I.*^"" Article de la déclaration
.r LUT à Dieu que les Prélats de rassemblée de 1682^ eutsent été animés de ce bon esprit de modération et
de douCîeur qui respire dans les lettres de S} François de Sales. Ce Saint n'approuvoit pas ceux qui traitent les questions dont il s'agit dans le premier article de la déclaration, « ne regardant pas (ce sont ses mots dans la lettre 4^, liv. 7), » qu'on ne sauroit faire pis pour s> un père que de lui ôter Famour de ses enfants, ni •p pour les enfants que de leur ôter le respect qu'ils » doivent à leur père.... Le Pape ne demande rien aux » Rois et aux Princes pour ce regard ^ il les aime tous 3^ tendrement.... Il ne fait presque rien dans leurs états ^ ^ non pas même en ce qui regatde les choses pure- » ment ecclésiastiques, qu'avec leur agrément et vo— » lonté. Ou'est-il donc IdcsoIu de s'empresser mainte— » nant à Fexamen de son autorité sur les choses tem- » porelles, et par ce moyen ouvrir la porte à la dis- » sention et discorde? A quel propos nous imaginer » des prétentions contre celui que nous devons filiaîj- lement chérir, honorer et respecter comme notre » vrai père et Pasteur spirituel? Je vous le dis sincè— » rement, j'ai une douleur extrême au cœur de savoir » que cette dispute de l'autorité du Pape, soit le jouet » et sujet de parlerie parmi tant de gens qui , peu » capables de la résolution qu'on y doit prendre, au » lieu de la décider la déchirent^ et ce qui est le pis, y> en la troublant troublent la paix de plusieurs âmes , » et en la déciiirant déchirent la très-sainte unanimité » des Catholiques. »
Mais moi-même qui cite les expressions de ce Saint, si rempli de douceur et de charité, ne vais-je pas donner un exemple contraire? Non, mon ami, quoique l'occasion me porte presque malgré moi à vous due un mot sur ce premier article de la déclaraticn , j'espère, avec la grâce de Dieu, de ne pas m écarter de ce chemin de modération et de charité , tracé par Saint François de Sales.
Voiis savez que sur cette matière il y a deux opinions^ Tune qui soutient que les deux puissances spi-^ rituelle et temporelle sont parfaitement, et dans tous les cas, indépendantes l'une de Tautre^ et la seconde, qui, admettant la distinction des deux puissances , et leur indépendance dans les objets qui sont purement de leur ressort, admet néanmoins dans certaines circonstances où la puissance temporelle abuseroit de ses moyens au préjudice de la relij^ion, le pouvoir indirect de lEglise sur le temporel des Princes et jusqu'à leur déposition, dans le cas où cela seroit expédient.
Yoilà les deux opinions que, pendant long-temps, on a traitées avec très— peu dutilité dans les écoles. \ous voulez savoir ce que j'en pense.
Je voudrois bien sincèrement qu'on abandonnât ces questions, qui ne sont pas nécessaires, et qui ne sont daucune utilité ni édification.
Mais, pour vous rendre raison de ce que fai dit ^ j'observe que la première opinion n'a jamais été prohibée ni condamnée. On prétendoit trouver une autorité contraire dans la Bulle Uiicim Sanctmn^ de Boni— face MIL Mais on a reconnu qu'il n'a rien décidé ni défini la-dessus. D'ailleurs, il est certain que plusieurs Docteurs et plusieurs écoles lont enseis^née^ et qu'elle n'a jamais été notée d'aucune manière. Ainsi on ne peut la désapprouver ni la condanmer.
On ne peut pas davantage condamner l'autre opinion, qui a été suivie et soutenue par plusieurs Docteurs et écoles célèbres. Pour ne pas en nommer d'autres, je vous citerai Saint Thomas, 2. 2. qu. 12, art. 2* Comme je ne suis pas Dominicain , je n'ai aucun en— ga;:^enient de soutenir toutes les parties de sa Doctrine^ et je ne prétends pas en tirer d'autre conséquence , sinon que la Doctrine de Saint Thomas ayant été reconnue par l'Eglise comme une Doctrine saine et sans reproche,
on est très-libre cîe ne pas la suivre clans toutes ses parties, mais on auroit tort de la condamner.
Je vous ai montré ma manière de penser sur ces deux opinions^ mais je ne saïuois approuver le premier article de la déclaration. Ce nVtoit pas sur une question où TEglise a laissé la liberté de suivre l'une ou l'autre de ces deux opinions, que les Prélats de rassemblée de 1682 dévoient s'occuper sans nécessité, et sans pouvoii* en espérer la moindre utilité. Au contraire, ils ont fait du mal à l'Eglise, comme je Ta i remarqué dans ma seconde lettre. Je ne crois pas qu'ils j aient servi davantage les intérêts du Souverain, puisqu'en formant celte déclaration et suppliant le Roi de la publier , ils ont bien donné un appui à leur opinion par TEdit royal , mais ils ne Tont pas rendue plus certaine.