LETTRE QUATORZIEME
Troisième Article,
Je dirai peu de cTioses de ce troisième article, quoique je le regarde comme le plus pernicieux de tous dans ses effets et dans ses suites. Le voici : Hinc Apostolicœ potes tatis usum moderandum per Canones spiritu Dei conditos et totius mundi rei'erentid con^ secratos, Falere etiam régulas^ mores et instituta à regno et ecclesiâ gallicand recepta , Potrumque terminos manere inconcussos ^ atque id pertinere ad amplitudinem sedis Apostolicœ ut statut a et con-^ suetudines tantœ sedi^ et Ecclesiarum consuetudine firmata propriam stabilitatem obtineant.
Il faut observer qu" il ne s'agit pas ici d'une règle domie'e au Pape pour la direction de sa conscience^ dont rassemblée de 1682 nétoit pas chargée^ aussi n'est— ce pas au Pape qu'elle parle, c'est à la France.
Je sais qu'il y a des cas où 1 1 charité et même la justice nous font un devoir de donner des conseils et des avertissements à nos supérieurs. Il faut alors remplir ce devoir avec toute la prudence et tout le respect convenables, et sans jamais compromettre leur autorité vis-à-vis de ceux qui leur sont subordonnés. Que diroit-on d'un état dans lequel une province s'aviseroit de faire une déclaration , qu'on doit modérer l'usage
du pouvoir souverain selon les lois de la justice et pour le bien des sujets? Tout cela est vrai. Mais celle déclaration n'annonceroit— elle pas de mauvaises dispositions dans ceux qui Tauroient faite ?
Vous déclarez que Tusage de la puissance du Pape doit être modéré par les canons. Tous supposez donc Fabus de cette puissance.
Et si cet abus existoit, nétoit— ce pas au Concile eéne'ral à le mode'rer et à lui prescrire des limites et des règles f Mais dans tous les Conciles ge'néraux trouvez—moi donc un seul canon qui ait modéré Tusage de Fautorité du Papef J'en trouve plusieurs qui défèrent au Pape de nouveaux objets , mais je n'en vois point qui lui otent quelque partie de son autorité. Je vois même que le concile de Trente, dans ses décrets sur la réforme, a eu Fintention d'ajouter cette clause : ut in Jus salva semper aactoritas sedis Apostolicœ sit et esse intelligatur.
Ce qu'aucun concile général n'a osé, Fassemblée de 1682 Fa fait. Mais puisqu'elle a voulu le faire, elle auroit du tempérer cet article avec une prudence et une circonspection propres à fermer la porte à la désobéissance et au mépris de Fautorité du Pape. Ici au contraire tout est général , tout est indéfmi et incertain.
L'usage du pouvoir du Pape doit être modéré. Mais lequel? celui quil en a fut, ou celui qu'il en fera à Favenir ?
Il doit être modéré par les canons dictés par l'esprit de Dieu et consacrés par la vénération de Funivers. Il j a donc des canons qui ne sont pas dictés par l'esprit de Dieu. Pour moi je croyois tout bonnement qu'il falloit recevoir tous les canons de l'Eglise, qui dérivent d'une autorité légitime, et les observer tant qu'ils sont en vigueur. Mais j'apprends qu'il faut discerner ceux qui sont dictés par Fesprit de Dieu et consacrés par la vé-
neration de 1 univers , de ceux qui ne le sont pas. Com-— nient donc poiu^rai-je connoître les premiers? qui en sera le juge ?
Il y auroit encore bien d'autres questions à faire. Si le Pape ordonne quelque chose où il me paroisse qu'il ne s'est pas modère selon ses canons, règles , coutumes et usages, qui décidera mes doutes f cet ordre du Pape sera-t-il seulement illicite de sa part, ou encore nul et sans effet f dois-je lui obéir, ou bien suis-je libre de faire ce qu'il me plaît ? Il me paroit évident que cet article ouvre la porte à la désobéissance et fournit une quantité de prétextes à ceux qui ne voudront pas obéir au Pape, ni aux autres supérieurs ecclésiastiques: et en effet combien de fois, depuis cette époque, s'eston servi de ces prétextes pour résister à fautorité de TEglise, en opposant aux lois présentes qui sont les seules en vigueur, d'anciens canons qui n'obligent plus, et en prétendant que ceux-là étoient dictés par l'espritde Dieu et consacrés par la vénération de funivers.
Enfin la plupart des anciens canons n'ont d'autre origine que les Bulles du Pape qui les portoient; pourquoi donc une Bulle de Pie YI qui en abrogeroit pour des raisons qu'il sauroit bonnes, n'auroit-elle pas la même force que les Bulles des Papes des premiers siècles T