MEDISANCE ET JUGEMENTS TEMERAIRES
tout à la providence de Dieu. Quand on perd, il faut perdre en chrétien, et ne pas inquiéter son esprit par des recherches inutiles^ ni le souiller par des jugements téméraires.
Si quelque accident fâcheux est arrivé à votre personne, à vos parents, à votre bétai!, gardez-vous bien, sur de simples soupçons, ou sur des bruits vagues et publics, de juger que Paccident est arrivé par la malice de quelque ennemi, ou qu'un tel vous adonné un sort par quelque maléfice : de pareils jugements mal fondés sont des crimes. Les pères et mères qui jugent et qui parlent de la sorte devant leurs enfants sont très-coupables 5 et les enfants qui les croient ne sont pas innocents. Combien d'honnêtes familles et de gens irréprochables, accusés de sortilèges, de calomnies et déshonorés par la légèreté des langues indiscrètes !
III. Lorsque la médisance est de conséquence, il ne suffit pas de s'en accuser en confession, il faut encore la réparer, et rétablir la réputation qu'on a flétrie. Si vous avez découvert à quelques personnes qui ne le savent pas, un vice secret d'autrui, vous devez tâcher d'effacer les mauvaises impressicns que vous leur avez inspirées, et leur dire, par exemple : " de ne point ajouter foi à tout ce qu'on " dit d'un tel ; qu'on en dit plus qu'il en e'st ; que " tous les jours on se trompe à parler mal des autres ; " et que vous-même avez fait tort à cette personne " d'en parler."
Si ce que vous avez dit contre le prochain est faux, vous êtes absolument obligé de vous dédire et de détromper les personnes à qui vous Pavez dit : vous devez même, toute proportion gardée, réparer la réputation d'autrui aux dépens de la vôtre, et ne point rougir, s'il le faut, de vous faire passer pour un menteur et un imposteur. Vous devez aussi réparer le tort et les dommages que vous avez causés par vos médisances. Si la personne offensée vous décharge de toute réparation, et qu'elle le puisse, vous en serez déchargé ; de même si la personne diffamée vous avait ôté votre réputation aussi injustement et aussi grièvement que vous lui avez ôté la sienne, vous seriez pareillement dispensé de réparation à son égard : vous auriez cependant, tous les deux, commis un énorme péché de vous diffamer l'un l'autre.
IV. N'écoutez pas la médisance ; car si le médisant est coupable, celui qui l'écoute avec plaisir, ne l'est pas moins : le premier a le démon sur la langue^ dit St. Bernard, et Vautre dans Voreïlle. Faites taire le médisant, s'il est votre inférieur ou votre égal ; et s'il est au-dessus de vous, ne prenez pas plaisir à ses discours. Oubliez le mal qu'on vous a dit des autres, et n'y pensez plus. Si vous avez entendu une parole contre le prochain^ dit le Sage, faites la mourir en vous^ c'est-à-dire, qu'elle n'aille pas plus loin.
On doit se défier d'un médisant, et rarement