‹ Instructions dogmatiques sur le mariage chrétien [microforme] (volume 2)Chapitre 38 sur 74 · FUNESTES CONSÉQUENCES DE LA DOCTRINE PROTESTANTE SUR LE MARIAGE · texte numérisé non relu

FUNESTES CONSÉQUENCES DE LA DOCTRINE PROTESTANTE SUR LE MARIAGE

On consulte Luther pour savoir s’il est permis à un homme d’avoir plusieurs femmes, et il répond: “ Pour moi, je vous Pavouerai, je ne vois pas comment j’empècherais la pluralité des femmes ; il n’y a pas dans les saintes lettres le plus petit mot contre ceux qui prennent plusieurs femmes à la fois.”

Est-il possible 4 mentir plus effrontément ? Est-ce que les paroles de Jésus-Christ que nous avons rapportées ne sont pas de la dernière évidence? Mais qu'importe à Luther la

arole de Dieu? Ceci vous prouve que la sainte écriture, interprétée par chaque chrétien, n’est plus qu’une lettre morte, et qu’on lui fait dire tout ce qu’on veut. En effet, un prince libertin, Philippe, landgrave de Hesse, désire épouser une seconde femme, une seule ne lui suffit pas; mais il

éprouve quelques scrnpules, et pour calmer ses inquiétudes de conscience, il s'adresse humblement au chef de la réforme et lui demande une dispense. Luther répond : “ Si Votre Altesse est décidée à épouser une seconde femme, nous jugcons qu’elle doit le faire secrètement, comme nous l'avons dit à l’occasion de la dispense qu'elle demandait, c’est-à-dire qu'il n’y ait que la personne qu’elle épousera et quelques autres au besoin qui le sachent, en les obligeant au secret sous le sceau de la confession.”

Vous entendez! Luther réclame le secret sous le sccau de la confession, lui qui vient d’abolir la confession ; et que devient alors son secret ? Et qu’est-il devenu en effet? Bientôt il est divulgué partout, et Carlostad, plus franc que Luther, lui écrivait en ces termes ; “ Point de scrupuies : ayons deux femmes, trois femmes, autant de femmes que nous pourrons en nourrir. Croissez et multipliez-vous ; entendez-vous, Luther ? Laissez donc accomplir l’ordre du ciel.”

Bucer, autre partisan zélé de la secte, avoue que ce peut être une nécessité pour certaines natures de mettre en pratique la doctrine de Luther sur ce point, et il ajoute qu'il ne manque pas d'exemples d’empereurs et de rois qui ont épousé plusieurs femmes, et qui, en outre, entretenaient encore des concubines.

Ainsi Luther, le chef de la religion réformée, le chef du protestantisme, devient jaloux de Mahomet! Il ne tient pas à lui que l'unité de l'alliance chrétienne ne soit, par manière de réforme, remplacée par la polygamie. Luther prèche qu’à l’exemple du grand roi des Perses, tout mari mécontent peut remplacer Vasthi par Esther, et la maîtresse par la servante |

Il écrit au chancelier du duc de Saxe-Weimar: “ L’Ecriture m’empèche de défendre à qui que ce soit de prendre en même temps plusieurs épouses : cette coutume est louable; mais je ne voudrais pas l’introduire le premier parmi les chrétiens.”

Le principe est posé, vous en verrez bientôt sortir toutes les conséquences ; et on les acceptera, quelque monstrueuses qu’elles paraissent.

Jean de Leyde, autre partisan de Luther, prétend que, s’il est permis d’épouser deux femmes, rien n'empêche d’en épouser vingt. Conséquent avec ses principes, il a vingt femmes à la fois ; et ses disciples, pensant avec raison qu'ils

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Jean de Leyde s’est emparé de Münster, qu’il appelle la nouvelle Sion, et lui-même se fait proclamer roi et prophète de la nouvelle Sion. Dans cette nouvelle Sion, on peut contempler des horreurs que Constantinople n'avait jamais vues. Le sérail fut en honneur, la peine de mort fut décrétée contre quiconque désapprouverait cette institution. On vit un jour le prophète, roi de Sion, sortir en grande pompe de son SE juger lui-même, sur la place du marché, une de ses femmes, coupable de résistance à ses désirs, Ii trancher la tète de sa propre main, puis se mettre à danser autour de son corps sanglant !....

Vous voyez quelle fut la réforme du mariage opérée par Luther, Zwingle, Calvin, Bèse, Henri VIII, Jean de Leyde.

Cependant, tons ces hommes s'appelaient évangéliques, parcequ'ils prétendaient qu'eux seuls connaissaient et observaient l'évangile ; à peu près comme les rationalistes de nos jours, qui proclament bien haut les droits de la raison, tandis que de fait, ils détruisent la raison elle-même; et comme les socialistes, qui seuls, disent-ils, soutiennent et défendent les principes de la véritable société, tandis que, par leur doctrine, ils la renversent de fond en comble.

C’en est fait, la porte du désordre et du vice est ouverte, les réformateurs et les réformés s’y précipitent et arrivent bientôt au fond de l’abime. La providence de Dieu l’a permis, afin de nous donner la contre-épreuve de la bonté de la loi, afin de faire voir au monde entier que la réforme opérée par Luther et ses disciples n’est rien autre chose que l’affranchissement de la chair, la libre satisfaction des sens, l'émancipation entière de l’homme et de la femme de tout engagement, de tout lien, de toute loi qui commande Ja modestie et la pudeur, enfin le triomphe du sensualisme païen avec toutes ses infamies et ses turpitudes.

L’immoralité a été tellement révoltante qu’elle a épouvanté Luther lui-même, et qu’elle l’a forcé à en publier la véritable cause. Je dois vous citer ses paroles, car elles sont la plus belle apologie du catholicisme et la condamnation de toute la réforme.

Depuis la publication de notre doctrine, dit-il, le monde devient toujours plus mauvais, plus impie, plus éhonté. Les diables se précipitent en légions sur les hommes qui, à la plus pure clarté de l'Evangile, sont plus avides, plus

impudiques, plus détestables qu’ils n’étaient jadis sous la papauté. Paysans, bourgeois, nobles, gens de tous états, du plus grand au plus petit, ce n’est partout qu'avarice, intern- >érance, impudicités, désordres honteux, passions abomina-

les.... J'avoue que si j’eusse pu prévoir tout ce scandale, je n'aurais certainement pas os6 proposer ma doctrine. Qui de nous se fut mis à prècher, si nous avions prévu qu’il en résulterait tant de calamités et de scandales ? A présent que nous avons commencé, il faut bien que nous en subissions les conséquences.”

En entendant Luther parler ainsi, il me semble voir un de ces possédés dont parle Tertullien, par la bouche desquels le démon avouait malgré lui qu’il était un imposteur et le père du mensonge. Et quelle satisfaction pour les catholiques de recueillir l'éloge de leur foi sur les lèvres de ses plus ardents adversaires !

De ces paroles de Luther no1s pouvons encore conclure, 1° Que la corruption de l'Eglise catholique qu’il présentait comme le motif de sa séparation, n’était qu'un prétexte, puisqu'il reconnaît que les chrétiens sont plus corrompus depuis qu’ils subissent l'influence de la doctrine de la réforme ; 2° q'il n’y a que l’orgueil qui le retient dans la voie funeste où il marche, puisque, tout en avouant que la doctrine qu'il prèche est grosse de calamités et de scandales, il se détermine à continuer par le seul motif qu’il a commencé ; orgueil de démon que rien ne peut dompter; caractère de Satan qui fait le mal pour le mal, peu lui importe la perte des âmes.

Nous venons de voir les effets de la réforme de Luther sur l'unité du mariage ; il est bon de voir aussi comment le chef de l'Anglicanisme s'applique à lui-même la réformesur le mariage. Henri VIII répudia quatre de ses femmes, et, par ses ordres, deux périrent sur l’échafaud. Il fit ajouter, par le parlement, deux dispositions étranges à la législation du mariage : la première, que tout homme qui serait instruit d’une galanterie de la reine (aujourd’hui chef de l'Eglise établie), devait l’accuser sons peine de hante trahison, par conséquent sous peine de mort; la seconde, que toute fille qui épouscrait le roi d'Angleterre «près avoir perdu sa virginité, devait s’accuser elle-même sous la même peine.

A sa mort, Henri VIII avoua, dit Feller, qu’il n’avait jamais refusé la vie d’un homme à sa haine, ni l'honneur d’une femme à ses désirs.

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Sa fille batarde, Elizabeth, ne fut ni plus humaine, ni lus chaste. Quant à Crammer, leur coopérateur dans laure de la réforme, on sait que cet archevèque de Cantorbéry était bigame. Knox, ce réformateur du mariase en Ecosse, compta sa belle-mère parmi les nombreuses victimes de ses désordres.

Représentez-vous le monde chrétien envahi par la réforme, et voyez ce de serait devenu et ce que nous serions aujourd'hui. Enfoncés dans le plus grossier sensualisme, comme les peuples asiatiques, nous ne vivrions que de la vie animale, et la femme, au lieu d’être la compagne de l’homme et la dame, c'est-à-dire la maïîtresee dans la famiile, ne serait plus que l’esclave de l’homme, comme en Orient, et le jouet de ses caprices et de ses passions. Et que seraient devenus les principes d’honneur, de boune foi, de moralité et de civilisation ?

La société chrétienne serait devenue quelque close de semblable à la république idéale de Platon.

Des protestants ont été conséquents à leurs principes, ct les Mormons cherchent à réaliser, quant au mariage, les principes que Platon émet dans sa république et qui concordent parfaitement avec les principes protestants eur le mariage. L'état, chez Platon, décrète A communauté des femmes ; l'état, chez Luther, décrète le divorce, peut décréter par conséquent la polygamie simultanée.

Une fois le divorce et la polyganie établis légalement par l’état, pourquoi l’état n’autoriserait-il pas d’abord, n’ordonnerait-il pas ensuite la communauté des femmes? N'est-ce pas la première chose que feraient les fourricristes, les communistes s'ils parvenaient au pouvoir ? Tout le monde sait que les communistes forment un parti puissant, Et qui nous assure que demain ils ne diront pas: l'état, c'est nous. Vous avez reconnu à l’état le droit de régler les mariages, soumettez-vous donc aux lois que nous, l’état, nous J'ortons aujourd’hui.

Ces hommes audacieux reculeront-ils devant lidée platonique formulée par Victor Considérant dans son exposition système phelanstérien de Fourrier, (page 72)? “ Le premier élément social, dit Victor Considérant, c’est le ne nr ou Ja commune ; douze cents personnes au moins habitent dans une même maison et y vivent en commun, sans Concurrence, sous la seule loi de la capacité, des harmonies et des attraits.... Ils n’ont (les hommes) que l’embarras du

choix.” Et dans son ouvrage: Théorie des quatremouvemente, an 1840, p. 146, il écrit : “ Une femme peut avoir à la fois 1° un époux dont elle a deux enfants ; 2° un géniteur, dont elle n'a qu’un enfant; 8° un favori, qui a vécu avec elle et qui en a conservé le titre; de plus, de simples possesseurs, qui ne sont rien devant la loi.

Les Phalanstériens sont de véritables disciples de Platon, ce sont les Platoniciens de nos jours. Et les lois sur le mariage, formulés par Platon, peuvent être les lois du Phalanstère.

Voici ces lois de Platon sur le mariage, danssa épublique : Il part de ce principe que tous les biens sont communs entre amis ; après avoir développé ce principe, il établit que :

leluti gregi custodes atque pastores, ilà vèros mulieribus praficere.

Enfin il formule ses lois:

Horum virorum uæores emnes omnium communes sunto, nulloque privatim ulli consuescitor. Communes porro liberi s'into, neque paler filium, neque filius patrem agnoscito ;

Communes esse uxores, communesque liberos ;

Quin et laxivr condonanda est cum mulrieribus congrediendi licentia.

Fratres et sorores lex concedet un& congredi, sè sors ità tribuerit.

Jqitur festi quidam dies erunt legibus constituendi, in quibus sponsos el sponsas congregemus, ct sacra et hymni, qui nupliis illis conventant, à poelis nostris instituantur, nupl'arum auf mn numerum Magistratuum arbitrio permitdimus. (Platonis op. om. Tom. 2. in fol. græc, et latin, ce interpret. Seranied. Hen. Stephani 1578.)

Nous omettons des passages que le respect que nous devons à nos auditeurs ne nous permettent pas de citer. Telles sont les sources où les communistes de nos jours ont puisé leur Coctrine perverse.

Vous voyez donc où nous auraient conduits la réforme protestante, et par suite la réforme phalanstérienne et la réforme des Mormons, toutes ces réformes s'inspirant des lois de Platon, si les idées chrétiennes qui pénètrent encore, même les peuples protestants, n’eussent arrêté les funestes conséquences qui découlaient naturellement de tant de faux principes.

Et qu'on ne dise pas que nous avons peur de vaines chimères et que jamais ces théories ne se réaliseront dans la

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pratique, devant la haute raison du XIXme siècle. Eh! n'est-ce pas en plein dix-neuvième siècle, qu'ont paru les Fourriéristes, et que les Mormons ont réalisé, au milieu d’une nombreuse population, la doctrine de Luther combinée avec celle de Platon !

Voici ce que nous lisons dans les journaux : (Univers, ler février 1857). ‘ On lit dans PÆoho du Pacifique du 3 décembre 1856: Un correspondant du San Francisco Herald “ lui fournit de Fillmore City, (Utah) sous la date du 15 sep- “ tembre dernier, quelques renseignements assez piquants sur la poligamie chez les Mormons: Les membres du Conseil “ du gouvernement sont au nombre de 13. Ils ne paraissent “ pas être d’un extérieur bien agréable d’après la peinture “ qu'on en fait, et FtEs ils ont ensemble 171 femmes. “ Les 26 membres de la chambre des représentants ont ensem- “ Lle157 femmes; et enfin les employés de cette chambre, au ‘ nombre de 5, en possèdent 22, Parmi ces derniers nous “ remarquons le chapelain qui en a jusqu’à 7. A tout cela il ‘€ faut ajouter les 68 femmes du Gouverneur Brigham Yong, “ leur grand-prètre et leur prophète. De telle sorte que la législature et le pouvoir exécutif, en tout 45 hommes, n’ont pas moins de 420 femmes.”

L'Eglise catholique a donc rendu le plus éminent service à la famille et à la société, lorsque, par la bouche de ses Pères, elle a porté cette définition, au Concile de Trente : “ Si quelqu'un dit qu'il est permis aux chrétiens d’avoir plusieurs femmes en même temps, et que cela n’est défendu par aucune loi divine, qu'il soit anathéme ! ”?

Cette doctrine du Concile de Trente a paru sans doute et araît encore bien dure aux sauvages et aux payens, aux iérétiques et à ceux qui se livrent à toute la fureur de leurs assions; et vous concevez pourquoi ils s'unissent dans eurs efforts pour attaquer l'Eglise, pour la persécuter dans

ses chefs et dans ses membres. Mais pour l'Eglise, les combats sont toujours des victoires, et tous ceux qui tombent sur la brèche en la défendant sont ensevelis dans leur triomphe. Qu'importe qu’un Pape, que des évêques ou des prètres meurent pour la défense des principes de la moralité ? Ou plutôt, périsse le Pape, périssent les évèques, périssent les prêtres, pourvu que le dépôt confié à l'Eglise demeure intact, pourvu qu’elle conserve pures ces lois si précieuses qui sont la sauvegarde de la moralité et dela paix des familles! Qu'elle verse jusqu’à la dernière goutte de son

sang, pourvu qu'elle sauve les âmes, qu'elle sauve es principes!

tésumons : Dieu a permis aux Juifs d’avoir plusieurs femmes, et cela à canse de la dureté de leur cœur et pour éviter un plus grand mal: mais il n’en était pas ainsi dès l'origine, puisqu’au moment où Dieu a institué le mariage, il a établi la loi de l'unité, un seul homme avec une seule femme. Notre divin Sauveur a rétabli cette mème loi pour l'intérêt de la famille et de la société. Voilà pourquoi Saint Paul nous dit expressément que l’homme ne s’appartient plus, mais qu'il appartient à sa femme; il ne peut donc plus se donner à une autre. [l en est de mème de la femme. Les époux chrétiens ne s'appartiennent pas à eux-mêmes, ils s'appartiennent l’un à l’autre. Si donc vous donnez vos pensées, vos affections, vos soins à d'autres, vons violez vos sermeuts, vous profanez le temple de Dieu, qui est votre corps.

Il ÿ avait en Jésus-Christ assez d'intelligence, de sagesse, de richesse, d'affection et d'amour pour des milliers d’Eglises ou d’épouses; cependant, il n’a voulu s'unir qu’à une seule Eglise ou à une seule épouse, et il épuise pour eile tout ce qu'il possède ; il lui donne son corps, son sang, son âme, sa divinité, tous ses biens, tous ses trésors, tout son cœur et toutes ses perfections. |

L'Eglise catholique, de son côté, se donne tout entière à lui; elle lui consacre son intelligence et son cœur, et, par amour pour lui, elle versera jusqu'à la dernière goutte de son sang. Voilà votre modèle, époux chrétiens. Que les maris aiment done leurs épouses comme Jésus Christ à aimé son Eglise ; et que les femmes soient dévuuces à leurs maris, comme l'Eglise est dévouée à Jésus-Christ.

Ayez toujours les yeux fixés sur cet exemplaire vivant, afin de le retracer en vous avee ses traits divins.

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