‹ Instructions chrétiennes pour les jeunes gensChapitre 11 sur 58 · COMMENT RECEVOIR LES AVIS · texte numérisé non relu

COMMENT RECEVOIR LES AVIS

qu'enfin il faut vous accoutumer de bonne heure à souffrir avec patience, à l'exemple de J. qui a souffert innocemment et sans se plaindre^ les supplices et la mort.

Si vos parents et vos maîtres vous châtient lorsque vous avez péché, juré, menti ou dérobé ; lorsque vous vous êtes querellé et battu ; lorsque vous dites des paroles trop libres et peu séantes 5 lorsque vous fréquentez certaines compagnies, ou que vous sortez malgré eux ; lorsque vous vous livrez à la vanité, ou lorsque vous leur parlez avec hauteur et sans respect ; souvenez-vous qu'ils font leur devoir, en vous reprenant et en vous corrigeant. Gardez-vous bien d'en murmurer, ne vous en plaignez pas, même à vos amis: mais bénissez Dieu de vous avoir donné des parents et des maîtres, qui par charité veillent sur vous, pour vous empêcher de devenir vicieux et de vous perdre.

Si vous êtes sage, demandez vous-même la correction à votre père ou à votre mère, lorsque vous êtes tombé dans quelque faute. Si vous connaissez le prix d'une sainte et prudente correction, vous vous réjouirez bien plus d'être châtié que d'être épargné. Le jour viendra peut-être, que vous pleurerez amèrement de ce qu'on ne vous aura pas corrigé dans votre jeunesse. Combien de malfaiteurs condamnés à mort par la justice, qui, se voyant entre les mains du bourreau, ont dit publiquement sur l'échafaud ces lamentables paroles ; Jeunes gens^ profitez de mon

CHAPITPE VIII.

triste exemple ; vous^ pères et mères, apprenez à corriger vos enfants. Si f avais été corrigé dans ma jeunesse, je ne serais pas tombé dans le malheur où mus me voyez,

EXEMPLE

Saint Augustin^ sans un miracle de la grâce se fût perdu sans ressource par la liberté dans laquelle il fut élevé dès son enfance. Patrice, son père, loin de le reprendre et de veiller sur sa conduite, ne faisait que rire de ces petites impertinences, comptait pour rien ses petites sottises, les fréquentes vivacités, et la continuelle dissipation de cet enfant ; comme font encore aujourd'hui plusieurs pères idolâtres de leurs enfants, qui les aiment éperdument. Ste. Monique, sa mère, l'avertissait^ le reprenait et le corrigeait. Mais de quoi servent les faibles corrections d'une mère, lorsqu'elles ne sont pas soutenues par la vigilance et l'autorité du père ? Patrice m urut, et la liberté dans laquelle il avait laissé vivre Augustin son fils, entraîna ce jeune homme dans toutes sortes de désordres, et même dans l'hérésie des manichéens.

Dieu touché des larmes de Monique, et des prières que cette sainte veuve faisait incessamment pour la conversion de ce jeune" libertin, se servit des instructions de Saint Ambroise, son pasteur pour lui ouvrir les yeux sur ses> égarements. Augustin étant converti, ne cessa de pleurer le reste de sa vie les dérèglements de sa jeunesse, et la mauvaise éducatiorï que son père lui avait donnée, yx/ï, mon TXeu !

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s'écriait-il, que fêtais à plaindre dans les jours de mon aveugle jeunesse ! Je rrv' éloignais de voùSj Seigneur^ en suivant le penchant de mes folles passions ; et mon père^ loin de me corriger et de me reprendre^ riait de tout. Je me perdais, et il avait la cruauté de me voir courir à ma perte. Tous les vices croissaient dans mon cœur, comme de mauvaises herhes dans une terre inculte ; et il n^y avait point de main charitable pour les arracher.

Profitez des sentiments de ce grand saint, jeunes gens, et regardez comme une faveur du ciel lorsque, vous avez des parents et des maîtres qui ont la charité de veiller sur vous, et de vous reprendre. Plus ils vous corrigent à propos, plus vous devez les aimer.

€2IAÏ»ITKE IX.

De l'amour du prochain.

L'amour du prochain est une vertu fondamentale du christianisme ; puisque toute la morale de Jésus* Christ est fondée sur deux lois : Aimer Dieu sur toutes choses, et le prochain comme soi-même, Yertu néanmoins rare et mal observée.

La plupart croient que pour aimer le prochain c'est assez d'aimer ses parents, ses amis, ceux de qui on attend quelque avantage et qu'on peut-être indifférent pour les autres. Aimer de la sorte, ce n'est pas aimer le prochain, mais c'est s'aimer soi-même.

On élève les jeunes gens dans cette erreur. On leur apprend à n'aimer que ceux qui leur font du bien^

et on leur inspire de haïr ceux qui leur font du mal. Les pères et mères n& parlent souvent dans leur famille que des défauts, des vices, des mauvaises manières, de la mauvaise foi des voisins, de ceux qui leur portent envie et qui leur font du tort. Ils détruisent ainsi par leur exemple et par leurs discours Pesprit de charité pour le prochain dans leurs enfants. Ces pères et mères imprudents font-ils réflexion aux funestes suites du défaut de charité ? N'est-ce pas de ce défaut de charité que vient le peu d'estime et de respect que les hommes ont les uns pour les autres ? les trahisons et les rancunes, les impatiences et les murmures, la dureté pour les pauvres et les misérables, les divisions des familles, les querelles, les jalousies, les médisances ? De là enfin tant de désordres qui déshonorent la religion, et qui perdent les chrétiens.

Il est donc important d'instruire la jeunesse sur ce point, et de la désabuser d'une erreur si funeste. Cette erreur vient de l'ignorance de trois choses ; ils ne savent point quel est le prochain qu'il faut aimer, par quel motif il le faut aimer, ni en quoi consiste cet amour.

I. Le prochain qu'il faut aimer, sont tous les hommes, pauvres et riches, bons et méchants, amis €t ennemis, et même ceux qui nous font le plus de mal. Cette obligation d'aimer tous les hommes est si étroite, que, sans cet amour, sans cet esprit de charité, on lie peut être sauvé. Quand de tous les hommes qui sont sur la terre, il n'y en aurait qu'un

DE l'amour du prochain.

teul que je n'aimasse pas, ou que je haïsse, ce serait assez pour être damné.

II. Le motif pour lequel il les faut aimer, est qu'ils sont tous enfants de Dieu, créés à son image, rachetés du sang de Jésus-Christ ; que Dieu qui est notre père commun, veut que nous les aimions tous comme nos frères ; que Jésus-Christ notre Sauveur nous a commandé de les aimer, et que lui-même les aim.e tous. Ce serait être bien déraisonnable de ne pas aimer ceux qu'un Dieu a aimés plus que sa vie, et pour lesquels, quelqu'indignes qu'ils fussent, il a voulu mourir.

^ m. Cet amour consiste en trois choses :

fia.

' Vouloir du bien à tous. 2^- En faire quand on on le peut. 3^* Supporter, excuser et cacher leurs défauts. Voilà la vraie chanté du procliain, la marque du vrai Chrétien, sans laquelle on ne peut plaire à Dieu.

1. Souhaitez du bien à tous, et soyez véritablement affligé lorsqu'il leur arrive du mal : considérant tous les hommes, même vos ennemis, comme vos frères. Soyez affable, doux et complaisant. Ayez compassion de ceux qui sont affligés. Ne portez point envie aux riches, ni à ceux qui sont en prospérité. Aimez les bons à cause de leur vertu, les méchants afin qu'ils deviennent bons ; souhaitez de la persévérance aux premiers, et la conversion aux autres. Si un homme est méchant et grand pécheur, il faut haïr son péché, qui est l'ouvrage de l'homme,

mais il faut aimer sa personne, qui est Pouvrage de Dieu.

2. Faites du bien à tous, car c'est peu de chose de vouloir du bien, si on ne le fait quand on le peut. Nous pouvons procurer trois sortes de biens au prochain ; les biens du corps, les biens de l'honneur, et les biens de l'âme.

Quand aux biens du corps, vous devez faire deux choses. 1. Ne jamais rien dérober à qui que ce soit, et ne rien faire contre le droit d'autrui. Outre le péché que vous feriez, vous contracteriez encore l'obligation de rendre ce que vons auriez pris, et de réparer le droit que vous auriez violé. 0 le funeste vice, dans une jeune personne, que d'être porté au larcin ! Il est bien à craindre que ceux qui s'accoutument à faire de petits et de fréquents larcins, soit en fruits, soit en grains, soit en d'autres choses, ne soient un jour de grands larrons, et ne fassent une misérable. 2. Assistez le prochain dans ses nécessités par des libéralités, par de fréquentes aumônes. 0 l'admirable vertu dans les jeunes gens que la miséricorde et la compassion pour les pauvres ! Heureux ceux qui peuvent dire avec Job, que la compassion a crû avec eux dès leur enfance ! Elle attirera sur eux les bénédictions de Dieu pendant leur vie et à leur mort.

Quant à l'honneur, vous devez le conserver au prochain. N'en parlez jamais désavantageusement quelque méchant qu'il soit, quelque tort même qu'il vous ait fait, si ce n'est pour son bien, ou pour une

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