MEDISANCE ET JUGEMENTS TEMERAIRES
ajouter foi à ses discours ; le Saint-Esprit nous avertit, que celui qui croit facilement tout ce qu^on lui dit^ est un esprit volage et léger. Le médisant est souvent un menteur, qui dit plus qu'il n'en est, ou parcequ'il est trompé, ou parcequ'il est prévenu contre ceux de qui il parle.
On ne doit même pas toujours ajouter foi à des bruits publics, parceque le public se prévient aisément, et juge souvent faux ; combien de gens diffamés et noircis dans le public, qui devant Dieu sont très-innocents ! Il ne faut que deux ou trois langues envenimées, pour décrier le plus honnête homm-e et flétrir une communauté. Oh ! que la malignité du cœur humain est grande î Entend-on dire du bien d'une personne, on ne veut pas le croire, ou bien on l'interprète mal. Entend- on dire du mal, on le croit aussitôt, et on l'augmente. Effets de la malice du cœur ! Effets d'autant plus déplorables, qu'on y pense moins, et que bien des gens, qui passent pour spirituels et vertueux, n'y font presque point de réflexions.
V. Lorsqu'on a noirci votre réputation, et qu'on vous a diffamé, rentrez aussitôt en vous-même et examinez-vous. Si vous n'êtes pas innocents, si vous avez donné occasion à la médisance par votre conduite, rendez-vous justice, et dites : Je le mérite^ Si vous êtes innocent et faussement accusé, souffrez, avec patience cette injure ; Dieu fera paraître un jour votre innocence. Jésus-Christ était plus inno-
cent que vous ; 11 n'a pas laissé d'être calomnîeusement accusé. Si néanmoins vous avez des raisons légitimes de demander en certains cas une réparation, ne vous y déterminez pas de vous-même : consultez des personnes modérées, désintéressées, ou un confesseur prudent, et suivez leurs conseils.
Profitez, jeunes gens, de tout ce que nous avons dit dans ces deux chapitres ; soyez toujours trèsréservés quand il faut parler d'autrui ; dites le bien que vous savez des autres, et cachez leurs défauts. On risque rarement quand on prend le parti de se taire ; et on risque toujours de trop parler : vous comprendrez un jour l'importance de cet avis.
Des querelles, des injures^ des rapports, des reproches, et des railleries.
1. C'est la marque d'un mauvais esprit que d'être d'une humeur querelleuse ; parceque les paroles injurieuses et les querelles partent d'un mauvais principe, et sont la source de plusieurs grands désordres. Elles divisent les amis, brouillent les parents,troublent la paix du cœur, y poitent la haine et l'esprit de vengeance, et produisent souvent la ruine des familles. Elles sont comme un feu qu'il est facile d'allumer, mais qu'il est dirficile d'éteindre. On ne voit que trop tous les jours de grandes disgrâces et de grands malheurs arrivés à l'occasion d'une que-