;i temps. Il n'est fameux que par ce qu^il a vu faire. Une mauvaise plaisanterie lui attira une guerre terrible. Guillaume, roi d'Angleterre, avait un embonpoint qui lui était incommode, et il usait de re^ièdes pour le diminuer. Philippe, naturellement railleur, dit un jour à ses courtisans : Quand est-ce donc que ce gros homme accouchera?

Guillaume lui fit répondre que, quand Userait accouché j iliraîtfcdreses releçaillesàNotre • Dame dePariSj ayec dix mille lances en guise (/eciergc^. En eflel, dèsqu il put montera che-

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val, il vint assiéger Mantes, qu'il brûla. Heu* reusement pour Philippe, il y tomba malade, et se fit transporter à Rouen , où il mourut.

D. Quels autres chagrina Tinconstance de j Philippe i«f lui attira-l-elle ? |

jR. Ce prince, dëgoûlé de sa femme Berthe^ ', dont il avait eu quatre enfants , la répudia. 11 enleva ensuite Berlrade, femme du comte d'Anjou, et l'épousa solennellement. Ce mariage scandaleux excita les plaintes des évéques français-, et le pape Urbain ii vint en France tenir lui-même à Clermont le fameux concile qui donna naissance aux croisades. Il y excommunia, non-seulement Philippe, mais ceux qui oseraient lui donner le nom de roi ou de seigneur; lui parler même, à moins que c« ne fût pour le convertir. C'était vouloir ' soulever tout le royaume. Philippe, craignant une révolution, promit de se séparer de Bertrade. Mais, à peine absous, il la rappela, et fut excommunié de nouveau. II obtint une seconde absolution, et continua de vivre avec Bertrade, qui jouit, après la mort de Berthe, de touts les honneurs d'une reine.

D. Quand mourut Philippe i««* ?

R* II mourut à Melun, dans la cinquanteseptième année de son âge, en i io8. Ce prince était brave, doué d'un bon esprit et d'un excel-

("9) lent caractère; mais il se livra tropà la voluplë , ne fit rien de glorieux, et parât d'autant plus roëprisabieauxyenx de ses sujets, que ce siècle futundesplttsfëcondsen héro». Philippeavait eu la précaution de s'associer son fils Louis , qui avait à peine vingt ans, mais qui était d'une valeur et d'une sagesse au-dessus de son âge.Louis, comme un nouvel Hercule, purgea la France des brigands qui la désolaient. Il combattit par- tout avec succès; et c'est ce qui loi mérita le surnom de Batailleur^

D. Faites connaître ce qu'étaient les croisades , auxquelles vous nous avez dit que le concile de Clermont donna naissance.

R. On appela croisades des ligues faites pour conquérir la Terre-Sainte sur les infidélies. Le pèlerinage de Jérusalem était depuis long-temps à la mode. Un ermite picard, nommé Pierre^ qui avait visité les lieux saints, fut témoin des cruautés que lesTurcomans exerçaient contre les Qirétiens.Il en iSl une peinture si touchante an pape Urbaiii ii , que ce pontife excita vivement les Français, dan» le concile de Clermont , à entreprendre de délivrer les lieux qu^avait consacrés le Sauveur du monde. Il prêcha cette guerre comme un moyen d'expier touts les crimes; il annonça une victoire certaine. Dieu le veut ^ Dieu le

veutj s'ëcria-t-on de toute part. Chacan s'empressa de recevoir du pape ou des évé.quesune croix d'étofle rouge^ qu on attachait à son habit ; de là les nojns de croisades et de croisés. Hugues, frère du roi Philippe; Robert, duc deNormandie; Raimond, comte de.Toulouse:

Godefroy de Bouillon, et ses deux frères; le comte de Flandre; une foule de seigneurs, prirentla croix; évêques, prêtres, moines, femmes, enfants, s'enrôlèrent avec enthousiasme. Godefroy de Bouillon , Tua des plus grands capitaines de sou siècle, fut général de Tarmée des croisés. Il s'empara de Jérusalem en 1099, et les princes croisés le choisirent pour roi de cette ville. La prise de Jérusalem a fourni au célèbre poëtc italien Le Tassqle sujet de son fameux poëme de la Jérusalem délis^rée,

D. Quelle invention rapporte-t-on au temps des croisades ?

iî. On rapporte à ce temps Tinvention des armoiries. Il fallait à cette foule de seigneurs desbannièreaqui lesfissentreconuaitrede leurs vassaux; et, comme ils étaient couverts de fer, ils.avaient besoin de .se distinguer par quelqu*e emblème : chacun en mit sur ses armes. On conserva ces symboles comme des ti tresd'Jhonneu r; ils servirent aussi de signe distinctif dans les tournois, et la mode s'en établit généralement.

"LOms VI, dit LE GROS, QUARANTIÈME liOf

DE FRANGE

(An 1108.)

D. Qui fut le successeur de Philippe i«'?

R. Ce fut Louis Yi, son &ls ,. surnommé le Gros^ àcau&e de rénormité de sa taille. Il avait été sacré du vivant de son père ; mais Vusage était que le prince associé fût sacré de nouveau lorsqu'il devenait seul possesseur du trône.

Cette auguste cérémonie se fit à Orléans. Eu vain Tarchevéque de Rheims s'y opposa; le fier prélat fut contraint de rendre hommage à son roi.

D. Le roi ne réduisit*il pas encore d'autres ennemis à Tobéissance?

jR. La puissance royale était bien circonscrite par les domaines dés vassaux, qui se rendaient redoutables, soit par leur union, soit par la position de leurs châteaux. Ils levaient presque touts sans cesse l'étendard de la révol te . Louis 1 es aftaibli t ou tes subj u gua . Il é tendit Tautorité du souverain par sa courageuse activité. L'harmonie parut renaître. En moins de deux ans tout fut dans Tordre. Mais la destinée de la nation française était de combattre les Anglais durant plusieurs siècles : c'est ici

que conameQceat les guerres et la haine entre les deux nations.

D. Quelle fut la première Qccasion de rup^ ture entre la France et l'Angleterre?

jR. Ce fut la forteresse de Gisors , située sur la frontière des deux états. Henri i" , roi d'Angleterre , s'enétaitemparé,c}Uoiqu'dl6fât en séque^re. Le roi de France lui enyoya on, cartel. Henri répondit qu'il n'avait pas besoin de se battre pour un fort dont il était en pos*session. Au lieu d'un combat singulier , il y eut une bataille , et les Anglais furent vaincus. Ce fut là comme unO' semence de guerres ioterminables. Louis fut ^quelquefois malheur reux.^ ^c toujours brave . On raconte que, dans une mâlée , un Anglais saâsit la bride de son cheval , en criant : Lermestpris. San&s'étoa* ner du péril : JVescUs^tupaSj lui dit-il> qu'on ne prend jamais le roi aux échecs? Et à l'ins^ tant il le renversa moït d'uncoup d'épée.

D. Quel ûYié puissant se joignit au rcû d'Angleterre contré la France ?

R. Ce fut rempereur Henri v ', beau-père du monarque anglais. Il se mit en cam^ pagne avec des Ibroes considérables. Louis convoqua ses vassaux, et rassembla unearmé^ de plus de deux cent mille faommes.^L'empereur, intimidé, repassa promptement le

' C "3) Rhin. L'armée française pouvait écraser sans pei^ie le roi d'Angleterre ; mais les vassaux eâ&sèrent leurs secours poup cette entreprise , tant ils craignaient que la puissance royale ne fiQÎt par les subjuguer eux-mâmes. En eâett la couroaoe conuiiupnçait à réparer ses pertes.

D. Quand tnourutLouis-le-*Gro6?

R. Il mourut très chrétiennement en iiSj, âgé de soixante ans, II avait fait sacrer . de son vivant, Philippe son fils aîné*, mais ce prince étant mort peu de temps après , le roi fit couronner son second fils Louis » qui lui ^iiccéda.

D. Que doit-on penser de Louis-lC'-GrQs ?

Jt. On ne peut lui refuser ni les qualités qui forment le héros guerrier, ni les. vertus qui font le bon roi ; mais il manqua de po-^ litique, et fut cpntînuellemeat trompé par Henri i^, «on ennemi. On ne saurait trop ré-* péter les dernières paroles qu'ail adressa à son 9QCQess(&ar : Souvene^^n)QUs ^ mon fils ^ que la royauté n'est €p£um change publique ^ dont vous rendrez un compte très rigoureux après votre mûM..

D. Quel établissement rapporte-^t^on à ce moi^arque ?

R. On rapporte à Louis-le-Gros l'établisse^ ment des communes. Il n'y avait alors dliommes véritablement libres que les ecclésiasti-

Fa

( i>6 ) elle lui fut mggérëe par saint Bernard . En vain Suger , abbë de Saint-'Denis , son principal ministre, lui opposa les meilleures raisonspour le détourner de ce projet; il ne fut point écouté.

D. Quel fut le succès ^ cette seconde croisade?

R. Louis partit avec plus de quatre- vingt mille hommes. L'empereur Conrad lu partit aussi avec plus de cent mille. Mais les Grecs trahirent les croisés ; la discorde les divisa. Sans discipline, sans précautions^ ils çommi«rent beaucoup de fautes, et furent défaits pat les Turcs. Louis etConrad revinrent^ couverts de honte , après avoir perdu leurs grandes armées.

D. En quel état Louis vu trouva- t-iî la France à son retour ?

R. Il la trouva très florissante par le sage gouvernemoat dé l'abbé Suger. Le roi lui donna le nom ampère de lapatrie^ récompense . la plus digne d'un bon citoyen. Malheureusement ce sage ministre mourut peu de temps après* Louis exécuta alors un dessein auquel Suger s'était toujours opposé. II répudia la reine Eléonore , qui l'avait suivi en Palestine , et s'y était livrée à la galanterie.

D. Quelles furent les suites du divorce de Louis VII avec Eléonore de Guieune ?

R. Lottis perdit les proyindafi de Guieruie et de Poitou ^ qu'Eléonoré lui avait apportées pour doft. La princesse répadiéeiépousale duc de JNormaadie, qui, depuis, aya'Sit réunôi la couronne d'^àngleterre à ses .domaineâ et à ceux de sa nouvelle épouse , devint un rival bien redoutable pour le roi de France. Cette rivâité suscita difTérentes guerres , qui cependant n'amenèrent aucun événement mémorable. Louis VII mourut en n8o, à l'âge de soixante ans. C'était un roi pieux , mais mauvais politique. Ses vassaux lui furent toujours attachés , non par estime pour sa personne , ou par crainte de sa puissance, mais parce qu'ils redoutaient l'ambition du roi d'Angleterre.

D. Que remarquez-vous sur le règne de Louis-le-Jeune ?

jR. Nous remarquons une loi établie sous ce règne , et digne des siècles les plus barbares. C'était la défense du duel pour une dette qui n'excédait pas cinq sous. Une dette de six sous était donc une matière suffisante de duel. Cependant , au sem de cette barbarie , les études commençaient à renaître. Les Troubadours tépaudaient le goût de la poésie provençale.

Ils chantaient les dames, ils en étaient aimés -, ils faisaient les délices des cours. De nombreuses écoles, établies sur--tout dans les mo*

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nastères, rendirent un service plus essentiel. Les moines donnaient des leçons aux jeunes gens 9 et copiaient des livres. Sans eux , nous aurions peut-être perdu touts les trésors de Tantiquité. Les collèges firent tomber ces écoles. On accourait déjà de toute FEurope à Paris pour étudier les sciences. C'est probablement alors que se forma V Université de Paris y qui ne fut connue sous ce nom que du temps de saint Louis.

PHILIPPE II , dit AUGUSTE OU CONQUÉRANT , QUARANTE-DEUXIÈME ROI DE FRANCE ,

régna /|3 ans.

(An 1180,)

D. Qui fut le successeur de Louis-le-Jeune ?

R. Ce fut Philippe 11, soa fils, qu'il avait eu de sa troisième femme,' Adélaïde de Champagne. Ce prince avaifrété couronné quelques mois avant la mort de son père. Il n'était âgé que de quinze anis lorsqu'il régna seul; mais, malgré sa jeunesse, il évita l'écueil des plaisirs: il mérita par ses exploits les surnoms de CoU" quérant et dî! Auguste. Le roi d'Angleterrepa-

I aissait vouloir envahir une partie de ses états: Philippe le força , les armes à la main , à confirmer les anciens traités en trelesTleux royaumes.

II fit jouir son peuple des fruits de la paix. Il réprima les brigandages des grands seigneurs,

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chassa les comédiens, ordonna des peines coatre les blasphémateurs , fit paver les rues et les places publiques de Paris , bannit du royaumeles Juifs, qui exerçaient depuis longtemps des friponneries horribles, et déclara ses sujets quittes envers eux.

D. Quel projet forma Philippe-Auguste , après^avoir assuré la paix entre la France et l'Angleterre ?

B. La fureur épidémiquedes croisades agitait alors toute l'Europe. Philippe en fut attaqué comme touts les autres princes. Il s'embarqua avec Richard i«', roi d'Angleterre, pour secourir les chrétiens de laPalestine, opprimés par Saladin. Les deux rois, unis d'abord en apparence , étaient rivaux et se haïssaient mutuellement : leur haine éclata plus d'une fois. Ilspvirentlaville d'Acre, assiégée depuislongtemps. Philippe, ennuyé de cette guerre infructueuse, revint dans ses états, qu'il n'eût pas dû quitter sans doute, mais qu'il eût dû revoir avec plus de gloire.

D. Que fit Philippe pour se consoler du mauvais succès de sa croisade ?

R. Il songea à reculer Ijbs bornes de son empire. 11 obligea Baudouin, comte de Flandre , à lui abandonner l'Artois. Il profita ensuite de l'absence de Richard pour s'emparer d*une

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partie de la Normandie. Richard se mit «n mer , après avoir conclu une trêve avec Baladin. Il fat arrêté prisonnier en Allemagne.

L'empereur Henri vi, son ennemi , n'eut pas honte de retenir dans les fers le Iféros de la croisade. Richard acheta sa liberté au prix de cent cinquante mille marcs d'argent. Son frère Jean avait tenté d'envahir le royaume. Prenez garde à vous j écrivit le roi de France à celuici , le diable est déchaîné.

D. Quelle vengeance Richard tira-t-il du roi de France ?

R. Ce prince , naturellement fougueux , fit la guerre à Philippe pendant plusieurs années. Mais les croisades , ayant épuisé d'hommes et d'argent les deux royaumes , on ne pouvait faire d'entreprises considérables. On se battait, on traitait ensuite \ on reprenait bientôt les awnes. Un coup de flèche tua Richard au siège deChalus, près de Limoges : il croyait y trouver un trésor. Ce prince avait mérité par sa bravoure le surnom de Cœur-de-Lion. Son frèreJean,surnommé5a7W-7fernÊ, lui succéda.

D. Philippe eut-il quelques démêlés avec le roi Jean Sans-Terre ?

R. Oui. Arthur, duc de Bretagne , avait de justes prétentions à la couronne d'Angleterre, étant le fils d'un aîné. Jean Sans-Terre , son

oncle, la tenait du choix de la nation. Le ne* veu, appuyé parPhilipp'e, prit les artoes contre rpncle. Jean le vainquit, le fit prisoniiier, et

lui ôta la vie. La mère d'Atthnr vint demander

justice à Philippe, comme an suzerain du prince mort et de celui qui l'avait assassiné. Philippe cita son vassal à la cour des pairs. Jean ne comparut point. Les pairs lé déclarèrent atteint et convaincu de félonie , et confisquèrent au profit du roi toutes ses terres situées dans le royaume. Philippe s'empara avec une rapidité prodigieuse de toute la Normandie, qu'il réunit pour jamais à la couronne. Il soumit aussi la Touraine , l'Anjou , le Maine, etc. Il ne resta au roi d'Angleterre que laGuienne. Le pape Innocent m employa plus d'une fois les menaces pour faire quitter les armes- à Philippe. Mais le monarque répondit avec fermeté qu'iln'avait point d'ordre à recevoir du pape , et que les difi'érents des rois n'étaient point de son ressoit!^

D. Innocent m ne publia-t-il pas une nouvelle croisade?

Ri La France eut encore à gémir sur une quatrième expédition de ce genre.. Innocent la fit prêcher par Foulques , curé de Neuilly , un des hommes les*plus élof|uents de son temps. Foulques saisit Foccasion d'un tournoi

où toute la noblesse était iavitée. II monta sar un ëchafaud, et embrasa tellement Tauditoire que chacun voulut prendre la croix de sa main. Cette entreprise fut fatale aux Grecs* Les croir ses, ayant à leur tête Baudouin, comte de Flandre, s'emparèrent de Constantinople, y commirent toutes sortes d'horreurs, et fondèrent un nouvel empire , qui fut donne à Baudouin , leur chef. Mais cet empire des La*tins ne dura que cinquante-huit ans ; et Michel Palëologue les en chassa en 1261.

D. Ne vit-on pas sous le règne de Philippe ii une croisade d'une nature bien plus étrange encore?

M. On vit une croisade dirigée contre des chrétiens. Les provinces méridionales de la France se remplissaient de novateurs , connus sous le nom de J^audoîs et Albigeois^ qui attaquaient la doctrine et les cérémonies dô rÉglise. On établit contre eux le tribunal de Vinquisition ^ qui devint terrible en pteu de temps. On fit plus : on prêcha une croisade pour les exterminer. Cette guerre fut pleine d'atrocités. Les croisés massacraient tout, sans égard, ni pour Tâge , ni pour le sexe , ni pour les liens du sang.

D, Que faisait le roiffean Sans-Terjre pendant les troubles religieux de la France?

R. Il respirait 9 à la faveur des guerres qui déchiraient la monarchie ; mais il se brouilla bientôt avec le pape, qui déclara son trône VAcant , et Voffrit à Philippe-Auguste. Le mo* narque Français Taccepta, et équipa une flotte pour aller en prendre poîsession. Jean Sans- Terre , pressé par le danger, se reconnut vassal du pape, et prêta serment de fidélité au légat Pandolphe. L'artificieux légat vint ensuite ordonner au roi de France de renoncer à son entreprise, attendu que l'Angleterre appavleaail au souverain pontife. Philippe , justement indigné, n^en continua pas moins- ses préparatifs.; mais il eut le malheur de perdre sa flotte par la négligence de ceux qui la gardaient. Il se vengea de ce malheur sur Tempsîreur Olhon iv et le comte de Flandre, qui s'élaient ligués avec le roi d'Angleterre.

D, Quelle célèbre bataille Philippe- Auguste gagna- t-il sur l'empereur , le roi d'Angleterre , et le comte de Flandre, qui avaient réuni leurs forces contre lui ?

Ji. Ce fut celle de Bouvines , entre Liile et Tournai,. en 1:414. Philippe n'avait que cinquante mille hommes contre près de deux cent mille. Les enneimis, comn^ assurés de vaincre, étaient déjà Convenus du partage du royaume. L'évéque deBeauvais se signala dans

( î34 ) cette journée. Il abattit le général anglais avec une massue de fer dont il assommait les ennemis , se faisant scrupule de verser le sang humain. Mathieu ii de Montmorenci, qui fut connétable sous trois règnes, prit seize bannières. Le monarque frs^nçais s'exposa aux plus grands périls. Le comte de Flandre fut fait prisonnier, et orna le triomphe du vainqueur.

D. Quel nouveau malheur éprouva le roi d'Angleterre, après la bataille de Bouvinjes ?

jR. Les Anglais , qu'il avait révoltés par la conduite la plus odieuse , le déclarèrent déchu delà royauté, et offrirent sa couronne à Louis, fils aîné de Philippe^Augnste. Louis fit une descente en Angleterre , fut courontié à Londres, et excommunié à Rome. Le roi Jean Sans-Terre mourut de chagrin. Sa mort éteignit le ressentiment des Anglais , qui couronnèrent Henri m , son fils. Louis fut forcé d'abandonner ses conquêtes. La crainte des censures de Rome empêcha Philippe de le secourir , et priva sa maison d'uae couronne qu'elle aurait gardée difficilement.

D. A quel âge mourut Philippe-Auguste ?

R, Il mourut en laaS, à l'âge de cinquanteneuf ans. Il est le premier roi de cette race qui n*ait point fait sacrer son fils : cette précaution

n'ëtait plas nécessaire. Il donna l'exemple d'avdr des troupes soudoyées, même en temps de paix. C'était Tunique moyen de réprimer ^ les vassaux , et de relever l'autorité royale : mais il fallait beaucoup de sagesse et d'écono*mie pour n'en faire qu'un bon usage.

D. Dite$-^ous quelque chose des mariages de Philippe ii.

jR. Philippe épousa trois femmes. La première fut Isabelle, fille de Baudouin, comte de Flandre et de Hainaut , dont il eut un fils , nommé Louis viii, qui lui succéda. La seconde fut Ingelburge , sœur du roi de Danemarck , qu'il répudia le lendemain de ses noces pour prendre Agnès de Méranie. Le pape Innocent III jeta un interdit sur tout le royaume , et força . Philippe à reprendre Ingelburge.

Agnès d£ Méranie en mourut de douleur. Elle avait donné au roi un fils nommé Philippe, comte de Boulogne, et une fille nommée Marie , qui épousa un comte de Namur.

D. Quels progrès firent les sciences sous le règne de Philippe- Auguste ?

R, L'université de Paris devint très florissante sous ce règne. Elle embrassait toutes les études , depuis la grammaire jusqu'à la théologie. Mais les sciences qu'on y cultivait étaient loin d'avoir dissipé les ténèbres de l'ignorance

On célébrait alors , même dans Téglise de Paris , la fête des Fous , farce scandaleuse \ et une autre fête non moins extravagante , celle des Anes, Il est bon de connaître les délires de Tesprit humain; ils nous font sentir la faiblesse de notre raison , et combien il nous importe de la cultiver et de la soutenir par l'étude.

LOUIS VIII, surnommé le lion, quarantr-

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