‹ Instruction sur les atteintes portées à la religionChapitre 19 sur 22 · LETTRE SEIZIEME · texte numérisé non relu

LETTRE SEIZIEME

l^'ouELi de cette grande maxime, qu'il faut embrasser toutes les promesses de Jésus-Christ sans en laisser ime seule qui ne soit pas vérifiée, a fait naître la

question absurde de la supériorité du Pape ou da (Concile général, daiîs laquelle, soit qu'on tienne Taffn-mative ou la négative, on est conduit à cette conclusion: le Pape est supérieur au Pape.

Le même oubli a répandu aussi de grandes t nèbres sur la question de 1 infaillibilité du Pape ^ c r plusieurs de ceux qui ont soutenu l'infaillibilité, ont traité la question, comme s'ils supposoient un cas où le jugement du Pape reste seul et isolé, ce qui est contraire €iux promesses de Jésus-Clirist; et ceux qui Font atta-* quée, ont exalté à leur tour Finfaillibilité de lEglise, supposant que son jugement peut être en opposition a%ec celui du Pape, ne voyant pas qu alors ce jiigement ne pourroit plus s'appeler jugement de lEglise, dont celui du Pape ne peut se séparer.

Avant daller plus loin , il est bon que je vous pr-é vienne que ceux qui traitent cette question, prennent le mot E;^Usp dans la sii^nification de lEi/lise ensei— gnante, cest-à-dire , du corps des Evéques unis au Pape. Cest dans cette signification que je prendrai moi— même désormais ce mot.

Ce qui a (ait penser à quelques-uns que finfaillibilité du Pape n'étoit pas certaine, ce sont les ténèbres qu'on a répandues sur cette question*, et certes, tant qu'on l'embrouillera, on yjourra disputer. Si ceux qui soutiennent fiiifaillibilité du Pape, parlent de la supposition que son jugement soit en opposition avec celui de FEglise pour décider lequel des deux doit prévaloir, ils bâtissent sur une bypotnèse qui se détruit d'elle-même, et qui d'ailleurs est contraire à toutes les promesses de Jésus-Cbrist-

Mais cela n'empêche pas que finfaillibilité du Pape ne soit très-certaine, et au point que ceux même qui la nient, sont forcés d'en convenir, si on les oblige à s^expliquer.

Je leur demanderai : croyez-vous à rinfaillibilité de l'Eglise ? Ils me re'pondront tout de suite: eh! qui peut en douter? dès que TEglise a parlé, il ny a plus de doutes ni de questions. Eli bien ! ajouterai-je, dans celte voix de TEglise, comptez-vous la voix du Pape? s'ils sont Catholiques, ils devront répondre que oui. Mais cette voix du Pape , pouvez— vous la séparer de la voix de TEglise ? répondez oui ou non.

Si vous répondez oui , alors je vous dis que la* voix qui reste nest plus la voix de l'Eglise^ de même que , sépaiant la voix de Pierre de celle du collège des x4pôtres , la voix qui reste est la voix du collège^ ainsi vous séparez la voix du chef de FEglise, de la voix de TEglise, la voix qui restera sera la voix des membres de l'Eglise, mais jamais la voix de TEglise.

Si vous répondez non , alors je continue : ou la voix du Pape sera diflc rente , ou elle sera la même que celle de FEglise^ si elle est différente , c'est comme si elle étoit séparée ; ce ne sera pas une seule voix , mais deux voix différentes ; Tune sera la voix du chef de fEglise, et fautre la voix des membres de fEglise, mais jamais la voix de fEglise. Il faut donc que la voix de FEglise, pour être telle, soit la même que la voix du Pape : vous ne pouvez donc croire à rinfaillibilité de FEglise , sans croire à Finfaillibilité du Pape.

Mais , direz-vous , ce n'est pas ainsi que j'entends. Je crois bien que la voix de FEglise et la voix du Pape finiront par être une seule voix ; mais en attendant, il peut arriver que le Pape fasse une décision sur un point de foi , et que FEglise décide d'une autre manière. Gomme FEglise est infaillible , parce qu'elle est dirigée par l'assistance du Saint — Esprit que Jésus-Christ lui a promise ^ vous verrez alors qu«

,îe Pape sera ramené à la décision de FEglise*, et alors le jiigemeut qui sera porté sera un seul et même jugement.

Je vous entends^ mais n'allez pas si vite dans vos conclusions , parce que je ne pourrois pas tous suivre. Vous faites donc la supposition que le Pape a décidé une question de foi , et que TEglise la décidera différemment. Avant de tirer la conclusion, examinons un peu.

Je déclare d'avance que ce n'est que pour ni'accommoder à votre raisonnement, que je me vois obligé de supposer que le jugement du Pape soit seul, isolé et diffërent de celui de tous les Evéques. Car vous sentez bien que si le Pape avoii dans sou seutiment un nombre plus ou moins grand d'Evêques, ce seroit dans ce nombre d'Evêques unis au Pape , que je trouverois fEglise et son jugement.

Il faut donc supposer le Pape seul avec sa décision d'un côté , et de Tautre , tous les Evêques avec une autre décision. Avant de tirer la conclusion , voyons un peu qui , des Evèques ou du Pape , auroit plus de droit de ramener les autres à son jugement.

Si vous dites que ce sont les Evêques qui ont ce droit , parce que lEgiise est infaillible et que Fassistauce du Saint-Esprit lui est promise , je vous prierai de faire attention que ces Evêques ne sont pas l'Eglise ^ lorsqu'ils ne se trouvent pas unis au chef de lEglise, et que leur jugement ifest pas celwi de lEglise , lorsqu'il n'est pas uni avec le jugement du Pape ^ que ces Evêques n'ont plus aucun droit ni à l'infiiliibilité , ni à l'assistance du Saint-Esprit , puisque ces promesses de Jésus— Christ ont été faites au collège des Apôtres unis à Pierre, et que ces promesses ne détruisent pas les autres, faites à Pierre seul.

Au contraire, dans la supposition dout vous avez

parle, je pourrois plutôt faire valoir les droits du Pape , pour ramener les Evêques à son jugement , parce qu'il est plus dans Tordre que le chef ramène les membres , et le Pasteur , les brebis , et parce que le Pape auroit toujours en sa faveur les promesses faites à Pierre seul. Mais ne craignez rien, je ne veux tirer aucun avantage du cas que vous supposez. Je dis même que ce cas est impossible, parce qu'il est contraire à toutes les promesses de Jésus-Cbrist : je soutiens cjue le jugement du Pape ne sera jamais seul et isole , et qu'il aura toujours un nombre plus ou moins grand d Evêques avec lui. C'est dans le nombre uni au Pape que je reconnois FEglise, fassistance du Saint-Esprit, les droits et promesses accordés au collège des Apôtres.

Comment donc , me direz- vous * le jugement de FEglise ne cesse pas de Têtre, parce qu'une quantité d^Evêques seroit d un avis oppose' : et pourquoi cesseroit-il d'être jugement de FEglise et d'en avoir l'autorité , parce que le jugement du Pape seroit différent ?

Je ne suis pas obligé de répondre à cette question , qui roule toujours sur la supposition d un cas qui ne peut pas arriver^ mais cependant je réponds: pourquoi ? Parce que Jésus-Christ a voulu donner un chef à son Eglise; parce que les promesses ont été faites à une Eglise qui a un chef^ parce que, si vous lui ôtez ce chef, je ne reconnois plus FEglise de Jésus- Christ.

Pourquoi ? Parce que vous pouvez séparer du corps ime partie de ses membres, mais vous ne pourrez pas en séparer le chef.

Pourquoi? Parce que vous pouvez ôter d'un édifice les autres pierres, mais jamais la pierre fondamentale sur laquelle il est bâti.

Pourquoi ? Parce que vous pouvez séparer du troupeau quelques brebis , mais jamais le Pasteur.

Voilà ma re'ponse ] mais je dis toujours que le cas que vous supposez est impossible. Le seul cas qui est possible et qui est arrivé , c est de voir le Pape avec un nombre d'Evêques d ini côlé , et un nombre d"Evêques sans le Pape , de Tautrc. Et alors, où est l'Eglise? Saint Ambroise Ta dit, en quatre mots: Ibi Fetrus ^ ibi Ecclesia-^ où est Pierre, là est l'Eglise^ et sans doute aussi : où est le successeur de Pierre , là est l'Eglise.

Vous voyez qu'on ne peut pas se'parer le jugement du Pape de celui de 1 Eglise^ qu'il ne peut jamais y avoir deux jugements, Fun du Pape, l'autre de l'Eglise ; et que le jugement du Pape et celui de 1 Eglise ne sont qu'un seul et même jugement. Alors je n'ai plus besoin de vous apporter les preuves de rinfalllibilité du Pape ^ il me sufiit que vous m'accordiez rinfaillibilité de l'Eglise , et voici mon argument.

Le jugement du Pape et celui de lEglise ne sont qu'un seul et même jugement.

Or, le jugement de TEglise est infaillible.

Donc, le jugement du Pape Test aussi.

Cela pose , vous ne pouvez pas croire à l'infailli— bilitë de l'Eglise , sans croire en même temps à Tinfaillibilité du Pape.

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