‹ Instructions chrétiennes pour les jeunes gensChapitre 19 sur 58 · DE LA MEDISANCE ET DE LA CALOMNIE · texte numérisé non relu

DE LA MEDISANCE ET DE LA CALOMNIE

a\itres avec si peu de ménagement? Savez-vous qu'en noircissant les autres vous vous flétrissez vousmême ? Ne remarque-t-on pas en efl'et tous les jours qu'il n'y a personne qui ait plus de défauts que ceux qui aiment à parler de ceux d'autrui ? L'orgueil, qui vous aveugle, vous empêche de voir qu'il y a peutêtre plus à critiquer et à reprendre sur votre compte et sur celui de votre famille, que sur le compte de ceux que vous diffamez. Pensez à vos désordres et à vos défauts, et ne parlez pas de ceux des autres.

IV. La médisance est plus ou moins griève selon la qualité, la proximité, la dignité des personnes de qui l'on parle. C'est par conséquent un plus grand péché de faire connaître les défauts et les vices de ses supérieurs, de son père et de sa mère ; de ses beaux-pères et belles-mères, ou de sa belle-fille, de sa femme et de son mari, de ses frères et des autres parents. Je dis que d'en parler mal est un plus grand péché que de parler mal des autres, parceque nous devons avoir p'us de charité pour eux que pour des étrangers. Si on en parle pour demander quelques avis salutaires, ou pour donner un conseil prudent^, dans ce cas ce n'est pas une médisance.

Rien de plus ordinaire dans le monde que de voir des gens se donner la liberté de parler mal de leurs supérieurs, de leurs pasteurs, des personnes consacreés à Dieu, des religieux, des évêques, des juges, des princes et des rois, et même des souverains pontifes Où est la religion et la charité ? Ne sait-on pas que

de telles médisances sont bien plus énormes que celles qu'on fait d'une personne sans caractère ? N^est-H pas écrite dit St. Paul, Vous ne parlerez point mal des puissances ?Le Saint-Esprit ne nous ordonne-t-il pas, par la bouche du Sage, d'avoir tant de respect pour les rois, qu'il n'est pas même permis d'en penser mal dans son cœur ; et d'avoir tant de vénération pour les personnes consacrées à Dieu, et pour les prêtres, qu'en nous avertissant de baisser la tête devant les grands du monde^ il nous ordonne d^abaisser notre ame devant les prêtres ?

V. La calomnie est de toutes les détractions la plus énorme ; c'est le vice de celui qui accuse faussement, et qui impute aux autres ce qu'ils n'ont pas fait. Il faut avoir l'ame bien basse et bien noire pour se venger ainsi par l'imposture et le mensonge. Quel criminel plaisir de noircir les autres par une satisfaction si maligne et si cruelle !

SUITS: Ï>U CHAIPTRE XT.

(Sur le même sujet.) De la médisance et des jugements téméraires. I. La médisance et la calomnie, quoique abominables devant Dieu, ne laissent pas d'être des vices très-communs.

1. Parmi les plaideurs, qui pou| l'ordinaire ne pensent jamais bien l'un de l'autre, et, par un aveuglement déplorable, se déchirent par la médisance.

MEDISANCE Et JUGEMENTS TEMERAIRES. 95

0 chrétiens ! où est votre religion ? Eh quoi î uH procès vous donne-t-il droit de violer toutes les lois de la charité ? Ne savez-vous pas que, selon le précepte de Jésus-Christ, vous devez aimer votre prochain comme vous-même, par conséquent, plus que vos biens ? que, quoiqu'il vous ait fait tort, il I n'en est pas moins votre prochain ; et que vous devez ménager sa réputation comme Vous voudriez qu'on ménageât la vôtre ? Si on vous fait tort, il vous est permis de demander une réparation par des voies légitimes ; mais il ne vous est pas permis de vous venger par votre langue.

2. La médisance règne encore parmi les ennemis et chez les envieux. Tous les jours vous dites que vous ne voulez point de mal à cette personne ; pourquoi donc en parlez-vous désavantageusement ? N'est-ce pas lui vouloir du mal, que de lui en faire ? A moins que vous ne lui étiez la vie et les biens, pouvez-vous lui faire plus de mal que de lui ôter sa réputation ? Ne savez-vous pas qu'un coup de langue est souvent plus funeste qu'un coup d'épée ?

3. Médisances dans les compagnies, où l'on ne se divertit qu'aux dépens de la réputation d'autiui ; médisances dans les familles, où pour l'ordinaire l'on ne s'entretient que de la conduite et des affaires des autres. Une personne pense-t-elle à s'établir, à se marier, à prendre un emploi; aussitôt l'envie se déchaîne 5 par les médisances d'une langue flatteuse, ou par un faux zèle, on fait échouer les entreprises

d'une personne innocente, et perdre sa fortune Quelle malignité!

4. Enfin la médisance est ordinaire entre les amis. Je n'ai rien, dit-on, de caché pour mes amis : tant pis, cette maxime est très-blâmable. Vous devez cacher à un ami ce que vous ne pouvez lui découvrir sans offenser Dieu. Ce n'est pas aimer une personne que de lui dire ce qu'elle ne doit pas savoir et ce qu'elle ne peut écouter sans crime ou sans danger.

II. Les jugements téméraires et les jugements faux ne sont pas moins injurieux au prochain que la médisance : ils en sont même la source. On parle mal d'autrui, parcequ'on en juge mal. Quoique vous voyez quelque chose de mauvais ou de choquant dans la conduite, dans les paroles et dans l'humeur d'une personne, ne jugez pas pour cela de son intérieur; elle est peut-être devant Dieu plus innocente que vous. Vous voyez un fétu dans l'œil de votre frère, et vous en jugez ; tandis que vous ne voyez pas une poutre qui crève le vôtre. On juge les autres sur des bagatelles et sur de légères apparences tandis qu'on se pardonne à soi-même de grands vices et des fautes grossières.

Lorsqu'on fait contre vous quelque rapport désavantageux, lorsque vous avez fait quelque perte, lorsqu'on vous fait tort, si vous n'en connaissez pas les auteurs, ne vous en informez pas, et ne jugez personne, crainte de vous tromper : mais abandonnez le

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