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CHAPITRE IX

De l’amout du prochain.

L'amour du prochain est une vertu fond CARS RNA . ament | du christianisme, puisque toute la me r* Jésus-Christ est fondée sur deux lois: Aimer Dieu par-dessus toutes choses, et le prochain comme sat- ++ dis néanmoins rare et mal observée, … plupart croient que, pour aimer le in, c’est assez d’aimer ses parents, ses ai à

L'ENSEAUÉTIONS :

qui on atténd quelque avantage, et qu’on peut être

indifférent pour les autres. : Aimer de la soïte ce’ n’est pas aimér le prochain, maïs c’est s’aimer soi: :

même. 30 On élève les jeunes gens dans cette erreur : on leur apprend à -n’aimer que ceux qui leur font du bien, ét on leur inspire de haïr ceux qui leur font du mal. Les pères et mères ne parlent sonvent dans leurs familles que des défauts, des vices, des mauvaises manières, de la mauvaise foi des voisins, de ceux qui leur portent envie, et qui leur font du

tort. ‘Ils détruisent ainsi, par leur exemple et:par' leurs discours, l’esprit de charité et l'amour du

prochain dans leurs enfants. Ces pères et: mères

imprudents : font-ils réflexion aux funestes ‘suites:

du défaut de charité? Nest-ce pas de te défaut de charité que vient le peu d’estime et de respect

que les hommes . ont les uns pour les ‘autres, :les

trahisons et les rancunes, les impatiences et les murmures, la dureté pour les pauvres et les misérables, les divisions de familles, les discordes entre les parents, les querelles, les jalousies, les médisances? de là enfin tant de désordres qui déshonorent la religion, et qui perdent les chrétiens.

Il est donc important d’instruire la jeunesse sur ce point, et de la désabuser d’une erreur si funeste. Cette erreur vient de l’ignorance de trois choses : ils ne savent point qui est le prochain qu’il faut aimer, par quel motif il faut l’aimer, ni en quoi consiste cet amour. jai us

I Le prochain qu’il faut aimer sont tous les hommes, pauvres et riehes, bons et méchants,

amis et ennemis, et ceux même qui nous font:le:

lus de mal, Cette obligation d’aimer tous les ommes est si étroite, que sans cet amour, sans

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peut être a sorte ce \imer 801: :

+rreur : on ar font du i leur font it souvent vices, des es voisins, ur:font du 1ple et'per amour. du’ et mères tes ‘suites > défaut de dé respect autres, les ces et les t les miséordes entre les médiqui déshorétiens.

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nt tous les méchants,

ous fontle:

er tous les nour, : Sans

cet esprit de charité, on ne peut être sauvé. Quand dé tous'les hommes qui sont sur la terre, il n’y en aurait qu’un seul que je n’aimasse pas, ou que jé haïsse, ce serait assez pour être damné., I. Le motif pout lequel il faut les aimer est qu’ils sont ous enfants de Dieu, créés à son image, rachetés du, sang de Jésus-Christ ; que Dieu, qui est notre père commun, veut que nous les aimion toùs éomme nos frères; que Jésus-Christ notre Sauveur nous a commandé de les aimer, et que lui-même les aime tous. Ce serait être bien déraisonnable de ne pas aimer ceux qu’un Dieu à aimés plus que. sa vie, et pour lesquels, quelque indignes qu'ils fussent, il a voulu mourir.

… H{,.Cet amour consiste en trois choses : 1°: Vou-

loir du bien à tous ; 20- en faire quand on le peut ; 30- supporter, excuser et cacher leurs défauts. Voilà la vraie charité du prochain, la marque du vrai chrétien, sans laquelle on ne peut plaire à Dieu. . | 1v: Souhaitez du bien à tous, et soyez véritablement affligé lorsqu'il leur arrive du mal, considérant tous les hommes, même vos ennemis, comme Vos frères; soyez affable, doux et complaisant. Ayez compassion de ceux qui sont aflligés. Ne portez point d’envie aux riches, ni à ceux qui sont en prospérité. Aimez les bons, à cause de leur vertu, les méchants, afin qu’ils deviennent bons; souhaitez la persévérance aux premiers, et la conversion aux autres. Siun homme est méchant et

es pécheur, il faut haïr son péché, qui ést

ouvrage de l’homme ; maïs il faut aimer sa personne, qui est l’ouvrage de Dieu. ah 120. Faites du bien à tous ; car c’est peu de chose de vouloir du bien, si on ne le fait quand on le

INSPRGOTIONS

peut. Nous pouvons procurer trois sortes de biens au prochain: les biens. du corps, les biens de

l’honpeur et les biens de l’âme,

Quant aux biens du corps, vous devez faire deux choses : 1° Ne jamais rien dérober à qui que soit, et.ne rien faire contre le droit d’autrui : outre le péché que vous ferez, vous contracteriez encore - l'obligation de rendre ce que vous auriez pris, et

de réparer le droit que vous auriez violé. O le

funeste vice dans une jeune personne que d’être portée au larcin ! il est bien à craindre que ceux ‘qui s’accoutument à faire de petits et tréquents larcins, soit en fruits, soit en grains, soit en autres choses, ine soient un jour de grands larrons, et ne fassent une fin misérable. 2° Assistez le prochain dans ses nécessités, par des libéralités, par de fréuentes aumônes. O l’admirable vertu dans les jeunes gens que la miséricorde et la cornpassion pour les pauvres ! Heureux ceux qui peuvent dire avec Job que la compassion a crût avec eux dès leur enfance ! elle attirera sur eux les bénédictions de Dieu pendant leur vie et à leur mort,

: Quant à l’honneur, vous devez le conserver au prochain. N’en parlez jamais désavantageusement, quelque méchant qu’il soit, quelque tort même

qu’il vous ait fait, si ce n’est pour son bien, où

ur une autre bonne fin. Evitez les calomnies.et médisances ; empêchez même, si vous de pouvez, qu’on en fasse en votre présenee. Si on accuse Je prochain d’une faute qu’il m’a point faite, prenez sa défense; sion découvre le mal qu’il a fait, tâchez de l’excuser ; empêchez qu’on en parle davantage. Dites le bien qu’il a fait, ou quelques-unes de ses bonnes qualités. .Témoignez que la médi-

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(2 la médli-

POUR LA JEVNRS: GENS. 59 samce voûs déplaît, etengagez eelui qui: parle. a épargner la réputation d'autrui. esse ec

:'Les:biens de Fâme, qui sont la vertu.et le salut, étant les plus:grands de tous les biens, il faut tâcher de les: procurer :au prochain. Vous le ferez en priant pour lui ; en le retirant du vice et des occa: sos: par quélqués sages avis; en l’avertissant avec douceur de son devoir, ou en.le faisant avertir; em lui donnant de prudents conseils et de bons exemples.

Fâehez de remplir ces devoirs de charité, surtout envers vos amis, VOs compagnons, vos domestiques, et envers ceux avee qui vous vivez. C’est. véritäblement aimer Le prochain que de l’aimer pour le bien de son âme et pour son salut: mais c’est le haïr, c’est manquer de charité que de faire tort à son:âme en le portant au péché, et en le scandalisant par des paroles et par des exemples pernicieux.

Ur père et une mère n’aiment point véritablemént leurs enfants, et manquent de charité pour eux lorsqu'ils les laissent vivre dans le péché, dans les:oeeasions du vice, et qu’ils ne les currigent pas. Ce n’est pas aimer une âme que de la laisser périr, surtout quand: on: doit, par son état, l’empêcher de se-pérdre. Les jeunes gens qui s’apprennent le mal, qui se portent les uns aux autres au péché, qui prennent des libertés contre la pudeur avec le sexe n’ont pas un amour véritable et chrétien, mais un amour criminel et détestable, et se font plus de tard que s’ils s’ôtaient la vie les uns aux autres.

8°: Une troisième marque de l’amour du proobain, c’est. de supporter, d’excuser les défauts d'autrui. autant que la prudence. le permet, et de penser avantageusement de tout le monde. C’est

pourquoi iline faut Fax être prompt à blâmeriet à juger les autres, ni les reprendre sans savoir sûrement s’ils ont tort. Souvent-on se trompe dansiles jugements qu’on forme sur le compte d’une personne, ou parcé qu’ordinairement on est mal informé, où parce qu’on est prévenu, ou parce qu’on ie Paime pas et qu’on a de l’envie. Quand on reprend les autres, que ce soit avec prudence, jamais avec aigreur. Ne reprenez pas une personne quand votre repréhension ne servira de rien à son amendernent, ni à l’édifieation des autres. Si, en ne reprenant pas, vous sembliez approuver le vice, dans ce cas reprenez avec discrétion.

: Enfin la grande règle de l'amour du prochain consiste à juger du prochain par nous-méme, et à pratiquer cette importante maxime que lEcriture et la nature nous enseignent: Ve faites jamais à aulrui ce que vous ne voulez pas qu’on vous: fasse; au contraire, faites aux autres le bien que raison: fiablement vous voudriez qu’on fit à vous-même. Souffrez, supportez les défauts d’autrui aveccharité, comme vous voudriez qu’on supportât :les vôtres, qui sont encore plus grands. Ce n’est pes a’rnér le prochain que de ne vouloir rien souffrir d'autrui. Dieu nous soûffre et nous souffre longtemps, quelque misérables que nous soyons à ses yéux; pourquoi donc ne souffririons-nous pas les autres ? | C1

EXEMPLE

“Nos lisons dans la vie des saints Pères’ du désert un exemple de charité bien singulier. Un solitaire rencontra dans un chemin un pauvre es: iropié, couvert d’ulcèrés et de pourriture, dans'un

DD LH &.0-7+7r à à

»âmeret à avoir sûre pe dans: les

> prudence, S une pervira de rien des autres. | ‘approuver rétion. |

lu' prochain -méme, et à e l’Ecriture tes jamais à vous: fasse; que raisonvous-même.

i avec'chapportàt les Ce n’est pas rien souffrir souffre long-

POUR'LÉS JEUNES GENS. 6i

état si misérable qu’il né pouvait gagner sa vie ini se traîner. Le solitaire, touché de compassion, lé porta dans sa cellule; ét lui donna les soulagements qu’il put. : Ce pauvre ayant repris ses foroes; le solitaire lui dit: Voulez:vous; mon ‘cher frère, de» iMeurer avec moi? je ferai ce que je pourrai-poür vous nourrir : nous prierons et nous servirons Dieu ensemble. Oh! que vous me ‘causez de: joiè!

répondit le pauvre; que je suis heureux de trouver dans votre charité une ressource dans ma misère: Le solitaire, qui avait peine à gagner sa vie, re: doubla son travail pour avoir de quoi nourrir son pauvre, et lé nourrissait même mieux que lui; mais, au bout de quelque temps, ce pauvre com: mença à murmurer contre son hôte, et se plaignit qu'il le nourrissäit mal. ‘Hélas! mon:cher ami, lui dit le solitaire, je vous nourris mieux que moi-même ; je ne peux faire autre chose pour vous que ce que je fais Quelques jours après, ‘cet ingrat recommenca ses plaintes, et vomit contre son bienfaiteur un torrent d’injures: * Le solitaire les soùffrit avec patience, sans répondre uns pa: role. Le pauvre fut honteux d’avoir parlé de la sorte à un saint homine qui ne lui faisait que ‘da bien, et lui deminda pardon; mais: il retomba bientôt dans son ingratitude, et prit une telle haine contre ce bon solitaire, qu’il ne pouvait plus le supporter. Je suis énnuyé de vivre avec toi, lui dit-il ; je veux que tu m2 réportes dans le chemin où tu m'as trouvé: je ne süis pas accoutum$ d’être si mal nourri. Le solitaire lui demanda pardon, lui promettant qu’il tâcherait de le niieux.traiter.

“ I fat inspiré d’aller chez un honnête bourgeois du voisinage, demander un peu de meilleureinourriture pour cet estropié. ‘Venez'tous: les jours,

°s ‘INSTAUOTIONS

jai dit le bourgeois, chercher de. quoi. le nouwir, Le pauvre en parut content; mais, au bout.de quelques semaines, il recommengça à faire de not veaux.et piquants, reproches au solitaire. Va; lui T dit-il, tu n’es qu’un hypocrite: tu fais serablant

d’aller chercher l’aumône pour me nourrir, et c’est rs

ur toi; tu manges le meilleur en secret, et. tu n Le donnes que à restes. Ah! mon frère, lui dù 4 le solitaire, vous me faites tort; je vous assure d que je ne demande jamaisrien pour inoi, que je. ne 11 touche pas même un morceau de ce qu’on me côt donne pour vous. Si vous n’êtes pas content des De services que je vous rends, ayez.au moins patience tois

ur l’amour de Jésus-Christ, en attendant que. js S

asse mieux. Va, je n’ai pas besoin de tes remon- Die

trances, lui répliqua ce pauvre; et tout de suite. il se saisit d’un caillou, le jeta à la tête du solitaire, qui évita le coup: ensuite ce malheureux prit un gros bâton dont il se servait pour se traîner, et en onna un si rude coup au solitaire, qu’il le fit. tomber. Dieu vous le pardonne, lui dit le solitaire ; ur moi, je vous pardonne, pour l’amour de lni, e mauvais traitement que vous me faites. Tu dis que tu me pardonnes, lui répliqua le pauvre ; mais ce n’est que du bout des lèvres, car tu voudrais déjà me voir mort. Je vous assure, mon frère, lui dit tendrement le solitaire, que c’est de tout. mon cœur que je vous pardonne. Ce bon. solitab voulut l’embrasser pour marque de réconciliation: dans ce moment ce pauvre le.prit par la gorges lai déchira le visage avec ses ongles, et voulut létrangler. Le solitaire, s’étant débarrassé de ses mains, ce furieux lui dit: Va, tu ne mouxras jamais que de mes mains.

Ce charitable. solitaire eut patience. avec lai

et, et. tu, rère, lui vous a88176 , que je ne > qu’on me content: des ns patience dant que ..J9 tes remon | de suite. il du solitaire, reux prit un aîner, et en il le fit. tomle solitaire ; our de lui, es. Tu dis auvre ; MAIS tu voudrais on frère, lui de tout. mon ON. soli onciliation la gorge, lu et voulut.

assé. de ses ne mousras

ce. avee. Jai

pendant trois ou quatre années. Pendant tout ee temps, on ne peut dire les indignités et les cruautés que ce pauvre lui fit essuyer, lui disant à tout moînent qu’il voulait qu’il le reportât où il l'avait trouvé ; qu’il aimait mieux mourir de faim ou de froid, ou être dévoré par les bêtes que de vivre vec lui,

Ce solitaire ne savait à quoi se déterminer: , d’un côté, il craignait qu’en reportant ce mg où il l'avait trouvé, il ne «ph de misère ; d’un autre côté, il appréhendait de perdre patience avec lui. Dans cette perplexité, il alla consulter saint Antoine sur ce qu’il devait faire.

Saint Antoine lui parla en homme inspiré de Dieu, et lui dit: Ah! mon fils, prenez garde : la pensée que vous avez de quitter ce pauvre est une tentation du démon, qui veut vous ôter votre couronne, Si vous l’abandonnez, Dieu ne l’abandonnera pas. Mais, mon père, reprit le jeune solitaire, je crains de perdre patience avec lui Et pourquoi la perdriez-vous? répliqua le saint. Ne savez-vous pas que c’est envers ceux qi nous font le plus de mal que nous devons exer-er plus généreusement notre charité ? Quel mérits a“ricz-

1 vous d’avoir la patience avec une personne qui ne

vous ferait jamais de mal? Ne savez-v'us pas que la charité est une vertu courageuse qui se régarde pas les vices de celui qui nous fait de ia peiñe, mais qui ne regarde que Dieu? Ainsi, mon

gardez ce pauvre: plus il est méchant, plus vous devez avoir pitié de lui. Tout ce que vous lui ferez par charité, Jésus-Christ le tiendra fait à lui-même. Faites voir, par votre patience, que vous êtes disciple d’un Dieu souffrant, et souvenesvous que c'est par la patience et par la charité

qu’on reconnaît un chrétien. Regardez ce pauvre comme celui dont Dieu se sert pour travailler à votre couronne.

:: Le solitaire suivit l’avis de saint Antoine ; il'eut ‘plus de charité pour ce misérable qu'auparavant,

et ne cessait de prier pourlui. Dieu :bénit une patience si courageuse. Ce pauvre se convertit enfin, et vécut le reste de ses jours’ dans la pénitence et la sainteté.

O le bel'exemple de charité, qui confondra ün jour tant de gens qui ne veulent pas seulement

souffrir une parole ou ‘une injure ! Sans charité

vous ne serez jamais sauvé, quand même vous

‘feriez des miracles. Or, il, n’y a point de charité

‘où il n’y a point dé patience. Ce'n’est pas aimer le prochain selon: Dieu, quand on ne veut pas souffrir de lui, :et. supporter ses défauts ; ce n’est ‘pas assez de les souffrir ni de les supporter une ois, il faut les supporter toujours. |

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