‹ Instructions chrétiennes pour les jeunes gensChapitre 52 sur 58 · SUR LES GENS DE GUERRE · texte numérisé non relu

SUR LES GENS DE GUERRE

Il est bien important de donner ici des avis salutaires aux personnes du sexe. Oh ! qu'elles sont à plaindre dans les lieux où il y a des gens de guerre déréglés! Il n'est- point d'artifice qu'un homme de guerre, s'il est voluptueux et passionné, n'emploie pour gagner, pour surprendre et pour séduire une fille.

Celle qui veut conserver sa réputation et sa pudeur, ne doit point ajouter foi à leur belles paroles, ni craindre leurs menaces.

Les pères et mères doivent ici une attention singulière sur leurs filles. Aussitôt qu'une persone du sexe a été assez volage pour écouter une seule fois avec complaisance un homme de guerre artificieux et passioné, on peut dire qu'elle est presque perdue. Que doit-on penser de celles qui ont de fréquens et de libres entretiens avec eux, et que penser des mères aveugles qui le souffrent à leurs filles ? Une femme, une dame se croiraient coupables de permettre à leur servantes des entrevues et des promenades avec un soldat, tandis qu'elles permettent peut-être à leur fille de s'entretenir de se promener ou de jouer avec un homme de guerre.

IL Au reste, si l'on doit respecter les gens de guerre, ils nous permettront de leur dire qu'ils doivent aussi eux-mêmes se rendre respectables. Quoi de plus méprisable, de plus bas, que de voir des soldats et des officiers qui se piquent de bravoure et de gj:andeur d'ame, prendre des manière efféminées, et

dégrader la noblesse de leur profession, en folâtrant avec le sexe î Est-ce donc en jouant, en s'amusant avec une fîlle, en cajolant une femme, qu'on apprend | Part militaire ? Des soldats énervés par la mollesse, par la débauche et la dissolution, ne sont guère propres à vaincre l'ennemi.

Les gens de guerre doivent se souvenir que le Dieu des armées ne laisse pas le vice impuni ; que les impudicités, les blasphèmes, et les autres crimes qui se commettent dans la profession des armes, attirent tôt ou tard de grands malheurs sur les armées ' et sur les royaum.es ; et qu'au contraire Dieu bénit les entreprises et les armes de ceux qui vivent dans sa crainte. Tandis que les Juifs étaient fidèles à Dieu, ils étaient victorieux et triomphaient de tous leurs ennemis; mais avaient-ils commis certains crimes, ils étaient défaits. Dans les premiers siècles du Christianisme, les Empereur n'avaient point d ^ troupes plus guerrières et plus invincibles que les Légions Chrétiennes, parce que, dans ces heureux temps, les soldats chrétiens vivaient saintement.

La guerre, dit-on. est une école de tous les vices ; mais elle n'est l'école du vice et du libertinage que pour les libertins. Des milliers de chrétiens se sont sanctifiés dans la profession des armes ; tels sont les Maurice, les Géréon, les Victor, les soldats de la Légion Thébaine, et une infinité d'autres guerriers qui ont porté la sainteté et la vertu jusqu'à sceller leur Foi de leur sang par le martyre. Il n'y a poin

AVIS AUX ECOLIERS

de plus mauvais Soldat, qui soit plus lâche, plus haï et plus méprisé, qu'un méchant chrétien. Il n'y a point au contraire de soldat plus aimé de ses officiers, plus respecté de ses camarades, plus fidèle à son Prince, et meilleur guerrier, que celui qui est vertueux et fidèle à Dieu, Un soldat qui craint Dieu, ne craint ni les combats, ni les dangers, ni la mort.

Avis important aux Ecoliers et aux Etudians. Les vérités et les maximes qui sont contenues dans e livre peuvent suffire à un Ecolier pour régler chrétiennement sa conduite. Nous ajouterons dans ce chapitre quelques avis particuliers pour lui apprendre à se sanctifier dans ces études.

1. Les premiers devoirs qu'un Ecolier doit avoir à cœur, sont les devoirs envers Dieu, qu'il doit particulièrement craindre, invoquer et servir dans sa jeunesse, regardant Dieu comme son premier maître, comme le père des lumières, comme le principe et la fin de ses études. Si la carrière des sciences paraît dans les commencemens épineuses à un jeune homme, il ne doit pas se rebuter des difficultés qui l'arrêtent. Qu'il implore souvent le secours de l'Esprit-Saint, avec une vive confiance, parce que Dieu ne manque jamais d'aider et d'éclairer un écolier qui vit dans sa crainte, et qui a soin de purifier ses Intentions, en lui consacrant son étude.

L'amour qu'un étudiant doit avoir pour Dieu doit l'engager à élever souvent son cœur vers lui et à s'approcher fréquemment des Sacremens, soit pour conserver l'innocence de son ame et se préserver du péché, soit pour se mettre on état de répondre aux desseins que Dieu a sur lui.

Pour témoigner son amour et son zèle à Jesus- Christ, il entendra s'il le peut, tous les jours la sainte Messe-; mais qu'il se garde bien d'être dissipé dans le lieu saint, d'imiter les impies, comme certains jeunes étourdis, qui, sans respect pour la Majesté de Dieu, sont à l'église comme sur une place publique» C'est un mauvais présage pour l'avenir, lorsqu'un écolier est dans sa jeunesse sans dévotion et sans piété. Qu'un jeune homme est louable, allant en classe et en retournant, de prendre quelques momens pour aller adorer Jésus-Christ, et lui (lemander ses lumières, ou d'aller devant une image de la Ste. Vierge, pour implorer son secours ! Que de grâces n'obtiendrai-t-il pas du Ciel, s'il continue dans cette pratique. C'est aux pieds de Jésus-Christ que les plus saint docteurs et les grands maîtres des sciences ont puisé leurs lumières et leurs profonde éducation.

II. Le second devoir d'un écolier qu'on destine aux sciences, c'est une tendre reconnaissance envers ses parens, reconnaissance qui doit le porter à répondre au zèle qu'ils ont pour son avancement. Combien noire est l'ingratitude d'un écolier qui perd son

DEVOIRS d'un ECOLIERS.

temps et néglige de seconder les pieux desseins d'un père et d'une nnère qui s'inccommodent, qui l'entretiennent à la ville, qui paieiit des maîtres pour lui procurer l'éducation et un établissement convenable ! Quels sujets de chagrins pour des parens, après s'être épuisés pour un enfant et avoir incommodé leur famille, do voir que tant de dépenses ont abouti à faire un ignorant, un fainéant et un libertin I Une telle conduite dans un jeune homme lui attirera tôt ou tard les châtiînens de Dieu. Comment réparera-t-il d'ailleur les dommages et le tort qu'il a fait à sa famiille ?

III. Le troisième devoir d'un écolier, c'est le respect, l'amour et l'obéissance qu'il doit à ses maîtres et à ses régens. 1. Le respect qu'on doit à ceux qui nous enseignent ne permet pas qu'on les raille et qu'on les tourne en ridicule. C'est même manquer d'éducation que de faire des plaisanteries sur leur compte, et manquer de vertu que de mépriser leurs avertissemens. 2. Si un maître doit aimer tendrement ses écoliers, et les regarder comme ses enfans, un écolier doit réciproquement aimer son maître, et le regarder comme son père : il ne doit donc point le contrister, il doit même avoir confiance en son maître, lui exposer ses doutes, lui demander sans crainte l'explication de ce qu'il ne peut comprendre. 3. La crainte de Dieu doit inspirer à un écolier la soumission: quand il résiste à un maître qui se sert avec modération de l'autorité

qu'il a sur lui^ il résiste à Dieu même, et il pèche. Qu'il reçoive les avis de son maître avec docilité^ et ses corrections avec patience : c'est à soi-même que Pécolier doit s'en prendre si le maître le traite avec sévérité. C'est une bassesse de cœur dans un jeune homme, et c'est vouloir croupir dans ces vices^, que de se plaindre à ses parens, lorsqu'il a été justement corrigé : les parens eux-mêmes ne doivent pas écouter de telles plaintes, et doivent se garder de jamais soutenir un enfant contre son maître. Un maître prudent n'est sévère qu'envers ceux qui sont paresseux, indociles et vicieux. On doit présumer que les maîtres et les régens sont assez raisonnable pour ménager la faiblesse d'un enfant, pour ne rien exiger au-delà de sa portée, et pour le corriger avec discrétion et charité.

IV. Le quatrième devoir d'un étudiant, est un esprit d'honnêteté, de paix et de charité envers les autres écoliers, surtout envers ceux de sa classe. Qu'il évite les piquantes railleries qui peuvent faire peine aux autresjles injures,les bouffonnerie,les polissonneries, qui sont la marque d'un enfant mal élevé. Il doit, par la même raison, prendre garde de ne jamais suivre l'exemple de ceux qui ne font que folâtrer, que s'amuser à des badinages indécens et à contre-temps. Un écolier, qui, par ses folâtres amusemens, ou par malice, distrait un maître et empêche les autres d'écouter et de s'appliquer, fait-il réflection qu'il pèche, que Dieu lui demandera compte du

AVIS AUX ECOLIERS

temps qu'il fait perdre aux antres, des inquiétudes ju'il cause à ua maître ? Qu'il est beau de voir des écoliers imiter le saint jeune homme Tobie, dont le Saint-Esprit a fait l'éloge, en disant: '-que dans sa jeunesse, il ne fit jamais rien de bas et de pué- « ril."

Un étudiant qui a de la vertu n'entre jamais dans lesligues, dans les parties et les disputes de ceux qui sont querelleurs, et se donne bien de garde d'avoir aucun sentiment de mépris, d'antipathie contre ceux :|ui ne sont pas de la même contrée, ou du même pays, parce qu'il sait que devant Dieu nous sommes tous frères, que tous les chrétiens sont enfans de Dieu et frères de J.-C. ; que par conséquent nous devons tous, comme dit Saint Paul, "nous prévenir mu- " tuellement par des marques d'honnêteté," et n'avoir les uns pour les autres " qu'un cœur et qu'une "ame." Ces petits airs de mépris, de fierté, d'arrogance, de bravade, de pétulance, d'effronterie, qu'on voit dans certains écoliers, sont le pronostic ordinaire d'un mauvais génie, et font connaître qu'ils sont mal élevés et bien ignorans sur les devoirs et les maximes de la Religion.

Un écolier qui a de l'éducation et de la vertu, prend garde de ne jamais rien faire ou rien dire qui puissent faire peine aux autres : il leur rend service et a soin de ne se brouiller avec personne. Il ne s'avise pas d'accuser les fautes des autres, ni de faire aux maîtres des rapports sur leurs compte. Quand

un maître lui donne la commission de prendre garde à certains écoliers, et de s'informer de leur conduite, il le fait avec prudence, avec modération, et dans un esprit de charité. Si les autres lui font quelque peine, qu'il le dissimule et qu'il ne dise rien : une bagatelle a souvent de funestes effets, quand on la prend à cœur. Si on l'outrage, il doit le souffrir, le pardonner, se mettre au-dessus des railleries qu'eft feront les libertins. Ce n'est pas une gloire de se venger, c'est même devant Dieu une bassesse ; c'est au contraire une grandeur d'ame que de pardonne! avec générosité. — Un écolier qui sait que quelquesuns de ses condisciples sont brouillés, loin d'entrer dans leurs querelles, devrait par charité tâcher de les réconcilier. Ce serait encore l'effet d'une louable charité d'aider ceux qui ont moins de science que lui, qui lui demandent son secours, et de leur donner l'intelligence de ce qu'il ne conçoivent pas. Un écolier qui suivra ces avis, sera aimé et respecté : ses exemples de vertu feront impression sur l'esprit des autres.

Devoirs d'un Ecolier envers soi-même. 1 En remplissant ses devoirs envers les autres, uni écolier ne doit pas oublier ce qu'il doit à soi-même. Ainsi, outre ce qui a été dit ci-devant, il doit s'exercer à la pratique des vertus qui lui sont néces-

AVIS AUX ECOLIERS

I, Qu'il ait un grand attrait pour la chasteté, et un ardent désir d'obtenir cette admirable vertu. Il doit la demander tous les jours à Dieu, par l'intercession de la Sainte Vierge, la singulière protectrice des ames chastes. Qu'il ait en horreur toute pensée impure, et que jamais il ne souille sa langue par l'obscenité des paroles libres. Etant seul ou avec d'autres, étant dans le lit ou au bain, qu'il 5e comporte toujours avec modestie, parce que le corps du chrétien est le temple du Saint-Esprit. Que surtout il ne fasse jamais lui-même et ne permette jamais à d'autres sur sa personne une action indécente et contre la pudeur. " Vos corps,'^ dit Saint Paul, "ne sont pas à vous : ils sont les membres de Jésus- Christ même." Quel crime ne commettriez-vous pas en les profanant? En celte matière, ce qui ne vous parait être qu'une bagatelle est souvent un crime énorme. Soyez-donc chaste, et fuyez la société de ceux qui ne le sont pas. Un écolier qui fréquente un jeune homme qui n'est pas pur et chaste, ou qui demeure avec lui, doit quitter sa compagnie : il vaudrait mieux habiter parmi les couleuvres et les scorpions.

Il ne doit pas moins se tenir en garde contre les pièges que le démon peut lui tendre du côté des personnes de différent sexe. Que jamais il n'ait la honteuse faiblesse de se familiariser avec aucune, surtout avec celles chez qui il demeure. Moins il voit de danger dans ces familiarités, plus c'est

une marque qu'il a le cœur gâté. En un mot, qu'un écolier se souvienne que celui qui n'est pas chaste étant seul avec d'autres, qu'un écolier qui prend l'habitude de cajoler le sexe, est perdu, ou qu'il est en danger prochain de se perdre. S'il ne se corrige, Dieu se retirera de lui, et l'aveuglera sur sa vocation. Oh ! que tous ces avis sont importans ! Combien de jeunes gens se sont perdus pour les avoir négligés! Lisez dans ce livre les chapitres qui traitent de la chasteté et des moyens de conserver cette vertu.

II. L'humilité n'est pas moins nécessaire à un écolier pour se sanctifier dans ses études. Si vous étudiez par vanité, pour briller, pour vous procurer de l'estime, des applaudissemens, votre travail et votre étude seront sans récompense devant Dieu: n'ayez point d'autres intentions dans vos études que de faire la volonté de Dieu, et de contribuer à sa gloire. Si vous avez des talens et de l'ouverture d'esprit, ne vous en prévalez pas; vous les avez reçus de Dieu seul, qui est le maître des sciences; témoignez-lui votre reconnaissance, et vous humiliez de plus en plus, lui rendant grâces des lumières qu'il vous donne, préférablement à d'autres qui en feraient un meilleur usage que vous. Prenez-garde que cette science ne vous inspire de la fierté et du mépris pour ceux que vous croyez moins savans que vous. La science sans humilité est un poison qui corrompt et qui enfle le cœur ; qui rend l'homme présomptueux, entêté et superbe, et qui conduit enfin à Ferreur et à l'hérésie.

DEVOIRS d'un ECOLIER.

Lorsque vous étudiez les hautes sciences, il est louable, pour acquérir la facilité de vous expliquer sur ces matières, de vous exercer à la dispute ; mais que ce soit avec modéralion, sans emportement, sans C:Jameur, sans opiniâtreté: vouloir l'emporter toujours sur les autres, c'est orgueil. Or sou venez vous de cette maxime tirée dés livres saints, que celui-là ne sait rien, qui ne s it pas céder et s'humilier. Il est vrai qu'on ne doit jamais céder à l'erreur, et qu'on doit soutenir avec fermeté les poiï ts de Foi <-t les véiités décidées par l'Ejilise ; mais on doit toujours les soutenir et les défendre avec humilité et mo'.lestie.

En parlant de l'humilité, il n'est pas hors de propos d'avertir que ce serait manquer d'humilité, que ce serait même une sorte de vanité, si un écelier qui e«t de meilleuie faniille, ou qui a des païens plus riches, s'oubliait jusqu'à dédaignez ceux qui sont de moindre condition. Si on est d'une plus haute condition, on n'en doit être que plus humble et plus affable envers tous. Un jeune homme est même plus méprisable quand il se laisse devancer en diligence et en vertu par ceux qu'il croit être au-Je>sous de lui.

III. Un étudiant ne doit pas oublier que la tem}^érance, la sobriété, la modération dans ses divpitissemens et dans ses récréations, sont des vertus nécessaires à tous les chrétiens, mais surtout aux éludions. Les fréquentes et petites parties de débauche coaw

mencent ordinairement le dérèglement et la perte d'un écolier, lui ôtènt le goût de l'étude, appesantissent son esprit, dérangent son tempérament etj sa santé, lui font manquer les classes et perdre son temps. Disons la même chose des promenades à contre-temps, des jeux de cartes et des jeux publics. Un jeune homme qui aime les cartes et le jeu, abandonne ses livres et ses cahiers, devient paresseux, fainéant, dissipé^ et reste dans sa honteuse ignorance.

Pour éviter ces écueils, un écolier ne doit pas être avide d'argent : les parens eux-mêmes sont très-imprudens de lui confier l'argent qu'il faut pour ses pensions et son entretien ; ils feront sagement de les confier à d'autres. Une expérience nous apprend tous les jours qu'un écolier qui a de l'argent en abuse. C'est une occasion de gourmandise et de jeux, à laquelle il ne résiste guère. Les autres écoliers ne manquent pas de lui proposer quelques parties et de l'entraîner ; il donne dans le piège et se perd.

IV. 11 n'est rien que J.-C. ait plus recommandé dans l'Evangile que la vigilance ; elle est nécessaire, spécialement à un écolier, pour trois raisons : pour conserver son innocence, pour conserver sa réputation, pour profiter du temps. 1. Il doit veiller sur soi pour conserver l'innocence et la pureté de son cœur : il doit veiller au dehors, il doit veiller au dedans. S'il n'a pas soin d'éviter au dehors les occa-

DEVOIRS d'un ECOLIER.

siens du péchéj la société de certains écoliers libertins, impurs, joueurs, négligens à leurs devoirs, dissolus dans leurs manières et dans leurs paroles, il perdra avec eux la crainte de Dieu et sa grâce, contractera des habitudes vicieuses, qu'il portera jusqu'au tombeau. Au dedans, qu'il veille sur les mouvemens de son cœur, sur les pensées de son esprit, sur ses paroles et ses regards. S'il a de secrets penchans au mal, de fréquentes tentations, qu'il découvre sincèrement son intérieur et les plaies de son ame à un bon confesseur, qu'il lui importe de bien choisir.

2. Le Saint-Esf rit nous avertit " d'avoir soin de notre réputation." Un écolier doit donc veiller pour conserver la sienne, et prendre garde d'y donner atteinte par une conduite irrégulière. Il doit surtout s'observer avec vigilance (sans toute-fois être hypocrite) dans le temps qu'il est en vacance chez ses parens, chez lui ou ailleurs. Toute une paroisse a les yeux attachés sur la conduite d'un écolier qui retourne chez lui, et chacun dit avec liberté ce qu'il en pense. S'il fait paraître de la dissolution, s'il prend de petits airs de fierté et de suffisance, s'il fait des parties de débauche, s'il a peu de respect pour son père et sa mère, s'il traite avec hauteur ses frères et sœurs, s'il ne fréquente pas les sacremens, s'il a coutume de fréquenter les compagnies et veillés dangereuses, et surtout s'il est trop libre avec le Sexe, il fera parler : et les discours que le public

tiendra sur son compte lui porteront un jour des coups funestes. Il ne doit pas moins veiller surlai-même^ lorsqu'il est à la ville, ou dans le lieu de ses études et chez ses hôtes.

Qu'il se souvienne que bien des gens, quoiqu'il n'y prenne pas garde observent sa conduite dans les mes, dans les compagnies, à la maison. Si on remarque en lui de la dissipation et du dérèglement, peu de piété et de réserve dans ses manières, la renommée le fera connaître à ceux de qui dépend son établissement, et lui fera perdre sa vocation.

3. Le temps de la jeunesse étant le plus précieux et le plus propre pour cultiver l'esprit et pour se mettre en état de correspondre aux desseins de Dieu, un jeune homme doit veiller sur l'emploi du temps, et craindre d'en perdre un seul moment. S'il perd le temps, quels seront les reproches de sa conscience^ lorsque, dans la suite, étant placé dans un bénéfice, dans an emploi ou dans une charge, il se verra, par son ignorance, incapable d'en remplir les devoirs ! Quel compte à rendre à Dieu ! Il sera trop tard pour savoir ce qu'on ne sera plus en état d'apprendre. On voudrait alors avoir mieux fait, mais il ne sera plus temps ; et l'on sera d'autant plus malheureux, qu'en connaissant ses égaremens passés, on ne pourra plus retourner sur ses pas. Il est donc bien important à un écolier de ménager précieusement et d^employer utilement le temps de sa jeunesse.

C'est pourquoi un étudiant qui a de la santé, et

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qnï â du zèle pour son avancement, ne se contenté pas du travail qui lui est imposé par ses maîtres : il a encore soin, après un temps modéré donné à ses petites récréations, de s'instruire, tantôt par des lectures de piété qu'il fait tous les jours, tantôt par d'autres lectures utiles dans des livres que des personnes éclairées lui conseilleront. Mais qu'il prende garde de se livrer à la dangereuse curiosité de lire des livres qui traitent d'aventures galantes, ou qui sont contre la Religion et contre l'Eglise. Il n'y a déjà que trop d'autres occasions de se gâter l'esprit et le cœur, sans chercher le poison dans les mauvais livres. On conseille même à un jeune homme qui sort des classes de cultiver sa mémoire en apprenant tout les jours quelque chose par cœur, et le répétans souvent pour le retenir : par exemplOj quelques versets du Nouveau Testament, des Epitres de Saint Paul, de l'Imitation de J.-C, ou quelque chose du Concile de Trente, ou du droit Canon et Civil, etc., afin que dans la suite il puisse se servir de a mémoire avec plus de facilité pour la gloire de Dieu, à laquelle seule il doit rapporter son travail et ses études.

Nous n'avons garde d'oublier un avis de grande conséquence, qu'on doit répéter et inculquer aux écoliers, qui est de demander souvent et fermement à Dieu la grâce de connaître leur vocation. On leur conseille de lire à cette fin le chapitre suivant^ et de méditer profondément les réflections importantes

qu'il renferme. Oh ! qu'heureux est un écolier qui conforme sa conduite aux avis que nous venons de lui prescrire dans ces deux chapitres ! Quels progrès ne fera-t-il pas dans les sciences et dans la vertu ! S'il néglige ces salutaires avis, il ea sentira un jour de cruels remords. Combien de gens, dans un âge avancé, déplorent le temps perdu dans la jeunesse, et éprouvent tristement de quelle importance il est d'en ménager utilement et saintement tous les momens !

V. Quand aux écolières, elle prendront parmi les avis que nous avons donnés aux étudians ce qui leur convient: nous leur dirons seulement ici qu'elles doivent avoir un grand amour pour Dieu, craindra le péché, être dévotes dans le lieu saint, être soumises à leur parens. L'arrogance et l'indocilité dans une jeune fille, qui ne veut être ni reprise, ni corrigé, font connaître qu'elle est d'un mauvais caractère. Une écolière doit aimer toutes ses compagnes, aider celles qui sont moins savantes, ne faire aucun rapport des autres filles, et garderie silence dans l'école. Qu'elle se garde bien de s'amuser à badiner par les rues, qu'elle évite surtout la société des petits garçons, qu'enfin elle ne manque jamais d'offiir à Dieu son étude, et de lui demander ses lumières.

VI. Ceux qui sont chargés d'enseigner la jeunesse les maîtres et les maîtresses des écoles ne doivent pas regarder leur emploi avec indifférence. Le zélé âoit leur inspirer d'apprendre à leurs disciples la

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vertu et la science des Saints, autant que les sciences humaines ; ces jeunes gens qu'ils voient sous leur conduite sont l'espérance du public. Les uns seront dans le clergé ou dans le cloître, les autres dans le barreau, dans le militaire ou dans le commerce ; d'autres enfin seront chefs ou mères de famille, et dans les affaires. Quelle consolation pour ceux qui les auront instruits, de les voir un jour remplir leur devoirs dans les sentimens de la crainte de Dieu qu'on leur aura inspirés, de leur voir recueillir les fruits de piété qu'on aura fait germer dans le cœurs de ces jeunes plantes ! Quoiqu'un enfant paraisse dissipé, les semences de vertu et de religion qu'on a soin de jeter dans son cœur tôt ou tard produisent leurs fruits.

EXEMPLE

Saint Thomas d'Aquin, ce prodige de science, paraissait dans sa jeunesse avoir l'esprit borné et mêmestupide ; ses condisciples, par dérision, le comparaient à un bœuf : Oui, leur dit Albert le Grand, son maître, ce sera un bœuf donc les mugissemens et la voix se feront entendre dans tout le monde Chrétien, et qui, par la force de sa doctrine, aidera à soutenir l'Eglise de Dieu. En effet, le jeune Thomas acquit une science si vaste et si profonde, qu'un grand Pape a dit de lui qu'il avait fait autant de miracles que d'articles qu'il avait composés, que les Hérétiques le regardent comme leur fléau, ne crai-

gnant rien tant que la doctrine de St. Thomas», et que les Théologiens Catholiques le regardent comme leur oracle et leur maître. Où et comment ce grand Saint avait-t-il puisé tant de lumières? C'est au pieds du crucifix. C'est par son amour pour Dieu, et par sa tendre dévotion envers J— C. dans le bi. Sacrement de PAutel.

AUTRE EXEMPLE

On ne peut lire sans frayeur ce que le fameux Gerson, Chancelier de l'Université de Paris, raconte d'un jeune écolier de condition qui était à Paris. Ce jeune homme, qui jusqu'alors avait eu de la vertu, eut le malheur de faire connaissance et amitié avec un autre écolier, qui le perdit et qui lui apprit le mal. Il croupit longtemps, malgré les avis de soa confesseur, dans cette habitude que son compaïï:non lui avait inspirée, et ne se corrigeait point. Dieu en fit un exemple. Une nuit ce jeune homme fut saisi d'une frayeur subite, ei se mit à crier d'une manière si horrible, qu'un grand nombre de personnes y accoururent. On l'interroge, il ne répond rien ; on le presse toujours, point de réponse ; et il criait toujours horriblement. Enfin, se tournant du côté des assistans avec un regard égaré, il éleva la voix, et dit trois fois d'un ton effrayant : " Malheur à celui ^'qui m'a perdu! malheur à celui qui m'a perdu ! ^'malheur à celui qui m'a perdu!" et mourut ainsi dans le désespoir et l'impénitence. Oh ! combien de

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