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CHAPITRE XXX

Des conversations.

1. Rien n’a tant de force sur l’espri: que l'ex emple. On est naturellement porté à faire ce qu’on voit faire aux autres, surtout dans la conversation, où l’exemple a d’autant plus de force, qu’il est reçu de près et plus souvent. Si l'exemple et la conversation ont tant de pouvoir, c’est particulière. ment dans les jeunes gens.

C’est dans les saintes conversations que l'esprit sæ forme doucement à la vertu. EL: bon exemple dès autres fait des impressions secrètes, qui attirent sans qu’on s'en aperçoive. On prend insensible: ment leurs maximes ; on apprend à parler comme etüx, ét à faire le bien qu’on leur voit pratiquer x esprit bien né a une secrète confusion de'se Ixitéer surpasser par ses semblables ; c’est pour’ dübi lé: Sage donne ces avisimportants: Converses

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quec. les prudents, ayez pour amis des personnes verlueuses : celui qui converse avec des sages deviendra sage. Celui-là a la marque d’un mauvais naturel.et d’un esprit abandonné de Dieu, lorsque les bons exemples des autres ne le touchent point, et qu’il persiste dans le vice au milieu des exemples de VE.

AL! TI y a deux sortes de personnes avec lesquelles vos: devez converser: 1° Avec celles qui vous . strpassent en âge et en expérience. Cherchez, dit

le Saint-Esprit, la compagnie des personnes sages el

ôgées,.et unissez-vous à leur sagesse, c’est-à-dire

Lee de leurs prudents discours et de leurs ex-

emples. S

:,:29+: Conversez avec ceux de votre sexe, de votre

Age et de votre condition, qui sont portés à la vertu.

Les jeunes gens ne doivent pas faire société avec: trop de personnes. Il vaut mieux avoir peu d’amis,

mais qui soient vertueux, suivant cet avis de saint

Jérôme à Népotien. Ayez, lui dit-il, des. campagnons dont la conversation ne fasse aucun tort à vatre

réputation ; qu’ils ne soient pas tant ornés par leurs

habits que par leurs vertus, et qu’ils n’éient pas soin

de porter tant d’ajustements, mais de porier sur eux: Mémes des marques de pudeur et d’honnéteté, Cherchez ceux de votre sexe qui sont tels, aimez leur compagnie, édifiez-vous par leur modestie et par leur piété, en les imitant par une sainte émulation,

étne soyez pas des derniers .au service de votre Créateur.

: Jeunes gens, souvénez-vous que, si vous fréquen-

téz des libertins et des libertines, des gens sans Pudeur:et sans dévotion, vous vous perdrezi Si

vous voyiez l'enfer, vous entendriez des réprouvés

s’écrier au milieu des flammes : Maudit soit le jour

(188 , INSTAUCTIONS :

que j'ai vu un tel ou uné telle : ile sont la cause de ma condamnation ; si jamais je n'avais élé dans' leur compagnie, je serais à présent dans le ciel.

[ Si vous avez eu des fréquentations et des amitiés dangereuses, rompez ces liens funestes, et quittez toutes ces sociétés. L’attache à une compagne sans vertu, ou à un compagnon dissolu, est ‘un venin mortel pour votre âme. Il vaudrait mieux pour vous habiter avec des serpents et des lions, que de converser avec des gens vicieux.

HT. Quant aux conversations avec des personnes de différent sexe, vous devez les craindre et vous défier de votre faiblesse ; n’ayez de ces sortes de «Conversations qu’autant que la nécessité, la charité . “Ou la bienséance le demandent: que ces conver-

sations et ces visites soient rares, qu’elles soient

courtes et qu’elles soient saintes. Si vous aimez l’assiduité avec le sexe, c’est une marque que vous aimez le danger, et le Saint-Esprit vous avertit que

. celui qui aime le danger y périra.

Les personnes du sexe ne doivent jamais oublier cet avis que saint Bernard donne à sainte Ombeline, sa sœur: Ma chère sœur en Jésus-Christ, lai disaitil, qu'aucun homme, jeune ou vieux, watt aucune conversalion familière, ni aucune assiduilé avec vous, quelque juste, quelque saint et de quelque caractère qu’il soit. , La familiarité et lassiduité ont souvent fait tomber ceux que la volupté n’a pu vaincre, parce que l’occasion du péché en fait MG venir la pensée et le désir. Que ces avis sont i

portants, et que d’âmes perdues pour. les avoir négligés !

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EXEMPLE

Les conversations qui paraissent innocentes avec des personnes de sexe différent ne sont pas toujours

sans danger. Tel qui commence par l’esprit ne

finit pas toujours de même. La nièce de saint Abraham le solitaire, en est un triste exemple. Cette fille, nommée Marie, perdit son père et sa mère à l’âge de sept ans. On l’amena à saint Abraham, son oncle, pour l’élever. Il lui fit bâtir une cellule à côté de la sienne, et prenait soin de linstruire par une petite fenêtre qui était entre les deux cellules. Il lui inspira si bien le goût de la vertu, qu’elle vécut dans la pénitence et dans une

ande sainteté jusqu’à l’âge de vingt ans; mais le

émon lui tendit un piège. Un jeune solitaire, qui était ami de saint Abraham, et qui le visitait assez souvent, prit de là occasion de parler à sa nièce par la fenêtre. Tout était innocent du côté de Marie, et ce jeune moiné ne semblait dans les commencements, lui parler que pour profiter des pieux avis que Marie lui donnait. |

Après plusieurs conversations, desquelles elle ne se défait point, il entretint enfin cette fille de la passion qu’il avait pour elle. Elle y résista courageusement durant une année ; mais ce n’était pas assez, elle devait avertir son oncle du danger auquel elle se voyait exposée par les conversations . de cc une hypocrite ; car ce malheureux la persuada enfin, et Marie se laissa séduire.

Elle n’eut pas plutôt commis le crime, qu’elle fut pénétrée de honte et accablée par les remords de sa conscience. Elle ne pouvait plus jouir d’un moment de repos; sa faute, toujours présente à ses yeux, la faisait soupirer et verser des torrens de

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larmes. “Ah! malheureuse, disait-elle, qu’ai-je “ fait? J’ai perdu dans un moment le fruit de tant “ de pénitences et de bonnes œuvres. Hélas! que “ suis-je devenue? J’ai perdu la grâce de mon ‘ Dieu, j’ai perdu mon âme, je lui ai donné la mort : il me semble que les démons sont autour # de moi pour insulter à mon crime et à ma perte. # Que pensera mon oncle? Où irai-je pour me : cacher à ses yeux? Quel usage ai-je fait de ses “ saintes conversations et des instructions qu’il m’a ‘“ données? Je n’ose plus paraître en sa présence.” À ces mots, elle sortit. Le démon lui mit dans l'esprit que Dieu lavait abandonnée ; et, désespérant d’obtenir le pardon de sa faute, elle vint dans une ville où elle continua, pendant deux ans, à vivre dans le désordre.

On ne peut dire quelles furent les inquiétudes de saint Abraham, lorsqu'il ne vit plus sa nièce : il cherche, il prie, il s’informe, et, après deux ans de -prières et de gémissemens, il apprit où elle était.

| se fit apporter un habit de cavalier monta à cheval, et, s'étant couvert d’un grand chapeau pour n’être point connu, il alla chercher sa brebis égarée. Ætant arrivé à l’hotellerie où était sa nièce, il demanda qu’on fit venir dans sa chambre une fille trangère qui était dans la maison. Elle vint ‘aussitôt, et ne reconnut point son oncle; mais le saint homme la connut; et, la voyant entrer avec «an habit de courtisane, il fut saisi de douleur jusqu’au fond de l’âme, il éleva son cœu: à Dieu, afin qu’il lui inspirât ce qu’il devait dire à cette malheureuse. Alors, ayant ôté le grand chapeau qui le couvrait, il lui dit: “ C’est moi, ma nièce : # hé bien! Marie, me reconnaissez-vous ? Qu’êtesvous devenue, ma fille, depuis que vous m’avez

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je fait de ses ons qu'il ma a présence.” ui mit dans :; et, déseselle vint dans deux ans, à

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“quitté? Qu'est devenu le meurtrier qui a si “ cruellement traité votre âme ?”?

Marie fut dans le moment pénétrée d’une telle honte et d’un si grand étonnement, qu’elle ne put ni parler, ni lever les yeux, et demeura immobile, et comme évanouie de confusion. “ Vous ne me “ répondez point, lui dit le saint homme ; vous ne’ me regardez point; avez-vous oublié qui je suis ? Rassurez-vous ; je ne viens point ici , ur vous “ charger de confusion, mais pour vous sauver, “ Prenez courage, ma nièce : je me charge de vos “ crimes: Dieu aura pitié de vous, et vous les ‘ pardonnera.” Marie, toujours interdite et sans parole, commença par verser une grande abondance de larmes. Son oncle continua de lui parler. ‘Hé quoi! vous défiez-vous de la misé- “ ricorde du Seigneur? Ne savez-vous pas qu’il “ peut pardonner, et qu’il pardonne tous les jours. “ plus de crimes que vous n’en avez commis ?

s. Matane à Dieu, pauvre âme, il vous tend les “ bras ; ayez pitié de vous-même, ayez aussi pitié de moi; voyez les peines et les soins que j'ai pris pour vous. Allons, ma fille, ne perdez pas ‘“ courage; retournons dans nos cellules pour y “ servir Dieu.”

Marie lui répondit : “ Ah! mon cher oncle, il y a donc encore du remède, et vous m’assurez que ‘ Dieu aura pitié d’une misérable comme moi.” Après ces paroles, elle se prosterna aux pieds de son oncle, lui demanda pardon, et. passa le reste de la nuit à pleurer et à dire : Mon Dieu, que ferai-je pour reconnaître et pour remercier votre grande miséricorde? Elle së résolut enfin à retourner à sa cellule avec son: saint oncle. Elle avait quelque argent et. des habits qu’elle avait gagnés dans son

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