AMOUR DU PROCHAIN
autre bonne fin. Evitez les calomnies et les médisances empêchez même, si vous le pouvez, qu'on n'en fasse en votre présence. Si on accuse le prochain d'une faute qu'il n'a point faite, prenez sa défense. Si on découvre le mal qu'il a fait, tâchez de l'excuser, empêchez qu'on n'en parle davantage. Dites le bien qu'il a fait, ou quelqu'une de ses bonnes qualités. Témoignez que la médisance vous déplaît et engagez, celui qui parle, à épargner la réputation d'autrui.
Les biens de l'âme, qui sont la vertu et le salut, étant les plus grands de tous les biens, il faut tâcher de les procurer au prochain. Vous le ferez en priant pour lui, en le retirant du vice et des occasions, par quelques sages avis ; en l'avertissant avec douceur de son devoir, ou en le faisant avertir ; en lui donnant de prudents conseils et de bons exemples.
Tâchez de remplir ces devoirs de charité, surtout envers vos amis, vos compagnons, vos dom.estiques, et envers ceux avec qui vous vivez. C'est véritablement aimer le prochain, que de l'aimer pour le bien de son âme et pour son salut ; mais c'est le haïr, c'est manquer de charité, que de faire tort à son âme en le portant au péché, et en le scandalisant par des paroles et par des exemples pernicieux.
3. Une troisième marque de l'amour du prochain, c'est de supporter ses défauts, d'excuser les fautes d'autrui autant que la prudence le permet, et de penser avantageusement de tout le monde. G'e&t pourquoi il ne faut pas être prompt à blâmer et à juger les autres, ni les reprendre sans savoir sûrement
s'ils oiit tort. Souvent on se trompe dans le jugement qu'on forme sur le compte d'une personne, ou parce qu'ordinairement on est mal informé, ou parce qu'on est prévenu, ou parce qu'on ne l'aime pas, ou qu'on a de l'envie. Quand on reprend les autres, que ce soit avec prudence et jamais avec aigreur. Ne reprenez pas une personne, quand une répréhension ne servira de rien à son amendement, ni à l'édification des autres. Si, en ne le reprenant pas, vous sèmbliez approuver le vice, dans ce cas reprenez avec discrétion.
Enfin, la grande règle de l'amour du prochain consiste à juger du procham par nous-meme, et à pratiquer cette importante maxjme, que l'Ecriture et la nature nous enseignent : Ne faites jamais à autrui jce que vous ne voulez pas qu^on vous- fasse / au contraire, faites aux autres le bien que raisonnablement vous voudriez qu'on fît à vous-même.^ Souffrez^ supportez les défauts d'autrui avec charité, camme vous voudriez qu'on supportât les vôtres, qui soni encore plus grands. Ce n'est pas aimer le prochaim que lie ne vouloir rien souffrir de lui. Dieu nous souffre longtemps , quelque misérables que nous 5oyons à ses yeux ; pourquoi ne souffririons-nous pas les autres ?
EXEMPLE
Nous lisons dans la vie des Saints Pères du désert, un exemple de charité bien singulier. Un solitaire reiîcontra dans îe chemin un pauvre estropié couvert
AMOUR DU prochain;
d^ilcères et de pourriture ; et dans un état si misérable, qu'il ne pouvait ni gagner sa vie, ni se traîner. Le solitaire, louché de compassion, le porta dans sa cellule, et lui donna les soulagements qu'il put. Ce pauvre ayant repris des forces, le solitaire lui dit : Voulez-vous, mon cher frère, demeurer avec moi? je ferai ce que je pourrai pour vous nourrir : nous prierons et nous servirons Dieu ensemble. 0 que vous me causez de joie, répondit le pauvre ; que je suis heureux de trouver dans votre charité une ressource à ma misère !
Le solitaire, qui avait peine à gagner sa vie, redoubla son travail pour avoir de quoi nourrir son pauvre, et le nourrissait même mieux que lui ; mais au bout de quelque temps ce pauvre commença à murmurer contre son hôte, et se plaignit qu'il le nourrissait mal. Hélas ! mon cher ami, lui dit le solitaire, je vous nourris mieux que moi-même : je ne puis faire autre chose pour vous que ce que je fais. Quelques jours après, .cet ingrat recommença ses plaintes, et vomit contre son bienfaiteur un torrent d'injures. Le solitaire les souffrit avec patience, sans répondre une parole. Le pauvre fut honteux d'avoir parlé de la sorte à un saint homme qui ne lui faisait que du bien, et lui demanda pardon ; mais il tomba bientôt dans ses inquiétudes, et prit une telle haine contre ce bon solitaire, qu'il ne pouvait pins le supporter. Je suis ennuyé de vivre avec toi, lui dit-il ; je veux que tu me reportes dans le chemin où tu
m'as trouvé ; je ne suis pas accoutumé d'être sî mal i nourri. Le solitaire lui demanda pardon, lui pro* \ mettant qu'il tâcherait de le mieux traiter.
Il fut inspiré d'aller chez un honnête bourgeois du i voisinage^ demander un peu de meilleure nourriture pour cet estropié. Venez tous les jours, lui dit le bourgeois, chercher de quoi le nourrir. Le pauvre ] en parut content ; mais au bout de quelques semaines, ' il commença à faire de nouveaux et de piquants reproches au solitaire Va, lui dit-il, tu n'es qu'un hypocrite, tu fais semblant d'aller chercher l'aumône l pour me nourrir, et c'est pour toi , tu manges le meilleur en secret et tu ne me donnes que tes restes.. Ah! mon frère, lui dit le solitaire^ vous me faites tort ; je vous assure que je ne demande jamais rien pour moi, que je ne touche pas même un morceau de ce qu'on me donne pour vous. Si vous n'êtes pas content des services que je vous rends, ayez au moins patience pour l'amour de Jésus-Christ, en attendant que je fasse mieux. Va, je n'ai pas besoin de tes remontrances, lui répliqua ce pauvre, et tout de suite il se saisit d'un caillou, le jeta à la tête du solitaire, qui évita le coup ; ensuite ce malheureux prit un gros bâton dont il se servait pour se traîner, et en donna un si jude coup au solitaire, qu'il le fit tomber. Dieu vous pardonne, lui dit ie solitaire ; pour mol'je vous pardonne, pour l'amour de lui, le mauvais traitement que vous me faites. Tu dis que tu me pardonnes, répliqua le pauvre, mais ce n'est
AMOUÏi DU PROCHAIN.
qiie du bout des lèvres ; car tu voudrais déjà me voir
I mort. Je vous assure, mon frère, lui dit tendrement
le solitaire, que c'est de tout mon cœur que je vous pardonne. Ce bon solitaire voulut l'embrasser pour marque de réconciliation : dans le moment le pauvre le prit par la gorge, lui déchira le visage avec le^ ongles, et voulut l'étrangler. Le solitaire s'étant débarrassé de ses mains, ce furieux lui dit : Va, tu ne mourras jamais que de mes mains.
Ce charitable solitaire eut patience avec lui pendant trois ou quatre années. Pendant tout ce temps on ne peut dire les indignités et les cruautés que ce pauvre ^uifit essuyer, lui disant à tout moment qu'il voulait qu'il le reportât où il l'avait trouvé, qu'il aimait mieux mourir de faim ou île froid, ou être dévoré par ' les bêtes, que de vivre avec lui.
Le solitaire ne savait à quoi se déterminer ; d'un côté il craignait qu'en reportant ce pauvre ou il l'avait trouvé, il ne périt de misère ; d'un autre côté, il appréhendait de perdre la patience avec lui. Dané cette perplexité, il alla consulter saint Antoine sur ce qu'il devait faire.
Saint Antoine lui parla en homme inspiré de Dieu, et lui dit : Ah ! mon fils, i^renez garde ; la pensée que vous avez de quitter pe pauvre, est une tentation du démon qui veut v^^ùs ôter votre couronne. Si vous l'abandonnez. Dieu ne l'abandonnera pas. Mais mon père, reprit le jeune solitaire, je crains de perdre la patience avec lui. Et pourquoi la perdriez"
VOUS, répliqua le saint ? Ne savez-vous pas que c'est envers ceux qui nous font le plus de mal qu'il faut exercer plus généreusement notre charité? Quel mérite auriez-vous d'avoir de la patience avec une personne qui ne vous ferait jamais de mal ? La charité est une vertu couraa-euse, qui ne regarde pas les vices de Phomme, mais qui ne regarde que "Dieu. Ainsi, mon fils, gardez ce pauvre ; plus il est méchant, phis vous devez avoir pitié de lui. Tout ce que vous lui ferez par charité, Jésus-Christ le tiendra fait à lui-même. Faites voir par vot;e patience que vous êtes disciple d'un Dieu souffrant : et souvenez-vous que c'est par la patience et par la charité qu'on reconnait un chrétien. Eegardez ce pauvre comme celui dont Dieu se sert pour travailler à votre couronne.
Le solitaire suivit l'avis de saint Antoine ; il eut plus de charité pour ce misérable qu'auparavant, et ne cessait de prier pour lui. Dieu bénit une patience si courageuse. Ce pauvre se convertit enfin, et vécut le reste de ses jours dans la pénitence et la sainteté.
, 0 bel exemple de charité, qui confondra un jour tant de gens qui ne veulent pas seulement souffrir une parole ou une injure. Sans charité vous ne ^erez jamais sauvé quand même vous feriez des miracles. Or il n'y a point de charité oii il n'y a point de patience. Ce n'est pas aimer le prochain selon Dieu, quand on ne veut pas souffrir de lui, ni supporter ses défauts : ce n'est pas assez de le
AxMOUR DU PROCHAIN. 63
souffrir et de les supporter une fois^il faut toujours les supporter.
CHAPITKE X.
De la chasteté.
L'humilité' et l'obéissance empêchent les dérép^lements de l'esprit et du cœur; et la chasteté ceux du corps.
^ La chasteté est une vertu qui déteste les plaisirs illicites delà chair; qui réprime les pensées, les désirs et les sentiments des sales voluptés, parce qu'elles déplaisent à Dieu et souillent l'âme.
La chasteté convenable à chaque état est nécessaire dans tous les âges ; mais il n'y en a point où elle soit plus avantageuse et plus méritoire que dans la jeunesse. Si la chasteté (selon la pensée des saints pères) nous rend semblable aux anges dans un corps fragile, c'est surtout dans les jeunes gens, parce que leur âge étant moins souillé par le péché, leur chasteté approche plus de la pureté des esprits célestes.
La chasteté, au sentiment de saint Jérôme, à quelque part à la gloire du martyre, par ses co:-nbats ; mais c'est principalement à la jeunesse que cette gloire est réservée, parce que ses combats sont ordinairement plus grands et plus fréquents ; ce qui fait dire à saint Bernard, qu'outre le martyre de sang, il y a encore trois espèces de martyre : la modéraiion
dans rahondanccy que David et Job ont exercée ; la sagesse dans la pauvreté^, pratiquée par Tobie ; et la chasteté dans la jeunesse, conservée par le jeune Joseph en Egypte.
C'est principalement dans les jeunes gens qu'on peut dire avec les saints pères que la chasteté est Vornement des mœurs, Vhonneur des corps, et le fondement de la sainteté. L'on peut tout espérer d'un enfant chaste ; car comme l'esprit de Dieu ne peut habiter dans les cœurs impurs, aussi prend-il plaisir à se communiquer aux ames chastes.
Conservez donc, jeunes gens, votre cœur dans la pureté et l'innocence ; estimez la chasteté j demandezla à Dieu : elle est la perle des vertus, l'ornement de votre ame et le bonheur de votre vie, puisque, sans la chasteté, on n'a ni l'amour de Dieu, ni sa crainte, ni le repos de la conscience. Mais souvenezvous que cetle vertu est fragile ; qu'elle se perd facilement ; que les pensées et les désirs, aussi bien que les paroles et les actions, peuvent la faire perdre ; qu'il ne suffit pas d'être chaste du corps, mais qu'il faut encore l'être de cœur et d'esprit. Souvenezvous enfin que la plus grande consolation que vous aurez à votre mort, ce sera d'avoir passé votre jeunesse et votre vie dans la pureté ; et c'est un grand sujet de repentir et de larmes à un mourant, quand il voit que pour avoir trop aimé les plaisirs du corps, il a perdu son ame-
chasteté'.
EXEMPLE
Le jeune Joseph, dont il est parlé dans l'écriture «ainte, est un exemple bien sensible pour apprendre aux jeunes gens avec quel soin ils doivent conserver la pureté de leurs cœurs dans les occasions périlleuses. €e saint jeune homme avait été trahi par ses frères et livré à des marchands étrangers ; ces marchands le vendirent à Putiphar, un des premiers officiers du roi Pharaon. La femme de Putiphar ayant conçu un amour criminel pour ce jeune esclave résolut de le tenter. Elle entra dans la chambre de Joseph, elle sollicitant à un crime détestable et honteux, elle lui promit de faire sa fortune, s'il y consentait ; et le menaça de son ressentiment, s'il refusait.
Ce chaste jeune homme rappela aussitôt dans son. cœur la crainte de Dieu ; et se représentant toute l'horreur du crime qu'on lui proposait, il répondit à sa maîtresse, qu'il aimait mieux molirir que de souiller son ame par une telle infidélité. Cette femme effrontée voulut lui faire violence ; il résista avec courage. Elle le saisit par son manteau ; mais ce ce jeune homme , en se défendant, lui laissa le manteau entre les mains, et s'enfuit. Cette dame en fureur cria aussitôt que Joseph avait voulu attenter à son honneur, qu'il l'avait sollicitée au crime, ot que pour marque de la vérité, elle lui avait arraché ce manteau. Elle le porta à son mari, qui crut l'imposture et le mensonge de sa femme^ et fit mettre Pinnocent Joseph en prison, où il resta quelques années.
Le roi Pharaon ayant entendu parler de Joseph, le fit venir en sa présence ; il fut si charmé de la modestie, de la sagesse et de la vertu de ce jeune homme, qu'il le fit son premier ministre, et lui donna le gouvernement de tout le royaume. Souvenez-vous de cet exemple pour vous soutenir par la présence de Dieu dans les occasions périlleuses ; et si vou^ êtes fidèle à Dieu, comme Joseph, il vous protégera.
CJHTAPÏTRE XI.
Des moyens de conserver la chasteté, 1. Le premier moyen est de résister d'abord aux tentations et aux pensées de l'esprit avant que le démon se rende maître du cœur : voilà le grand remède contre ce péché. Quand on néglige de repousser la tentation et la pensée, on s'engage peu-àpeu dans le vice, et souvent si profondément, qu'on ne s'en relève presque jamais, ou qu'avec de grands efforts. La grande maxime pour tontes les maladies, c'est d'appliquer le remède dès le commencement; | maxime importante pour se précautionner contre le î péché impur ; péché qui porte aux plus grands : désordres, quand on ne l'arrête pas dès ses premières impressions.
Craignez, jeunes gens, ce vice honteux, et craignez-le plus que la mort. Veillez sur votre esprit ; détestez avec horreur les représentations sales que le démon ou que le penchant vous inspire ; donnez
aussitôt le change à votre imagination, et pensez promptement à d'autres choses, en considérant que Dieu est présent. Le Seigneur vous offre son secours ; et si vous succombez à la tentation, c'est par votre faute. Ah ! que cette chiite est à craindre, et que les suites en sont funestes ! Méditez avec attention cet avis de saint Bernard.
" Rejettez, dit ce saint docteur, la mauvaise
pensée dès qu'elle commence, et dès qu'elle se " présente à votre esprit. Si vous la rejetez, elle " vous quittera, ou si elle ne vous quitte pas, elle " ne vous souillera point, tandis que vous l'aurez en
horreur. La pensée qui n'est p is rejetée, cause le ^'plaisir; ce plaisir fait naître le consentement j le
consentement produit l'action ; de l'action vient <^ l'habitude ; de l'habitude suit une espèce de néces- " sité, qui entraîne enfin l'âme dans l'impénitence et
le désespoir. Et comme la vipèie est tuée par les " petits qu'elle porte dans son sein, aussi nous rece-
vons la mort par nos mauvaises pensées quand nous " les nourrissons dans nos cœurs. "
Profitez des "avis de ce grand saint: soyez fidèle à Dieu dans la tentation, et ne disputez jamais avec elle. Si vous l'écoutez, vous vous perdrez : en l'écoutant, la raison s'aveugle, jusqu'à prendre le péché pour des bagatelles, ou pour des effets d'un penchant qu'on ne saurait vaincre, ou pour des péchés de faiblesse dont il ne faut que s'accuser pour être absous. 0 combien d'ames ont été séduites et aveuglées par ce piège !
CHAPITBE XI.
L'impureté, dit saint Jérôme, est comme utl serpent dont il faut écraser la tête dès qu'on l'apperçoit. Il tâche de se glisser dans le cœur ; s'il peut y entrer, il l'infecte bientôt par un poison subtil et mortel. L'impureté, dit saint Grégoire, s'allume dans un cœur dissipé, comme le feu dans la paille. Si on ne l'éteint pas promptement, il cause en peu de temps un embrasement auquel il est difficile d'apporter du remède. Pour allumer ce feu criminel et impur, il ne faut qu'une pensée volontaire de l'esprit, qu'un regard délibéré, qu'une parole, qu'une chanson, qu'une familiarité, &c. Tenez-vous sur vos gardes.
La raison de cette maxime si recommandée parles saints, est qu'il est facile de résister au péché dans ses commencements; mais qu'il est ditficile de le surmonter quand il est fortifié par quelque attache, par une affection criminelle, ou par l'habitude d'une familiarité dangereuse.
IL Le second moyen pour vivre chastement est de fuir l'oisiveté. Elle est la source de tous les vices, surtout de l'impureté. L'oisiveté ouvre la porfe aux pensées et aux désirs qui croissent successivement dans un esprit oisif. Dans l'oisiveté, l'impureté est comme une flamme ardente qu'on ne peut presque plus éteindre ; de là vient que les tentations sont bien plus dangereuses et plus fréquentes dans les personnes qui n'ont rien à faire, et qui ne pensent qu'à leurs plaisirs, que dans les autres. 0 que la fainéantise et l'oisiveté ont perdu déjeunes gens!
MOYEiïS DE CONSERVER LA CHASTETE'. 69
m. Le troisième moyen, c'est la tempérance dans ïe boire et le manger. Sans cette vertu, on ne peut conserver la chasteté en quelque âge que ce soit, mais surtout dans la jeunesse. La chaleur du sang à cet âge excite les voluptés sensuelles; mais quand elle est fortifiée par le vin, par la bonne chère, ou par le trop de nourriture^, elle fait un embrasement funeste. Ecoutez saint Jérôme : " Le Mont Etna, dit-il, le Mont Vésuve et le Mont Olympe, qui vomissent continuellement des feux et des flammes, ne brûlent pas avec tant d'ardeur, que le sang des jeunes gens, lorsqu'il est enflammé par " le vin, et par l'excès de nourriture. "
" Si je suis capable, dit-il ailleurs, de donner quelque conseil ; si on croit à l'expérience que j'en ai, j'avertis et je conjure l'ame qui veut vivre dans la grâce de Jésus-Chiist, et conserver sa " pureté, de craindre le vin comme un poison mortel. " Ce sont là les premières armes du démon contre " les jeunes gens; le vin avec la jeunesse fait un ^- double embrasenîent de la volupté. Pourquoi ^'' donnez-vous à ce corps, déjà trop ardent, de quoi '' le faire brûler ? "
Souvenez-vous que Sodome fut réduite en cendres par le feu du Ciel, pour s'être abandonnée aux plaisirs de l'intempérance et de l'impureté ; que le peuple Hébreu s'attira de terribles fléaux pour s'être mis à manger, à boire et à danser autour du Veau d'or ; que l'impie Hérode perdit toute pudeur, et fit
mourir le plus saint des hommes, pour n'avoir écouté que sa passion au milieu d'un festin et d'une danse voluptueuse.
IV. Le quatrième moyen pour conserver la chasteté, est de fuir les mauvaises compagnies, les maisons où se retire la jeunesse, les veillées et assemblées nocturnes, et toutes sortes de discours dangereux et trop libres : voilà les pièges où se perdent les jeunes gens. Combien y en a-t-il qui ne sont ♦.ombés dans le péché qu'après l'avoir appris dans une veillée, ou dans la conversation d'un esprit dissolu, par quelques paroles contre la pudeur ? Paroles et discours qui, étant tombés dans un jeune esprit comme une éteincelle dans la ptiilie,y ont allumé un feu impur. Ne vous laissez pas tromper, dit St. Paul, les mauvais discours corrompent les bonnes mœurs,
V. Le cinquième moyen, est d'éviter la conversation familière avec des personnes de différent sexe. C'est là où la chasteté trouve sa perte et sa ruine. Après avoir été préservée des autres dangers, elle vient faire ici un déplorable naufrage. L'amour sensuel n'entre que trop facilement dans le cœur; mais quand il est aidé par la présence des personnes, il s'allume et s'embrase. C'est pour cela que le sage nous donne cet avertissement important : Ne demeurez point par mi les personnes d^ autre sexe ^ parceque de leur conversation vient la corruption et la perte de Vame ; comme des habits se forme le ver qid ks ronge.
MOYENS DE CONSEVER LA CHASTETE'. Il
Que si la compagnie de diffèrent sexe est si dangereuse, elle devient funeste et criminelle quand elle ! passe aux familiarités, aux entretiens trop libres et passionnés, aux caresses et démonstrations tendues d'une amitié sensuelle, aux embrassements familiers et autres semblables privautés, qui n'oni ordinairement pour principe que la sensualité et une aflection dangereuse, et sont l'occasion d'une foule de péchés, de pensées, de désirs impurs ; c'est pourquoi un auteur appelle ces familiarités libres, les morsures du diable y elles arbres du péché; et saint Jérôme^ les agonies d'une chasteté mourante.
VI. Il faut joindre à cette fatale cause du péché déshonnête, les regards impurs ou curieux, sur lesquels il est important (le veiller, si l'on veut conserver un cœur pur. L'amour profane et le péché entrent par les yeux, et quelquefois un regard curieux, quoique sans mauvais dessein, peut attirer après soi de fâcheuses suites. Ecoutez ce que le Saint-Esprit vous enseigne par la bouche du Sage : " Ne vous ar- " rêtez pas à regarder une jeune personne de peur " que sa beauté ne soit une pierre de scandale, qui " vous fasse tomber. Détournez votre vue d'une personne parée, et ne la regardez pas curleusem^^nt. " La beauté des visages a été funeste à plusieurs, qui ont commencé leur perte par des regards ; ces " regards ont enfin allumé le feu impur dans le cœur.^'' 0 le grand avertissement ! gravez-le dans votre mémoire. Ayez soin de retenir votre vue j et
ClUPÎTRE Xt.
S^il lui arrive de tomber sur des objets dailgerelix^ fc[u'elle ne s'y arrête pas. Ayez la même réserve à l'égard de toutes les peintilres ou figures lascives^ qui sont autant d'écueils de la pureté du cœur.
Pour cette raison, une fille ne doit point chercher, à voir ni à être regardée. Lorsque Dina, fille dé Jacob, s'échappa de la compagnie de ses frères, ellé n'avait d'autre désir que de voir ou d'être vue ; maiâ cette légèreté coûta cher. L'enlèvement de cette fille, le Saccagement d'une ville et le meurtre de ses habitants, furent la suite de sa curiosité. Triste exemple, qui fait voir que quand on néglige, en cette matière, ce qui semble de peu d'importance, on s'expose à d'étranges suites.
VIL Les livres dangereux sont encore une source féconde d'impureté ; c'est une peste qui corrompt l'esprit et le cœur. La lecture d'un roman de galanterie, ou d'un livre contre la religion, fera dans Votre âme des plaies si profondes, qu'elles seront peut-être sans remède ; elle vous fera perdre insensiblement sans que vous y preniez garde, la pudeur et la foi, et vous jetera enfin dans un aveuglement dont vous ne reviendrez peut-être pas. Malheur à ceux qui composent, qui vendent et qui débitent de tels livres, ou qui les communiquent aux autres l
Vin. Le penchant au plaisir est la principale cause et le plus dangereux piège de l'impureté. Mais souvenez-vous que ce plaisir est un venin mortel; caché sous une fausse douceur: si les commen-
céments sont agréables^ les suites en sont bien amèreg. Seriez-vous assez aveugle pour aimer un plaisir qui répugne à la raison, et qui déplaît à Dieu ?
Pour rappeler en peu de mots tout ce que nous avons dit en cet article important, et le réduire en pratique, suivez ces avis
1. N'attachez jamais vos pensées et vos regards à des objets qui peuvent souiller votre esprit et votre cœur, quelqu'agréables qu'ils vous paraissent.
2. Ne vous permettez ni actions, ni liberté?, ni gestes contraires à la modestie et la pudeur, et ne souffrez jamais que les autres s'en permettent avec vous.
3. Ayez même du scrupule de vous amuser trop au miroir: il vaut mieux examiner votre ame que votre visage, et songer à vos défauts qu'à vos parures.
' 4. Ne vous divertissez jamais à de certains jeux de bouffonnerie, qui ordinairement sont accompagnés de ris excessifs, d'actions libres, et dont les badinages indécents sont souvent des crimes.
5. N'allez point vous récréer ni vous promener avec des personnes et dans des lieux où votre ame est en danger. Les libertés peu séantes et familières qu'on se permet dans ces récréations et dans ces promenades, sont funestes à l'innocence.
6. Evitez la compagnie des personnes qui, par leurs manières, leurs lectures ou leurs discours, vou-s apprennent ce que vous devriez toujours ignoreu
SHls VOUS flattent^ dit le Saint-Esprit, ne les écoutez 'point ; éloignez vos pas de leurs sentiers ; ils ne tendent qu?au mal et à voire perte,
IX. Si vous avez de la religion et de la pudeur, vous éviterez Us spectacles, les comédies, les danses et les bals. L'ame y reçoit souvent, sans y prendre garde, de mortelles atteintes, et la pudeur affoiblie y est toujours en danger d'y faire naufrage. Si on y vient chaste^ àii Saint Cyprien, on s^ en retourne souillé. Ces sortes d'assemblées sont un reste du paganisme, opposé à la sainteté de la leligion, et aux maximes de J. C, et sont un violement des vœux du baptême.
Ne vous laissez pas entraîner par l'exemple des autres, mais gémissez sur leur scandale, d'autant plus déplorable qu'il est plus étendu. Déplorez leur aveuglement qui les empêche de voir le mal qu'ils font, et le mal dont ils sont la funeste cause. Ces assemblées, selon les Saints Père?, sont la peste des mœurs^ une dérision de PEvangïle^ une profession publique dHmpureié et dHmplélé^ et Pécueil de la jeunesse. Si vous y assistez, si vous vous y affectionnez, vous vous exposez à périr, et vous y pécherez ; en voici les raisons :
1. Si la vue d'un seul objet sensuel fit tomber David, quoiqu'il fût prévenu de tant de grâces^ pourriez-vous dire que la vue de tant d'objets lascifsj qu'on voit à la danse et aux spectacles, accompagnés de libertés folâtres, d'airs passionnés, de paroles dissolues; ne souilleront point votre cœur ? Et d'ailleurs.
n'est-ce pas pécher que de faire ce que l'Eglise vous défend, et ce que Dieu condamne? 'est-ce pas pécher que de s'exposer témérairennent au péché ? N'est-ce pas pécher, que d'aider les autres à pécher, et de contribuer par sa présence aux péchés d'autrui? Or, n'est-ce pas ce qui arrive dans ces sortes d'occasions ?
2. Pourquoi va-t-on aux spectacles, aux danses ? et qu'y fait-on ? On y va par curiosité, par orgueil, par dissipation ; on y demeure sans pudeur ; on n'en sort qu'avec dissolution. C'est là où les sens se dissipent, où l'esprit s'émancipe, où le cœur s'épanche, où l'on se permet des choses dont il faudrait rougir,, et qu'à force de s'étourdir et de s'aveugler, on se fait un passe-temps du vice et du libertinage.
Profitez de ces avis, et craignez un malheur pareil à celui de cette femme curieuse dont parle Tertullien? laquelle étant allée aux danses et aux spectacles publics, où les chrétiens ne se trouvaient alors jamais, fut tout à coup possédée d'un démon furieux. Les prêtres étant appelés au secours, pressèrent le démon^ dans leurs exorcismes, de dire pourquoi il avait osé s'emparer ainsi d'une femme chrétienne : J'en avais cfroi^, répondit le démon, -puisqu'elle étaii dans un lieu de mon domaine et qui m'appartient.
Apprenez de cet exemple, que c'est dans ces sortes d'assemblées que le dém.on jègne avec plus d'empire ; c'est là qu'il emploie ses plus dangereux artiricespour affaiblir la pudeur, et faire perdre la
chasteté. " Eloignez-vous donc de ces lieux où les pécheurs s'assemblent, dit le Saint-Esprit, et
"n'ayez point de part à leurs folies, de peur d'être enveloppé dans leurs crimes ; car s'ils sont dignes
"de mort en faisant ce qu'ils font: ceux qui les
"suivent et qui les approuvent, n'en sont pas moins dignes."
Autres moyens de conserver la vertu de chasteté.
I. Le premier est un moyen efficace pour obtenir rct pour conserver ce*te admirable vertu. La continence est un don de Dieu, et il ne le refuse pas à ceux qui IHnvoquent avec un cœur droit. Implorez donc souvent le secours du ciel, et la grâce du Tout-puissant, pour résister à cette concupiscence aveugle qui se révolte contre l'esprit. Mon Dieu, donnez-moi un cœur pur et un esprit droit, éloignez de toute souillure» Eecommandez-vous souvent à la mère de Dieu, la reine des vierges, et à votre ange tutélaire^ surtout dans la tentation.
IL La confession fréquente à un confesseur exact «t éclairé, est un autre moyen pour conserver la chasteté. Sans ce remède, il est moralement impossible de vaincre l'impureté ; et avec ce secours on la surmonte, quand on suit les avis du guide qui nous conduit. Saint Augustin gémissant sur les désordres de sa jeunesse, pleurait de ce qu'il n'avait
pas rencontré une main sage et habile, qui déracinât les honteuses passions qui croissaient dans son ame: Saint Jérôme, après avoir fait le récit de la sainte et ingéniense adresse avec laquelle un supérieur délivra un jeune homme des tentations dont il était agité, fait cette réflexion : Si ce jeune homme eut été seuly il était perdu ; car comment eut-il surmonté ses tentations ? Apprenez par ce trait combien le conseil d'un directeur éclairé est nécessaire pour vaincre le péché impur.
III. Le troisième moyen est la lecture et la méditation des choses saintes, qui remplisent l'esprit de pensées salutaires, en chassent les mauvaises, et le fortifie dans les tentations.
EXEMPLE
Le roi Hérode se livra tellement à l'impureté, qu'il n'eut point de honte de déshonorer Hérodias, qui 1 était la femme de son frère. Saint Jean-Baptiste,ins- I piré de Dieu, vint reprocher à ce voluptueux l'horreur de son crime et de ses scandales. Les paroles de ce grand prophète, qui en avait converti tant d'autres, ne touchèrent point le cœur de ce roi. Il arriva même qu'Hérode étant à souper avec les princes de sa cour, la fille d'Hérodias entra dans la salle du festin, et dansa en sa présence. Le démon de l'impureté était dans les yeux, et sur le visage, dans les airs, dans les gestes, dans les pas et dans les agréments de cette fille impudente. Elle plut au roi qui en devint I passionné, jusqu'à lui jurer de lui accorder tout ce
qu'elle lui demanderait. Elle prit Pavis d'Hérodias sa mère. Tu saiSj lui dit cette mère abominable, que Jean- Baptiste est un prédicateur importun, qui dit au roi qu'il ne lui est pas permis d'avoir un commerce d'amitié avec moi ; le roi a du respect pour lui, et je crains qu'il ne se laisse persuader ; ainsi, ma fille, il faut que tu demandes au roi qu'il fasse mourir Jean- Baptiste, et qu'il te f sse apporter f:a t,èie dans un bassin. Le roi, malgré le respect qu'il avait pour la sainteté de Jean-Baptiste, eut la complaisance de consentira l'exécrable proposition de cette fille, et fit couper la tête de ce grand saint. Voilà le fruit d'une danse ; un roi parjure et meurtrier, un royaume scandalisé, le plus grand et le plus saint des prophètes mis à mort.
" Que pensez-vous de tout cela, femmes chrétiennés? dit saint Arnbroise : apprenez ce que vous de- <^ vez inspirer à vos filles, et ce que vous devez leur faire craindre. Vous voyez ici une fille qui danse^ mais quelle fille? C'est la fille d'une mière adultère, carce n'est qu'à de telles personnes qu'il convient de danser ; mais pour celles qui ont de la religion et de la pudeur, elles doivent inspirer la modestie et la crainte de Dieu à leurs filles, et non pas la danse. " N'oubliez jamais les paroles de ce grand saint, et gravez dans votre esprit les suivantes : <^ Gardez-vous bien, dit le Saint-Esprit, de fréquenter " une danseuse et de l'écouter, crainte de vous expo» ser à pécher, et de périr par ses attraits. "
AtTTÎlES MOYENS DE CONSERVER LA CHASTETE'. 79
La fille d'Hérodias, dont nous venons de parler, fut |)iinie comme elle le méritait. L'histoire eccléslastiquç nous apprend que cette fille passant un jour sur la glace avec ses compagnes, la glace se rompit sous ses pas : elle tomba dans l'eau jusqu'au cou ; et les glaçons s'étant réunis, lui coupèrent la tête. Son corps étant suspendu dans l'eau, ses pieds s'agitaient et se remuaient par des mouvements irréguliers,assez semblables aux mouvements de la danse ; de manière qu'elle mourut la tête coupée, et comme en dansant dans l'eau, châtiment assez convenable à son crime, d'avoir impudiquement dansé devant Hérode, et fait couper la tête à Sajjit Jean.
CÏÏAPITKE XIIÏ.
Sentiments de Saint François de Sales sur les danses et les bals»
-Saint François de Sales avait trop de lumières pour rien enseigner qui fût contraire aux sentiments de l'église et des saints pères. Et quand même ce grand saint, ou quelque autre père, aurait avancé quelque chose pour autoriser les danses et les bals, son sentiment ne prévaudrait jamais contre une autorité supérieure, telle qu'est l'autorité des livres saints, des conciles et de tout les saints docteurs. Mais il s'en faut beaucoup que ce saint évêque ait rien décidé en cette matière contre l'esprit de l'églile et contre la tradition ; c'est ce que nous allons démontrer pouî:
fermer la bouche à ceux qui ont la témérité d'alléguéf ^ que saint François de Sales a permis indifféremment j les danses et les bals.
Dans les chapitres 33 et 34 de son livre de Vintroduction à la vie dévote, il fait voir les écueils et le venin des danses, et propose les motifs les plus pressants pour en détourner les fidèles. Il dit premièrement : " Que les danses et les bals sont deux choses indifférentes de leur nature ; mais que leur usage est tellement déterminé au mal par les circons- " tances, que l'ame se trouve dans de grands dangers." Or, saint François de Sales n'a jamais dit qu'il était permis d'aimer le danger, et de s'y exposer volontairement.
Il ajoute ; Que ces divertisssements, si suscep- " tibles de mal, étant pris pendant la nuit, il est facile, pendant les ténèbres, qui ne sont jamais suffisamment éclairées par les illuminations, d'y glisser . " beaucoup de choses dangereuses ; que les veillées " qu'on y prolonge, faisant perdre une partie du " matin du jour suivant, et dérobant le temps qu'on " doit au service de Dieu, c'est toujours une folie de faire du jour la nuit^ et de la nuit le jour, et de " laisser ce que l'on doit à Dieu pour de folâtres " plaisirs ; qu'enfin on porte au bal la vanité à l'envi les uns des autres : vanité qui est une si grande disposition au mal, que les mauvaises affections, les amours dangereux et blâmables, sont la suite ordinaire de ces assemblées." De pareilles réflexions