‹ Instruction sur les atteintes portées à la religionChapitre 15 sur 22 · LETTRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

LETTRE DOUZIEME

iMe voilà donc engagé à prouver cette proposition : le Pape conserve toute son autorité sur les Evêques assemblés en Concile.

Je commencerai par l'Evangile; et je n'ai qu à vous rappeler tout ce que nous avons observé touchant le plan de l'Eglise , les oracles et les promesses de J. C.

Qu'est-ce que le Concile et son autorité? ni plus ni moins que le collège des Apôtres et son autorité. Mais dans ce collège Pierre reste toujours le chef et le Pasteur de tout le troupeau, v compris les Apôtres assemblés. Donc son successeur qui est le Pape, reste aussi dans le Concile le chef et le Pasteur de toute TEglise, j com^ pris les Evêques assemblés.

Les promesses faites aux Apôtres sont communes à

Pierre, et ne détruisent pas les autres faites auparavant

à Pierre seul. Parmi celles-ci il y en a de deux sortes.

Les unes, que je vois renouvelées presque dans les mêmes termes aux Apôtres : J. G. a dit à Pierre : Quod^ cumque ligai^eris super terram , erit ligatum et in CœliSy quodcwnque soheris^ etc. Aux Apôtres il a dit : Onœcumque ligaveritis super terram^ eruiit ligata et in Cœlo ; quœ cumque s olveritis^eic. Mais ici la raison, la nécessité de mettre de Taccord dans ces promesses, et enfin tous les interprètes m'enseignent , que la puis^ sance donnée à Pierre, par cela seul qu'elle est donnée à un seul et avant tous les autres , et au chef, est bien supérieure à celle des Apôtres^ qu elle n a point de limitation et qu'elle s'étend sur tous les Apôtres.

Les autres promesses sont adressées à Pierre seul. Tihi daho chwes regni Cœlorwn. Je ne clierclie pas à savoir si par ces clefs on entend Fautorité du gouvernement, ou le pouvoir de la jurisdiction, ni si ces clefs sont communes aux Apôtres, et comment St. Optât de Milev, dit que Pierre claves regni Ccelorwn communicandas cœteris solus accepit. Il me suffit d'observer que cette promesse est adressée à Pierre seul : Tu es Petrus, . . Tihi dabo ... J. G. a eu ses raisons pour parler ainsi : lorsqu'il a voulu adresser les mêmes promesses aux Apôtres, il Ta fait^ celte différence de langage me prouve d'autant plus qu'il a donné à Pierre un pouvoir différent et particulier.

Pasçe agnos meos , pasce o^es meas. Mais quels sont ces agneaux , quelles sont ces brebis f St. Bernard me répond que tous les agneaux et toutes les brebis sont confiés à Pierre^ que qui ne distingue rien, n'excepte rien, Tous les Pères et les interprètes me disent que par ces mots Pierre est devenu Pasteur des Pasteurs^ ^t que les Apôtres même font partie de son troupeau»

Si Tautorité de Pierre est supérieure à celle des Apôtres , et s'il Ta conserve dans le collège des Apôtres j on doit tirer la même conséquence pour Tautorite du Pape sur les Evêques assemblés en Concile.

Tous ces témoignages de TEvangile sont pris dans le sens propre et littéral, qu'on doit suivre dans l'Ecriture- Sainte toutes les fois qu il n en résulte aucune opposition à la Foi, qui nous oblige de recourir aux sens mvstiques et figurés^ mais ce n'est pas le cas présent, car le sens propre et littéral est conforme à la Doctrine de TEglise et à la plus commune interprétation des Pères, dont je crois inutile de vous apporter ici une quantité de passages, la chose étant assez connue.

Après les témoignages de TEvangile, je passe à vous prouver ma proposition par les décisions de lEglise. Je me borne à la définition du Concile de Florence : Dcfinimus sanctam Apostolicam Sedem et Romanuni Pontificem in luiiversum orhem tenere primatum^ et ipsum Pontificem Romanum successorem esse S, Petri^ principis Apostolorum , et verum Christi Vicarium , totiusque Ècclesiœ capat et omnium Chris tianorwn Patrem et Doctorem existere ^ ipsi in B, Petro pascendi. reprend i et ^ubernandi unii^ersalem Ecclesiam à D, N. J, C, plenam potestatem traditam esse^ qaemad-nodiun etiamingestis œcumenicorum Concitiorum et in S icris Cannnibas continetur, Ex. litt. union. Graec. incipien. Lœtentar Cœli^ et in sess. ult, Conc. Florent.

Si le Pape est le clief de toute TEglise , le Père de tous les chrétiens, et s'il tient de J. C. la pleine puissance d'être Pasteur de toute lEglise, de la conduire et de la gouverner , on ne pourra pas douter qu'il n'ait cette même autorité sur les Evêques assemblés en concile^ autrement cette puissance ne seroit ni pleine, ni sur toute TEglise.

Celle définition du Concile de Florence est décisive dans notre question, d'autant plus qu'elle a été faite après les décrets de Constance et les entreprises des Pères de Bâîe.

Aussi il faut dire la vérité, que celte définition déplaît souverainement à ceux qui soutiennent la Doctrine de ce second article, et Tabbé Fîeury a le courage de dire qu'au Concile de Trente les prélats français refusèrent de déclarer Tautorité du Pape dans les termes de la définition du Concile de Florence. J'ai de la peine à le croire, d'autant plus qu'il ny avoit aucun besoin d'une nouvelle déclaralion après qu'on Tavoildéjà faite: mais quoiqu aient pu dire ces prélats , comme il suppose, dans le Concile de Trente, rien ne peut empêcher que le Concile de Florence ne soit reconnu pour œcuméîiiqr.e, et que sa définition ne soit reçue et respectée par tous les ortodoxes.

Je prouverai en troisième lieu cette autorité du Pape par son exercice cl par le langage des Conciles généraux. Mais en voilà assez pour aujourd'hui.

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