DK LA MEDISANCE ET DE LA CALOMNIE
1. On y tombe lorsqu'on dit positivement du mal d'autrui, ainsi que nous venons de l'expiiquer*
2. Lorsqu'on exagère, qu'on augmente une chose qui est déjà connue, et qu'on en fait connaître plus que les autres n'en savent.
3. Lorsqu'on tourne en ridicule la conduite, les manières, ou la famille d'autrui 5 lorsqu'on donne un mauvais sens à ce qu'il dit et à ce qu'il fait ; et (ce qui est bien plus criminel) lorsqu'on interprète mal ces bonnes intentions et ses bonnes œuvres, pu qu'on en diminue l'estime. Combien de gens, qui passent pour vertueux, tombent dans cette faute, qui n'y prennent niême pas garde, parceque l'envie les aveugle !
4. On peut même par le silence tomber dans la médisance. Voici le cas : on loue en votre présence une personne qu'on sait être connue de vous, et vous n'en dites rien, ou vous ne la louez que faiblement î votre silence et votre affectation, font penser qu'il y a -quelque chose sur le compte de cette personne dont vous cachez les bonnes qualités. Un silence qui serait plus marqué, serait encore plus criminer; par exemple : Si f osais parler^ f aurais bien des choses à dire sur le compte de cette personne ; mais pour ne pas blesser la charité je veux me taire. Un tel discours est une mé« disance des plus malignes,qui fait penser d'autrui plus de mal qu'il n'y en a.
5. D'autres médisent par compassion : Vous ne savez pasy disent-ils, ah ! quel dommage^ quel malheur^ de si honnêtes gens^ une fille si sage^ une servante si
fidèle / Paunez-vous cru ? telle chose est arrimée. Une pareille médisance (fut-elle sortie d'une bouche dévote) est, dit saint François de Sales, comme un trait envenimé qu'on trempe dans l'huile, afin qu'il passe plus avant.
6. Enfin, un geste, un souris, un mais^ un coup de tête, un petit air de mépris ou de dédain, un seul mot, en parlant d'autrui sufiisent pour en faire penser plus qu'on ne voudrait, et pour porter coup à sa réputation.
II. Le principe et le motif de la médisance n'est pas le même dans tous ; les uns médisent par malice, par haine, par envie, par vengeance, par ressentiment et avec dessein de nuire au prochain ; les autres par indiscrétion, par légèreté d'esprit et par une facilité de dire tout ce qu'ils savent. Quoique les premiers soient les plus criminels, les seconds ne sont pas san& péché, puisqu'ils flétrissent également la réputation d'autrui.
Il faut cependant remarquer que ce n'est pas médisance de découvrir un vice ou un défaut d'autrui^ lorsque c'est pour le bien de l'état, pour l'honneur de la religion, pour l'édification des autres, ou pour l'avantage de celui de qui on parle, ou pour empêcher qu'il ne nuise à d'autres, pourvu qu'on n'en parle qu'à des personnes prudentes, qui puissent y apporter du remède ; c'est même charité d'en parler de la sorte^ et quelquefois il y a obligation. Ce serait une charité scrupuleuse et mal réglée que de ménager mal à