‹ Instruction sur le défilement des ouvrages de campagne, a l'usage de l'École d'application du Corps royal d'ÉtatmajorChapitre 7 sur 8 · III · texte numérisé non relu

III

. Défilement des lignes.

39. On se propose, dans le défilement des lignes , ou ouvrages continus , comme dans celui des ouvrages isolés, de masquer l’espace inté-

rieur aux vues (les hauteurs dominantes. Les moyens qu’on emploie pour y parvenir sont les mêmes; ils consistent dans le relief des parapets , l’enfoncement des terre-pleins , la construction de traverses, de parados et de bonnettes. Ce qui a été dit précédemment (n°* i 5 , 16 et 17 ) sur les données de la question générale, trouve ici son application. Ajoutons que l’espace où les défenseurs sont à couvert, doit être le plus grand possible; car, la défense des lignes exige l’emploi d’une grande quantité de troupes de toutes armes , tantôt déployées, tantôt serrées en masse. Cette considération doit faire attacher la plus grande importance au choix de la position. Dans le cas où l’on y serait fortement commandé, le défilement ne serait qu'un palliatif. Aussi les auteurs de fortification -les plus estimés, prescrivent-ils de retrancher les hauteurs qui dominent la position à occuper. Lorsqu’on ne peut le faire , on élève des épaulemens à 5 o ou 60 mètres en arrière de la ligne.

Il n’est pas possible , en général , de mettre dans un même plan de défilement, les crêtes de plusieurs ouvrages d’une ligne fortifiée.- On divise cette ligné en plusieurs parties séparées par des traverses , et ayant chacune un plan de site particulier. Il faut apporter une grande attention à bien distinguer comment chaque partie est vue de front, d’enfilade, à revers, afin d’appliquer, dans chaque cas, les procédés de défilement les

plus convenables. Les parties rentrantes, telles que les courtines, qui font face aux hauteurs, sont faciles à défiler, parce qu’elles ne sont ni enfilées ni prises à revers. Il n’en est pas de même des parties saillantes , telles que les redans et les bastions. Pour les dérober aux feux d’enfilade , on dirige , autant que possible, les prolongemens de leurs faces vers des vallons ou des lieux bas ; on fait converger vers des ouvrages qui font partie de la ligne , les prolongemens des branches des crémaillères, dont on se sert particulièrement pour unir les ouvrages qui sont séparés par une vallée, un vallon, un ravin. Nous renvoyons au Traité ou aux Elémens de Fortification de M. de Saint-Paul, qui a traité ce sujet avec les développemens nécessaires.

Nous ne terminerons pas cette deuxième partie, sans faire connaître un instrument simple et ingénieux qui peut abréger les tâtonnemens dans la recherche des plans de défilement des projets de fortification. Il a été imaginé récemment par M. le chef de bataillon du génie de Bellonnet , et décrit , dans le n° 10 du Mémorial de V officier du génie, par M. Alphonse Bodson de Noirfontaine , capitaine du génie.

Cet instrument consiste dans un cadre en bois qui porte des fils de soie équidistans , parallèles entre eux , et à deux des côtés du châssis. Celui-ci est formé de quatre règles réunies par de petits boulons , et peut prendre la figure d’un parallélogramme quelconque. Pour que le parallélisme des fils ait

lieu, il faut que les régies soient divisées exactement, et la position des boulons déterminée avec précision.

On conçoit que le système de ces fils peut représenter un plan situé de différentes manières dans l'espace , en ouvrant plus ou moins le châssis, ou en faisant varier la direction des fils sans changer la figure du châssis,! ou en faisant varier à la fois la fignre du châssis et la direction des fils.

Le parallélogramme formé par les règles, doit être assez grand pour comprendre l’ouvrage et tout le terrain dont on doit se défiler. Le nombre des fils doit être au moins égal à celui des courbes horizontales du plan sur lequel on opère. Enfin l’artiste qui construit l’instrument doit avoir l’attention de noyer dans le bois les têtes des boulons qui unissent les règles , et de démaigrir un peu les deux règles auxquelles sont attachés les fils, à leur surface inférieure, afin que les fils ne frottent pas sur le papier lorsqu'on fait usage de l'instrument.

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