LETTRE CINQUIEME
x\vÂNT de parler en détail sur chacun des quatre articles, je vous dirai peu de choses en général sur la Doctrine contenue dans la déclaration.
L'abbé Fleiiry, dans son discours sur ies libertés de TEglise Gallicane , prétend que cette déclaration est lancienne Doctrine de lEglise^ mais que l'autre, qu'il appelle iioiwelle^ s'est introduite après le Pontificat de Grégoire YII,el s'est étendue presque universellement en Italie, en Espagne, en Angleterre, en Allemagne; qu'elle a été suivie par S} Thomas et presque tous le^ Docteurs modernes: que, par rapport à rmfaillibilité du Pape, eu France même, à l'époque de la déclaration , la croyance en étoit presque générale parmi les Réiiuliers et dans les Communautés de Prêtres * quoique sans privilèges et soumis aux Eveques. 11 hnit par dire : « la Doctrine ancienne est demeurée à des » Docteurs souvent moins pieux et moins exemplaires » en leurs mœurs que ceux qui enseignent la nouvelle. » Quelquefois même ceux qui ont résisté aux nouveau- » tés, ont été des Jurisconsultes et des politiques d'une » conduite peu régulière.... C'est une merveille que » lancienne et saine Doctrine se soit conservée au » milieu de tant d'obstacles. »
Oui, certainement c'est une grande merveille^ et je ne vois pas qu'on puisse appliquer à cette Doctrine les caractères assignés par Yincent de Lerins^ in ipsâ catholicâ ecclesid magnoperè curandum est ut id teneamus qiiod ubiquè , quod semper , quod ah om-^ Jiihus credltum est. In Comm. Ici la saine Doctrine étoit demeurée à un bien petit nombre, et qui n étoit pas, à ce que dit Fleury, la plus recommandable pour sa piété. L'autre merveille, qui n'est pas petite, c'est que la Doctrine peu saine et nouvelle ait pu s'introduire ^ s étendre et se soutenir pendant six siècles au moins, dans une si grande partie de la cbrétienté, et même étendre ses conquêtes sur une bonne portion de la France, et s'établir de préférence parmi les personnes plus pieuses et plus savantes, comme S,^ Thomas et
autres Docteurs modernes. Mais le phénomène esf bientôt expliqué, en disant que tout cela a été l'oiivro'fêf des Papes et des Réguliers.
Ici Tabbé Fleury auroit pu ajouter une troisième cause, c'est— à-dire , les làusses dccrétales dlsidore Mercator , dont il est bon que je vous dise un mot.
11 est connu depuis long-temps que les décrétales attribuées aux Papes jusqu'à Siricius, sont fausses et supposées. Cette fausseté consiste ordinairement à attribuer aux anciens Pontifes des lettres ou des décrets , qui sont d'autres Papes ou des Conciles, ou bien des passages tirés des œuvres des Saints Pères d'une époque postérieure. S'il y en a aussi qui soient entièrement forgées, les vrais savants et les personnes de bonne foi conviennent néanmoins qu'il n'est pas possible que ces fausses décrétales aient introduit une nouvelle discipline contraire aux lois, à la croyance et à la pratique de FEglise, et au préjudice, comme on prétend, des droits des Evêques et des Conciles, parce que cela ii'auroit pu arriver sans de fortes oppositions et réclamations , qui auroient servi à dévoiler l'imposture d"Isidore. C'est précisément par la raison que ces fausses décrétales ne présentoient rien de contraire à la croyance et à la discipline de l'Eglise , qu'elles ont pu passer dans la collection de Gratien , sans que leur fausseté ait été connue.
Cependant cette imposture a donné beau jeu aux protestants, dans les premiers temps de leur prétendue réforme , parce que plusieurs auteurs Catholiques ignorant la fausseté de ces décrétales ou n'en étant pas bien sûrs, ont eu la maladresse de s'en servir comme de preuves. .
Mais depuis long— temps personne ne fait usage de décrétales pour soutenir les droits du Pape:y le genre de preuves est tout à fait inutile, puisqu'on peut dé—
fendre les droits et les privilèges du Pape par des iiionumens anciens et irréfragables des premiers siècles de TEglise.
C'est ce qui a déjà été fait par des personnes d'un grand mérite : et si , en parlant de chacun des quatre articles en particuliei' , j'ai occasion d'apporter des preuves , je ne les tirerai pas des décrétales ni des temps postérieurs à Grégoire A II , et par là j'espère vous montrer que la Doctrine des quatre articles n'est pas la plus ancienne, et que ce n'est pas aux décrétales, ni à Grégoire YIÏ, ni aux Ptéguliers qu'on doit l'origine de la Doctrine opposée.
Si on voit que la Doctrine des quatre articles nV pas le caractère d'antiquité que l'abbé Fleury lui donne, pour le reste il paroît convenir qu'elle n'avoit pas, à l'époque de la déclaration , les deux autres caractères de l'universalité des lieux ^ et d'être suivie par le plus grand nombre : nous pourrons connoître à laquelle des deux convient davantage l'éloge de A incent Je Lerins : hoc est eiiini verè proprièque CatJiolicum ^ (juod ipsa "vis noininis ratioque déclarât quod omnia fore luiiversaliter coinprehendit ^ sed hoc ita démuni fiet ^ si sequamur unwersitatem ^ antiqidtatem ^ con-^ sensionem.,.. ibidem,
iXous avons déjà vu laquelle est plus recomman— dable par le caractère des personnes qui l'ont suivie^ en parlant de chaque article, nous verrons laquelle est plus conforme aux vérités revélées , et aussi la plus sûre dans la pratique et la plus favorable à la Religion. Tous me voyez déjà fort prévenu en faveur de la ]3octrine opposée aux quatre articles ^ mais à ce propos il est nécessaire que je vous donne quelqu'éclaiicissèment. Je le ferai bientôt, dans une autre lettre.