‹ Instruction sur l'histoire de France: augmentée et continuée jusqu'au règne de Charles X; etChapitre 17 sur 30 · UNIEME ROI DE FRANCE · texte numérisé non relu

UNIEME ROI DE FRANCE

régna 14 ans.

(Aa i35o.)

D. Qui succéda à Philippe de Valois?

R. Ce fut Jean , son fils^ il était âgé de quarante ans lorsquHl monta sur le trône. LMn-^ flexibilité de son caractère , la fougue de son courage et son peu de capacité , rendirent la France encore plus malheureuse.

D. Quelles furent les premières opérations dtt règne de Jean ii ?

R. Il fit décapiter , sans aucune forme de justice, le comte d'Eu , connétable deFr.ance. Cet acte de cruauté aPéna touts les esprits. Il donna les dépouilles du connétable à Lacerda , prince d'Espagne^ Le roi de Navarre , Charlesle*Mauvais, gendre du roi, fut jaloux de la faveur dont jouissait Lacerda, et le fit assassiner. Jean , transporté de colère > jura d'abord de tirer vengeance du crime. Mais la crainte que lui inspirait l'assassin l'obligea de se contenter d'une légère satisfaction. Bientôt après, on découvre Içs liaîsQns du roi deNavarre ?ivec

Edouard iii, roi d'Aagleterre. Jean le fait arrêter à Aouen, et le retieat priaonnier dans la tour du Louvre. La guerre éclate alors entre la France et rAngleterre.

D. Quels moyens prit Jean , roi de Franoe , pour tenir téteau roi d'Angleterre Edouard m ?

R. II convoqua les ëtalîs-généraux pour ob* tenir des subsides^ Celte assemblée lui accorda trente mille lances , ce qui faisait une armée d environ cent mille hommes : elle établit un subside pour leur entretien. Jean, qui avait déjà altéré les monnaies dans les besoins pressants , s^^gagea à les fixer iri^évocablement, et promit de ne conclure ni paix ni trêve que de Tavis des trois ordres de l'état ou de leurs députés.

D. Quels forent les événements de la guerre entre Edouard m ^t Jean ii?

R. Les armes de Jean furent d'abord asstez heureuses. Mais le prince de Galles , fils d'Edouard III , connu sous le aomde Prince WoiPj à cause de la couleur deison armure , se montra en France à la tête d'une armée de huit mille hommes. Il s'avança Jusqu'à Poitiers , après avoir ravagé l'Auvergne , le Limousin, et une partie du Poitou. Jean marcha contre lui, et jura de le combattre en quelque lieu qu'il le trouvât. Les deux armées se rencontrèrent à

Maupertuis , près de Poitiers -, celle de France était de soixante mille hommes. Le Prince Noir, retranche dans un poste avantageux, mais sans pouvoir ni avancer ni reculer, manquait déjà de vivres. En le tenant serré deux ou trois jours, on l'aurait infailliblement rë- j duit à la nécessité de se rendre. Il offrit de remettre ses prisonniers et ses conquêtes , et de signer une trêve desept ans. Le roi demanda qu'il se rendît prisonnier avec cent des principaux seigneurs de son armée. Ce jeune héros répondit qu'il ne perdrait jamais la liberté que les armes à la main. Quelque sûr que fût le roi de le forcer par une sage lenteur, son imprudence lui fit préférer les risques d'une bataille. Elle eutlieule igseptembre i356, et jamais il n'y en eut de plus malheureuse pour la France. Les deux tiers de l'armée furent bientôt en déroute. Jean, à la tête du corps qu'il commandait, se défendit avecintrépidité. Sans casque, hlesséau visage, environné de morts; il renversait à coups de hache ceux qui osaient l'approcher. Mais, épuisé de forces, il fut obUgé de se rendre à un de ses sujets qui avait été banni de France pour un meurtre. Il périt six 'mille Français à la journée de Maupertuis , et le nombre des prisonniers fut plus considérable que celui de toute Farmée anglaise.

D. Comment les Anglais usèrent*ils de leur victoire de Maupertuis?

JR. Ils s'en montrèrent dignes par une humanitë qui était alors un prodige. Le prince de Galles, vainqueur généreux et modeste , donnait l'exemple de la modération. II reçut le roii^vec les plus grands honneurs , le servant à table, le consolant de sa défaite, lui prodi* guantdes éloges pleins de franchise et de sentiment. Il le conduisit ensuite à Bordeaux , et de là en Angleterre , où le monarque français passa quatre ans. >

D. Que devint la France pendant la capti^ vite du roi Jean?

R. Le dauphin Charles gouverna en qualité delieutenant-général du royaume. Sa conduite passée n'avait pas prévenu en sa faveur ^ on se souvenait de ses liaisons avec le roi deNavarre ; on Tavait vu se retirer précipitamment à labataille de Maupertuis. La défiance paraissait bien fondée. Elle lui attira, dans les commen* céments , beaucoupde traverses, quiservirent sans doute à développer son génie, à former ^oname , etàluiiaire acquérir cette prudence dont il fit usage pour le salut de la nation. Son premier soin fut d'assembler les états-généraux, poordélibérer surles moyensde délivrer le roi de sa prison , et de subvenir aux besoins

du royaume. Mais , comme le roi de Navarre avait beaucoup de partûaus dans les élalsgénéraux, le dauphin ne tica aucun avantage ' de leur convocation. Les esprits étaient agités. A la tête des factieux étaient Robert Lecoq, évêque de Laon , ennemi déclaré de ses maîtres , qui l'avaient élevé de la médiocrité aux premières places ; et Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris , homme sans frein , sans^ remords , et couvrant d*un masque po» pulaire ses entreprises criminelles. Ces deux hommes pensèrent^perdre la monarchie.

D. Â quel expédient recourut le dauphin Charles , privé des secours desétats*généraux?

R.^ Il crut pouvoir user de la ressourâe trop commune de Faltération des monnaies. Alors Marcel ne garda plus de mesure : il souleva le peuple. Les Parisiens, jusqu'alors fidelles, > se livrèrent à tout l'emportement de la ré- | volte. On fut contraint de convoquer de nouveau les états. L'autorité passa tojut entière \ entre leurs mains : le dauphin plia sous le joug. Le roi de Navarre est arraché de sa pri- \ son ', il entre à Paris eomme en triomphe ; j Lecoq et Marcel obligent le dauphin à le re- j cevoir. Le dauphin, devenu majeur, sejrend au parlement, et se fait déclarer régent. Il trouve ensuite l'occasion de sortir de la capi-

talé. Cette ëvasion déconcerte les séditieux. Le régent s'avance vers- Paris , et en fait le blocus. Marcel 9 au bord du précipice, sans espérance de pardon, entreprend de mettre le comble à ses attentats. H convient avec le roi de Navarre de l'introduire dans Paris , de massacrer, avec le secours de $es soldats, les partisans du régent , et de le £ûre couronner roi de France par Tévéque de Laon. Mais Jean Maillard, généreux citoyen, averti du complot , fend la tête à Marcel d'un coup de hache. Les Parisiens, touchés de repentir, envoient une députation au régent, et le conjurent d'entrer dans la ville. Il y est reçu aux acclamations de tout le peuple.

D. Que faisait le roi Jean dans sa prison de Londres, pendant que son fils luttait avec tant de peine contre les séditieux de Paris ?

R. Ennuyé de sa captivité, il traita avec le roi d'Angleterre , à des conditions capables d'achever la ruine du royaume. Il cédait la Normandie, la.Guienne, la Saintonge, le Périgord , le Querci , le Limousin , le Poitou , TAnjou, le IVIaine, la Touraine, etc., avec quatre millions d'éçus d'or pour sa rançon.

Les élats, convoqués par le régent, frémirent à la lecture de ce traité : on le rejeta unanimement. Edouard rentra en France , à

( Ï70 ) la tête de eent mille homme». Le dauphin se contenta de fiortifier lesf villes dont la perte eût été irréparal»}^ , et abandonna \es campagfies à Tennemi. Le^ roî d'Angleterre pareottrnile royamne sah» obstacle. Mais, comme le pays était rnmé , il n'y trouva aucune ressource. La disette et la fatigue misaient sourdement ses troupes; et il pensait sérieosement à la paix , lorsqu'il survînt un orage des plus violents^ qui tua beaucoup d'hommes et de / chevaux. On assure que cet accident le décida entièrement;

D. Où fut conclue la paix entre Edouard et Charles , régent de France ?

R. Elle fut- conclue à Brétigny, près de Chartres, en i36o. Le roi sortit de sa prison, après quatre ans de captivité. De retour en France , il forma te pt ojet d^une croisade contre les Mahométans. Mais^ ayant appris que le duc d'Anjou, don second fils, qu'il avait laissé comme otage auprèa d'Edouard , s'était évadé, sans v^iiloir retourner , il résolnt d'aller luimême le remplacer. « Si la justice et la bonne « foi , disait^l , étaient bannies de la terre , (( elles devraient se retrouver dans la bouic efaô 01 dans le cœur des rois. » Jean mourut à Londres, en i364. Il eut pour successeur son fils Charles, le premierqui iait porté le titre de

( ^71 ) Dauphinde France^ et que nous avons vu gouverner l'ëtat pendant la prison de son père.

CHARLES v, surnommé le sage et l'éloqueint,

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