LETTRE D I X - S E P T I È M E
y ous avez vu, dans la lettre précédente, que rinfaillibilité du Pape est très-certaine , puisque ceux même qui la nient , sont forcés de la reconnoître , à moins de nier Tinfaillibilité de l'Eglise ^ et admirez ici la force de la vérité. Cette doctrine de l'infaillibi-
iité du Pape, quoiqu'obsciircie par la manière dont elle a clé traitée par les deux parties , qui ont dis^ piUé le plus souvent sans s'entendre ni entr'eux , ni sur le fond de la question, s est soutenue néanmoins et à dominé dans presque toutes les écoles de Théologie. Vous avez déjà entendu ce que Fleury en a dit dans son discours. M. de Marca, Archevêque de Paris, dans ses observations sur une thèse soutenue au collège de Clermont, en 1660, dit que cette doctrine est la seule enseignée en Italie, en Espagne, et dans toutes les autres provinces de la chrétienté 5 qu'elle a pour elle Fapprobation de toutes les universités , excepté celle de la Sorbonne : et que la doctrine opposée, qu'il appelle celle des docteurs de Paris, est du nombre des doctrines qui sont seulement tolérées.
En France même, cette doctrine étoit la plus commune, de lavea de Fleury. Et 56 ans au plus avant la déclaration de 1682, une autre assemblée dEvêques, en 1626, en a donné un témoignage si clair et si énergique, quil nest pas possible dy rien répliquer. \oici comment les Evèques s'expliquent sur ce point : » Ils respecteront aussi notre Saint-Père le Pape , 3^ chef visible de TEglise universelle , Yicaire de Dieu » en terre , Evêque des Evèques , et Patriarche , en y> un mot successeur de saint Pierre, auvquel Fapos— » tolat et répiscopat ont eu commencement , et sur » lequelJésus-Christ a fondé son Eglise, en lui baillant » les clefs du Ciel avec l'infaillibilité de la foi ^ que 5> Ton a vu miracLdensement durer dans ses succès— » seurs jusqu'à aujourd'hui. » Voilà comment pensoient et parloient les Evèques en France, en 1626.
Mais la Sorbonne elle-même a-t-elle été constamment contraire à cette doctrine de l'infaillibilité du Pape f Je ne le crois pas ; car M. de Marca , à l'en-^
droit déjà cite , rapporte la thèse snivaDte , soutenue
en Sorbonne dans Tannée 1660 : Romanus Pontifeoc
controi^ersiarwn Ecclesiasticarum est constitutus
Judeoc à Cliristo , qui ejus définit ionibus indeficien-'
tein /idem promisit.
Il paroît qu'en i663, la Sorbonne fut pressée par le parlement de lui donner plusieurs articles, et entre autres celui-ci: Non esse Doctrinam nec dogma /acidtatis quod summus Pontifeoc , nidlo accedente Ecclesiœ consensu^ sit infallibilis, Fleury, dans son discours , parle de cet article et n en paroît pas content.
Je crois que cette proposition de la Sorbonne paroît admettre quelque bonne explication , jDarce que si , d'un côté , rinfaillibilitë du Pape est assurée par les promesses de Jésus-Christ, de lautre il n'est pas moins certain que le consentement de 1 Eghse ne peut pas manquer au jugement du Pape ^ de sorte qu'il n'y aura jamais de cas où 'on puisse dire que le Pape est infaillible , nullo accedente Ecclesiœ consensu, Bossuet, dans la défense de la déclaration , a fait bien des efforts pour mitiger le quatrième article : il dit donc qu il veut enfin manifester le secret de l'assemblée de 1682; que son intention n'a pas été de proscrire la doctrine de finfaillibilité du Pape ^ mais comme cette doctrine , selon lui , n'est pas certaine , l'assemblée a voulu donner une règle pour la croyance des fidèles , en statuant que le jugement du Pape n'est pas règle de foi, s'il n'a pas le consentement de l'Eglise.
A vous dire la vérité , je ne conçois pas quel besoin il y avoit de ce secret ni de cette règle. Auroit— on attendu jusqu'à Tannée 1682 à la donner, si elle eût été nécessaire ? appartenoit-il à cette assemblée de la fixer ? en avoit-elie Tautorité F car il s'agit ici d'une règle qui auroit été nécessaire à tous les Chrétiens , à moins qu'on ne dise qu'il faut d autres règles pour
(6o) fixer la croyance des Français, que pour fixer celle (lu reste des fidèles.
Mais enfin , je ne veux pas parler des intentions de cette assemblée, mais bien de ce qu'elle a fait, et du quatrième article , comme il est rédigé. Si les inlentious des Prélats ont été bonnes , tant mieux pour eux ^ fanicle quatrième n'en est pas moins mauvais ^ le voici : In JiclH quoque quœstionihus prœcipuas summi Pontificis esse partes^ ejusque décréta ad omnes et singulas Ecclesias pevtvicre ; nec tamen îrrcf or mobile esse judiclum , nisi Ecclesiœ consensus accesserit, La dernière partie de cet article contient deux suppositions erronées et contraires aux promesses de Jésus-Clirist, comme je le ferai voir dans la lettre suivante.