CINQUANTE- DEUXIÈME ROI DE FRANCE
régna i6 ans.
(Ani364.)
D. A quel âge Charle» v , fils de Jean-le- 6on, nionta-t*il sur le trône?
R. Il avait vingt-six ans. Sa sagesse répara tonts les maux du dertûer règne, et lui mérita le surnom de Sage. Il fut sans donte redevable de celui d'i?/o^2^6n^ à ses talents dans Part de persuader. La faiblesse de sa santé Tempécha de se montrer à la tête des armées; mais il connaissait les hommes > et savait les employer et les récompenser dignement. Le célèbre du GuescUn^ chevalier breton, le modèle des héros du siècle, eut des succès prodigieux. La première jeunesse de ce brave guerrier avait été très-foi)gaeuse. Il n'y a point déplus mauvais garçon au rHonde^ disait alors sa mère; // est toujours battantou battut son père et moi, nous voudrions lea^irsous terris. Ce caractère violent renfermait un germe d'héroïsme qui se développa pour le salut de la France.
D. Contre qui Charles v tourna-t-il d'abord
les armes des Français ?
^ Ha
jR. Contre Charles-le-Mauvais , qui n'avait point été compris dans le traité de Bretigny. Da Guesclin attaqua ses troupes à Cocherel^ entre Evreux et Vernon, et remporta une victoire qui ranima la conlSance et le courage de la nation. Avant le combat , du Guesclin, tint ce discours à son armée : Pour Dieu , amis , ioui^enez-vous que nous a\H>ns uii nous^eau roi de France. Quesacouronnesoitaujourdthui étrennée par vous. En récompense de cette victoire, Charles v lui donna le comté de Lon* gueville , qui était au pouvoir du roi de Navarre : le héros en alla prendre possession les armes à la maiii.
D. La bataille de Cocherel mit^elle fin à la guerre ?
R. Non. La guerre continua pour le comté de Bretagne y que se disputaient Charles de Mois et le comte de Montfort. Le roi de France favorisait Charles de Blois, son cousin.
Edouard m soutenait le comte de Montfort , son gendre. La bataille ^Aurajr termina ce différent. Charles de Blois voulut charger témérairement, et fut tué dans le combat* Jean Chaudes , le plus fameux capitaine d'Angleterre, eut la gloire de faire prisonnier du Guesclin , qui se rendit à lui, couvert de blessures, après avoir renversé une foule da corn-
( Ï73 ) battants* Le monarque français accorda la paix au roi de Navarre.
D. Comment du Guesclin recouvra-t«ii la liberté?
R. Tel était le malheur de ce temps , que la paix même était un fléau : elle multipliait en France des réunions de brigands > appelées les grandes compagnies JLe goûtdu pillage etHmpunité y attiraient jusqu'à des seigneurs de la première distinction. Le royaume allait devenir la proie de ces furieux, si Henri de Transtamare n'eût offert de les prendre à sa solde contre Pierre-le-Cruel, son frère, roi de Casbtille. On résolut de confier l'entreprise à du Guesclin. Chandos demandait cent mille livres pour sa rançon. Le roi en paya quarante mille, le pape et Transtamare fournirent le reste. Du Guesclin alla faire la guerre en Espagne , et emmena les grandes compagnies^ dont il purgea la France. Pierre-le-Cruel fut détrôné , et Henri de Transtamare couronné à sa place.
D. Du Guesclin ne fut*ilpas fait une seconde fois prisonnier en Espagne ?
/Î.Oai.Pierre-le^ruelétaitvenuenGuienne implorer le secours du prince de Galles -, ce prince généreux, et passionné pour la gloire, vola en Espagne , et gagna la bataille de Navarette, où du Guesclin fut encore fait prison*
nier. Mais le prince de Galles, ayant éprouve l'ingratitude de Pierre-le-Cruel , Fabandonna, et renvoya du Guesclin, dont le roi paya la rançon. Henri de Transtamare , seconde par du Guesclin , retourna attaquer son frère, et le tua de sa propre main. Il devint par là paisible possesseur de la Castille.
D. Comment Charles v reprit-il sur les Anglais toutes les provinces perdues sous le dernier règne ?
R. Les infractions du traité de Brétigny donnaient à Charles le droit de rompre avec l'Angleterre. Les circonstances pour cette rupture étaient très-favorables : le prince de Galles était consumé d'une jSèvre lente depuis Texpédition d'Espagne; son père était endormi au sein de la prospérité. Une taxe extraordinaire imposée sur toutes les provinces avait excité un mécontentementgénéral.Laxioblesse porta ses plaintes à la cour du roi deFrance. Le prince de Galles fut cité, comme vassal, à comparaître devant les pairs, pour s'expliquer sur les griefs allégués contre lui. Il répondit fièrement qu'il se rendrait à Paris avec soixante mille hommes. La guerre commença aussitôt:
les armées françaises eurent l'avantage presque par-tout. Edouard perdit toutes les terres qu'il avait en France* Du Guesclin fut fait
( i-jS)
connétable, el mourut en i38o« Le roi lui survécut peu de mois. Sa mort couvrit la France de deuil. Il avait fixé la majorité des rois de France à quatorze ans. C'est sous son règne que fut construite k Bastille. U laissa deux fils , d<mt Tainë, Charles ^ lui succéda^
D. Quel était Tétai des sciences et des art« en* Europe , sous le règne de Charles v ?
R. Les sciences et les lettres étaient à leur première aurore. L^artillerte Tenait d'être découverte, elle devintcommune dansles sièges.
En Italie , on inventa la faïence , les glaces , les lunettes appelées besicles^ le papier, les notes de musique ) etc. C'était mi grand luxe alors que d'avoir des vitres, de porter du linge^ d'user de chandelles, de se servir de cuillers et de fourchettes d'argent. Les Italiens se livré* rent à la poésie. Le Dante et Pétrarque firent oublier nos troubadours. Bocace florissait à la même époque.
CHARLES VI, dit LE BIEN-AIMÉ, CINQUANTE- TROISIÈME ROI DE FRANCE ,
régna 4^ ans.
(An i38o. )
D. Quels furent les commencements du règne de Charles vi ?
jR. Charles vi n'avait encore que douze ans
lorsqu'il parvint à la coaronner Sajeaneaselivra rëtatà ravarice et à Tambition de ses trois on-» clés, les ducs d*Anjou, de Berry, et de Bourgogne. Us étaient, par leur naissance, les tuteurs du royaume; ils en devinrent les tyrans» Louis d'Anjou, après s'être emparé des trésors de son pupill^e, accabla le peuple d'impôts^ La France se souleva ; le peuple , furieux , commit les plus grands excès. -
D. Où se trouvait le roi Charles vi lorsque ses sujets se révoltèrent ?
R. Il était absent lorsque la sédition éclata. Appelé au secours du duc de Flandre, dont les peuples s'étaient soulevés contre leur souverain , il attaqua les Flamands à Rosebeck y en i38a , et remporta sur eux une victoire où ils perdirent vingt-cinq mille hommes. A son retour, il punit les rebelles de Paris. entra dans la ville avec ses troupes. Trois cents personnes furent chargées de chaînes. On ordonna aux habitants de déposer leurs armes au Louvre.
Bientôt les exécutions commencèrent avec plus de cruauté que de justice. Quelques j o urs après , le roi déclara qu'il accordait la grâce des Parisiens , et qu'il commuait la peine criminelle en civile , c'est-à-dire, en argent. Les amendes furent portées à l'excès . Rouen et plusieurs autres villes du royaume furent traitées comme Paris.
P> Quel projet forma Charles vi après son expédition de Flandre ?
R. n forma le projet d'une descente en An^ gleterre. Il fit, au port de rEcluse, un armement considérable , où toutes les forces du royaume semblaient réunies. Quinze cents vaisseaux devaient transporter cent mille hommes. Mais touts ces préparatifs furent perdus par la jalousie du duc de Berry, qui se rendit trop tard à Tarmée. Le connétable de CHsson avait été assassiné par Pierre de Craon ; mais il n'était pas mort de ses blessures. Le roi jura de le venger. Il envoya redemander Craon au duc de Bretagne y qui lui avait donné une retraite. Le duc refusa de le livrer* Charles se mit en marche avec une armée pour faire la guerre au duc de Bretagne.
Cétait au mois d'août : la chaleur était extrême. Aux environs du Mans , il fut frappé d'un coup de soleil, qui lui fit perdre la raison, et le rendit furieux. Les projets de guerre s'évanouirent^ on signa une trêve de vingt-huit ans avec Richard ii, roi d'Angleterre.
D. Qui gouverna le royaume pendant la démence du roi Charles ?
M Les oncles du monarque reprirent le gouvernement, et recommencèrent leurs excès. Le duc d'^léans , frère du roi , préten-«
dait à la régence. La mort de son oiicle^ le duc de Bourgogne, laissa k champ libre à^on ambition. Il fut bieiitôt maître de tout Fëtat, sous le titre de lieutenant-général du royaume. Mais le nouveau duc de Bourgogne , Jean* sans ^ Peur ^ le fit assassiner. La Frî^,nce fut inondée de sang. Tout semblait conspirer à la ruine de la monarchie.
D.QuelsavantageslesAnglâis tirèrent-ils de nos divisions ^ après l'assassinat du duc d'Orléans?
jR. Richard il avait épousé Isabelle, fille de Charles vi. Mais , haï et méprisé de ses sujets, ilfutdétïSoïîifpa^enri de Lancastre, son cousin-germain , quiwâlhlÊJ^^"^ ^^ Henri iv. Ce prince confirma la trèveav^ài^^^^'^^» P^"*" affermir sa nouvelle domiimîSTlV ^'^^^^' ^ Henri v , son fils et son successeurX?''* ^^^'^ réservé d'ébranler les fondements demf!'''" narchie française. La guerre contre le duS^^ 'Bourgogne fut résolue dans une assemblée J nérale composée de Ja reine, des princes do sang, des seigneurs , des prélats et des gens du conseil. Lé dauphin présida, en rabseacé du ro. , qui était alors malade. Quand le^o 1 narque fut rétabli , il déclara qu'il marchCai t
^vantquedesemeureenc^pagncilaira
' ( ï7d > faire ses dévotions à Noire-Dame ; et , peu de jours après, il se reuditJiSaint*Deaîs,où il prit Toriflamme, dont il confia la garde à Guillaume Martel, seigneur deBaqueville, qui périt ensuite à la bataille d'Âzincourt. Depuis cette époque, il n'est plus question de Voriflamme dans l'histoire de France. On prit les villes de Gompiègne , de Soissons , et d*Arras. Le duc de Bourgogne se soumit à toutes les conditions qu'on voulut lui imposer, et le roi lui accorda la paix.
D. Qu'est-ce que Toriflamme ?
R. Vori/tamrne ^ dans son origine , n'était autre cKose que la bannière qu'on portait aux processions de Saint-Denis, et dans les guerres particulières que les religieux de cette abbaye avaient contre ceux qui voulaient usurper les biens de leur église* Les comtes du Vexin , prolecteursdes moines, allaient la prendre sur Tautel des saints martyrs, lorsqu'ils partaient pour quelque expédition militaire , et la rapportaient, en grande pompe , quand la campagne était finie. Après que Philippe i*eut réuni le comté du Vexin à la couronne, nos rois contractèrent lesmémes engagements envers cette abbaye. La coutume était de recevoir ce saint étendard des riains de l'abbé , à genous, sans chape ron ni ceiti ' ure, et de faire auparavant ses
dévotions à Notre-Dame de Paris ou dans Té'»
glise de Tpaôtre de la France. Lonis-le*Gros est le premier roi qui Tait été prendre en cérémonie surVautel de Saint-Denis. Ses successeurs s'accoutumèrent insensiblement à s'en servir *, et,peuàpen> il devint leur principale enseigne.
Mais Toriflamme ne parut point dans les armées de Charles yii y parce que ce prince ne put Taller prendre à Saint*-Denis , qui était au pouvoir des Anglais. Les victoires qu'il remporta sans cette bannière accoutumèrent à s'en passer, et elle tomba enfin dans Toubli. On prétend que son nom d'oriflamme lui venait de ce qu'elle était parsemée de flammes d'or.
D. Comment la guerre éclata-t-elle entre l'Angleterre. et la France , sous le règne de Charles VI?
jR. Henri V 9 attentif à ce qui se passait en France , réglait ses prétentions sur les événements. L'aveuglement des princes français j la fureur du peuple , un traité secret d'alliance avec le duc de Bourgogne , lui firent comprendre que le moment était venu de ne plus se contraindre et de tout oser. De nouveaux ambassadeurs vinrent donc de sa part demander sansdétourlacouronnedeFrance^envertudes droits d'Edouard ni. Henri de Lancastre prétendre au trône français, lui qui, fîlsd'unusur-*
( i8i ) pateur, n'avait pas même de titre légitime pour occupercelui d'Angleterre ! Les ambassadeurs, qui n'avaient fait cette étrange proposition que pour effrayer , se réduisirent à demander les provinces cédées par le traité de Brétîgny , auxquelles on ajouterait la Normandie, TAnjott, et le Maine. Pendant les négociations, Henri fit touts ses préparatifs de guerre , et vint, avec une flotte de seize cents vaisseaux de tiansport, aborder à Fembouchure de la Seine , dans le lieu même où Ton a depuis construit le Havre-de-Grâce. U assiégea Harfleur , et prit cette ville ^ mais, ne pouvant plus rien entreprendre, parce que les maladies avaient ruiné son armée , et que sa flotte avait été dispersée par la tempête , il se mit en route pour Calais. Rien n'était plus facile que de lui fermer le passage. Une armée quatre fois plus forte que la sienne devait le forcer k sù rendre , ou à périr de famine. Les mêmes fautes qu'on avait commises à Crécy et à Poitiers se renouvelèrent, et produisirent le même désastre. La bataille àHAzincourty en \^i5, fit perdre à la France environ dix mille hommes , parmi lesquels se trouvaient sept princes du sang et le connétable^ les ducs d'Orléans et de Bourbon furent faits prisonniers avec beaucoup d'autres seigneurs.
D* Quelles furent les suites de la fetale joumëe d'Âziacourt ?
il. L'Anglais, épuisé, se retira après avoir conclu une trêve. Mais les troubles intérieurs recommencèrent. La reine , Isabelle de Bavière, épouse infideiie, mère dénaturée, se ligua avec Jean-sans-Peur, et prit le titre de régentedu royaumeXe dauphin s'évada, suivi d'une grande partie du parlement. Henri v passa de nouveau la mer , et s'empara de la Normandie. Cependant le dauphin se réconcilia avec le duc de Bourgogne. Ils eurent une entrevue sur le pont de Montereau , et le duc de Bourgogne y fut assassiné. On impula généralement ce meurtre au dauphin. La reine se livra contre lui au ressentiment le plus barbare. Elle se joignit au jeuneduc de Bourgogne -, et le roi d'Angleterre vint les trouver à Troyes. Là se fît le fameuse traité par lequel on régla que Henri v épouserait Catherine, fille de Charles VI5 qu'après la mort du roi il succéderait à la couronne -, qu'en attendant il gouvernerait la France en qualité de régent , vu l'incapacité de Charles. C'était violer et les droits delà nature et ceux de la nation, c'était renverser les lois fondamentales du royaume; mais un roi imbécille suivait aveuglément les volontés d'une femme furieuse.
D. Quel parti restait-il aa dauphin Charles dans le bouleversement du royaume ?
M. Un bon nombre de seigneurs , de magis- « trats et de docteurs , fidelles à la patrie, passèrent au-delà de la Loire pour se joindre au légi timehëritierdu trône, et luidonner secours contre un usurpateur étranger. Leur zèle fut ranimé par quelques avantages remportés sur les Anglais. Henri v passa en Anglelerr.e pour y lever des hommes et des subsides. Il revint avec une'armée considérable et des trésors. Il sfe disposait à achever de conquérir la France, lorsqu'il mourut au château de Vincennes, à rage de trente-quatre ans, en 14^2.
D. Quand mourut Charles vi ?
R. Il mourut deux mois après Henri v.
Son surnom de Bien- Aimé prouve combien le peuple était éloigné de lui attribuer les malheurs de son règne. Sa démence dura trente ans. On employa , pour Tamuser dans sa maladie, les cartes , jeu très-peu connu auparavant. Cette invention , favorable à la paresse , est devenue pernicieuse à la société, en dégoûtant des exercices du corps , et eu causant la ruine des familles. On vit se former dans le même temps les premières troupes d'acteurs de théâtre. On représentait burlesquement les mystères de la Passion. Boileau ,
dans son AH poétique, décrit ainsi Torigine du théâtre français :
Chez nos dévots aïeux lé ihëÂtre abhorré Fui long-temps de la France un plaisir ignoré. De pèlerins, dit-on, une troupe grossière, En public , à Paris , y monta la première j Et, sottement selée en sa simplicité, ^onales saints, la Vierge et Dieu par piété.
CHARLES VU , dit LE VICTORIEUX , CINQUANTE- QUATRIÈME ROI DE FRANGE ,
régna 39 ans.
(An 143a-)
D. En quel état se trouva la France , après la mort de Charles vi ?
R. Elle n'était plus qu'un vaste théâtre de carnage. Henri v, en mourant, avait laissé un fils au berceau. Il confia la régence de Ja France au duc de Bedfort , son frère. Touts les corps à Paris lui prêtèrent serment.
Charles vii , le roi légitime , s'abandonnait aux plaisirs et à la mollesse. Il ne lui restait qu'un petit nombre de provinces , et ses ennemis l'appelaient par dérision le mi de Bourges. Agnès «So/c/, sa maîtresse, le tira de sa honteuse léthargie. Le connétable d« Richement, et le fameux comte de Danois, bâtard de la maison d'Orléans, l'aidèrent à reconquérir tout son royaume sur les Anglais, et lui firent obtenir par là le surnom de
P^ictorieux. Mais Jeanne âtArCy connue sous le nom de Pucelle (F Orléans, fut le principal instrument dont le Ciel se servit pour le salut de la patrie.
D. Faites-^nous connoître cette fille merveilleuse que vous 2Lp^élez Jeanne tfjirc.
jR. Elle était née de pauvres parents k Domremy, près de Yaucouleurs. A dix-huit ^ ans , elle se crut inspirée de Dieu pour délivrer la ville d'Orléans , assiégée par lès Anglais , et faire sacrer le roi à Rheims. On la présenta à ce prince > qui la fit examiner, et la reçut comme un ange tutélaire. Jeanne parut armée de pied en cap , une bannière bénite à la main. Sa confiance » sa valeur, ses vertus , transportèrent les troupes. Dirigée par les conseils de Dunois , elle entra dans Orléans , et introduisit des renforts dans cette ville. Les Anglais , frappés d'une terreur pa-» nique, levèrent le siège. Jeanne pressa ensuite le roi de venir se faire sacrer à Rheims. n fallait traverser quatre-vingts lieues de pays occupées par les Anglais. On manquait d'argent, de vivres ^ on avait peu de troupes , des obstacles prodigieux à vaincre : on réussit contre toute vraisemblance. Les Anglais furent battus à Patay; et Talbot, leur général , y fut fait prisonnier. Rheims reçut Charles vu ; il
y fut sacré ; et Jeaiuie d'Arc assista en habits de guerre à une cérémonie si glorieuse pour elle. Alors, croyant sa mission accomplie, elle voulut seretirer» Les ordres du roi et les instances des seigneurs la retinrent ; mais le Ciel parut 1-abandonner tout à coup. Prise dans une sortie auâiégede Compiègne , elle fut condamnée- comme sorcière, et brûlée vive à Rouen par les Anglais, qui se déshonorèrent pour la ptmir de leurs défaites.
Jeanne S Arc au duc de Bedfort.
..... .Si -dans ce jour une aveagle furie ,
Prince, par ses clameurs n'attaquait que ma vie,
Celle qu'à la yengeance on veut sacrifier
Dédaignerait le soin de se jusliCer.
Mais au Dieu dont je tiens ma force et mon courage ,
Guerrière, je dois rendre un noble ttfmoîgnage:
Je le dois, je le yeux \ et ma voit , sans dÊ^>ur« ,
De ma. vie à vos yeux va présenter le coars.
Mon nom vous est connu. . . . . Depuis que je suis née*
L'hiver n'a pas vingt fois vu s'achever l'année. Sons un rastiqne toit Dieu cacha mon berceau : Non loin de Vaucoulecurs jquelqoes pr<^s, un troupeau ^ Des auteurs de mes jours composaient la richesse; Le travail de leurs mains nourrissait leur vieillesse. Docile \k leurs leçons, heureuse à leur tîôu;, Mon çnfance croissait dans la simplicité; . 1
Et bergère comme eux j'errais sur les montagnes » Chantant le nom du Dieu qui bénit les campagnes. Chaque jour cependant, jusqu^à nous apportés ,
Des bruits affreax.tronblaient nos hanveaax auristëa;
On disait qaMnondant, et nos champs, et nos Tilles ,
L'Anglais, à la faTeor de nos haines ciTÎles ,
Allait bientôt, brisant nos remparts asserris,
Saper les fondements du trône de Clovis ,
Et, de la Loire enfin franchissant la barrière,
Sar les mars d'Orléans arborer sa bannière.
Des maux de mon pays en secret tourmenté ,
Tout mon cœur s'indignait, four et nnit agité;
Et du bruit des combats, an milieu des prairies ,
Seule, feotretenais mes longues rêveries.
Un soir, il m'en sourient , de la cime des monts ,
L'orage , en s'étendant , menaçait nos yallons :
Tout fuyait... Près de là, l'ombre d'un chêne antique
Protégeait du hameau la chapelle rustique :
J'y cours , et , sur la pierre oh j'implorais les cienx ,
Le sommeil maigre moi vint me fermer les y eux.
Tout à coup , de splendeurs et de gloire éclatante ,
Du céleste séjour une jenns habitante,
La houlette à la main, se montre devant moi :
(( Humble fille des champs, dit-elle, léTe-tot!
« Du souTerain des cieux l'ordre yers toi m'amène :
« Geneyiève est mon nom; les rires de la Seine
« Me rirent, comme toi, conduire les troupeaux,
« Quand du fier Anila U» fcmesics drapeaux
R D'an nuage sanglant déjà courraient la France :
ic Ma roix au nom du Ciel promit ^ délirrauce.
tt Le Ciel veut par ton bras l'accomplir aujourd'hui :
t Du trône des Français,. ra, sois l'heureux appui.
« Le Dieu qui, des bergers empruntant l'entremise,
<c Jadis arma Darid et dirigea Moïse ,
« Dans les murs de Fierboîs, au pied des saints autels ,
« Cacha depuis long-temps aux regards des mortels
«( Le glaire qui, remis aux mains d'une bergère ,
« Doit briser les efforts d'une arméb étrangère.
« £d secret, inforinë par un tcvis des cteiiXy
« Déjà Valois attend le bras -victorieux
«c Que suscite pour lui Icar faveur imprérne.
« Pleine d*un feu divin, va t'bffiir à sa vue :
« Marche, Orlëans t'appelle au pied de ses remparts f
« Marche , à ta voix TAnglais foira de tontes parts ,
« Et le temple de Rfaeims rerra , dans son enceinte ,
« Sur le front de ton roi sVpancher Phuile sainte. • . . • j
L'immortelle, à ces mots, remonte dans les airs.
Et moi, le cœur ému de sentiments divers,
Je m*ëveille incertaine , •t'n'osant croire encore
An choix trop^ éclatant dont PÉtemel m'honore.
Mais trois fois, quand la nuit ramène le repos ^
Je Tob les mêmes traits, j'entends les mêmes motsf
« Humble fille des champs, lève-toi!.... Dieu t'appell •
« An Ciel, à ton pays , tremble d'être infidelle!. . . »
Je cède en^n, je pars, respirant les combau.. . .
Le frère de ma mère accompagnait mes pas.
J^avais atteint le front des collines prochaines. . . ♦
Là , muette et pensive , à nos bois , à nos plaines ,
Far on dernier regard, j'adressai mes adieux ;
£l le toit paternel disparut à mes yeux
An travers du trouble et du ravage ,
Vers la cour de Valois le Ciel m'ouvre un passage.
Parrive. On m'interroge; on dont« d« ma foi.
Mais les pontifes saints ont rassuré mon roi :
ie parais à ses yeux. Sans crainte, sans audace,
J'entre : un de ses guerriers est assis à sa place;
Lui-même au milieu d'eux il siège confondu.
Mais un esprit céleste , à mes yeux descendu ,
Me le montrait du doigt , et planait sur sa tête, , ^
l'approche, et devant lui je m'incline et m'arrête 5
Des deux, à haute voix, j'annonce les décrets
« Oui, me dit-il, commande; et mes guerriers sont prêu « A suivre sur tes pas l'ardeur qui les transporte. »
II dit ; et de Fierbois , à son ordre , on m'apport» Le glaive qui jbientât doit Teoger les Français. Nous parlons.... Mais pourquoi retracer nos sncoèa f Icane et faible instrument de la fayenr cëleste, la marchais, je pada^is.... Dîcn seul a fait le reste.
(M. n^Av&iGirTy tragédie de Jeanne d'Arc à Rooen*)
D. Quels événements suivirent la mort de Jeanne d^Arc ?
R. La guerre ne faisait plus que languir»
La réconciliation du duc de Bourgogne avec le roi fut un coup acbablant pour les Anglais. Le duc de Bedfort étant mort peu de temps après, ils furent chassés de Paris, elCharles vu y fit son entrée triomphante en 1437 . Ce prince recouvra enfin toutes ses provinces , et répara les maux de la nation par un sage gouverne-^ ment. Mais il éprouva des chagrins domestiques qui le conduisirent au tombeau : son fils Louis se révolta contre lui ; on persuada au roi que ce prince voulait le faire empoisonner. [Cette idée lui troubla tellement Tesr prit, qu'il s'obstina pendant plusieurs jours à refuser toute nourriture. Il mourut en i46t, k rage de cinquante-huit ans. C'est sous son règne que l'imprimerie fut découverte.
(igo )
LOUIS XI, CINQUàMB-CINQUIÈllB ROI DE
FRÀIÏCE ^
régna 22 ans.
( An 1461. )
D. A quel âge Louis xi parvint-il au
trône ?
K 11 -ét^it dans sa quarantième année- Il | s' étaitdéjàfaitasseïi connaître, quand il n'était que dauphin, pour qu'on dût s'aUendre à'un ^ gouvernement dur , bizarre et despotique. Le premier usage qu'il fit de son autorité , ce fut de changer touts les ofiiciers créés par son père. ^ Il chargea le peuple d'impôts et dépouilla les grands. Le comte d'Armagnac et le ducd'Alençon, enfermés sousle règne précédent, furent élargis, et obtinrent la restitution de leurs
biens.
D. Les violences de Louis xi ne produisirent-elles pas une révolte ?
iî. Oui, U se forma contre lui une ligue fameuse, connue sous le nom de ligue du bien public. Elle avait pour prétexte la réformaiion de l'état et le soulagement des peuples. Les pripces du sang et beaucoup de seigneurs dépouillés de leurs charges y entrèrent. Le jeune Charles , frère du roi, s'y laissa entraîner. Le duc d'Alençon et le comte d'Armagnac , que
( 19» ) Louis XI avait élargis , se joignirent aussi aux mécontents. Le roi arma pour dissiper cette confédération. On en vint aux mains à Montltérjr; mais cette bataille ne décida rien. Le rusé monarque , dont la politique fut ton* jours de niégocier pour tromper, fit à Conflans un traité de paix par lequel il accorda tout aux principaux chefe , bien résolu de ne rien tenir/ Il céda à son frère la Normandie , qu'il lui enleva presque aussitôt*
D. Que fit Lbuts xr après la paix de Conflans ?
R. Il s'attacha à brouiller les princes H* gués, a6n de les mieux perdre en particulier. Il envoya des députés aux Liégeois pour les engager à se soulever contre ChaHes-le-Téméraire^ duc de Bourgogne ; et cependant il demanda à ce duc une entrevue à Péronne pour y terminer leurs différents. A peine Louis y fut-il arrivé , qu'on apprit la révolte des liégeois. A cette nouvelle , Charles-le- Téméraire est transporté de fureur. Maître de la personne du roi , il se livra dfabord aux plus violentes résolutions ; mais il se contenta de le retenir prisonnier, de le forcer à signer un traité désavantageux, et de l'obUger à marclier avec lui contre la ville de Liège , son alliée. Elle fut prise et réduite en cendres.