Il ne faut pas manger avec trop de précipitation
et d'avidité. Cette voracité, en mangeant, est là marque d'une personne qui a peu d'éducation, et qui est immortifiée. Il faut suspendre l'activité de son appétit, soit pour sa propre santé, soit pour augmenter le mérite de cette action.
III. Pendant les repas, on doit s'occuper à des saintes pensées, et ne pas oublier l'ame, en nourris-; sant le corps. 1. Il faut de temps en temps élever son cœur à Dieu, et se priver de quelque chose par' mortification. Si vous avez de quoi vous rassasier,, pensez que vous ne l'avez pas mérité, et qu'il y a, beaucoup de gens plus sages que vous qui n'ont pas; le nécessaire.
2. Faites part à quelque pauvre voisin, ou à: quelque malade, du superflu de votre table, àl'exem-i pie du Eoi Saint Louis, qui faisait tous les jours i ôter quelques mets de sa table pour l'envoyer auxj pauvres.
3. Si vous avez peu, et si vous n'avez pas de quoi i Vousrassasier, il faut considérer que devant Dieu vous : ne méritez que le peu qu'il vous donne, ou plutôt , que vous ne méritez rien ; et qu'après avoir péché; nous ne méritons que des châtimens.
4. Souvenez-vous dans vos repas du jeûne du Fils, j de Dieu, qui passa quarante jours et quatante nuits dans le désert sans aucune nourriture, et qui soulFntJ une cruelle faim pour votre amour. Souvenez-vous ; de tant de serviteurs de Dieu, et de servantes de ; J.-C. qui sont d'une santé plus délicate que vous, et.;
DES REPAS ET DE l'INTEMPERANCE. 239
tjui passent néanmoins leur vie dans le jeûne et pénitence. Souvenez-vous de tant de saints et de tant hommes illustres, riches et puissans, qui ont quitté leurs biens et le délices de la vie, et passé leurs jours dans l'abstinence et Paustérité. Souvenez-vous que votre corps est un ennemi qu'il ne faut point flatter ; et que, si vous lui accordez tout ce qu'il demande, il vous perdra. Enfin si vous êtes pauvres, faites au moins nécessité un vertu : rendez votre abstinence méritoire, en le rendant volontaire j et souflrer votre indigence, dans un esprit de pénitence. Telles sont les pensées dont on peut s'occuper dans ses repas.
IV. Lorsque vous manger en compagnie ou en festin chez autrui, observer ces trois avis que le St. Esprit vous donne dans le 31e chapitre de l'Ecclésiastique. 1. " Ne témoignez pas de l'empressement et de la joie en voyant la bonne chère. 2. Mangez et buvez avec modération, sans précipitation et sans <^ avidité, crainte de vous rendre odieux^ 3. Cessez " à bonne heure et retirez-vous des premiers, pour " faire connaître que vous avez l'éducation et de " l'honneur !" Evitez la médisance dans ces compagnies. S'il y a quelque médisant ou mauvais plaisant, faites-le taire, si vous en avez l'autorité ; au moins ne l'écoutez pas, ou retirez-vous, si la bienséance le permet.
Si vous donnez à manger à autrui chez vous,^ à tes parens, ou à vos amis, suivez ces règles. I. Ne
S^238 CHAPITRE XLIir.
le faites pas souvent^ parce que ce serait une débauche, plutôt qu'une sainte société. 2. N'y faites pas trop de dépenses, parce que ce serait orgueil ou vanité. 3. Ne forcez personne à boire ou à manger, parce que ce serait indiscrétion, intempérance et péché. 4. N'y emploj^ez jamais le temps des offices, ne restez pas long-temps à la table, parce que ce serait un scandale. 5. Enfin, n'invitez pas à votre table des débauchés, parce que vous vous perdriez avec eux.
V. Prenez garde (on ne peut trop le répéter), ne vous adonnez pas au vin. Ecoutez ces paroles du St. Esprit ; " Le vin pris sans modération abrège la
vie du corps, ne cause que de l'amertume dans " l'ame, irrite le cœur ; il est la ruine de l'homme^ <^ et fait apostasier les sao:es c'est-à-dire, que, quand on prend habituellement du vin sans modération, ou perd son honneur et ses biens, on perd le foi et la crainte de Dieu, on perd la grâce, on perd le Ciel, on perd soname, on perd son Dieu. Il faut être bien aveugle et bien endurci, si ont n'est pas touché de ces vérités.
Jeunes gens, il vous est facile de ne pas prendre l'habitude de l'ivrognerie ; mais si vous contractez cette habitude honteuse, elle deviendra par votre malice un mal presque sans remède. On peut dire qu'un ivrogne a déjà un pied dans l'Enfer. Il peut se convertir, mais par sa malice il ne voudra pas. J.-C. n'a point de plus grands ennemis que les
DES REPAS
ivrognes, parce qu'un ivrogne est capable des plus grands crimes, et a ordinairement tous les vices.
Veillez sur vous, mon fils. Rien de plus dangereux que de s'accoutumer à de petits excès de vin; insensiblement on en prend l'habitude, et souvent il arrive qu'on est ivrogne et scandaleux, sans savoir qu'on est tel. Remarquez qu'il y a beaucoup de différence entre l'ivresse et l'ivrognerie ; on peut être ivre par accident sans être ivrogne. Le saint homme Loth tomba une fois par surprise dans l'ivresse, sans qu'il fut ivrogne.
Si vous aimez à boire long-temps et beaucoup, si vous êtes fort et puissant à la table, si vous dépensez votre nécessaire t\ la table et au vin, si vous y employez souvent le temps qui doit être destiné au travail, si vous fréquentez habituellement les tavernes et les cabarets du lieu de votre domicile, si vous buvez fréquemment avec ceux qui n'ont rien à faire qu'à boire et à manger, vous êtes dans la classe des ivrognes^ et vous êtes dans un état bien dangéreux. ^
Ne regardez pas la fréquentation des tavernes de votre lieu ou de votre voisinage comme une chose indifférente. Quand vous fréquentez habituellement le cabaret du lieu de votre résidence, vous faites un péché qui renferme plusieurs circonstances aggravantes 5 vous désobéissez à vos parens qui vous le défendent et qui en gémissent ; vous désobéissez à vos pasteurs et à l'Eglise, qui vous le défendent :
VOUS désobéissez à Dieu, qui vous le défend, parce que Dieu vous défend l'occasion prochaine du péché, et la désobéissance à vos supérieurs. Combien de péchés à la fois, sans compter le scandale que vous donnez à votre famille et au public, sans compter l'injustice que vous faites, d'employez à boire ce que vous devez aux pauvres, à vos créanciers, à l'entretien de votre famille, à l'entretien de vos père et mère, etc.
VI. Les personnes du sexe doivent craindre de s'accoutumer au vin. Il leur est plus pernicieux qu'elles ne pensent, parceque, dit St. Thomas, il irrite leur passions. Une fille ou une veuve qui s'adonne au vin perd sa réputation, sa fortune, et son ame. Une femme sujette à ce vice se perd ellemême, déshonore sa famille, rend son époux malheureux et le ruine.
Les personnes du sexe, adonnées à l'intempérance, sont dans un état bien déplorable, puisqu'elles ont la malice de déguiser ce vice dans leurs confessions, de vivre dans le sacrilège, et de rester ainsi dans un danger prochain de damnation. Leur aveuglement est si profond qu'elles ne voient point et ne veulent point voir le malheureux état de leur conscience. Leur malheur est bien grand, mais il n'est pas sans remède. Pour sortir de cet état, il faut absolument qu'elles déclarent à un confesseur toutes leurs faiblesses, et toutes les suites dans lesquelles le vin les a entraînées. Le confesseur aura pitié d'elles, mais
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îl est nécessaire qu'elles suivent exactement ses avis. Une des plus dangereuses et des plus ordinaires tentations du démon, c'est de leur faire croire que le vin est nécessaire à leur santé.
VIL Après le repas, n'oubliez jamais de rendre grâces à Dieu de ses bienfaits. Vous sauriez mauvais gré à un pauvre, s'il ne vous remerciait pas d'une aumône que vous lui devez; pourquoi donc ne remerciez-vous pas le Seigneur de la nourriture qu'il vous donne si libérallement, sans vous la devoir ? Profitez de la nourriture pour servir le Seigneur et pour travailler, et n'employez pas les forces que Dieu vous donne, à l'oiFenser.
EXEMPLE
L'exemple suivant vous apprendra la différence qu'il y a au lit de Ja mort entre un riche qui est nourri dans la mollesse et la bonne chère, et les pauvres qui vivent dans l'indigence.
L'Evangile dit qu'un homme riche faisait tous les jours grande chère, tandis que les pauvres mouraient de faim. Il y avait auprès de sa maison un pauvre voisin, homme de bien, nommé Lazare, si pauvre et si abandonné, qu'il eut été content, non pas d'avoir les restes de ce riche, mais seulement les miettes qui tombaient de sa table, faible secours qui lui fut refusé. Sa misère ne toucha point le cœur du riche, qui ne fit donner aucune assistance à ce pauvre malheureux. Ce riche enfin mourut au milieux de ces
délices, et fut dans le moment enseveli dans Penfer* Lazare mourut aussi, et fut porté au Ciel dans le sein d'Abraham. Le riche au milieux des feux, vit la gloire de Lazare au Ciel dans le sein d'abraham. •^^Ah!" s'écria-t-il, père Abraham, ayez pitié de moi, envoyez-moi Lazare pour me donner quelque ^^soulagement, dites-lui de tremper seulement son doigt dans Peau et d'en laisser tomber une goutte " sur ma langue, car je brûle dans ces flammes." Abraham lui répondit : " Souviens-toi que pendant ta vie tu as vécu dans les plaisirs et dans la bonne chère, et que Lazare au contraire a vécu dans les maux, dans la patience et le jeûne ; il est donc juste que Lazare soit maintenant dans les plaisirs " et les consolations, et que tu sois à présent dans les " tourmens." Voilà la fin des sensuels et des gens de table et de plaisir.
AUTRE EXEMPLE
On ne peut rien voir de plus tragique et de plus efficace, pour faire voir jusqu'où le vin peut porter un homme, que l'exemple que rapporte Saint Augustin d'un jeune homme nommé Cyrille. Ce jeune homme, accoutumé à fréquenter le cabaret, retournant un jour de ce lieu de débauche, plein de vin, eut l'impudence d'attaquer sa mère, qui était en ceinte, la sollicita à un crime honteux, et voulut même lui faire violence. Cette femme fit des efforts si violens pour se défendre, qu'elle fit une fauss3
DES REPAS
couche, et mit bas son fruit. Ce malheureux ivrogne voulut encore attenter à la pudeur d'une de ses sœurs, qui aima mieux se laisser poignarder par cet indigne frère que de consentir à un tel crime. Le père étant accouru au bruit, ce fils enragé trempa ses mains dans le sang de celui de qui il avait reçu sa vie, et l'égorgea. 11 poignarda encore une de ses sœurs qui voulut prendre la défense de son père. 0 Ciel que d'horreurs et de crimes !
St. Augustin, qui avait déjà prêché deux fois ce jour là, ayant appris cette triste nouvelle, assembla une troisième fois le peuple, et monta en chair, pour leur faire part des crimes que venait de commettre le détestable Cyrille, et pour donner à ce peuple toute l'horreur que mérite l'ivrognerie, par les horribles attentats auxquels elle peut entraîner l'homme. Tout le monde en effet poussa des soupirs et des cris lamentables, fondant en larmes, lorsqu'on entendit le récit de ces tragiques aventures. Apprenez ici de quoi un ivrogne est capable ; et quoique la débauche ne vous ait jamais entraîné dans des crimes aussi grands que ceux de Cyrille, comprenez du moins combien le vin est dangéreux, puisqu'il peut porter un chrétien à des crimes si exécrables.
AUTRE EXEMPLE
L'exemple suivant servira tout à la fois d'instruction aux jeunes filles qui ont de l'attrait pour le vin^ et de modèle aux femmes qui sont des ivrognesses.
Ste. Monique, mère de St. Augustin, faillit à sel perdre par le vin dès sa plus tendre jeunesse. A Page d'environ douze ans, elle eut la curiosité d'en' goûter par sensualité : souvent même elle épiait les"' momens pour en prendre en secret. La servante y prit garde, et lui ayant reproché cette honteuse gourmandise, la petite Monique en eut tant de confusion, qu'elle en pleura longtemps. Elle s'en confessa, ce* qu'elle n'avait pas encore osé faire, et jamais elle ne retomba en pareille faute. Elle vécut ensuite dans une vertu exemplaire, et devint une grande sainte.
Elle épousa un homme qui était un débauché, et dont elle eut un fils qui fut aussi débauché que son^ père. Elle souffrit avec douceur et avec patience les duretés de son mari, et apprenait à ses amies qui; avaient des maris débauchés à souffrir et à prier poureux. Elle pleura long-temps les péchés de son' époux et de son fils, et après dix-sept années de lar-' mes, de pénitence et de prières, elle les convertit! tous deux.
Apprenez de ces avis et de ces exemples :
1. Que les jeunes gens ne doivent pas s'abandon-^ ner au vin, ni être sujets à leur bouche : autrement ils risquent de se perdre.
2. Qu'un ivrogne est un pécheur bien malheureux, parcequ'il est aveugle et ne se connaît pas, et parcequ'il est volontairement incorrigible, en méprisant tous les avis qu'on lui donne.
VEILLEES DANCES5 ETC. 245
3. Que ce n'est pas par les reproches et par les querelles qu'une femme convertira un mari ivrogne, mais par le silence, la patience et la prière, à l'exemple (le Sainte Monique.
4. Que dans tous vos repas Dieu vous regarde et vous observe, et que vous devez les prendre avec ■respect dans la crainte du Seigneur.
Des Veillées et Assemblées Nocturnes, des Spectacles^ des Promenades, etc.
I. Le Saint-Esprit nous avertit que celui qui pèche, aime les ténèbres et fuit la lumière,'' parce que les ténèbres sont plus favorables aux desseins du démon. C'est pour cela que les assemblées et les entrevues de difFérens sexes, qui se font la nuit, sont les plus pernicieuses à la jeunesse.
Lorsque ces assemblées se font en public, la licence, les discours libres, et souvent l'impudence y régnent avec plus de scandale. Lorsque ces entrevues se font en secret, les attaches et les amitiés criminelles s'y forment bien plus fortement, les familiarités indécentes, les gestes dissolues, les paroles lascives, les airs passionnés, en sont les suites ordinaires, de sorte qu'un jeune homme ou une jeune jtîlle n'en sortent presque jamais aussi innocens qu'ils y sont entrés.
CHAPITHE XLIV.
Jeunes gens, si vous craignez Dieu, vous éviterez avec prudence ces sortes d'entrevues, ces veillées nocturnes, ces assemblées des deux sexe. Tandis que vous serez avec les personnes de votre famille, sous les yeux de votre père, de votre mère, ou de vos maîtres, vous serez en assurance ; mais si vous sortez pour aller à quelques rendez-vous, ou dans les veillées, l'ennemi vous y surprendra. C'est dans ces occasions que les jeunes gens perdent ordinairement la crainte de Dieu, et où leur pudeur s'affaiblit. Un jeune homme qui prend l'habitude d'aller dans ces sortes de compagnies, se trouvera bientôt étrangement changé ; il deviendra mutin, indocile, indévot, dissolu. Une fille de même, quelque vertueuse qu'elle paraisse, si elle fréquente ces veillées, elle sera bientôt sans respect pour ses père et mère, arrogante, babillarde, capricieuse, entêtée dans ses vanités, sans piété et sans modestie. Voila l'effet ordinaire des entrevues nocturnes, sans compter les péchés et les désirs dont le cœur y est souvent souillé.
Les pères et mères ne doivent donc point souffrir des entrevues de différent sexe dans leurs maisons, ni permettre à leurs enfans d'y aller. Dès qu'ils s'aperçoivent que leurs enfans ont coutume de s'échapper le soir, et.quils sont affectionnés à ces veillées, ils doivent s'en défier, et les empêcher de s'y trouver. Si les pères et mères négligent ce point de leur devoir, ils en répondront à Dieu,
VEILLEES^ DANCES5
IL II faut dire à peu près la même chose des promenades avec les personnes de différent sexe, et seul à seul. Saint Jérôme, à qui Dieu avait donné tant de lumières, défendait aux mères de laisser voir à leurs filles déjeunes hommes ajustés et enjoués, e de leur laisser parler ou sourire, de crainte qu'en conversant familièrement avec eux, leurs cœurs innocens ne prissent des impressions dangereuses. Ce Saint Docteur ne craint point de traiter d'ignorans ceux qui trouveront à redire à cette morale.
Sur ce principe, ce grand Saint eût-il permis à une fille chrétienne de se promener le jour ou la nuit, en secret ou en public, avec un jeune homme qui la cajole, et à qui elle permet ces libertés familières, et des paroles de tendresse, qui ne tendent qu'à ébranler et à souiller le cœur? Qu'eût-il pensé de ces indignes mères, qui voient de tel abus dans leurs enfans, qui les souffrent et qui les approuvent? Peuvent-elles ignorer que tout les pensées, les regards et les désirs qui souillent l'esprit et le cœur des jeunes gens dans ces occasions, retombent sur la conscience des pères, des mères, et des maîtres qui les permettent ? Pour ce qui est des confesseurs et des pasteurs qui ne disent rien sur des semblables désordres, comment se justifieront-ils devant Dieu ?
Dire que c'est la coutume dans les villes de donner le bras et de se promener ainsi avec différent sexe, c'est alléguer l'usage du monde dont les maximes et
les coutumes ne sont pas conformes à l'esprit de J*-C. tSt. Paul de sa part ne dît-il pas : " Ne vous conformez pas aux coutumes du siècle.
Dire qu'on n'a ni mauvaise pensée, ni mauvaise intention, dans des sortes de promenades, c'est une €xcuse dont se servent ordinairement ceux - là mêmes qui ont le cœur le plus gâté, et qui souvent ne sont remplis que d'idées impures, sans y faire réflexion et sans les connaître.
Mais quand vous n'auriez nipensées, ni tentations, vous ne savez pas ce qui se passe dans l'esprit et dans le cœur de la personne qui est avec vous, dont les pensées, si vous en êtes l'occasion par voire faute, peuvent souiller votre âme. Je veux supposer même que vous n'ayez de part et d'autre aucune tentation, ne vous exposez-vous pas à en avoir, et n'est-ce pas un péché que de s'exposer par sa faute à la tentation, en aimant le danger, ou en demeurant dans l'occasion du péché ? Un jeune homme qui a la crainte de Dieu, une fille qui à soin de son ame, ne se trouvent dans ces sortes d'occasions qu'avec de grandes précautions, et avec répugnance.
III. Que dirons-nous des comédies et des spectacles ? Tout ce qu'on peut en dire ici, c'est que ces sortes de divertissemens sont condamné par l'Eglise, par les livres saints, par les maximes des Saints Pères, et par la doctrine de J.-C, qui ne nous prêchent que la mortification, l'assiduité au travail, la prière, l'amour des choses de Dieu, et le détache-
VEILLEES, DANSES, ETC. S49
ment des vanités du monde. Or, y a-t-il un lieu où Pesprit soit plus dissipé, le cœur plus dangereusement ébranlé, où Pon perde plus le goût de la prière, des choses de Dieu, et du travail, que dans les spectacles €t les comédies ? Ne sont-ce pas là les pompes du monde, auxquelles nous avons renoncé par la Baptême ? N'est-il pas honteux à des Chrétiens qui adorent un Dieu pénitent et crucifié, de se livrer à des divertissemens que les plus sages païens ont condamnés comme indignes d'un esprit raisonnable ?
Quand aux danses et aux bals, nous ne répéterons pas ce que nous en avons dit ci-devant au Chapitre Xî de ce Livre : nous ajouterons seulement ; 1. Que la danse entre personnes de différent sexe est dangereuse par ces circonstances; qu'elle est souvent criminelle par les péchés de Pesprit et du cœur, €t par les actions extérieures qui s'y commettent.
2. Que ceux qui approuvent la danse, ou n'en connaisent pas le danger ou le mal, ou ne savent pas leur religion. Dieu le défend lorsqu'il nous dit par la bouche du sage : " Ne fréquentez pas une danseuse, et gardez-vous bien de prêter Poreille à ses paroles et à sa voix, de crainte de périr par ses attraits."
3. Que St. Augustin a dit : " Qu'il y aurais moins de mal de labourer la terre les saints jours de Fêtes que d'aller à la dance j" et Cicéron, le
plus savant des orateurs Romains, tout païen qu'il était, a dit: " Que personne ne va à la dance, qu'il ne soit fou ou ivre,"
IV. Vous direz peut-être que toutes ces chosesF sont selon l'usage du monde. Je réponds; 1. Qu'il est vrai, et que c'est pour cela qu'il y a tant de jeune gens qui n'ont ni modestie ni retenue, et quâ tant d'autres, sous l'apparence d'honnêtes gens, ont un cœur souillé devant Dieu, parce qu'en vivant selon l'esprit du monde ils ne vivent pas selon l'esprit de Dieu ; 2. Que l'usage et les coutumes du monde ne vous justifient pas ; plus vous le suivez, plus vous exposez votre salut. J.-C. vous avertit que la foule et le grand nombre suivent le chemin de la perdition ; vous exposez-donc votre ame, si vous suivez l'exemple de la fouie. C'est pour cette raison que J.-C. a maudit le monde, parcequ'on y voit " que scandale, concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et orgueil de la vie." Vous vous êtes donc trompé, si vous avez cru qu'il était permis de faire tout ce que vous voyez faire dans le monde. Celui, dit le St. Esprit, qui aime le monde, c'est-àdiie, tous les usages et les coutumes du monde, '^devient l'ennemi de Dieu." A qui aimez-vous mieux plaire, à Dieu ou au monde ? A Dieu, qui veut vous sauver, ou au mondcj^qui vous perd ?
Si vous dites qu'il faut quelques divertissemens aux jeunes gens, j'en conviens; mais il leur faut des divertissemens honnêtes et innocens et non pas des divertissemens dangéreux. " Réjouissez-vous, dit Saint Paul, " mais rejouissez-vous dans le Seigneur ; qu'on voie toujours en vous de
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" la modestie;, parceque le Seigneur est présent.'^ Imitez les personnes sages, qui savent se divertir agréablement, et toujours innocemment. Comment pouvez-vous trouver du plaisir dans un divertissement et dans une compagnie où votre espiit, votre cœur et votre ame sont souvent souillés, et où vous êtes toujours dans le danger d'offenser Dieu?
Pour conclusion, que vos divertissemens soient courts; si le divertissement vous sert d'occupation, il vous rend coupable. Que vos divertissemens 'soient saints, sans danger pour vous, et sans scandale pour les autres.
EXEMPLE
On ne connaît souvent le danger qu'il y a de fréquenter les veillées et les assemblées de diff'érent sexe, que lorsque le mal est devenu presque incurable. Un père en fit une triste expérience dans la personne de son fils. Ce fils, nommé Maurice, âgé de 18 ans, était tendrement aimé de son père, parce qu'il était sage et appliqué à son devoir. Il ne prenait ses récréations que dans sa famille, ou avec des compagnons vertueux, du cons'^ntement de soa père et de sa mère. Son père lui ayant dit un jour qu'il lui perm.ettait d'aller se récréer chez le voisin, où il y avait un bal et une danse : " Mon cher père, répomlit Maurice, «je n'ai point de plus agréable "récréation que d'être en votre compagnie: Et "bien ! mon fils, lui dit le père, nous irons donc en- " semble y veiller ce soir."
Le père le conduisit une seconde et une troisième fois dans ces sortes de compagnies. Maurice y prit du goût, commença à les aimer, s'occupait même Pesprit des choses qu'il y avait entendues, et n'était plus si appliqué à son devoir. Il prit dans ces veillées de l'attache pour une fille qui ne lui convenait pas. Le père s'en apperçut, et lui défendit de ne plus retourner à la veillé. Mais l'mclinaiion de Maurice l'emportant sur le respect qu'il devait à son père, il ne laissait pas d'y aller tous les soirs.
L'intrigue de Maurice avec cette fille éclata; on en parla même d'une manière très-dangéreuse à sa réputation, et le père en eut des reproches de la part des voisins : " Et bien ! mon mari, lui dit sa femme^
vous voyez le fruit de vos complaisances pour votre ^'fils; je me suis toujours opposée à ces sortes de
compagnies et de veillées ; je m'en décharge de-
vaut Dieu, c'est votre afFair. J'ai tort, répondit le espère, je devais suivre vos avis ; c'est par ma faute
que mon fils commence à devenir un libertin, je
vais y mettre ordre." 11 fit venir Maurice ; il lui défendit de nouveau d'aller désormais veiller, ni auprès de cette fille, ni ailleurs. Ce fils lui répondit avec hardiesse qu'il continuerait d'y aller, qu'il ne faisait au<;un mal, qu'il avait assez d'âge pour se conduire. Le père, qui ne s'attendait pas à une raison si insolente, châtia sur le champ son fils, correction inutile^ parce que le père s'y prenait trop tard.