QUERELLES ET RAILLERIES
relie et de quelques paroles échappées dans la chaleur d'une dispute.
2. Les querelles et les injures sont indignes d'un esprit raisonnable. Pourquoi se querelle-t-on ? pour des bagatelles ; pour un rapport que l'on a cru trop légèrement ; pour une parole échappée au hasard, pour une perte de peu de conséquence. Oh ! quelle folie ! pour si peu de chose rompre la paix, blesser la charité, perdre son ame, et scandaliser ses frères ! Quel contentement peut-on avoir en vivant avec des gens qui, pour des minuties et des riens, et souvent sans savoir pourquoi, se fâchent, s'irritent, se querellent, et s'emportent comme des lions ?
JMais après tout, une querelle, une injure, réparent-elles le mal ou le tort qu'on vous a fait? Quelle utilité et quel plaisir retirez-vous de ces emportements et de ces disputes scandaleuses? S'emporter de la sorte sans modération, rendre injure pour injure, et reproche pour reproche, c'est avoir peu de sens et de raison ; c'est laver une tache avec de l'encre ; c'est d'un mal en faire deux, et pour une faute légère en faire souvent une mortelle. Un peu de silence, un moment de patience en ces occasions, arrêteraient de grands maux, et tout serait en paix.
3. Les querelles enfin sont indignes du chrétien, parce qu'un chrétien doit avoir les sentinfents de Jésus-Christ, qui est le Dieu de la paix et de la charité, qui ne s'est jamais plaint, qui n'a jamais
querellé, et n'a jamais fait de peine à personne. Le vrai chrétien, à l'exemple de ce divin maître, ne sait ce que c'est que de dire des outrages et des paroles piquantes à ceux qui l'insultent. Bénissez ceux qui vous persécutent^ dit St. Paul ; bénissez-les et ne les maudissez point» Ne rendez à personne le mal pour le mal. Ne vous vengez points mais laissez passer la colère, et ne vous laissez pas vaincre par le mal.
0 chrétien 1 que devenez-vous, lorsque vous vous livrez à des excès de colère et.de fureur? Etesvous des hommes ? Etes-vous des chrétiens ? ou plutôt n'êtes vous pas des monstres, des bêtes féroces et intraitables ? Vous avez une loi de douceur et de paix, et vous vous déchirez par des paroles d'aigreur, et par de mordantes satires. Ne vous souvenez-vous plus que vous êtes tous les enfans de Dieu et les membres de Jésus-Christ ?
IL Prenez garde, jeunes gensjà un autre genre de péché très-pernicieux ; ce sont les rapports faux et indiscrets. " Il y a des personnes, dit St. Paul, qui <^ sont oisives, curieuses, babillardes, qui s'informent
de tout, qui rapportent tout, qui disent tout." Ces sortes de gens sont la peste de la société ; sous des paroles de flatterie, il font couler le fiel de la discorde* De tels discours et de tels rapports, quoiqu'ils soient vrais, s'ils sont faits par jalousie ou par haine, ou pour exciter la discorde et les querelles, sont de grands crimes. " Il y a six choses, dit
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le Sage, que Dieu hait ; mais il y en a une sept-
ième que Dieu déteste ; c'est celui qui sème la " discorde entre les frères et les amis. Les flatteurs <^ et ceux qui font naitre les querelles, dit encore le
Sage, sont maudits de Dieu, parcequ'ils troublent
ceux qui sont en paix."
Il n'appartient qu'aux méchantes langues et aux mauvais esprits de mettre la division parmi les hommes. J.-C. nous enseigne que les pacifiques sont appelés enfants de Dieu. Si les ames pacifiques, c'est-à-dire ceux qui entretiennent la paix et l'amitié entre les hommes, sont les enfants de Dieu, il faut conclure, dit saint George, que ceux qui la troublent, sont les enfants de Satan.
Evitez et n'écoutez point ces sortes de personnes, qui par leurs discours flatteurs et leurs rapports vous apprennent d'autrui ce que vous ne devez point savoir, et ne les croyez point. Si vous-même avez excité par votre imprudence, ou par votre malice, quelque refroidissement ou quelque inimitié entre les autres vous êtes obligé d'en prévenir les suites et de tâcher de réconcilier ceux que vous avez brouillés.
III. Les reproches sont un autre piège du démon contre lequel on doit se précautionner. Il y a trois sortes de reproches. 1. Reprocher à une personne ses défauts naturels, sa difformité, la basse extraction de sa famille, les fautes de ses parents, de ses ancêtres, c'est la marque d'une ame sans charité, d'un esprit grossier et mal-élevé. 2. Reprocher à une personne
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les services qu'on lui a rendus, c'est avoir peu d'éducation, et manquer aux premiers principes de l'honnêteté. 3. Reprocher à une personne les fautes et les crimes qu'elle a commis, c'est quelquefois un bien, d'autres fois un mal. Si vous avez droit de la reprendre, et que vous lui reprochiez ses fautes avec prudence pour la corriger, c'est un acte de charité ; mais si vous lui reprochez ses fautes par dépit au. colère, par vengeance, par mauvaise humeur, c'est un mal, et quelquefois un grand mal. Si vous lui reprochez des fautes considérables devant des personnes qui ne le savaient pas, c'est un outrage que vous lui faites, et un crime qui a de fâcheuses suites ; car vous êtes obligé en ce cas de réparer devant ces personnes la réputation de celui que vous avez flétri en leur présence,
IV. Enfin les railleries sont encore un écueil dangereux. Il y a des esprits badins et moqueurs, qui tournent tout en ridicule et en raillerie. Ce» sortes de railleurs ont peu d'amis, parceque la fréquente raillerie est la plaie de l'amitié. Tel entend raillerie et y répond avec esprit, qui ne l'aime pas, parceque personne ne prend plaisir à être moqué.
Toutes les railleries cependant ne sont pas péché. La raillerie qui se dit pour une bonne fin, par manière d'avis ou d'une charitable correction, ou pour égayer une honnête compagnie par un bon mot qui ne peut choquer personne, ni faire peine à un esprit raisonnable, n'est point péché. Mais si la raillerie