DE LA MEDISANCE ET DE LA CALOMNIE
propos la réputation d'un homme de mauvaise foi et d^un scélérat^ lorsqu'elle est préjudiciable au public.
m. Si la médisance est légère, et de peu de conséquence, elle n'est que péché véniel 5 mais la médisance, en matière de conséquence, est un péché considérable. Vous jugerez de son énormité par les vertus qu'elle combat ; elle est contraire à la justice, à la charité, à la prudence, et à l'humilité.
1. La médisance est un péché dHnjustke^ parceque la justice et la raison défendent de faire tort aux autres. Ory ne faites-vous pas tort à ceux qui vous écoutent médire, puisque vous les scandalisez, s'ils consentent à votre médisance ? Ne faites-vous pas tort à la personne de qui vous parlez, puisque vous lui ôtez sa réputation ? Quoiqu'elle ait fait une faute, et qu'elle ait plusieurs défauts, elle ne laisse pas d'avoir droit à sa réputation ; et lorsque parla médisance vous lui ôtez cette réputation, vous lui faites plus de tort que si vous lui enleviez une partie de son bien, puisque la réputation^ selon la parole du Sage, est un bien plus précieux que les richesses ; d'oii il suit que la médisance est de soi, toute proportion gardé, un plus grand péché que le larcin.
2. Le médisant ne blesse pas seulement la justice, il blesse encore la plus nécessaire de toutes les vertus, qui est la Charité, parcequ'il fait aux autres ce qu'il ne voudrait pas raisonablement qu'on lui fît. Jugez-en par vous même : vous vous offensez, et vous êtes piqué jusqu'au vif lorsqu'on parle mal de
VOUS ; pourquoi donc parlez vous mal des autres ? Sont-ils moins sensibles que vous à leur réputation ? Une parole qu'on aura dite sur votre compte vous afflige et vous irrite ; et vous comptez pour rien cent paroles que vous dites sur le compte d'autrui ; n'est-ce pas une marque que vous n'aimez que vous-même, que vous n'avez ni amour, ni charité pour les autres ; et que l'envie, le ressentiment ou la prévention vous aveuglent ?
3. Le médisant est un homme sans prudence^ c'est un indiscret qui ne peut modérer sa langue, qui parle de tout sans discernement et qui n'épargne personne. Ses paroles sont comme autant de flèches qu'il lance au hasard, sans prévoir les coups qu'il porte. Tel est le caractère de ces parleurs insupportables, de ces femmes babillardes qui répandent des torrents de paroles, où souvent il n'y a pas une goutte de bon Sens. Les jeunes gens sujets à ce vice causeront un jour de grands maux, s'ils ne se corrigent.
4. Le médisant est un homme sans humilité : c'est un orgueilleux qui ne parle ordinairement des autres que pour les mépriser et pour se faire valoir, et qui s'imagine ne faire paraître son esprit ou son innocence, qu'en abaissant les autres. C'est un présomptueux aveugle, qui s'estime plus que tous et qui ne voit pas ce qu'il est lui-même. 0 médisant î pourquoi vous oubliez-vous ? ouvrez les yeux sur vousmême. Ne vous souvenez-vous donc pas de ce que vous êtes ? Etes-vous innocent; vous qui parlez dos