‹ Instruction sur les atteintes portées à la religionChapitre 18 sur 22 · LETTRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

LETTRE QUINZIÈME

Quatrième Article,

Xjes oracles et les promesses de Jésus— Christ , qui nous ont conduit dans fexamen du plan de l'Ei^lise par rapport à son autorité et à son gouvernement^ nous conduiront aussi dans nos recherches sur l'enseignement de l'Eglise par rapport à 1-a prédication et à la conservation de la Foi.

Je VOIS encore ici trois sortes de promesses, et il faut que je men tienne à cette grande maxime.^ que toutes les paroles de Jësus-Clirist doivent s'accomplir dans tous les temps et de la manière qu'il les a prononcées. Qvliim et terra transihitnt , verba autem iiiea non prœtcribimt. Il me faudra avoir toutes ces promesses présentes à lesprit , n'en oublier aucune , mais faire ensorle que je les voie toutes accomplies.

Et voilà comme une pierre de touche , pour faire fessai de tous les systèmes, de tous les plans quon pourroit imaginer par rapport à fenseignement de la foi que Je'sus-Christ a place dans son Eglise. Si dans nn plan je ne trouve pas vérifie'es toutes les promesses de Je's us-Christ, quand il n'en resteroit qu'une seule sans être accomplie , dès-lors je dirai que le plan n'est pas exact. Mais au contraire, si je trouve que toutes ces promesses et chacune d'elles sont vérifiées , et de la manière qu'il les a prononcées , alors je puis être sûr que c'est le plan que Jésus—Christ nous a donné.

Je vois donc trois sortes de promesses touchant l'enseignement de la Eoi ] les unes faites à Pierre , les autres faites au collège des Apôtres, et d'autres qui regardent l'unité et la perpétuité de fEglise.

Jésus-Christ a dit à Pierre seul, en présence des Apôtres : « Simon , Simon , voilà que Satan a demandé » de vous cribler, » c'est-à-dire de cribler Pierre et les Apôtres, ut criharet "vos : c'est un danger commun à tout le collège des Apôtres:; et quel sera le secours que Jésus— Christ a préparé ? le voici : « J'ai î? prié pour toi^ ego autem rogavi pro te ^ afm que » ta foi ne manque jamais, et après ta conversion, tu » dois affermir tes frères. Confirma fratres tuos, » Cette promesse regarde renseignement de la foi. Une autre promesse qui a le même objet, comme il est évident et comme Je le prouverai daus la suite, est'

contenue dans ces paroles: « Tu es Pierre, et sur

» cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de y> Teiifer ne pre'vaudront pas contr'elle. » Enfin, une autre promesse sur le même objet est comprise dans le devoir qu'il a impose à Pierre , en lui disant : « Sois » le Pasteur de mes agneaux, le Pasteur de mes brebis. » Pasce agnos meos , pasce oves meas* Voilà les promesses faites à Pierre seul.

Il j en a d'autres faites à tout le colle'ge des Apôtres^ j compris Pierre, qui en ëtoit le chef et le Pasteur: « Allez, prêchez TEvangile à tout l'unie ers- enseignez » à tontes les nations à observer mes commandements, "» Je vous enverrai le Saint— Esprit, qui vous ensei- » gnera toute ^ërité. Toilà que je suis avec vous jus— "» qu'à la consommation des siècles. » Dans ces promesses faites au collège des Apôtres , si je veux saisir tout Tensemble du plan, il faut que je ne perde pas de vue deux observations. La première, que nonseulement elles sont communes à Pierre qui ëtoit dans le collège, mais encore qu'elles sont faites à ce collège en tant qu^il est uni à Pierre déjà nommé pour sou chef et son Pasteur. La seconde, que ces promesses ne doivent pas détruire les autres faites à Pierre seul, mais plutôt s'accorder avec elles.

Enfm , il J a des promesses qui regardent Tunilè et la perpétuité de lEglise. « Sur cette pierre je bâtirai » mon Eglise , et les portes de Tenfer ne prévaudront "» pas contr'elle , » ce qui peut s'entendre qu'elles ne

F revaudront pas contre la pierre sur laquelle est bâtie Eglise, ou contre lEglise^ et cela revient au même, comme je vous le montrerai plus tard. « Voilà que !^ je suis avec vous jusruà la consommation des siècles, » Les brebis écoutent la voix du Pasteur et le sui^ ent, » parce qu'elles connois«^ent sa voix. Mes bicbis ècoa- » teront ma voix, et il ny aura qu'un seid bercail

( 48) » et im seul Pasteur. » On doit rapporter au mcme objet la prière de Je'sus— (Ihrist après la dernière cèue, nou-seulement pour ses Apôtres, mais encore pour tous ceux qui dévoient croiie à FEvangile : « afin que » tous soient une seule chose comme vous , mon » Père , en moi , et moi en vous ^ qu eux aussi soient » une seule chose en nous : qu''ils soient une seule » chose comme nous: Ut omnes unum sint sicut tii^ » Pater , in me et ego in te ,• ut et Ipsi in nohis » unutn sint..,. Ut sint itr.iun sicut et nos unuui » sunius. » Or, le priucipal objet de cette union ^ est Funité de la foi : Lnus Dominas , u?ia fides , unum baptisma.

Réunissons toutes ces promesses, et tâchons d'en faire résulter le plan sur lequel est établi renseignement de la Foi. Souvenons— nous que ce plan doit embrasser toutes les promesses , et être d'accord avec raccoînplissement de toutes et de chacune d'elles. Mais je trouve déjà ce plan tout fait par les paroles de Jésus— Christ.

Il s'élève des quesdons sur la Foi ^ je cherche une autorité enseignante pour m'éclairer. Voilà que j'entends la voix de Pierre, qui prononce son jugement. Ici je demande : puis-je craindre quelqu'erreur dans ce jugement? Pour former un tel doute, il faudroit oublier que c'est en vain que Satan a demandé de cribler les Apôtres^ car Jésus-Christ a prié pour Pierre, afin que sa Foi ne manquât pas. Je ne peux pas craindre non plus que Jésus-Christ ait manqué son but, lorsqu'il a choisi Pierre pour affermir ses frères , lorsqu'il l'a choisi pour la pierre sur laquelle il a bâti son Eglise:; il a promis que les portes de l'enfer ne pré— vaudroient pas contr'elle, ce qui affermit également la pierre et l'édifice, puisque si la pierre venoit à chanceler, l'édifice ne seroit pas solide non plus ^ enfm

Jésus-Christ

J[ésus-Gnrist n"'a pas manqué son but , en le choisissant pour Pasteur des agneaux et des brebis. Si le Pasteur s'égaroit, irois-je demander aux brebis quel est le chemin du salut?

J'entends la voix du collège des Apôtres. Quand je dis la voix du collège des Apôtres , la voix de Pierre y est aussi , et même c'est la voix de leur chef et de leur Pasteur. Ici, demanderai-je encore: puis-je craindre quelqu'erreur dans ce jugement P Eh! ne voyez—vous pas que j'ai pour me rassurer les mêmes promesses faites à Pierre, et de plus, toutes ceiles qui ont ëtë faites au colle'ge des Apôtres f*

Mais ici vous pourriez me faire deux questions ^ la première est celle-ci: n'êîes-vous pas plus sur dans le dernier cas, où vous avez pour garant les promesses faites à Pierre , et de plus , celles qui ont été faites aux Apôtres, que dans le premier, où Pierre seul auroit parlé , et où vous n'auriez que les promesses qui lui ont été faites ?

Avant de vous répondre, permettez-moi de vous demander s'il peut y avoir une assurance plus grande que celle qui dérive d une promesse de Dieu ? Tous me répondrez sans doute qu'une promesse de Dieu donne la plus grande assurance qu'on puisse imaginer ^ et moi je vous ajoute qu'une seule promesse de Dieu ne me donne pas moins d'assurance que cent promesses de sa part. Je suis convaincu que quand Dieu daigna multiplier ses promesses à Abraham , il ne le fit que pour s'accommoder à la foiblesse des hommes. Car, de la part de Dieu, une seule promesse a tant de stabilité et de sûreté, qu'il ne peut y en avoir de plus grande. Ne croyez pas cependant que ces promesses faites au collège des Apôtres , soient inutiles, parce que non-seulement elles ont pour objet ^e raffermir notre foiblesse , mais elles ont encore ua

autre but particulier, que je vous montrerai dans la suite.

Quant à la seconde question , je ne yeux pas que ce soit vous qui me la fassiez, parce qu'elle est absurde. Je la fais moi-même, uniquement pour e'claircir nos recherches. Cette voix du collège des Apôtres peutelle être différente de la voix de Pierre ? Yous sentez tont de suite Tabsurditë de la question, parce que la voix de Pierre ne peut se séparer de la voix de ce colle'ge. On ne peut pas non plus supposer cette différence, car alors il y auroit deux voix^ Tune seroit celle de Pierre , qui est le chef, et Tautre , la voix des Apôtres, qui sont les membres du collège^ celte voix ne pourroit donc pas s'appeler la voix du collège des Apôtres.

On pourroit peut-être fliire plutôt une autre question , qui elle-même ne vaut pas grand-chose. Peut-il arriver que la voix de Pierre reste seule, isole'e et différente de la voix de tous les Apôtres? Je réponds que cela n'est pas possible , et j'ai pour garant de ma réponse , les promesses faites à Pierre , au collège des Apôtres, et celles qui regardent l'unité et la perpétuité de l'Eglise.

A Pierre , parce que ^ dans celte supposition , il cesseroit d'être la pierre fondamentale, car une pierre isolée ne peut pas s'appeler le fondement ^ il cesseroit aussi d'être le Pasteur, car le Pasteur suppose un troupeau.

Au collège des Apôtres , parce que cette supposition ne peut pas s'accorder avec les promesses. En effet, j'entends d'un côté une promesse à Pierre que sa Foi ne manquera pas ^ de l'autre côté , une promesse aux Apôtres ensemble, y compris Pierre, que Jésus-Christ sera avec eux jusqu'à la consommation des siècles ^ que le Saint— Esprit leur enseignera toute

. ( 5i ) vérité. C'est Dieu qui a fait toutes ces promesses : c'est Dieu qui assure la Foi de Pierre 5 c'est Dieu qui promet sa présence et Tassistance du Saint-Esprit aux Apôtres. Mais Dieu ne peut pas être contraire à luimême. Le Saint-Esprit est Fesprit de vérité 5 la vérité est une: un seul Dieu, une seule Foi. Unus Dominus ^ una fuies.

Il ne peut donc pas y avoir ici deux voix différentes , mais une seule voix , la voix de la vérité et de Ja Foi.

Enfin, les promesses qui regardent Tunité et la perpétuité de TEglise ^ car , dans cette supposition ^ l'Eglise seroit séparée de la pierre fondamentale^ les portes de Fenfer prévaudroieni contr'elle. Jésus-Christ auroit abandonné son Eglise: les brebis ne suivroient plus, n'écouteroient plus le Pasteur, et on ne trouveroit plus cette unité pour laquelle Jésus-Christ a prié son Père éternel.

De tout ceci, je tire cette conséquence: renseignement de Pierre , par rapport à la Foi , n'est jamais sujet à Terreur^ n'est jamais différent ni séparé de renseignement du collège des Apôtres , et ces deux enseignements n'en font qu'un.

J'espère que le peu que j'ai écrit dans cette lettre, vous suffira pour sentir la vérité de cette conséqueuce \ mais vous la verrez sortir avec pins déclat, lorsque je la développerai en détail dans l'examen que je vais bientôt faire du quatrième article.

En attendant , vous avez dans cette conséquence le plan de renseignement de la Foi que Jésus-Christ a placé dans son Eglise. Tous pouvez soumettre cetta conséquence, ou plutôt ce plan à l'épreuve que je vous ai indiquée, et vous verrez qu'il embrasse toutes les promesses de Jésus-Christ , sans en laisser aucune qui nait son accomplissement.

D ti

Alors vous n aurez qu'à nieltre à la place de Pierre^ son successeur, qui est le Pape^ à la place du collrge des Apôtres, le corps des E>ècpjes de i'Fglise Cadiolique , soil dispersés, soit rasseiublés en Concile, mais toujours unis au Pape.

En lisant lliistoire eccle'siastique , et notammcut ce qui concerne les Conciles et les hérésies, vous aurez la satisfacdon de voir ce j)lan sVxécuter à la lettre 5 vous verrez qi;elqueibis uue quantité plus ou moins grande d'Evêques, qui ne sont pas cl accord avec le jugement de Pierre et du corps épiscopal , qui ne font ensemble qu'un seul jugement et un seul enseignement^ ma'S ce malheur, qui peut arriver et que Jésus-Christ a prédit, ne portera aucune atteinte ni aucun changement au plan et aux promesses de Jésus — Christ^ car renseignement, le jugement de Pierre ne sera jamais seul et isolé, mais il aura toujours avec lui une partie des Evêques. Cette partie, unie au successeur de Pierre, formera le véritable corps épiscopal de PEglise Catholique , celui qui succède aux di oits et aux promesses qui appartiennent au collège des Apôtres. Les autres Evêques qui sont dissidents, ou se soumettront à ce jugement, et alors ils feront partie du même corps ^ ou s'ils refusent de se soumettre, ils ny appartiendront plus. Dans tous les cas sera vérifié Toracle de Jésus-Christ , qu'il n j aura qu'un seul bercail et un seul Pasteur : fiet union ovile et unus Pastoi\

Page 1