HUMILITE ET SUPERBE
meilleur, ni plus honnête homme ; c'est peut-être ce qui fera un jour votre malheur et votre perte. Mais considérez ce que vous êtes dans vous-même, et ce qui vient de vous. C'est l'avis de Saint Bernard : Si l'homme, dit ce saint docteur, se considère attentivement, il ne trouvera en lui-même que des sujets de confusion et d'humilité. Sa conception est dans le péché, sa naissance dans la misère ; sa vie une suite de travaux : sa mort inévitable ; et après sa mort,il ne lui restera que l'infection, la pourriture " et la poussière. Voilà toute la destinée de son corps en cette vie ; mais pour l'âme, il lui reste à subir le jugement de Dieu, pour y recevoir la décision de son bonheur ou de son malheur éternel ; et ce jugement sera terrible aux plus saints." Voilà, créature vaine et pécheresse^ ce que vous êtes ! De quoi donc vous glorifiez-vous ? Loin de chercher à paraître, allez plutôt vous cacher et vous confondre, 'et pensez bien plus à gémir sur votre misère, sur votre néant et sur vos crimes qu'à vous élever.
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De l'obéissance.
L'oBEissANCE cst un effet de l'humilité. Or, le vrai caractère d'un esprit humble est d'être soumis à <eux qui ont autorité sur nous, et de se dépouiller de sa propre volonté pour faire celle des autres. 0 que cette vertu est rare ! mais qu'elle est nécessaire,
puisque sans l'obéissance et le détachement de sa propre volonté on ne peut parvenir à la sainteté. V esprit du juste y dit le Saint-Esprit, méditera Tohé^ issance. Un enfant désobéissant, est un monstre par les dérèglements et les crimes dans lesquels son indocilité l'entraîne ; c'est pour cette raison que St. Paul faisant un dénombrement des grands pécheurs, place dans ce rang les enfants sans obéissance.
Aimez donc l'obéissance, jeunes gens, soumettezvous avec humilité et avec amour à vos parents, à vos maîtres, et à tous ceux qui ont autorité sur vous. Je vous dis d'obéir avec humilité et avec amour, parce que ce n'est pas obéir comme il le faut, si on n'obéit pas saintement, et en vue de Dieu. L'obéissance rendue par une crainte purement servile, ou par force, est une obéissance d'esclave, qui n'a aucun mérite, et qui n'est pas une vertu. Obéissez dans le désir de plaire à Dieu, et de faire votre devoir.
Estimez-vous plus heureux de faire la volonté des autres, que la vôtre. C'est leur propre volonté qui cause la perte des hommes, surtout des jeunes gens. Elle qipt un mauvais guide qui les conduit dans le précipice. Ecoutez cet oracle du Saint-Esprit : Vhomme obéissant racontera ses victoires, c'est-à-dire, si vous êtes soumis, vous jouirez du fruit des victoires que vous aurez remportées sur vos plus dangereux ennemis, qui sont votre propre esprit et vos mauvaises inclinations. Vous reconnaîtrez avec consolation combien l'obéissance vous aura été avantageuse,
DE l'obéissance.
puisqu'elle vous attirera les faveurs et les bénédictions de Dieu.
EXEMPLE
Etre soumis et obéissant à un père, à une mère qui sont intraitables et austères, les aimer malgré leurs vices grossiers et leur ingratitude est une vertu rare, et d'un grand mérite ; telle fut la vertu d'un jeune homme nommé Joachim. Il avait un père et une mère qui étaient pauvres, mais très-méchants et jureurs. Des parents si mal élevés n'étaient pas capables de donner à leur fils une éducation chrétienne ; mais ce fils tomba heureusement entre les mains d'un zélé confesseur, qui lui inspira tant d'amour et de respect pour ses père et mère, que ce jeune homme ne s'écarta jamais ds son devoir en ce point et fut toujours docile et soumis.
Quand il eut quinze ans, son pèi'e lui dit d'aller servir, parce qu'il ne pouvait plus le nourrir. Joachim obéit. Il eut le bonheur de rencontrer un bourgeois, nçmmé Eugène, homme riche et craignant Dier., qui le prit à son service. Jamais domestique ne fut plus affectionné à son maître, ni enfant plus attaché à ses père et mère que Joachim, leur donnant pour les aider à vivre, tout ce qu'il gagnait. Au bout de huit ans, ses sœurs se marièrent : son père et sa mère qui étaient âgés, restèrent seuls, et lui mandèrent de s'en retourner. Joachim ne balança pas un moment, se fit un devoir de quitter Eugène son bon maître, pour obéir à son père.
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Ce maître tâcha de le retenir, lui promit d'augmenter ses gages^ s'il voulait rester avec lui. J'aime mieux obéir à mon père et à ma mère, répondit Joachim, que de gagner les plus gros gages : je puis me passer de vos gages, mais mes parents ne peuvent se passer de moi. N'en sois point en peine, lui dit son maître, j'aurai soin de leur entretien : et apiès tout, tes père et mère ne méritent guères tes services, puisque tu n'as reçu d'eux que des coups et des malédictions. N'importe, répondit Joachim, je ne veux pas les abandonner dans leur vieillesse. Quelque mauvais qu'ils soient, ils sont toujours mes père et mère ; je suis toujours leur enfant ; et je sens ce que Dieu et la nature demandent de moi à leur égard. Va, mon cher ami, dit Eugène^ Dieu te bénira, parce que tu es un enfant d'obéissance. Joachim retourna donc auprès de son père et de sa mère. On ne peut dire combien de peine il eut pour les nourrir et pour gagner leur vi^ Pour toute récompense de son obéissance et de ses services, il ne recevait d'eux que des injures ; mais il soulFrait tout en silence et sans se plaindre.
Une obéissance et une patience si courageuses ne furent pas sans récompense. Joachim par sa vertu mérita de trouver une fille vertueuse qui lui donna du bien, à laquelle il se maria : il vécut avec elle dans la crainte de Dieu, et dans une grande paix. Sur le point de mourir, il fit venir ses enfants, et leur dit : Mes cliers enfants^ la plus :'T:rande consolation
DE l'obéissance.
que j'ai eue en ma vie, et la plus grande que j'aie à " présent, c'est d'avoir toujours été soumis à mes " père et mère. C'est à cette obéissance que je dois "ma fortune ; j'espère qu'en vue de cette obéissance
que j'ai toujours eue en vue de Dieu, et pour son ^< amour, le Seigneur me fera miséricorde. Je vous " recommande d'avoir de même toujours Dieu en " vue, et beaucoup de soumission et de respect pour " vos père et mère. Si vous suivez ce dernier avis " que je vous donne, Dieu ne vous abandonnera " jamais."
CHTAPÎTKE Vïïî.
De quelle manière les jeunes gens doivent recevoir les avis et les corrections.