LETTRE TROISIEME
J^A déclaration de l'assemblée de 1682, dont je vous ni parlé dans mes deux lettres précédentes, fut présentée à Louis XIY, qui donna aussitôt son édit, par lequel une opinion, qui jusqu'alors en France même n'étoit pas celle du plus grand nombre, de l'aveu de Fleury, comme je vous le montrerai dans la suite, et qui n'a été signalée par Bossuet que sous celte qualification , antiqua illa sentent ia Parisiensiinn ^ devoit devenir la Doctrine du Royaume, et en vertu d'une loi de l'état être soutenue par tous ceux qui voudroient parvenir aux grades de Théologie.
Le Pape Innocent XI ne tarda pas à manifester son mécontentement et sa désapprobation. Il fit des plaintes aux Evêques ^ il cassa , annulla et improuva tous les actes de l'assemblée. Son Successeur Alexandre Mil en fit autant: et ce qui n'est pas moins fort, les Papes refusèrent pendant pins de dix ans les Bulles aux Prélats nommés aux Evêchés, qui s'étoient trouvés dans l'asseri:bléc et avoient signé la d'^'claralion. Enfin sous Innocent XII, en 1693, ce diflerent fut accommodé
moyennant deux lettres.^ une e'crite par les Prélats dont
nous avons parlé, et l'autre par Louis XIY.
Dans la lettre des Prélats il faut remarquer ces expressions : Profit emiir et declaramus nos Tehemen— ter quidem et suprà id quod dicl potest eoc aninio dolere de rébus gestis in contitiis prœdictis quœ Sanctitati restrœ et suis prœdecessoribus displicue— runt summoperè y ac proindè quidquid in. ipsis co— juitiis circà EccJesiasticam potestatem et Pontificiam auctoritatem decretnm censeri potuit^ pro non décret o hahemus et hahendum esse declaramus.
Par rapport à Louis XIY, voilà ce qa"il écrivit dans sa lettre : « Je suis bien aise de faire savoir à votre » Sainteté, que j'ai donné les ordres nécessaires, pour » que les choses contenues dans mon édit du 2 Mars *s> 1682, touchant la déclaration faite par le Clergé de » France, à quoi les conjonctures passées m'avoient » obligé , ne soient pas observées.
Ce seroit faire une grande injure à la sincérité des Prélats qui ont écrit la lettre, que de leur supposer des intentions et des sentiments opposés à leurs expressions et à l'intention du Pape qui avoit exigé cette lettre comme une condition de raccommodement.
De même il seroit injurieux à la mémoire de Louis XIV, de dire qu'il persistoit dans Fintention de faire observer sou édit.
Yoici ce qui est assuré par le Chancelier d'Aguesseau. dans le i3^ volume de ses œvivres. s^ Cette lettre du Roi Louis XIY, fut le sceau de raccommodement entre la Cour de Rome et le Clergé de France; et, conformément à rengagement qu''elle contenoit, Sa Majesté ne fit plus observer ledit du mois de Mars 1682, qui obligeoit tous ceux qui vouloient parvenir aux grades, de soutenir la déclaration du Clergé. » Il est donc vrai de dire que les Prélats qui a voient
publié la déclaration , et Louis XIV qui Favoit soutenue par un édit, lui ont ôté eux-mcmes toute sa force.
Aussi Bossuet, dans le premier volume de la défense du Clergé Gallican, Tabandonne lui-même, et il déclare qu il n a d'autre but que de soutenir la Doctrine de lécole de Paris. Aheat ergo déclarât io quo libuerit : non enim eam^ quod sœpè profit eri jiwat ^ tutandamjûc suscipinius, Manet inconcussa et cen— surœ omnis eocpers prisca illa sententia Parlsiensium.
Quant à la Doctrine, j'en parlerai après. En attendant je parle de la déclaration ^ et puisque les Prélats de rassemblée de 1682 et Louis XIV., lui ont ôté toute sa force, et que Bossuet lui-même fabandonne, je ne dois pas non plus y donner mon adhésion.
Je sais qu après la mort de Louis XIV, on a recommencé à se prévaloir de son édit et de la déclaration du Clergé 5 mais je dois regarder tout ce qu'on a pu faire sous ce rapport, comme une conduite clandestine, également contraire aux conditions sous lesquelles a été fait raccommodement avec le Pape, et aux intentions et déclarations de Louis XIV , et des Prélats de rassemblée de 1682.
LETTRE QUATRLEME.
Je vous ai déjà exposé deux motifs qui m'empêchent de donner mon adhésion à la déclaration dont il s'agit. Mais je vais en ajouter un troisième , qui est pour moi le plus fort, et qui seul me sufûroit.
Il est certain que les Papes ont assez fait pour manifester leur mécontentement et leur désapprobation^ ils ont fait parvenir leurs plaintes auxEvêques, d'une manière bien forte* ils ont cassé et annullé tous les actes de l'assemblée de 1682 ^ ils les ont improuyés.
De plus, ils ont refuse les Bulles aux Prélats nommes^ et ils ne les ont accorcle'es qu'après avoir reçu d'eux et de Louis XIY, des lettres qui ont ôté toute la force à la déclaration et à Fédit. Yoilà la conduite qu'ont tenue trois Pontifes, Innocent XI, Alexandre YIII, et Innocent XII.
Ajoiitez que, quand Clément XI publia la Bulle Vinemn Domlni sahaoth , et qu'il vit qu'on avoit affecté de la soumettre à un nouveau jugement, selon le quatrième article de la déclaration, il en témoigna sou indignation dans les termes les plus forts, et il en demanda une explication formelle, qui lui fut donnée. Yoyez r Append. de fexamen du 4^ art. , n°^ 4 ^'^ ^ f et la note à la page 20. Paris 1809.
Ajoutez que Pie YI, dans la Bulle Auctorem Fideî^ a renouvelé tous les actes de ses prédécesseurs, et de plus , il a condamné Fadoption de cette déclaration qui avoit été faite dans le Synode de Pistoje.
Peut— on dire que cette déclaration n'a pas été suffisamment désapprouvée par les Papes ?
On répondra peut-être que les Papes n'ont pas lancé les anatliémes; qu'ils n'ont noté ni qualifié aucun des articles de la déclaration^ qu'ils ont même toléré qu'on l'enseignât et qu'on continuât à recevoir le serment de la soutenir, selon Fédit de Louis XIY.
Qu'ai-je besoin de chercher les anathêmes et les qualifications* ne suffît-il pas de savoir que les Papes l'ont désapprouvée tant de fois ?
C'est en vain qu'on voudroit s'appuyer sur la tolérance des Papes relativement à la déclaration. Il y a bien des choses qu'on tolère et qu'on désapprouve: d'ailleurs cette tolérance n'est pas trop bien assurée 5 puisque les Papes ne dévoient pas supposer qu'on auroit manqué aux conditions sous lesquelles Faccommode^ ment avoit eu lieu.
Enim supposez que cette tole'rance est reflTet ou de h prudence, ou de la foiblesse , ou de rimpuissauce^ qu'est-ce que tout cela me fait pour ma couduitel" quel est le lils qui voudroit déplaire et résister à son père, parce que celui-ci nauroit pas le pouvoir ou la force de le faire rentrer dans le devoir ?
Dira-t-on qu'il ne faut pas faire grand cas de la désapprobation des Papes, parce qu'ils sont conduits par les préjugés de la Cour de Rome?
Cette manière de penser est non-seulement injurieuse, mais encore elle détruit tous les liens de la subordination et de Fobéissance dues aux Supérieurs Ecclésiastiques^ en outre, je pourrois demander à mon tour, si je suis bien sur qu'il ny a pas de préjugés de la part de ceux qui soutiennent la déclaration.
\ous dites que c'est une Doctrine de l'école de Paris ^ j'ai lieu de craindre un préjugé de l'école.
N'est-ce pas un autre préjugé de croire que Ifionneur national y est intéressé , de sorte qu'on soit censé moins bon Français en ne défendant pas cette déclaration ?
Mais le plus fort de tous les préjugés, c'est l'exécution qu'on donne à fédit de Louis XIV. Si la loi du Souverain m'oblige à soutenir la déclaration*, si je sais que je ne puis pas autrement parvenir aux grades, m enseigner, ne dois-je pas être trop prévenu pour cette Doctrine? vous voyez donc que, même ici, je trouverai des préjugés. Eh bien! préjugés pour préjugés, s'il y en a, j'aime encore mieux ceux du chef de 1 Eglise, ceux du Père commun des fidèles.