‹ Instruction sur les atteintes portées à la religionChapitre 21 sur 22 · LETTRE D I X - II U I T I E M E · texte numérisé non relu

LETTRE D I X - II U I T I E M E

Je dirai aux Evêques de l'assemblée de 1682: vous avez déclaré que dans les questions de la foi , le jugement du Pape n'est pas iriéformable , à moins que le consentement de FEglise ny soit joint. Vous supposez donc deux choses; que le jugement du Pape est quelquefois réforuiable , et que FEglise n y donne pas toujours son consentement.

Si le jugement du Pape est réfbrmable, il est évident qu'il n'est pas infaillible , mais sujet à l'erreur. Je ne vous demande pas les preuves de votre opinion; mais , supposant ce que vous dites , je vois que si le jugement du Pape a besoin d'être réformé, il faudra recourir à une autorité infiillible nour fixer la croyance, parce que, si cette autorité nétoit pas infaillible, son jugement auroit aussi besoin d'être réformé , et nous passerions notre temps à réformer, sans être jamais

sûrs de notre Foi. Je vous prie donc de me nDontrer cette autorité miaiiiibie qui réforme le jugement da Pape.

Vous me faites aussitôt votre réponse crdinaire, que cette autorité infaillible est dans lEglise^ mais je vous prie d'observer que vous retombez toujours dans la même faute., en opposant au jugement du Pape le jugement des membies de TEglise .^ et en appelant ce dernier, jugement de l'Eglise. Pour ne pas répéter les observations que je vous ai déjà faites, je me contenterai de vous rappeler la doctrine de tous les Catholiques, qu'un Concile, quelque nombreux qu'il soit, est sujet à l'erreur, à moins que ses décrets ne soient sanctionnés ou confirmés par le Pape, et cela par cette grande raison , que sans le Pape , il ne représente pas suffisamment TEgliie universelle. Ecoutez Cabassul : Constans est Catholicorum persuasio .. posse errori saccumbere Concilia^ qiiantumiûs nnmerosa^ jiisi approhatione supremi totius Ecclesiœ copitis ac Pétri successoris muniantur ^ rui Christiis ipse promisit : Super liane petram aedificabo Ecclesiam, et pro certo asseruit: ego rogavi pro te^ nec sujfficienter adesse totum Ecclesiœ corpus , si reliquis membris caput ipsum non concurrat vel suffragetur. IXotit.... Ecoles., sec. 16 trid.

Cette raison est encore bien plus forte , si les Evêques ne sont pas assemblés en Concile. Je ne vois donc pas cette autorité infaillible pour réformer le jugement du Pape, et cependant vous la supposez en disant '.iVec tamen irreformabile esse judicium.

Le quatrième article suppose en second lieu que FEglise ne donne pas toujours son consentement au jugement du Pape : Nisi Ecclesiœ consensus accesserit. Ici je crois que nous sommes d'accord sur une chose , c'est-à-dire que , pour le consentement de

TEglise, son silence et son acquiescement suffit, de sorte que, pour dire que son consentement n'est pas donne, il faudroit une véritable réclamation.

J'ajoute que si une partie des Evêques acceptent, même par le seul silence, le jugement du Pape et qu'une autre partie s y oppose par ses réclamations, vous me permettrez de reconnoître TEglise dans la partie des Evêques unis au Pape, selon cette règle de Saint Am— broise : Vbi Fetrus^ ihl Ecclesia^ et les autres Evêques ne mempêcheront pas, malgré leurs clameurs, de dire que 1 Eglise a donné son consentement.

Il faudroit donc supposer que tous ou presque tous les Evêques de la Chrétienté , quasi agmine facto , élèvent leurs voix contre le jugement du Pape. Mais je soutiens toujours que ce cas est impossible et contraire aux promesses de J.-C.

En conséquence, pour soutenir la dernière partie du quatrième article, vous devez me prouver trois choses^ que dans les questions de la foi le jugement du Pape est sujet à Terreur ^ que les Evêques, ou dispersés, ou assemblés , sont infaillibles sans le suffrage du Pape ^ qu'il peut arriver que presque tous les Evêques réclament contre le jugement du Pape. Je crois que vous seriez bien embarrassé pour prouver ces propositions , soit par FEcriture-Sainte , soit par les décisions de TEglise, soit par le témoignage de la tradition, ou des Pères. Mais je veux vous faciliter cette preuve. Il me suffit que vous m'apportiez des exemples que les jugements du Pape dans les questions de la foi ont été réformés comme vous dites.

Fleury, dans son discours, a cru en citer deux exemples : le premier , que dans la cause d'Eutichès, le Concile de Calcédoine a examiné la lettre dogmatique de Saint Léon. Je me servirai de cet exemple dans les preuves de finfaillibilité du Pape. Mais il est hors

de la question. Examiner nest pas retormer. Je n'ai jamais nié que les Evéques ne soient juges , c'est-à-dire ^ juges avec le Pape dans les questions de la foi, mais jamais juges des jugements prononcés par le Pape. Ici nous ne parlons ni d'examiner ni de juger, nous parlons de réformer.

Le second exemple, que le sixième Concile a condamné les lettres du Pape Honorius , et anathématisé sa personne. Quand ce fait seroit avéré, il ne prou— veroit rien, parce que Honorius n'avoit pas donné de décision dogmatique à l'Eglise universelle^ mais il est très-douteux et fort suspect. ^ ous pouvez voir comment Tabbé Barruel, dans son ouvrage sur les droits du Pape, traite ce point, et comment il démontre finvraisem— blance de ce fait et les soupçons très-fondés de supposition d'après les meilleures règles de la critique. Je vous demande si un seul fait de cette nature peut établir une maxime d'une telle importance.

Pour épargner d'inutiles efforts , je dis que nonseulement on ne peut rien prouver de ce qui est supposé par la dernière partie du quatrième aiticle, mais même qu'on peut prouver le contraire , comme je tâcherai de faire en établissant cette proposition : que dans les questions de la Foi, le jugement du Pape n'est pas sujet à Terreur, et forme un seul et même jugement avec celui de TEglise.

LETTRE DIX-^'ELYIE A1E.

Je commence par l'Evangile, les preuves de la proposition que j'ai établie , et premièrement par les promesses de J.-C. à Pierre seul : Simon ^ Simon ^ eccè Satanas eocpetivit ut cribraiet a: os sicut triticum; ego autem rogavi pro te^ ut non deficiat fides tua.

Dans ces paroles, J.— G. a marqué ce qui regarde tou3 le^ Apôtres ensemble : Salarias expetivit ut cribraret a^os ^ il n\i pas moins marqué ce qui iegarde la personne de Pierre seul. C'est une prière particulière pour lui : J^go autem rogavi pro te. Enfin il a exprimé le but et TefTct de cette prière, que la Foi de Pierre ne manque pas : Ut non deficiat fuies tua. Yoilà donc l'Eglise en danger d'être criblée par Satan , et en même temps le remède préparé par Jésus-Christ avec sa prière, que la Foi de Pierre ne manque pas^ d'où j'infère : ou J^ésus- Christ n'a pas préparé un remède suftisant, sa prière est sans elFet, et sa parole nous trompe^ ou bien l'enseignement de Pierre, et du Pape son successeur , n'est pas sujet à l'erreur dans la Foi , ut non deficiat fuies tua^ mais le premier seroit un blasphème, donc le second est une vérité. Au contraire, selon le quatrième article de la déclaration, le remède préparé et promis par J.-C. ne seroit pas renseignement du Pape, mais le consentement postérieur de l'Eglise qui pourroit être refusé.

Et tu aliquando con^'ersus confirma fratres tuos. Yoilà le devoir imposé à Pierre, d'affermir ses frères. Or, si l'enseignement du Pape étoit sujet à l'erreur, J.-C. auroit livré son Eglise pour être criblée par Satan , ce qu'on ne pourroit dire sans blasphémer^ donc l'enseignement du Pape n'est pas sujet à l'erreur dans la Foi. Selon FEvangile, c'est Pierre qui doit affermir ses frères : selon le quatrième article les frères affer— miroient Pierre.

Beatus es ^ Simon Barjona..., Et ego dico tihi: quia tu es Petrus , et super hanc petram œdificaho Ecclesiam meam , et portœ inferi non prœvalehunt adi^ersics eam. Il auroit suffi de dire que J.-C. alloit bâtir son Eglise sur cette pieire, pour en conclure qu'elle devoit avoir la stabilité propre à soutenir une

Eglise

Eglise éternelle. Car Jësiis-Christ n a pas choisi eu vain cette pierre pour être le fondement de son Eglise. La stabilité de cette pierre regarde principalement la Foi , puisqu il ny a rien qni puisse autant ruiner l'éditice de l'Eglise , que la défection ou la corruption de la Foi. Mais J.-C. a ajouté, pour une plus grande assurance : Portœ inferi non prœ^'alehunt adirer sîis eam. Ces paroles, depuis les premiers temps de l'Eglise jusqu'à nos jours, ont été communément appliquées à la pierre même, comme il est plus naturel^ ni Foriginal grec , ni le texte latin , ne se refusent à cette interprétation. Elle est aussi plus conforme à une parabole de J.-C. : Assimilahitur "viro sapienti ^ qui œdificai^it domum suam superpetramy et venerunt flumina^ etc., et non cecidit ^ fundata enim erat super firmam petram, jMais comme cette interprétation rendroit tout à fait insoutenable la doctrine du quatrième article, ceux qui la défendent, appliquent ces paroles non pas à la pierre, mais à fédifice, c'est-à-dire, à l'Eglise 5 mais qu'ils les entendent comme ils veulent, n'importe 5 pourvu au moins qu'ils ne fassent pas J.-C. comme l'homme insensé : simUis est njîro stulto .^ qui œdijî-ca^'it domum suam super arencim^ et ^enerunt fat—

mina^ etc et cecidit^ et fuit ruina illius magna.

Voici comme je raisonne : si le jugement du Pape dans les questions de la Foi, étoit sujet à l'erreur, J.— C. n'auroit pas choisi une pierre solide pour son édifice^ il auroit promis en vain que les portes de l'enfer ne prévaudroient pas, et son Eglise bâtie sur cette pierre tomberoit en ruines. Mais ceci seroit un blasphème. Donc le jugement de Pierre, par rapport à la Foi, n'est pas sujet à l'erreur.

Simon Joannis.... Pasce agnos meos , pasce o^'es meas. Ce n'est pas seulement par fadminislration des Sacremeuts, mais encore et principalement par la Doc-

trine de la Foi qu'on exerce le ministère de Pasteur* Pierre 1 par ces paroles , a été constitué Pasteur des Agneaux et des Brebis , c'est-à-dire , de tout le troupeau de J.-C. ^ et quoique les Evêques soient les Pasteurs des troupeaux qui leur sont confiés , pascite qui in wohis est gregem , ils ne laissent pas d'être brebis de Pierre. C'est pour cela que J.-C. a dit ailleurs : Et fict unum o^'ile et luius Pas l or. 11 est donc le Pasteur de toute TEglise, et tous les Chrétiens sont obligés d'écouter et de suivre sa voix : ores vocerti ejiis aiidiunt,,,. Ores illiun sequuntur ^ quia sciunt œocem ejus. Cela étant ^ si l'enseignement du Pape étoit sujet à l'erreur dans la Foi, J.-C. nous auroit donné un Pasteur qui nous mèneroit à la perdition 5 or, ceci seroit contraire à la sagesse de Dieu ^ donc l'enseignement du Pape n'est pas sujet à l'erreur dans la Foi. Selon le quatrième article, les brebis donneroient la leçon et ramèneroient le Pasteur lorsqu'il viendroit à s'égarer.

En second lieu, par les promesses faites au collège des Apôtres, c'est— à— dire à l'Eglise : Eûmes prœdi— ente Evaugelium omni creaturœ, Docete oinnes g ente s servare omnia quœcumque mandat i vohis, 3 fit tain ^vobis Spiritum ^veritatis j il le docehit njos cnnnem a^erilatem, Eccè ego vohiscum sum omnibus diebus usquè ad consummationem sœculi. Ces pro- Biesses garantissent l'enseignement de Pierre, celui de l'Eglise, et de plus, que l'un et l'autre ne formeront qu'un seul et même enseignement.

Elles garantissent que renseignement de Pierre ne sera pas sujet à l'erreur, parce que si cela arrivoit^^ toutes ces promesses faites à l'Eglise manqueroient nécessairement. Car il peut bien arriver que des Evêques tombent dans l'erreur sans que cela porte atteinte à .l'infaillibilité^ mais si k Pape y tomboit, alors ce

C 67 ) éorps sans chef, ce troupeau sans Pasteur ne seroit plus l'Eglise de J.-C, comme je lai démontre ailleurs.

Elles garantissent rinfâillibilitë de lEglise; et je nai pas besom de le prouver.

Entin elles garantissent que renseignement du Pape et celui de TEglise ne formeront qu'un seul et même enseignement, parce que c'est Dieu qui a promis au Pape et qui a promis à l'Eglise. Mais Dieu est un , il n'est pas contraire à lui-même^ le Saint-Esprit est un esprit de vérité, la vérité est une^ un seul Dieu, une seule foi, wius Dominus ^ iina Fides. D'où il résulta que ces deux enseignements n'en peuvent former qu'un seul.

Je dis donc, pour les deux parties de ma proposition : si renseignement du Pape e'toit sujet à l'erreur , Tassistance promise à l'Eglise resteroit sans effet, ce qui est absolument contre les promesses de Dieu^ donc il faut reconnoître que le jugement du Pape n'est pas sujet à Terreur. D'un autre côté, si renseignement du Pape pou voit être différent de celui de l'Eglise , premièrement il j auroit deux enseignements, Fun diw. Pape et fautre de TEglise^ alors ni l'un ni lautre no seroit renseignement de l'Eglise: mais Fun seroit l'enseignement du chef, et Fautre celui des membres de FEglise , comme je Fai déjà démontré ailleurs. Ici j'ajoute : si par impossible cela pouvoit arriver , Dieii seroit contraire à lui-même; la vérité cesseroit d'être une. Or, ceci est un blasphème^ d'où il s'ensuit que 1 enseignement du Pape et celui de FEglise ne seront jamais qu'un seul et même enseignement. Et réunissant les deux conséquences , il en résulte la proposition telle que je Fai établie : que le jugement du Pape dans les questions de la foi n'est pas sujet à Ferreur, et ne forme qu'un seul et même jugement avec celui dai ÎEglise,'

Enfin cette proposition est pronvce par les promesses qui regaideut lunite et la ])eipetiiiie de lE^lise. PSoiis avon^ entendu que lEglise est bâtie sur la pierre^ que les portes de Tenfer ne prevaudrora pas contre elle ^ que J.-C. sera avec l'Eglise jusqu'à la fui àes siècles^ que les brebis écouteront, suivront le Pasteur; qu'il ny aura qu'un seul bercail et un seul Pasteur;; qu'on y verra toujours cette union parfaite pour laquelle J.-C. a prie; et bien, après cela je vous dirai : que renseignement du Pape soit sujet à Terreur, ou qu'il soit différent, s'il e'toit possible, de l'enseignement de l'Eglise; dans l'un com.me dans l'autre cas, toutes ces promesses de J.-C. n auroient pas leur effet. Mais ceci seroit un outrc?ge à la véracité de Dieu; donc je dois tirer ma conséquence générale : L'enseignement du Pape, par rapport à la foi, n'est pas sujet à Terreur, et forme un seul et même enseignement avec celui de TEiilise.

LETTRE YINGTIEME.

X OLTEs ces promesses de J.-C. ensemble et dans leur sens propre et littéral ne me laissent aucun doute; et pour en avoir, il fiujdroit qu'elles me présentassent une contradiction évidente avec la Doctrine de TEglise. Ce ne seroit que dans ce cas, que je serois obligé de cbercber un autre sens impropre et figuré , en me souvenant de ce que Saint Augustin disoit : Ego JEvangelio non crederem , jùsi me Ecclesiœ coimno-i^eret auctorilas. Mais si dans ce que TEglise a décidé, dans ce qu'elle m'enseigne, dans les professions de foi qu'elle me présente , je trouve la doctrine paifaitement d'accord avec ce que j'avois trouvé dans TEvangile, alors il ne m'est plus permis d'entretenir de doute; je

dois me rendre à la lumière de Dieu; je ne piiîs rien dire qui y soit contraire, et si Toccasion l'exige, je dois encore déclarer ce que je crois* Corde eniin crédit ur adjustitiani^ ore aiitein confessiofit nd scdutem. Consultons la Doctrine de lEglise. Lorsque les premières étincelles de la désobéissance à l'autorité et à renseignement du chef de l Eglise ont éclaté, c'est-àdire, au schisme dWcace, et plus encore dans la suite à celui de Photius, les Papes ont exigé une profession de foi. C'est le célèbre formulaire que tous les Patï'iarches, Métropolitains et Evêques d'Orient ont été obligés de signer et de présenter au Pape Hormisdas, et quelque temps après à Agapet et à IS'icoIas I, et qui, enfui, a été signé par tout le huitième Concile œcuménique et présenté à Adrien II, de sorte qu'il est devenu la Doctrine de toute l'Eglise. Prima sains est rectœ fidei regidain custodire et à Patriim traditioiie nullatenus deviare , qida non potest D iV. Jesu Christi prœtermitti sententia diccntis : Tu es Petrus et super hauc Petram aedificabo Ecclesiam meam. Hœc quœ dicta sunt rerum prohantur effectihns , quia in sede Apostolicâ immaculata est seniper sen'ata religio, L'îidè sequentes in omnibus Apostolicam sedem et prœdicantes ejus omnia constituta ^ spero ut in uuâ conimunione vobiscum , quam sedes y^postolica prœ— dicat ^ esse merear^ in quâ est intégra et vera Christianœ religionis soliditas ; promit tentes etiam sequestratos à communione Ecclesiœ Catkolicœ , id est non in omnibus conscntientes sedi ApostoUcœ ^ eoruin nomina inter sacra non récit anda esse mysteria, Hanc autem prqfessionem meam pro pria manu scripsij et tibi Hormisdœ Sancto et ojenerabili Papœ urbis Komœ obtuli.

Cette profession de foi m'apprend qu'il ne faut pas mépriser les promesses de J.— C. à Pierre; que c'est par

( 7" ) un effet de ces promesses que la religion s'est toujours

conserve'e sans tache dans le siège Apostolique^ que

dans ce siège existe Tentière et \éritable solidité' de la

religion chrétienne^ qu'il faut le suivre et prêcher tous

ses décrets^ qu'il faut en tout se ranger de son côté,

sous peine de séparation de TEglise CathoHque. Tout

ceci est parfaitement d'accord avec Fidée que je m^en

étois déjà formée sur TEvangile.

Dans le Concile œcuménique de Florence , à la réunion des Grecs , on fit la défmition que j'ai déjà l'apportée, et dont je ne prendrai maintenant que ce qui a rapport à l'objet dont il est question. Fontificem Rommnmi,.., teriini Christ i Ficarium,,,, Et omnium Cliristianorum Pair cm et Doctorem existerez... Et ipsi in B. Petro à D. N. Jesu CJuisto.,.. Pascendi unis'ersalem Ecclesiam , plenam potestatem traclilam esse. J.— C. gouverne son Eglise par l'influence invisible de sa grâce, et par le ministère visible de ses Pasteurs : je ne dois donc pas m'attendre que dans mes doutes sur la foi, il vienne lui-même en personne , ou qu'il m'envoje un Ange pour m'iustruire. Mais j'apprends qu'il m'a laissé son Vicaire, et que c'est le Pape , vrai Vicaire de J.-C. , verum Christi T^icarium. Dois-je craindre encore que l'enseignement de ce Vicaire de J.-G. soit sujet à Terreur? Ce Pape est le Pèie , le Docteur de tous les Chrétiens , le Pasteur de FEglise universelle, avec une pleine puissance de J.-C. pour exercer son ministère. Et bien , lorsqu'il sura parlé, irai-je demander à ses enfants, à ses disciples, à ses brebis, de réformer le jugement du Père , du Docteur et du Pasteur de tous les Chrétiens ?

Enfin, la profession de Foi publiée par Pie IV, après le Concile de Trente, laquelle est à présent la profession de Foi et la Doctrine de toute 1 Eglise ^ in'ordonne de dire : Sanctam Romanam Ecclesiam

(7' ) omnium Fxclesiarum matrem et magistram ognosco.

Mais si le jugement clu Pape e'toitTefoiniable .^ on auroit tort de nommer TEglise Romaine, matrem et magistram omnium Ecoles iarum.

Je vois donc que ce que FEglise m'enseigne, ce qu'elle a dëfmi, ce qu'elle m'ordonne de professer, est parfaitement d'accord avec ce que j'ai trouvé dans TEvangile^ en conséquence, je n'ai plus et je ne puis avoir aucun doute. Si, dans les lettres suivantes, je vais consulter la tradition, ce n'est que pour achever mes preuves en faveur de ceux qui en douteroient encore.

En attendant, voyez quelle contradiction' si dans une question de Foi le Pape prononce son jugement , l'Eglise m'ordonne d'obéir, de soumettre mon entendement , de reconnoître dans sa voix celle de J.— C. ^ mais si j'étois dans le diocèse d'un Evoque qui auroit le malheur d'être bien persuadé de la doctrine du quatrième article, il se croiroit en droit de me dire : attendez , vous ne devez pas obéir si vite ^ ce jugement est sujet à l'erreur^ il est encore réformable^ il n'est pas règle de Foi , à moins que le consentement de FEglise n'y soit joint.

Pour éviter cette contradiction , plusieurs de ceux qui défendent farticle quatrième disent qu'il faut se soumettre au jugement du Pape, même avant de savoir s'il a reçu le consentement delEglise^ mais ils tombent dans un autre inconvénient : c'est de nous exposer au danger d'offrir à Terreur un hommage qu'on ne doit qu'à la vérité.

LETTRE YINGT-UNIEME.

lliX parcourant l'histoire des hérésies et des Conciles ^ on voit que le jugement du Pape a été regardé comme

.(,7.=.) , cekii qui assuroit rinfaillibilitë à tous les autres jugements, et auquel, une fois qu'il ëtoit prononcé, personne ne s'avisoit d'opposer des doutes ou des corrections. Il faudroit rapporter toutes les synodiques des Pères qui demandent au Pape la confumatiou des dé— finitions et anathômes formes dans les Conciles les plus nombreux et même œcuméniques. On voit en les lisant qu^ils regardoient celte confirmation , non pas comme un simple suffrage, mais comme un acte qui donnoit aux décisions conciliaires le caractère de jugement de TEglise, et par conséquent finfaillibilité. Mais cette vérité n'ei-t pas un objet de dispute parmi les Catholiques, qui tous, d'un commun accord, refusent le caractère d'infaillibilité aux décrets des Conciles qui n'auroient pas la sanction ou la confirmation du Pape.

Le jugement du Pape a même assuré finfaillibilité aux Conciles qui n'étoient pas généraux , comme les deux qui avoient condamné fhérésie pélagienne^ et c'est le sens de ce fameux passage de St.-Augustin, dont on n'a pas toujours bien compris la force. Jàm hdc de causa duo concilia niissa sunt ad sedem Apostolicam^ undè etiam rescript a vcneruiit. Causa jitiila est ^ utincun jiniatur et error.

Aucune définition de Concile n'avoit donc cette infaillibilité sans la confirmation du Pape; mais lorsqu'il avoit pronorscé son jugement, personne ne s'avisoit de le réformer^ et il \\^ en a point d'exemple , puisque celui de la prétendue condamnation dilonorius est très-douteux et très— suspect, comme je l'ai déjà remarqué.

J'a pporterai quelques exemples où Ton voit que quand le Pape a prononcé son jugement, les Conciles bien loin de le réformer, n'ont fait que s y conformer entièiemei:t, ce qui prouve cette vérité, que l'enseignement du Pape et celui defEglise ne forment jamais qu'un seul

et même enseignement.

Je trouve le premier exemple dans le premier Concile des Apôtres, act. i5. Convcnerunt Apostoliet seiilores i'idere de i^erbo hoc, Cum autem magna conqaisitio fier et ^ sur gens Petrus diaclt ad eos. Après que Pierre a parlé, tacuit omnis muliitudo. On eiilend Barnabe et Paul. Après eux, Jacques parle el donne aussi sou jugement, et ego judico. Ce qui prouve bien que les Evêques sont juges de la Foi, mais non pas en ce sens qu'on puisse juger et réformer le jugement de Pierre. En effet ce jugement de Jacques et le décret du Concile^ Pisiim est Spiritui Sancto et nohis^ n'est qu un seul et même jugement avec celui de Pierre. Et cela ne pouvoit arriver autrement. Le même Dieu avoit promis que la Foi de Pierre ne manqueroit pas , et que le Concile auroit sou assistance. Le St.-Esprit qui éclairoit Pierre, éclairoit aussi le Concile. Il ne pouvoit donc en résulter qu'un seul et même jugement.

Dans le Concile d'Ephèse, lïl^. œcuménique. Saint Cjrile d'Alexandrie qui avoit été chargé par le Pape Saint Célestin de la condamnation de jSestorius, écrivit au même Pape au nom du Concile , avant de se séparer de la communion de cet hérésiarque -.ISonprius autemUlius communionein palàmapertèque deserinuis^ quàrtihœc ipsapietati tuœ indicaremus. Digneris proindè quid hic sentias prœscrihere , quo liquida nobis constet ^ communicare ne cunt illo opporteat^ an denuntiare neniinem cum eo communicare, Epist. Cyril, ad Cœlest., in. i. act. Cette cause regardoit la Foi, et la sentence qui fut portée ensuite contre Nestorius fut l'exécution de la lettre du Pape Célestin. Coacti per Sacras Canones et epistolam sanctissimi Patris nostri et comministri Cœlestini^ disent les Pères du Concile, comme j'ai déjà observé en examinant le 2^. article de la déclaration.

Avant le Cohcile de Chalcédoine, IV^. œcuménique,

,,., (74) Saint Lëon a voit déjà condamne riiére'sie d Entiches par sa lettre dogmatique à Saint Flavien. A peine futelle Ine que les six cents Pères du Concile s'ëcrient : Hoc estfides Patrum,^ hoc estfides Apostolorum-^ ità credimus^ ità credunt orthodoxie œiathema illi qui non ità crédit. Petriis per Leonem lociitus e^^.Fleury dit que le Concile examina la lettre de Saint Le'on. Cet examen fut bien court. Mais soit, il l'examina, mais il ne la reforma pas. La dëfniition de la foi fut rédigée avec les paroles même de Saint Lëon.

Les expressions du Concile de Chalcëdoine ont été renouvelées par les Pères du 11F de Constantinople , \1^' œcumënique , par rapport à la lettre du Pape Saint Agathon condamnant les Monothëlites ; Suminus nohisciun certabat ylpostoloruni princeps : illius enim imitatorem et sedis successoretn hahuimusfautorenu,, Littera proferehatur et Petrus per Agathonem loquehatur,,., P^elut ipsum principem Apostolici chori primœquecathedrœantistiteniPetrimico7ituitisumus. Quas litteras lihentibus animis sincerèque accepimus^ et çelut ipsum Petrum ulnis animi suscepimus. Enfin les mêmes Pères en demandant la confu mation : Orthodoocœ fidei spiendidam lucem vohiscum clarè prœdi-^ cavimus , quant ut iteriim per honorahilia yestra rescripta coTfjirmetis ^ vestram oramus paternam sancti— tatem, Tibi ut priiiiœ sedis antistiti uniçersalis Ecclesiœ , quid gerendum sit ^ relinquimus stanti suprà fimiaiii fidei petram. Act. 18.

Ccst avec les mêmes sentiments que les Pères du IF Concile de IN icëe , YIP œcumënique , reçurent la lettre d" Adrien I, contre les Iconoclastes. A sa lecture et à l'interrogation des Lëgats , Tota Sjnodus diocit : Sequimur. et suscipimus^ et admit timus. Tota sacra sjîiodus ità crédit,^ ità sapit ^ il à dogmatizat. Après (juoi tous les Evêques firent profession de recevoir les

Saintes Images : Secundiun epistolas synodicas bea^* tissimi Patris sejiioris Romœ Hadrianu Act. 2.

Aussi dans le lY^ de Constantinople, Vlll^ œcuménique, les Légats d'Adrien II présentèrent le for-' mulaire du Pape Hormisdas, dont j"ai parle, afin qu'il fût signe par tous les Pères, qui répondirent \ Juste et conveniejLter lectus nobis libellas expositus est à Sanctd Romanorum Ecclesid^ et proptereà nobis placet. Tous signèrent la profession, s'ëcriant, dans le transport de leur foi : Fidelis Dominus in onmibus i^'erbis suis^ qui ait ad Apostolos et Discipidos : Eccè ego vobiscum sum omnibus diebus usquè ad consum— mationem sœculi. Et ait ad Petrum principalissimam summitatem : ïu es Petrus... et portae inferi non praevalebunt. Act. 1. et 10.

Il est inutile de citer les Conciles tenus en Occident ^ comme ceux de Latran, de Lyon, de Vienne, où les Papes se trouvant en personne, presque tous les actes portent leur nom. Je me contenterai de faire une observation sur celui de Constance , où on avoit condamne les erreurs de Wiclef et de Hus. Après fe'lection de Martin Y, on e'toit sur le point de terminer le Concile , lorsque les députes de Pologne prièrent très-instamment le Pape de confirmer la condamnation des mêmes erreurs faites dans le Concile, sur ce motif qu'autrement elle seroit restée sans force ^ ce qui obligea Martin Y à donner sa Bulle, où il confirma expressément cette condamnation , et par des termes généraux tout ce qui avoit été fait Concilia-' riter.

LETTRE YINGT-DEUXIÈME.

J E finirai dans cette lettre par quelques autres témoignages tirés de la tradition et des Pères,

Saint Irenëe m'apprend que lamanière de confondre tous les hëre'liques , cest de leur opposer la tradition et la foi de FEglise de Rome, parce que tous les fidèles doivent s'accorder avec cette Eglise à cause de sa primauté, et parce qu'elle conserve la tradition des Apôtres : Maociime et aniiquissîmœ et omnibus coi^nitœ^ à clarissimis ditobus Jpostolis Petro et Paidofundatœ et cojistltutœ Ecclesiœ ^ eam quam habet ab Apos^ tolis traditionem et annuntiatani omnibus fidcm per successionem Episcoporum venientem uscptè ad nos ^ indicantes^ confundimus omnes eos qui cpioquo modo ^ velper sui placent iam malam. , velper vanamgloriam^ vel per cœcitatem prœterquùm oportet col/igunt.... Ad hanc enim Ecclesiam propter potentiorem principalitatem necesse est omnem convenire Ecclesiam^ id est eos qui sunt undiquè fidèles , in qud semper ab his qui sunt undiquè , consen^ata est quœ est ah Apostolis traditio, Adr. hères., I. 3, c. 3.

Tertnllien, après avoir fait fëloge de 1 "Eglise de Rome, ajoute : fudeamus quid didicerit , quid docuerit , quid cum Africanis quoqne contesserarit. De praes. c. 36.

La plupart des hérétiques des premiers siècles ve— noient à Rome exprès dans Fintention de séduire le Pape et d'en extorquer la Communion:^ ainsi en agirent Yalentin , Gerdon et Marcion. Le plus curieux est ce qui arriva à Montan, qui se disoit le Paraclet, et qui se (lattoit de séduire le Pape, lorsque son imposture fut découverte par un autre hérétique Praxeas, qui niant la distinction des personnes de la très— Sainte Trinité, disoit que le Père éternel avoit été crucifié : cet événement donna lieu à une expression singulière de TertuFien devenu Montaniste : Duo negotia diaboli procuravit Romœ Praoceas ^ Paracletum fugavit et Patvem crucifijcit, in Prax.

Mais ces efforts des hérétiques verioient de leiu* per-

snasion qu'après avoir st^dnitle Pape, ils vicndroient fa— ciienieiU à bout de séduire les autres. iNoiis voyous ea même temps la persuasion des fidèles que les efibrts des hére'tiques seroieiit inutiles, \oici, à ce propos, un passade de Saint C^yprien: Pseudoepiscopo slbiab hœreticîs constituio^ navigare audent et ad Pctri Cathedram priucipalem^ widè unitas Sacerdotalis eocorta est. à schisinaticis et prof unis litteras ferre ^ nec cogitare eos esse Romanos ^ quorum fuies Âpostolo prœdicante laudata est , et ad quos perfdia liabere non possit accesswn. Epist. bD.

Le grand Saint Denis d'Alexandrie, écrivant contre riierësie de Sabellius,fut dénoncé au Pape SaintDenis, par les flvéques de la pentapole, comme s'il fût tombé dans Terreur opposée, le Pape lui ordonna]]t de se justifier, il envoya son apologie, après laquelle il fut absous de toute accusation par le Pape, dont le jugement ie justifia aux yeux de toute fEglise. C'est Saint Atbanase qui nous l'apprend : R(^demîim ( Romœ ) diti^enter perpensâ^ absolutus est Dionisius. Apud. Labb. Gonc. T. 2, col. 83o.

Ces monumens sont des deuxième et troisième siècles. Dans le cinquième , voici comme Saint Pierre Cbrisologue répond à Euticbès, qui se plaignoit d'avoir été condamné par Saint Léon ^ il lui conseille de se soumettre au jugement du Pape : Quoniàm B, Fetrus qui in proprid sede vivit et prœsidet , prœstat quœrentibus fidei veritatem.

Et voici comment \e?> Evêques des Gaules répondent à la lettre dogmatique de Saint Léon : Aposto— latûs vestri scripta ità ut Symbolum fidei quisquis redemptionis Sacramenta non negligit,^ tabulis cor— dis adscripsit , et tenaci meinoriœ commendaiit. Epist. syn., épis. Gall. ad Leonem.

Dans le sixième, Saint Césaire reconnoît dans le Pane

la même autorité el la même voix du Saint-Ëspril ^ que daiii le Concile de Nicée et les autres. J\emo mihi alla qnalibet contra auctoritatem sedis ÂposLolicœ , aitt cojiirà CCCXflII Episcoporum prœcepta.^ aut reliquoriun Canonum statuta ohjiciat y quià (juicl— quid contra illorum définit lones^ in quihus Spiritum SanctiLii locutnm esse credimiis ^ dictiim recipere ^ non soliim temerarium^ sed etiam periculoswn esse dubito. Epist. Cœ. arelat. Et Ferrand, diacre de Cartilage : Interroga igitur^ si veritatem cupis audire ^ principaliter Apostolicœ sedis aniistitem , cujus sana doctrina constat judicio veritatis et fulcitur Tniinimine auctoritatis. Epist. ad Sever. scholast.

Dans le septième, je vois paroître devant Martin I, dans un Concile de Rome, Etienne, Evêque de Dorile'e , envoyé' par Soplironius , Patriarche de Jérusalem ^ et il dit que ce Saint Patriarche la conduit sur la montagne du Calvaire et lui a fait prêter serment, par le sang de J.-C. répandu sur cette montagne , d'aller de suite jusqu'à Rome, pour obtenir du successeur de Saint Pierre la stabilité de la Foi contre les erreurs des JMonothélites : Quantociits de finihus terrœ ad terminos eorum déambula^ donec ad Apostolicam se— dem^ ubi orthodoxorum dogmatum fundamenta ejcistunt^ pen^enias. In Conc. R.om. sub Mart. I.

Dans le neuvième, Théodore Studite appelle le Siège Apostolique , verticaleni thronum , in quo Christus fidei claves posuit ^ adversîis quairt non prœi^alnerunC unqiiàm^ nec prœi'alebunt iisquè ad consummatio-^ nem sœcidi portœ inferi^ ora scilicet hœreticorum . sicut pollicitiis est ^ qui non mentitiu\ Epist. ad INeucratium.

Il y auroit beaucoup d'autres témoignages à rapporter, mais j'ai écarté tons ceux des Papes et des temps postérieurs aux décrétales. Je crois d'ailleurs avoir sufBsamment prouvé ma proposition.

LETTRE AOGT-TROISIEME.

X OUR concilier ce quatrième article avec la Doctrine de rE£i;lise , Bossiiet prétend que cette indefectibilité de la Foi, que J.-C. a promise, ne doit pas s'entendre en faveur du Pape, mais du Siège Apostolique.

Mais premièrement ce système manqueroit de preuves. Nous avons vu comment J.— C. a adi essé ses promesses à Pierre. Si elles ne prouvent pas pour la personne de Pierre, alors elles ne prouvent rien en faveur de son Siège.

En second lieu , rindèfectibilitè dans la Foi du Siège Apostolique ne peut pas se concevoir sans Tindèfecti— bilité du Pape. Le Siège n'agit et ne parle que par la personne du Pontife qui le remplit ^ et si la Foi du Pape manque, celle du Siège manque aussi.

En effet , Bossuet réduit enfin cette indefectibilité du Siège Apostolique dans la Foi , à une indefectibilité très-imparfaite, en disant que Dieu ne permettra pas que le Saint Siège soit rempli par un Pape ou une suite de Papes qui conduisent l'Eglise dans Terreur^ qu'il ne tombera jamais dans le scliisme et Hièrèsie, comme il est arrivé à plusieurs Eglises d'Orient^ qu'il pourra bien errer dans ses jugements sur la Foi, mais que ses erreurs seront vénielles^ qu'il ne s'obstinera pas dans Terreur, et que les autres Eglises le ramèneront dans le cbemin de la vérité.

Yoilà, je Favoue , une singulière idée d'indéfectibilité , qui ne répond ni aux promesses de J.-C. , ni aux besoins de l'Eglise. Du reste, ce système est sujet aux mêmes inconvénients et aux mêmes difficultés que j'ai déjà remarqués. Ce sont toi?jours les men;jbres sans le che£ qui devront ramener le chef à la vérité:^ Finfailli—

Lilite qu*'on refuse au clief, il faudra raccorder nécessairement aux membres, lorsqu'ils jugeront saTis le cbef^ encore faudroit— il prouver les suppositions de ce système par des exemples de l'Histoire Ecclésiastique.

L'inutilité de ces efforts est pour moi une nouvelle preuve que ce quatrième article n'est pas soutenable.

Au reste, ceux qui ont voulu appuyer la déclaration de 1682 du nom de Bossuet, auroient obscurci la gloire de ce grand homme, si d'ailleurs elle nei^it été si solidement établie par tant de titres.

Et certes, la réputation de Bossuet ne tient pas à cette déclaration. L'éditeur des nouveaux opuscules de Fleurj, imprimés à Paris en iSo-y , a remarqué fort à propos que Bossuet n'auroit pas voulu qu'on traitât cette question de l'autorité du Pape^ qu'il a cherché à l'écarter: et qu'après raccommodement avec Innocent XII, il a abandonné la déclaration, se bornant à défendre la doctrine, qu'on appelle la doctrine des Parisiens : Pvisca illa sententia Parisiensiam.

On pourroit ajouter que dans la défense du Clergé Français, et dans la Gallia orthodooca^ il a cherché à radoucir ces quatre articles et à les rapprocher de la doctrine commune^ et ce n'est ni la volonté ni les talents qui ont manqué à ce dessein.

Pardonnez cette petite digression à mon admiration pour Bossuet. Il ne me reste que quelques objections à résoudre, ce sera le sujet de ma dernière lettre.

LETTRE YINGT-QUATRIÈME.

J E VOUS présente une objection avec les paroles de Fleury : « Saint Cyprien, dès le troisième siècle, sou— » lient avec tous les Evêques d'Afrique et plusieurs de

. ' l'Asie

'» TAsie- Mineure, que les he'retiques dévoient être » rebaptisés contre la décision expresse de Saint Etien- » ne , qui passa jusqu'à l'excommunication au moins » comminatoire ^ et Saint Augustin pour excuser Saint » Cyprien d'avoir soutenu cette erreur, ne dit autre » chose , sinon que la question étoit difficile , et y> n'avoit point encore été décidée par un Concile » universel^ donc, ni Saint Augustin, ni Saint Gy— » prien, ne croyoient pas que Ton iïxl obligé de se » soumettre, sitôt que le Pape avoit prononcé. »

Cet exemple n est pas trop bien choisi pour appuyer le quatrième article, parce quil faudroit en trouver un où le Pape eût tort, et où son jugement eût ét4 réformé. Mais ici c'est tout le contraire. Il ne faut pas non plus trop aggraver U faute de Saint Cyprien. Il est vrai qu il étoit dans Terreur en soutenant que le baptême des hérétiques étoit iml^ mais il faut se souvenir que Saint Etienne n'entra point dans lexam^en de cette erreur , ni des raisons sur lesquelles Saint C3^prien s'appuyoit^ il s'en tint uniquement à la pratique constante eî générale de l'Eglise, et il ordonna de ne rien innover contre cette pratique : JMhil in-novetur nisi qiiod traditum est , ut manus imponantur ad pœnitentiam. Yous pouvez vous assurer de ceci par Saint Vincent de Lerins et par Saint xAugustin : et le Concile de Nicée qui est le seul Concile universel qui ait pailé de cette question, ne donne pas non plus aucune décision dogmatique, parce qu'apparemment elle n'étoit pas nécessaire : il n'en fit qu'un Canon de discipline. Saint Cyprien aura donc commis la faute de résister à un ordre du Pape, mais non pas celle de résister à un jugement dogmatique qu^on ne sauroit trouver , ni dans le décret de Saint Etienne , ni dans le Canon disciplinaire de ÎNicée , oi^ailieurs.

Mais encore est-il bien vrai que .^amt Augustin ne

. C Sa ) dit autre chose, sinon que la question ctoil clitTuile et nWoit pas encore été de'cide'e par un Concile universel f Lisez Saint Augustin à Tendroit où il traite ce point contre les Donatistes, et vous trouverez qu'il dit quelque chose de plus^ que cette faute de Saint Cjprien a e'té couverte par l'abondance de la charité, ubeve charitatis , et emportée par le glaive du Martjr , Martyrii falce purgatum est.

Il y a des personnes qui croient qu'en admettant rinfaillibilité du Pape , le Concile devient inutile. Ce que J.— C a voulu , ce qui a été pratiqué par les Apôtres, ne peut pas être inutile. Quoique le Pape ait la promesse que sa foi ne manquera pas , il n'en est pas moins obligé d'employer tous les moyens convenables avant de prononcer son jiuiement. Or, de tous ces moyens, aucun n'est préférable à un Concile général, auquel Finfâiliibilité est également promise. La Providence de Dieu atteint son but immanquablement, mais û\c en dispose les moyens avec une grande suavité. Attingit à fine usquè ad finem Joititer ^ et disponit omnia suaviter. Je dis de plus , que le Concile est quelquefois d'une telle nécessité ou utilité pour FEglise, que le Pape est obhgé de faire tout ce qu'il peut pour en procurer la célébration.

D'autres enfin pensent que les Evêques ne seront plus juges de la foi, si on admet l'infailbbilité du Pape. Mais j'ai déjà observé que le juge de la foi n'est pas juge de ce qui est déjà décidé ^ autrement il faudroit dire aussi que, ni le Concile, ni le Pape ne sont juges de la foi, parce qu'ils ne peuvent plus soumettre à leur jugement le Symbole de IVicée ni la lettre dogmatique de Saint Léon. J'ai remarqué aussi qu'on peut être juge sans réformer le jugement d'un autre. Par exemple, nous sommes deux pour juger une cause ^ si l'un donne un bon avis, irai— je gâter ce qu'il a bien dit. par la sotte vanité d'y ajouter du mien f

Il ne me reste donc, pour vous payer entièrement ma dette , que de vous dire en combien de manières les Evêques exercent ce ministère de juges de la Foi.

Premièrement, en condamnant les erreurs dans leur Diocèse ou dans Tètendue de leur juridiction. Ainsi Alexandre condamna les erreurs d'Arius dans un Concile de tous les Evêques d'Egypte. Ce jugement n est pas dèfmitif, et on peut en appeler au Concile universel ou au Pape.

En second lieu, les Evêques dans le Concile ont prévenu le jugement du Pape, et j'ai déjà observe que le jugement, dès qu'il est confirmé par le Pape, devient jugement de. l'Eglise, et par conséquent infaillible. On peut apporter pour exemple les deux premiers Conciles œcuméniques. Il n'est pas même nécessaire que le Concile soit général, pourvu qu'il soit confirmé par le Pape, pour avoir la même force , comme nous l'avons vu avec Saint Augustin par rapport aux deux Conciles qui ont condamné l'hérésie péfagienne.

Eu troisième lieu , ce qui est arrivé souvent et j'en ai cité plusieurs exemples, lorsque le Pape a prévenu le jugement des Evêques, ceux— ci ne laissent pas d'être juges de la foi, quoiqu'ils ne puissent pas réformer le jugement du Pape. Car il n'est pas essentiel au juge de réformer, et même chacun des Evêques peut avoir des raisons différentes pour fonder son jugement: mais le jugement ne laisse pas d'être un. Car les raisons ne sont pas le jugement. Le jugement n'est que la décision.

Eufni, il est arrivé qu'après la condamnation des erreurs, il a fallu établir la doctrine de l'Eglise, et former les anathômes poui' fixer d'une manière plus précise les points où consistent l'erreur, et cela pour préserver les fidèles de la séduction. J'apporte pour exemple le Concile de Trente. Plusieurs erreurs de Luther avoient été condamnées par une Bulle de

F Ci

(84) Léon X ^ il 11 ctoil pas question ni de réformer cette Bulle, ni de déclarer si les points qui avoicut éié condamnés, étoicnt véritablement des erreurs. Mais ii falloit déclarer avec précision la doctrine Catholique dans les points attaqués, et noter distinctement en quoi consis— toient les erreurs. Le Concile de Trente a rempli celte tâche d'une manière admirable, sur-tout dans la doctrine et dans les Canons sur la justification, où il a su frapper l'hérésie sans loucher aux opinions des écoles catholiques. Conduite qui auroit pu servir d'exemple à rassemblée du clergé de 1682, si elle eût eu d'ailleurs Tautorité compétente , et qu elle eiit été autorisée par des motifs légitimes à faire la déclaration qu elle a publiée.

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