FAUTES DANS LES TEKTATIQNS
" En ce déplorable état, je me jetais aux pieds de Jésus-Christ., je les arrosais de mes larmes, et je surmontais les rébellions de la chair par des absti- *f nences de plusieurs semaines; et il m'est arrivé " souvent de passer des jours et des nuits entières à " crier et à implorer l'assistance du ciel, ne cessant " de prier et de frapper ma poitrine, que je n'eusse " vu la tentation et la tempête passées, et que Dieu " par sa grâce ne m'eût rendu le repos et la tranquillité," Apprenez de là, jeunes gens, comme il faut combattre les tentations, et écoutez encore ce qui suit:
" Et Dieu m'en est témoin, poursuit~il, après avoir répandu beaucoup de larmes, après avoir prié long-temps les yeux levés au ciel, enfin je " sentais un si doux repos dans l'ame, que souvent il me semblait que j'étais en la compagnie des anges."
Oh ! quel exemple pour vous animer à résister aux tentations I 11 vous apprend trois choses: 1, Que vous ne devez pas vous étonn.er de vous voir tenté, puisque ce grand saint, nonobstant ses mortifications, asoufiert des tentations si violentes. 2. II vous apprend comme il faut combattre les tentations, savoir: par la mortification, par la retraite, par les gémissements, et par la prière humble et constante. En troisième lieu, il vous apprend la joie et la consolation que Dieu donne à ceux qui ont résisté à la tentation avec courage et avec persévérance.
Quelles maximes les chrétiens doivent suivre dans la jeunesse^ et en tout temps.
Prenez garde de vous laisser séduire l'esprit par des maximes contraires à celles du salut.
" Vous verrez dans Babylone, disait le prophète Jérémie aux JuifS; des idoles d'or et d'argent, qu'on porte pour inspirer la terreur aux hommes : "prenez garde de les adorer avec les autres. Quand "vous verrez qu'on les adore de toute part, dites en "votre cœur: 0 Seigneur ! c'est vous seul qu'il; " faut adorer."
Je vous dis de même : Vous verrez dans le monde des hommes qui adorent des idoles, c'est-àdire, les plaisirs, les richesses, les vanités, la chair et la volupté. Vous verrez le vice honoré, la vertu raillée, la religion même méprisée : vous entendrez: les maximes que le démon y a introduites ; malheur à vous, si vous vous laissez séduire par l'exemple de^' la multitude.
Ayez toujours devant les yeux les maximes de J. C. et les vérités éternelles. Le monde ne veut pas les connaître, ces grandes vérités ; mais elles ne changeront pas pour cela. C'est sur ces maximes et sur ces vérités saintes que vous serez jugé. Pensez-y, imprimez-les dans votre esprit , ayez-y recours contre les exemples du monde, et qu'elles vous ser-
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Vent de règle pour votre conduite. Voici les plus importantes que je vous exhorte de lire souvent.
Le péché est le plus grand de tous les maux.
La pieus3 reine Blanche, mère de saint Louis, roi de France, lui disait souvent lorsqu'il était jeune : " Mon filsj je vous aime avec tendresse, néanmoins " j'aimerais mieux vous voir mort à mes pieds, que
de vous voir commettre un seul péché mortel."
Craignez le péché plus que tous les maux de cette vie : craignez même les petits péchés, parcequ'un petit péché est toujours un grand malheur. Tout péché offense et afflige Dieu.
Il est vrai que le péché véniel ne nous rend pas ennemis de Dieu, mais il affaiblit en nous son amour. Il n'ôte pas la grâce sanctifiante, mais il nous dispose à la perdre.
Le Saint-Esprit nous avertit que celui qui méprise les petites choses," c'est-à-dire, les plus légères, " tombera peu à peu dans les plus grandes." Corrigez-vous donc, autant que vous pourrez, des petites fautes ; et vous n'en commettrez jamais de grandes.
Il faut penser souvent aux fins dernières. Un moyen efficace que le Saint-Esprit nous donne
poQT éviter le péché, c'est de penser sérieusement À nos dernières fins : " en toutes vos actions, souvenezvous de vos dernières fins, et vous ne pécherez jamais." Ces fins dernières sont la mort, qui sera le terme de votre vie ; le jugement, qui en sera la décision ; le paradis qui en sera la récompense, ou l'enfer, qui en sera le châtiment. (
Dites-donc souvent dans votre cœur : 1. Je dois, mourir, et peut-être bientôt. Que penserai-je de mes péchés au moment de la mort ? Que penserai-je de mes plaisirs honteux, de mes attaches criminelles ' aux créatures et aux biens de la terre, de ma vanité et de mon orgueil ? Que voudrais-je alors avoir fait? Ah ! qu'il est consolant au lit de la mort d'avoir passé sa jeunesse et sa vie dans l'innocence et dans la crainte de Dieu !
2. Je dois un jour être jugé par un juge terrible qui me voit, qui m'observe, qui me fera rendre compte de ma jeunesse, et de tous les instants de ma vie. Que lui répondrai-je lorsqu'il me demandera compte du temps que j'ai perdu, de tant d'instructions et de lumières dont j'ai abusé, de tant de jours passés dans le jeu et dans la débauche, dans la paresse et dans l'impureté, dans la galanterie et dans la désobéissance ; de tant d'heures employées à parer mon corps et à le satisfaire, de tant d'injustices et de larcins, de tant de rancunes et de jurements ? Hélas ! que penserai-je de tout cela au jugement de Dieu.
MAXIMES CHRETIENNES
3. Il y a dans le ciel une place qui m'est préparée^ mais la gagnerai-je en vivant sans amour de Dieu et sans charité pour le prochain, sans patience et sans mortification ; en vivant sans piété et sans pudeur 1 A quoi penserai-je sur la terre, si je ne pense pas à vivre saintement, et à gagner le ciel ? Si je le perds, tout sera perdu pour moi.
4. Après cette vie, qui finira bientôt pour moi, il y a une éternité qui ne finira jamais. Mais hélas l où sera ma demeure dans cette éternité ? Si elle est dans le ciel, ce sera pour jamais.
Si je ne suis pas encore dans Penfer, c'est à Dieu seul que j'en suis redevable. Combien de fois l'ai -je mérité ? Combien d'ames y sont condamnées, qui brûlent, qui souffrent des tourments horribles, qui poussent des cris de rage dans le désespoir, et qui pleurent pour un péché mortel, tandis que je n'y suis pas encore, après avoir commis des péchés sans nombre ! Mon Dieu ! que deviendrai-je, si je ne me convertis pas ?
Pensez à ces vérités, mon fils, et vous vous sauverez. Laissez faire les insensés, laissez rire les mondains, laissez parler et railler les libertins ; leur jour viendra, ou plutôt, viendra le jour de Dieu qui les surprendra.
La règle de mes actions doit être la loi de Dieu, l'exem* pie et la doctrine de Jésus-Christ, et non pas le monde.
C'est une maxime dans le siècle qu'il faut faire
comme les autres. On allègue pour raison de sa con-» duite, " que le monde agit ainsi^ que c'est la cou- " tume, que c'est la mode de vivre comme les autres " vivent." Cette maxime est fausse et pernicieuse. Le monde ne doit pas être notre règle, mais Dieu seul. Le monde est rempli d'erreurs, et nous trompe tous les jours sur l'affaire du salut. Dieu est la vér rite même : il ne peut nous tromper. 11 nous a donné sa loi pour nous conduire, son église pour nous enseigner, la doctrine et les exemples de J. C. et des saints pour nous éclairer. Voilà la règle et l'unique règle que nous devons suivre. " Nous ne nous égarerons jamais, dit St. Jérôme, en suivant celui qui a dit qu'il est la voie, la vérité, et la vie. Celui " qui suit la loi ne se trompe point, et il se sauve, " Celui qui suit une autre règle s'égare et se perd.'^
EXEMPLE
Dans le quatrième siècle, un jeune homme nommé Dositée, d'une naissance noble et illustre, nous montre par son exemple de quoi est capable une ame remplie des grandes maximes de la religion et du salut. Il fut confié dès son enfance à un grand seigneur qui l'éleva parmi les pages. Dositée ne laissa pas de conserver son innocence parmi les dangers de la cour. Ayant entendu parler de Jérusalem, il demanda permission d'y faire un voyage. Il vit au bourg de Gethsémanie un tableau de l'enfer, et fut saisi d'horreur en voyant tout ce qui était représenté dans tableau. Comme il n'y comprenait rien, il de-ï
MAXIMES CHRETIENNES
tnanda à une dame vénérable qui se trouva auprès de lui, qui étaient ces malheureux à qui on faisait souffrir de si grands supplices ? Ce sont, lili répondit cette dame, les réprouvés que Dieu punit parles flammes pour avoir négligé les moyens de se sauver. Dositée lui demanda ce qu'il fallait faire poui se sauver et pour n'être point du nombre de ces misérables. " Mortifiez-vous et priez," lui dit-elle ; et ensuite il ne la vit plus.
Le jeune Dositée, dès ce même jour, embrassa la pénitence, et passa une grande partie du temps à la prière. Un jeune seigneur qui l'avait accompagné dans son voyage, surpris de ce changement, lui dit qu'une vie de mortifications et de prières ne convenait point à un jeune homme comme lui, et qu'elle n'était propre qu'à des solitaires. Dositée connut le piège que le démon lui tendait par l'organe de ce jeune seigneur, et craignant d'échapper le moment de la grâce qui l'éclairait, il s'informa secrètement comment vivaient les solitaires, et où il en trouverait. On le conduisit à un fameux monastère, et il fut présenté à l'abbé qui donna commission à St. Dorothée d'examiner la vocation de ce jeune homme.
Saint Dorothée lui ayant demandé pourquoi il voulait embrasser la vie solitaire : Mon père, répondit Dositée, c'est parcoque je veux me sauver, quoiqu'il m'en coûte.
— Eh ! ne pouvez-vous pas, lui dit le saint, vous^
sauver dans le monde? — Je le pourrais, répondit Dositée, mais je crains d'y périr. Tout y est écueil,. occasion et danger ; à peine Dieu y est-il connu ; je connais ma faiblesse ; j'aime mieux quitter le monde, que d'être exposé à me perdre. Je ne veuX; rien risquer dans une affaire de cette importance : je veux me sauver, quoiqu'il m'en coûte.
— Mais, lui dit St. Dorothée, que pensera-t-on. de vous à la cour de l'empereur, et quelles railleries ne fera-t-on pas de votre changement? — Je me soucie peu des discours du monde, reprit le jeune homme : je veux me sauver : tout le reste m'est indifférent.— Mais quoi, lui dit encore saint Dorothée, aurez-vous donc ce courage de quitter pour toujours des amis et des parents qui vous aiment avec tendresse ? — Je les quitterai, répondit-il, parceque mon ame et mon Dieu me sont plus chers que tout l'univers. — Mais, mon cher ami, répliqua saint St. Dorothée, vous êtes jeune, vous avez été élevé dans les délices de la cour, pourrez-vous supporter les austérités de la vie solitaire ? — Mon cher père, répondit Dositée, avec une fermeté au-dessus de son âge, je le ferai, non seulement pendant une année, mais toute ma vie ( car, après tout, ma vie, quelque longue qu'elle puisse être, ne sera jamais si longue que l'éternité. ) Je ferai même plus que tout cela s'il le faut, parce que je veux me sauver, quoiqu'il m'en coûte.
— Allez, mon fils, lui dit le saint en l'embrassant
DU BAPTEME.
tendrement, Dieu bénira votre dessein. — Il assura ensuite l'Abbé que la vocation de Dositée venait indubitablement du ciel. St. Dorothée prit soin de la conduite de ce jeune homme, qui, par son obéissance et sa docilité, devint le modèle des solitaires. Oh ! que l'exemple de ce noble Seigneur est bien capable de vous confondre. Si vous ne pouvez, comme Dositée, vivre en solitaire, vivez au moins en chrétien. Ce saint jeune homme ne prit point les coutumes du inonde pour règle de sa conduite, mais la loi de Dieu. N'ayez point vous même d'autre règle, et dites souvent commes Dositée : — Je ne suis en ce monde que pour faire mon salut : "je veux donc me sauver, quoiqu'il m'en coûte.''