CHAPITRE JrjrJCTIII
Du respect qu'on doit avoir dans l'église, de la messe, et de la manière de l'entendre.
1. Nos Eglises sont la maison de Dieu, et sa demeure parmi les hommes. On n'entre qu'en tremblant dans le palais des rois; on ose même à^peine
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y parler sans nécessité. Dans quel respect ne devez-vous donc pas être dans la maison de Dieu ! Quel crime ne commettent pas ceux qui la profanent par des contenances mondaines, par des ris scandaleux, par des regards curieux et criminels ; qui n'y viennent que pour parler, pour se faire voir et dissiper les autres ? De telles profanations, dit St. Jean-Chrysostôme, mérite que la foudre écrase ces impies, qui osent insulter à Dieu même jusque dans sa maison.
Tout ce que vous voyez dans l'Eglise inspire la sainteté et la vénération. L'eau bénite doit vous faire souvenir qu'en entrant dans l'église vous devez tâcher de purifier votre arae, et prier le seigneur de la laver de ses souillures. Les confessionnaux vous avertissent que le lieu saint est un lieu d'expiation, où vous ne devriez entrer que pour pleurer vos crimes. Les tombes vous font souvenir des défunts qui vous ont précédé, et qui vous demandent dans ce saint lieu le secours de vos prières. Les tableaux des saints vous font souvenir de ces grands serviteurs de Dieu, qui louent le Très-Haut dans le ciel après l'avoir servi et loué sur la terre. Le sacré tabernacle vous fait souvenir que J.-C. y est comme dans son trône, qu'il est votre Dieu et votre juge.
Comment osez vous vous dissiper à la vue de tant d'objets si saints ? Quelle honte de voir que les païens et les Turcs ont plus de respect dans leurs temples, que les chrétiens n'en ont dans les églises
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du vrai Dieu! On ne connaît qu'une personne a de la religion et de la vertu, que lorsqu'elle est respectueuse et modeste à l'église. On peut dire au coq. traire que ceux qui y sont sans respect sont des impies, qu'ils ont peu Je religion et peu de foi.
II. C'est surtout pendant la sainte Messe qu'on doit être pénétré de respect dans le lieu saint. La Messe est de tous les actes de religion le plus auguste et le plus saint. C'est un sacrifice où J.-C. s'immole à son Père. C'est le même sacrifice du corps et du sang du Rédempteur, qui a été offert sur le calvaire, avec cette différence que le sacrifice offert sur la croix fut sanglant, et que celui de la Messe ne l'est pas. Vous devez donc assister à la sainte Messe comme vous eussiez assisté avec la sainte Vierge sur le calvaire à la mort de J.-C. Vous devez unir vos dispositions à celles qu'avait cette sainte Mère, lorsqu'on sacrifiait son Fils, et mêler vos adorations avec celles des anges qui adorent ce Dieu immolé sur l'autel ; ou plutôt vous devez unir vos intentions à celles de J.-C. même, et vous sacrifier intérieurement pour celui qui se sacrifie pour vous.
Or J.-C. offre sur l'autel le sacrifice de son corps et de son sang pour quatre fins* 1. Pour rendre hommage à Dieu son Père, et c'est pour cela que la Messe est un sacrifice d'holocauste. 2. J.-C. s'offre à la Messe en sacrifice pour demander pardon à son Père pour nous, et c'est pour cela que la Messe est
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appelée un sacrifice " Propitiatoire." 3. J.-C. offre ce sacrifice adorable pour demander à son Père les grâces qui nous sont nécessaires, c'est pourquoi il est appelé un sacrifice " Impétratoire." 4. Enfin il s'offre en sacrifice pour remercier Dieu son Père j pour nous de ses faveurs et de ses grâces, c'est pour I cela que la Messe est appelée un sacrifice "Eucharistique," c'est-à dire un sacrifice d'actions de grâces. Proposez-vous ces quatres fins, quand vous entendez la Messe.
III. Pour en venir à la pratique, voici la méthode que vous pouvez suivre :
1. Depuis le commencement de la Messe jusqu'à l'Evangile, humiliez-vous devant Dieu dans un profond respect. Couvert de confusion à la vue de vos péchés, vous lui demanderez humblement pardon, à l'exemple du Prêtre qui fait publiquement un aveu de ses fautes au pied de l'autel. Dites avec le Prêtre : J'avoue mes fautes, Seigneur, et j'implore votre miséricorde, parceque j'ai péché sans nombre par me pensées, par mes paroles, par mes actions, etc.
2. Depuis l'Evangile jusqu'à l'Elévation de la sainte hostie, entrez dans des sentimens de foi pour adorer la suprême Majesté du Très-Haut. A ces paroles du Prêtre : " Sufôtnn corda," élevez votre cœur et votre esprit jusqu'au trône de Dieu, pour adorer par J.-C. ses grandeurs, avec les anges et les dominations du ciel, quij'adorent sans cesse.
3. Depuis l'ElévatioQ jusqu'à la Communion du Prêtre, après vous être uni à J.-C. par la plus vive foi et par l'amour le plus ardent, demandez-lui par son sang qu'il offre sur l'autel, les grâces dont vous avez besoin. Priez-le avec instance 5 et pour vous, et pour les autres, pour vos parens, pour vos ennemis. Offrez-lui vos peines, vos croix, vos actions, votre cœur.
4. A la communion du Prêtre, faites la communion spirituelle, en désirant de vous unir à J.-C. Employez ensuite Je reste de la Messe à remercier le Seigneur de ses bienfaits. N'oubliez pas, en recevant la bénédiction du Prêtre, de demander en même temps à J.-C. sa bénédiction, avec la grâce de lui être fidèle pendant la journée.
Oh ! que de grâce ne recevriez-vous pas, si vous vous appliquiez à entendre la sainte Messe dans ces dispositions î Malheur à ceux qui assistent sans respect à un si saint et redoutable mystère, et qui profanent la maison de Dieu par leur dissipations et par leurs impiétés.
EXEMPLE
L'Ecriture Sainte nous apprend qu'Héliodore, un des premiers officiers du Roi d'Asie, entrant fièrement dans le temple de Jérusalem avec une troupe de soldats, ils tombère subitement parterre saisis de frayeur ; et qu'Hélioddr fut dans le même temps battu de verges si cruellement par deux anges, qu'ils l'aurait fait mourir sous les coups, si le Grand-Prêtre
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Onias, par ses prières n'eût intercédé pour lui. Oh î si Dieu par sa bonté ne l'empêchait! combien de fois les anges qui adorent J.-C. dans ses temples frapperaient-ils de nr ort tant d'impies qui y entrent avec dissipation, qui y sont sans respect, et qui y scandalisent les fidèles î " Dieu lui-même," dit St* <^ Paul, perdra un jour ces malheureux qui violenfe <^le temple du Seigneur."
AUTRE EXEMPLE
Le Sauveur n'a jamais fait éclater son zèle avec plus de force que contre les profanateurs de la Mai-son de Dieu. St. Ambroise, Evêque et Pasteur de la ville de Milan, fut animé de ce saint zèle lorsque voyant une Dame parée avec vanité entrer dans l'Eglise, il lui dit : " Où allez-vous ?" Je vais, répondit-elle, dans le temple du Seigneur. " On dirait bien plutôt, répliqua ie saint pasteur, que "vous allez à la danse ou au spectacle. Retirez^ "vous: allez pleurer vos péchés en secret, et ne
venez pas insulter publiquement à Dieu, jusque " dans sa maison, par votre faste et par votre va° "nité."
On ne devrait entrer à l'église qu'en tremblant^ pour pleurer ses fautes et y adorer Dieu. Le Seigneur avait commandé aux Juifs de n'entrer daM son temple qu'avec crainte : " Tremblez dans moïï " Sanctuaire." Et aujourd'hui on voit des jeuMâ gens, de fiers mondains, des filles volages, entfei
dans le lieu saint avec impudence pendant les divins Mystères. Oh ! mon Dieu quelle horreur !
De la dévotion à notre Seigneur Jésus-Christ, et de la visite du très-Saint Sacrement.
I. Le premier et principal objet de la religion c'est J.-C. parceque c'est par lui que nous devons rendre à Dieu nos hommages et parce qu'il est Dieu luimême. La dévotion à la Mère de Dieu^ aux anges, aux saints, est une dévotion sainte et nécessaire ; mais la dévotion à J.-C. est autant élevée au-dessus de toutes les autres dévotions, que Dieu est élevé au-dessus de toute pure créatare, parceque J.-C. étant Dieu, il mérite plus d'honneur, de respect, de confiance et d'amour, que la Sainte Vierge et que tous les Saints ensemble.
Outre la Communion et la sainte Messe, dont nous avons parlé ci-devant, n'oubliez pas un autre devoir que la religion doit vous inspirer envers J.-C. qui est de le visiter souvent dans l'auguste Sacrement de l'autel. On va en voyage visiter les reliques et les tombeaux des saints, et les lieux où la Mère de Dieu est spécialement honorée, pour obtenir quelques grâces du Ciel ; combien plus doit-on avoir d'empressement pour aller visiter J.-C. le saint des saints, et l'auteur de toutes les grâces ?
DE LA DEVOTION A JESUS-CHRlST. 217
Quelle honte pour des chrétiens, qu'un devoir sî saint et si légitime soit négligé ! Les palais des princes sont remplis de courtisans, et les églises, les palais de J.-C. tout désertés et abandonnés. Les rois sont environnés d'officiers et de gardes qui leur font hommage, et on laisse seul J.-C, le JRoi des rois. On voit dans la maison des juges une foule d'humbles supplians solliciter des affaires temporelles, et presque personne ne vient auprès de J.-C, le Juge Souverain, pour le supplier, et solliciter l'affaire du salut.
Que remporte-t-on de ses assiduités auprès des grands du monde et des seigneurs de la terre? On n'en remporte souvent que des rebuts, mais J.-C. ne rebute personne ; sa maison et son cœur sont ouverts à tous : il reçoit même avec bonté les grands pécheurs qui viennent s'humilier devant lui. " Ve- » " nez à moi,'^ dit-il, ^* vous tous qui êtes chargés,
et je vous soulagerai." Oh ! mon fils ! que de grâces, que de consolations, et que de force, ne recevriez-vous pas, si vous alliez souvent visiter ce divin Sauveur dans son sacrement d'amour ! Jamais vous ne sortiriez de sa présence sans recevoir quelques faveurs et quelques nouvelles grâces.
Allez tous les jours lui rendre vos respects, si vous le pouvez ; allez-y du moins les Dimanches et les fêtes. Pourriez-vous passer plus utilement ces saints jours, que d'en passer une partie aux pieds de votre Sauveur ? N'est-il pas juste d'aller, au moins
les Dimanches, pleurer devant lui les péchés que vous avez faits pendant la semaine, et de lui demander la grâce de passer plus saintement la semaine suivante ? Vous allez voir vos amis pour vous renouveler dans leur amitié, serais-ce trop d'aller une fois chaque semaine renouveler à J.-C. votre amour et votre attachement pour lui?
Allez surtout lui rendre vos hommage, et le visiter les jours que vous savez qu'il est grièvement offensé, dans les temps où il y a quelques scandales, quelque assemblées de débauche, de danses, et de libertinage. Serait-il possible que tandis que les mondains se livrent au crime et à la dissolution, J.-C. n'aura point de zélés serviteurs, ni de servantes hdèles, qui le dédommagent des outrages qu'on commet contre lui ? Puisque vous savez qu'il est offensé, représentez-vous qu'il vous dit ces paroles qu'il addressait à ses plus fidèles disciples ; Eh quoi ! voulez-vous
aussi m'abandonner comme les autres ?" Le Saint- Esprit fait l'éloge du jeune Tobie, qui ne se trouvait jamais dans les divertissemens puérils de la jeunesse, et qui allait au temple adorer son Dieu, pendant que les autres allaient dans les assemblées des impies.
II. Le démon fera ses efforts pour vous éloigner d'une si sainte pratique. Il vous inspirera qu'il faut faire comme les autres, que vous perdez le temps dans ces visites, que vous n'y av§z que des distractions et de l'ennui. Ah | mon fils, prenez garde d'écouter le tentateur.
i)E LA VISITE DU SAINT SACREMENT. 219
Ne VOUS rebutez pas quoique vous sentiez des sécheresse et de l'ennui dans les visites que vous faites à N. S. Persévérez avec courage ; ces visites saintes, qui vous paraissent si insipides et si longues, de-* viendront dans la suite douces et agréables. Si vous les continuez, vous éprouverez que les heures passées aux pieds de J.-C. ne vous sembleront que des moments et qu'elles seront pour vous une source de bénédictions et de grâces. Si vous n'avez pas le temps de faire de longues visites au St. Sacrement, faites-les courtes, mais efîectueuses et ferventes.
Allez surtout à J.-C. lorsque vous avez des chagrins, des embarras, des inquiétudes, des tentations extraordinaires, des affaires difficiles. Vous trouverez auprès de ce divin Sauveur des lumières, de la force, et de la consolation.
Les visites que vous, faites à J.-C. doivent être réglées par la prudence ou par l'obéissance. Ce n'est plus une dévotion louable, lorsqu'elle empêche ce que vous devez à votre famille, à vos emplois, ou à vos maîtres. Il n'est pas temps d'être à l'église, quand il faut être au travail, ou à son ménage, ou à l'étude. Votre dévotion doit céder ici a l'obéissance, et aux devoirs de justice et de charité.
De quoi il faut s'occuper quand on visite le saint Sacrement de l'autel.
L Je ne sais, disent plusieurs, de quoi m'occuperj
ni ce que je dois dire à Dieu dans les visites que je fais à J.-C. Eh ! vous avez tant de choses à lui dire ! N'avez-vous point de vertus à demander, de vices à extirper, de péchés à effacer ? Vous n'avez ni humanité, ni patience, ni charité. Vous avez des passions, des habitudes, des attaches aux créatures. Vous avez des infirmités, des embarras, des inquiétudes. Vous avez des païens, des supérieurs peut-être des ennemis. Voilà la matière de vos entretiens avec J.-C, c'est-à dire que dans les visites que vous lui rendez, vous devez prier pour vous, prier pour les autres, et lui rendre vos hommages.
1. Pour vous, exposez-lui les misères de votre cœur, les plaies de votre âme, et vos péchés : diteslui avec confiance et avec simplicité : Seigneur î
si vous voulez, vous pouvez me guérir." Représentez-lui vos habitudes vicieuses, vos tentations, et vos dangers, votre attache aux biens et aux plaisirs qui damnent tant d'ames. " 0 Jésus ! vous
voyez ma faiblesse, mes attaches, et la corruption
de mon cœur 5 soutenez-moi dans votre crainte :
sans votre secours je suis perdu." Faites-lui le sacrifice de vos chagrins et de vos disgrâces, de vos peines et de vos maladies : " Vous êtes, ô mon Sau-
veur, le Dieu de toute consolation ; vous voulez ^^que je souffre, je me soumets à vos ordres; votre
adorable volonté soit faite, et non pas la mienne."
Ne manquez pas, jeunes gens, de demander souvent à J.-C. les vertus convenables à votre âge,